‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 127 sur 377 · SCÈNE L · texte numérisé non relu

SCÈNE L

AffTKXHlUS. RDiM>Gllif£.

A0D06IINE.

Prince, ^*ai«je entendu? paroequeje toopire. Vous présumez que j^aime, et vous m^osez le dire * !

1 L'ame du spectateur était remplie de deux assassinats proposés par deux femmes ; on attendait la suite de ces horreurs : le spe<rtatear est étonné de voir Rodogune qui se fâche de ce qu'on présume qu'elle pourrait aimer un des princes destiné pour être son époux ; «Ile me parle que de la témérité d'Antioctam, qui, en la voyant soupirer, ose supposer qu'elle n'est pas insoMible. C'était un des ridicules i l»mMlidans les romanade chevalerie, comme ou Va d^a dit; il fallait qu'iiu chevalier n'imaginât pas que la dame de ses pensées pût être sensible avant de très loi^s services» : ces idées infectèrent notre théâtre. Antiochus, qui ne devrait parler à cette princesse que pour lui dire qu'elle est indigne de lui, et qu'on n*épouse point la vieille maitres^e de son père * quand elle demande la tête de sa beUcMnère pour préacnt de noce, oublie tout d*un coup ht conduite révoltante et contradictoire d'une fille modeste et parricide, et lui dit que personne n'est assez té" tûraire jusqu'à s'imaginer qu'il ait Pheur de lui plaire, que c'est présomption de croire ce miracle; qu'elle est un oracle, qu'il ne /but pas éteindre un bel espoir. Peut- on souffrir, après ees vers, que Bodofiune, qui mériterait d'être enfermée toute sa vie pour avoir proposaun pareil assassinat, trouve trop de vanité dans l'espoir trop prompt des termes obligeants de sa civilité f ces propos de conédie s«nt-il.s «outenables? il faut dire la vérité courageusement; il faut admirer, encore une fois, les grandes beautés répandues dans Cinna, dans lea fforaees, dans le Cid^ dans Pompée ^ dans Polyeucte; mais, si on veut être utile su public, il fhut faire sentir des défauts dont l'imitation rendrait la scène française trop vicieuse. — Remarquez encore que cette conjonction parceque ne doit jamais entrer dans un vers noble elle est dure et sourde à l'oreille. (V.)

Voltaire ne se contente ploi de dire que Rodogune n'est p«8 jeun«, il v«tt «etaelleiMDt qu'elle soit vieille. (P.)

Est-ce un frère, est-ce vous dont la témérité S'imagine...

▲NTI0CHU8.

Apaisez ce courage irrité, Princesse ; aucun de nous ne seroit téméraire Jusqu'à s'imaginer qu'il eût Theur de vous plaire : Je vois votre mérite et le peu que je vaux. , Et ce rival si cher connott mieux ses défauts ^. Mais si tantôt ce cœur parloit par votre bouche, Il veut que nous croyions qu'un peu d'amour le touche» Et qu'il daigne écouter quelques uns de nos vœux , Puisqu'il tient à bonheur d'être à l'Un de nous deux. Si c'est présomption de croire ce miracle, C'est une impiété de douter de Foracle, Et mériter les maux où vous nous condamnez, Qu'éteindre un bel espoir que vous nous ordonnez. Princesse, au nom des dieux, au nom de cette flamme...

Un mot ne fait pas voir jusques au fond d'une ame; Et votre espoir trop prompt prend trop de vanité Des termes obligeants de ma civilité.

Je l'ai dit, il est vrai ; mais, quoi qu'il en puisse être , Méritez cet amour que vous voulez connottre. Lx)rsque j'ai soupiré, ce n'étoit pas pour vous «; * J'ai donné ces soupirs aux mânes d'un époux ';

1 Est-ce à Antiochus à parler des défauts de son frère! comment peut-on dire à une telle femme que les deux frères connaissent trop bien leurs défauts pour oser croire qu'elle puisse aimer l'un des deux ?

t Ce vers parait trop comique, et achève de révolter le lecteur judicieux, qui doit attendre ce que deviendra la proposition d'un assassinat horrible. (V.)

S Voici qui est bien pis. Quoi 1 elle prétend avoir été l'épouse du père d' Antiochus 1 elle ne se contente pas d'être parricide, elle se dit incestueuse I En effet, dans les premiers actes, on ne sait si elle a consommé ou non le mariage avec le père de ses amants. II faudrait au moins que dételles horreurs fussent un peu cachées sous la beauté de la diction. (V.) — On sait très bien, et il est expliqué très clairement dans les premiers actes, que jamais Rodogune n'a épousé Nicanor. Elle étoit, comme nous l'avons dit, promise à ce prince, et c'est dans ce sens qu'elle peut le nommer son époux ; mais il n'exista ] oint df

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