ACTE U, SOniE m. f4t
Entre deux fils que j*i^rae a^rae même tendresse Embrasser ma querelle est le seui droit d'atnesse; La mort de Rodogune en nommera Taîné.
Quoi! Yous montrez tous deux un visage étonné^! Redoutez-vous son frère ? après la paix infâme Que même en la jurant je détestois dans Tame, J*ai fait lever des gens par des ordres secrets > Qu'à vous suivre en tous lieux vous trouverea tout prêts; Et tandis qu*il fait tête aux princes d^Arménie Nous pouvons sans péril briser sa tyrannie. Qui vous fait donc pMir à cette juste loi? Est-ce pitié pour elte^ estnse batnt pour moi T Voulez-vous répouser afin qu'elle me brave, Et mettre mon destin aux mains de mon esclave t Vous ne répondes pdnt! Allez, enfants ingrats» Peur qm je cres en vain conserver ces États : J'ai fait votre oncle roi, j'en ferai bien on autre >;
elle, ri elle osoit âuder ta promesse. Cependant, sieHe nomme un roi, Rodogune règne. CTett la condition du traité qu'elle a fait avec les Partfaes ; et ce traité, qu'elle a rendu public, elle n'ose le violer ouTcrteoMut: elle Tent en laisser le crime et le danger à celui de ses iOs qu'^e nommera roi, et qui pourm la mettre à l'abri du ressentiment du peuple. Vindicative, et pins ambitieuse oicore, elle a lieu de croire que l'oîfre d'une couronne séduira du moins un de ses flis. Il nous semble que Voltaire n'a pas assez fortement conçu le caractère de Qéopfttre, qui ne se dément pas un seul moment, et que nous regar» dsna comme un des chefs-d'œuvre de Corneille : il n'en existe aucun de cette force au tiiéâtre. (F.)
1 Comment peut-elle être surpr^ que sa proposition révolte? elle veut que le crime tienne lieu du droit d'atnesse ; celui des deux qui ne voudra pas tuer sa maîtresse sera le cadet, et perdra le trône : mais si tous deux veulent la tuer, qui sera roi? Il est clair que la proposition de Cléopfttre est absurde autant qu'abominable ; et cependant elle forme un grand intérêt, parcequ'on veut voir ce qu'elle produira, parceque Qéopâtre tient en sa main la destinée de ses enfants. En nommera Vaxné; cet en se rapporte à ses deux fils ; mais comme il y a uni vers entre deux, le sens ne se présente pas «rtairement. II faut encore éviter de finir un vers par ainé^ quand l'autre finit par aînesse, (V.)
« Style de gazette. (V.)
s Cléopâtre n'est pas adroite, quoiqu'elle se soit donné pour une femme très habile ; dès qu'elle s'aptffçoit que ses enfants ont horreur de sa proposition, elle nç doit pas insister : on ne persuade point un
Et mon nom peut encore ici plus que le vôtre.
SBLEUCUS.
Mais, madame, voyez que pour premier exploit...
CLÊOPATRE.
Mais que chacun de vous pense à ce qu il me doit. Je sais bien que le sang qu*à vos mains je demande N'est pas le digne essai d'une valeur bien grande; Mais si vous me devez et le sceptre et le jour. Ce doit être envers moi le sceau de votre amour : Sans ce gage ma haine à jamais s'en défie; Ce n'est qu'en m'imitant que Ton me justifie.
crime horrible par de la colère et des emportements. Qaand Phèdre a laissé voir son amour à Hippolyte, et qu'Hippolyte répond : Oubliezvous que Thésée est mon père et votre époux 1 elle rentre alors en ellemême, et dit: Et sur quoi Jugez-vous que j'en perds la mémoire î Cela est dans la nature ; mais peut-on supposer qu'une reine qui a de l'expérience persiste à révolter ses enfants contre elle en se rendant horrible à leurs yeuxî De quel droit leur dit-elle qu'elle peut disposer du trône comme de sa conquête, après avoir dit, dans la scène précédente, qu'elle est forcée de descendre du trônet Et comment peut-elle y être forcée en disant qu'elle est maîtresse de toutî Cette contradiction n'est-elle pas palpable! Faut-il que toute cette pièce, pleine de traits si fiers et si hardis, soit fondée sur de si grandes inconséquences 1 (V.)— La comparaison de Phèdre est ici très déplacée, et confirme encore ce que nous avons dit : Voltaire ne s'étoit point assez fortement pénétré du caractère de Cléopâtre; caractère unique, et qui ne peut avoir aucun rapport avec celui de Phèdre. En proie à une passion incestueuse qu'elle déteste, Phèdre ne paroît sur la scène que poursuivie par des remords, qu'elle garde pendant toute la pièce» et qui ne finissent qu'avec sa vie. Cléopâtre, au contraire, non-seulement n'a point de remords, mais n'en a pas même l'idée. Furieuse d'avoir laissé pénétrer ses sentiments à ses fils, elle ose les menacer dès qu'elle ne peut plus se flatter de les séduire. Le respect de ces princes, et la soumission qu'ils paroissent toujours conserver pour elle, lui laissent Quelque espérance de pouvoir du moins les intimider par ses menaces. Nous ne disons pas que la conduite de cette femme atroce soit raisonnable ; mais nous répétons que les passions effrénées ne raisonnent pas, et que tout ce qui parott choquant, ou même incroyable à Voltaire, est rendu vraisemblable par le caractère de Cléopâtre, tel que Corneille Ta conçu : c'est ce que démontre assez le succès constant de la pièce. (P.)