‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 126 sur 377 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ANTIOCHUS

Que je serois heureux si je n'aimois mou frère !

Lorsqu'il ne veut pas voir le mal qu^il se veut faire,

Mon amitié s'oppose à son aveuglement :

Elle agira pour vous, mon frère, également,

El n'abusera point de cette violence

Que l'indignation fait à votre espérance *.

La pesanteur du coup souvent nous étourdit » :

On le croit repoussé quand il s'approfondit;

Et, quoiqu'un juste orgueil sur l'heure persuade,

Qui ne sent point son mal est d'autant plus malade;

Ces ombres de santé cachent mille poisons.

Et la mort suit de près ces fausses guérisons.

Daignent les justes dieux rendre vain ce présage !

Cependant allons voir si nous vaincrons l'orage *,

1 Lorsqu'on prend la résolution de renoncer à un royaume, un si grand effort doit-il être si soudain 1 fait-il une grande impression sur les spectateurs, surtout quand cette cession ne produit rien dans 1» pièceî (V.)

^ Cela est très obscur, et à peine intelligible ; on ne fait point violence à une espérance. (V.)

* Antiochus perd là dix vers entiers à débiter des sentences : est-ce l'occasion de disserter, de parler de malades qui ne sentent point leur •nal, et d'ombres de santé qui cachent mille pqisonst On ne peut trop répéter que la véritable tragédie rejette toutes les dissertations, toutes les comparaisons, tout ce qui sent le rhéteur, et que tout doit être sentiment, jusque dans le raisonnement même. (V.)

^ Vaincre un orage est impropre ; on détourne, on calme un orage ; *in s'y dérobe, on le brave, etc., on ne le vainc pas : cette métaphore <l'orage vaincu ne peut convenir à des ombres de santé qui cachent <lc» poisons. iV'.l

f74 RODOGf!N6.

Et si, contre rcfToPt d*tin si poissant comireiix, La nature et Tamoiir voudront porter pour nous t.

1 La nature et l^mour q«i partent contre Teffbrt â^an commmx 1 Voilà encore des expressioBB improfures : je se me lasBerai p<nnt àt dire qu'il les faut remarquer^ non pas pour o4>8erver 'des fautes» ma» pour être utile à ceux qui ne lisent pas avec assez d'attentirn, à ceux qui veulent se former le goût et posséder leur langue, à ceux qui veulent écrire, aux étrangers qui mMis- Hveat» On a passé beaucoup de fautes contre la langue, et contre Télégance et la netteté de la construction : le lecteur attentif peut les sentir. On a craint de faire trop de remarques, et de marquer une affectation de critiquer. (V.)

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