‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 121 sur 377 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

Par quels degrés de gloire on me peut mériter <? En quels affreux périls il faudra vous Jeter? Ce coeur vous est acquis après le diadème, Princes; mais gardez- vous de le rendre à lui-même *. Vous y renoncerez peut-être pour jamais Quand je vous aurai dit à quel prix je le mets.

SÉLEUCUS

Quels seront les devoirs, quels travaux, quels services Dont nous ne vous fassions d'amoureux sacrifices * ? Et quels affreux périls pourrons-nous redouter. Si C'est par ces degrés qu'on vous peut mériter* î

AMTIOCHUS.

Princesse, ouvrez ce cœur, et jugez mieux du nôtre ; Jugez mieux du beau feu qui brûle l'un et l'autre; Et dites hautement à quel prix votre choix Veut faire l'un de nous le plus heureux des rois.

Princes, le voulez-vous?

ANTIOCHUS

C'est notre unique envie.

RODOGUKE.

Je verrai cette ardeur d'un repentir suivie.

SÉI^UCUS.

Avant ce repentir tous deux nous périrons.

BODOGUNE.

Enfin vous le voulez ?

SÉLEUCUS

Nous vous en conjurons.

1 Elle appelle un parricide degré de gloire; si elle parle sérieusement, elle dit une chose aussi affreuse que fausse -, si c'est une ironie, c'est joindre le comique à l'horreur. (V.)

t Ces idées et ces expressions ne sont pas nettes. Cœur acquis après fe diadème I elle veut dire, je dois mon cœur à celui qui, étant roiy xKra mon époux. Rendre à lui-même veut dire, gardez-vous de faw. dépendre la couronne du service que je vais exiger de vous, (V.)

S On peut faire un sacrifice de son devoir, de ses sentiments, de «« vie, et non de ses travaux et de ses services; mais c'est par des services et des travaux qu'on fait des sacrifices : et quelle expression que de» sacrifices amoureux! (V.|

* Des périls ne sont point des degrés ; on ne mérite point par d^ degrés : tout cela est écrit barbarement. (V.)

166 EIKMHHJNB.

Eh bien donc! il esl tei^ps de me ûiire eonottliA. J'obéis à mon roi, puisqu'un de vous doit l'èlte {; Mais quand j'aurai parlé, si vous vous en i^ignez. J'atteste tous les dieux que vous m'y oontraignes. Et que c'est malgré moi qu'à moi-môme rendue J'écoute une chaleur qui m'étoit défendue \ Qu'un devoir rappelé me rend un souvenir Que la foi des traités ne doit plus retenir.

Tremblez, princes, tremblez au nom de votre père ; Il est mort, et pour moi, par les mains d'une mère : Je Pavois oublié, sujette à d'autres lois ^ ; Mais libre, je lui rends enfin ce que je dots. C'est à vous de choisir mon amour ou ma haine. J'aime les fils du roi, je hais ceux de la reine ^ : Réglez- vous là-dessus; et, saus plus me presser, Voyez auquel des deux vous voulez renoncer. Il faut prendre parti ; mon choix suivra le ¥Ôtre : Je respecte autant l'un que je déteste l'autre. Mais ce que j'aime en vous du sang de ce grand roi, S'il n'est digue de lui, n'est pas digne de moi. Ce sang que vous portez, ce trône qu'il vous latese ^

1 N'est-il pas étrajige que Rodogune prenne le prétexte d'obéir à son roi pour demander la tête de la mère de ce roi 1 comment peutelle attester tous les dieux qu'elle est contrainte par les deux enfantai à leur faire cette proposition! Ces subtilités sont-elles naturelles! ne voit-on pas qu'elles ne sont employées que pour pallier. une horreur qu'elles ne pallient point ! ( V.)

t Une chaleur dé/endue, un devoir qui rend un souvenir^un souvenir que les traités ne peuvent retenir, font un amas de termes impropres, et une construction trop vicieuse. (V.)

8 On sent bien qu'elle veut dire, je ne l'avais pas vengé ; maifi le mot dHoublier, quand il est seul, signifie perdre la mémoire, excepté dans les cas suivants : je veux bien l'oublier, voue devez l'oublier, il faut oublier les injures, etc. : on n'est point siyctte à des lois; cela n'est pas français ; et de quelles lois veut-elle parler! (V.)

4 Cette antithèse est-elle bien naturelle! une situation terrible permet-elle ces jeux d'esprit! comment peut-on en effet haïr et aimer les tnêmes personnes! J^l ce n'est point ainsi que parle la nature. (V.)

B On ne porte point un sang ; il était aisé de dire, ce tan^ qui coule en vous, ou le sang dont vous sortez. (V.)

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