ACTE m, scÈm IV. i^i
Valent bien que pour loi Totre eœov t^lntérasse. Votre gloire le veut, Tamour vous le prescril. Qui peut contre elle et lui soulever votre esprit *? Si vous leur préférez une mère cruelle. Soyez cruels, ingrats, parricides comme elle : Vous devez la punir, si vous la condamnez ; Vous devez Timiter, si vous la soutenez ^. Quoi! cette ardeur s*éteint! Tun et Tautre soupire! J'avois su le prévoir, j*avois su le prédire *...
ANVIOCHUS.
Princesse...
RODOGUlfE.
Il n*est plus temps, le mot en est lâcbé 4 : Quand j^ai voulu me taire, en vain je Tai tâché ^. Appelez ce devoir baine, rigueur, colère ^, Pour gagner Rodogune il faut venger un père; Je me donne à ce prix : osez me mériter » ;
t Le »eoB est louehe ; conir» elle signifie contre voire gloire; et lui signifie voire amour : c'est là le sens ; mais il faut le chercher : clarté est la première loi de l'art d'écrire ; et puis, comment l'esprit de ces princes peut-il être soulevé contre leur gloire ? est-ce p«reeqii*il9 s'effraient d'un parricide? (V.)
5 Rien de tout cela ne paraît vrai ; un fils n*est point du tout oMige de punir sa mère, quoiqu'il condamne ses crimes ; il doit encore mois* l'imiter, quoiqu'il lui pardonne. Faut-il un raisonnement faux po«r persuader une action détestable ? Que veut dire en effet, vous devea rimiler, si vous la soutenez î Cléopâtre a tué son mari, ses enfants doivent-ils tuer leurs femmes! ( Y.)
3 Si die a su le prévoir, comment s'expose-t-elle à toute llierrevr qu'elle mérite qu'on ait pour elle ! (V.)
* Il semble que cette idée alfreuse et méditée lui soit échappée dans le feu de la conversation ; cependant elle a préparé avec beaucoup d'artifice la proposition révoltante qu'elle fait. (V.)
5 Bn vain Je Vai tâché n'est pas français ; on dit, je Vai voulu, je Vai essayéf parceqtt'on veut une chose, on l'essaie, mais on ne la tâche pas. (V.)
* Ob voit trop que eolire n'est là que po«r rimer. (V.)
7 II est VHÙ que tous les lecteurs sont révoltés qu'une princesse si de«ce, si retenue, qui tremble de prononcer le nom de son amant, qai craiffiialt de devoir qudque chose à ceux qui prétendaient à eHe, or^ dooime de saag-Aroid un parricide à des princes qu'elle connaît vsei*> tu«uac, et doftt «Be se SMait pM ^n moment auparavant qu'elle fût
Et voyez qui de vous daignera m'accepter. Adieu, princes ^
aimée ; elle se fait détester, elle sur qui l'intérêt de la pièce devail se rassembler. Cette situation pourtant inspire un intérêt de curiosité ; on ne peut en éprouver d'autre. Cléopâtre est trop odieuse ; Rodogune le devient en ce moment autant qu'elle, et beaucoup plus méprisable, parceque, contre toutes les lois que la raison a prescrites au théâtre, elle a changé de caractère. L'amour, dans cette pièce, ne peut toucher le cœur, parcequ'il n'agit qu'à reprises interrompues, qu'il n'est point combattu, qu'il ne produit point de danger, et qu'il est presque toujours exprimé en vers languissants, obscurs, ou du style de la comédie. L'amitié des deux frères ne fait pas le grand effet qu'on en attend, parceque l'amitié seule ne peut produire de grands mouvements au théâtre que quand un ami risque sa vie pour son ami en danger. L'amitié qui ne va qu'à ne se point brouiller pour une maîtresse est froide, et rend l'amour froid. La plus grande faute peut-être dans cette pièce est que tout y est ajusté au théâtre d'une manière peu vraisemblable, et quelquefois contradictoire ; car il est contradictoire que cet ambassadeur Oronte soit instruit de l'amour des deux frères, et que Rodogune ne le sache pas. Il n'est guère possible qu'Antiochus aime une mère parricide ; et c'est une chose trop forcée que Cléopâtre demande la tête de Rodogune, et Rodogune la tête de Cléopâtre, dans la même heure et aux mêmes personnes, d'autant plus que ce meurtre horrible n'est nécessaire ni à l'une ni à l'autre; toutes deux même, en faisant cette proposition, risquent beaucoup plus qu'elles ne peuvent espérer. Les hommes les moiQS instruits sentent trop que toutes ces propositions si forcées, si peu naturelles, sont l'échafaud préparé pour établir le cinquième acte. Cependant l'auteur a voulu qu'Antiochus pût balancer entre sa !mère et sa maîtresse, quand elles s'accuseront l'une et l'autre d'un parricide et d'un empoisonnement ; mais il était impossible qu'Antiochus fût raisonnablement indécis entre ces deux princesses, si elles n'avaient paru également coupables dans le cours de la pièce. Il fallait donc nécessairement qu^ Rodogune pût être soupçonnée avec quelque vraisemblance ; mais aussi Rodogune, en se rendant si coupable, changeait de caractère et devenait odieuse : il fallait donc trouver quelque autre nœud, quelque autre intrigue qui sauvât le caractère de Rodogune ; il fallait qu'elle parût coupable, et qu'elle ne le fût pas : ce moyen eût encore eu de grands inconvénients. Il reste à savoir s'il est permis d'amener une grande beauté par de grands défauts, et c'est sur quoi je n'ose prononcer ; mais je doute qu'une pièce remplie de ces défauts essentiels, et en général si mal écrite, pût au» jourd'hui être soufferte jusqu'au quatrième acte par une assemblée de gens de goût qui ne prévoiraient pas les beautés du cinquième. (V.) i Adieu, après une pareille proposition 1 et observez qu'elle n'a pas