I7S R0D06UNE
$*il TOUS explique mal ce qu*il eii doit attendre. Il emprunte ma voix pour se mieui fidre entendre. Une seconde fois il tous le dit parmoi ^ : Prince, il faut le venger.
AIfTIOCHDS.
Xaccepte cette loi.
Nommez les assassins, et j'y cours.
lOOOGUNE.
Quel mystère Vous fait, en l'acceptant, méconnoltre une mère?
ANTI0GHU8.
Ah ! si vous ne voulez voir finir nos destins, Nommez d'autres vengeurs ou d'autres assassins.
lOBOGUlfE.
Ah ! je vois trop régner son parti dans votre ame; Prince, vous le po^nez.
AMTIOGHUS.
Oui, je le prends, madame < ; Et j'apporte à vos pieds le plus pur de son sang Que la nature enferme en ce malheureux flanc.
Satisfaites vous-même à cette voix secrète Dont la vôtre envers nous daigne être l'interprète : Exécutez son ordre; et b&tez-vous sur moi De punir une reine et de veuger un roi : Mais, quitte par ma mort d'un devoir si sévère,
expressions si forcées, si fausses, qu'on voit bien que la situation n'est point naturelle ; car d'ordinaire, comme dit Boileau,
Ce que l'on conçoit bien s'exprime cUireaient. (Y.}
1 Rodogune demande donc deux fois un parricide, ce que Cléopâtrt' «nc-m^me n'a pas fait. Est-il possible qu*Anliochus puisse lui dire : Nommez les assassins î Quel faux artifice! ne le» comatt-il pas? bc sait-il pas que c'est sa mère! ne s'en est-elle pas vanttfeà lui-mêmct Je n'ai point de terme pour exprimer la peine que me foat les fautes de ce grand homme ; elles consolent au moins en faisant voir l'extrtee difficulté de faire une bonne pièce de théâtre. (T.)
t Quelle froideur dans de tels éclaircissements, et quelles étranges expressions. Vous le prenez ! Ouû Je le prends / Je ne parle pas ici du sens ridicule que les Jeunes gens attribuent à ces paroles, je parle de la bassesse des mots. ( V.)
ACTB nr, SOiNE I. 179
Écoutcz-en un autre «■ ftnpenrde nM ft^ève. de don priBces «eis à soupirer po«r fvvf « Prenez Tun pour Tietine, 6t L'avtre pour épevx ; Punissez un des ils des crimes de ta mère *, Mais payez Tautre aussi des services du père; Et laissez un exemple à la postérHé Et de rigueur entière, et d^entière équité. Quoi ! n'écoutero^Tous ni Tameur ni la haine T Ne pourrai-je obtenir ni salaire ni iieine? Ce cœur qui tous adore, et cpie vous dédaigMi...
Hélas, priace*!
iomoaniTs.
Est-ce encor le roi que vous plaignez ^t Ce flovpir ne va-Mi qne vers Tombre d*utt père?
kODOCUHK.
Allez, ou pour le moins rappelez votre Trère : Le combat pour mon ame étoit moins dangereux Lorsque je vous avois à combattre tous deux : Vous êtes plus fort seul qpe vous n'étiez ensemble; Je vous bravoîs tantôt, et maioteiiant je traaibleL J'aime; n*abiisec pas, prince, de mou seeret : Au milieu de ma haine il m'échappe à regret ; Mais enfin il m'échappe, et cette retenue
* Il fallait au moins unis en soupirant ^ car on ne peat dire unis à soupirer. (V.)
* Peut-on sérieusement dire à Rodogune : Tuez l'un de nous deux^ et épousez Vautre, et se complaire dans cette pensée anssi froide que barbare, et la retourner en deux ou trois façons t — Corneille fait dire à Sabine, dans le» Horaces : Que l'un de vous me tue et que Vautre me t^enge : il répète ici cette pensée ; mais il la délaie, il la rend insipide : tous ces froids efforts de Tcsprit ne sont que des amplifications de rhéteur. Ce n'est pas là Virgile, ce n'est pas là Racine. ( V.)
3 Enfin Rodogune passe tout d*un coup de l'assassinat à la ten- «Iresse. La petite finesse du soupir qui va vers l'ombre d'un père, et Rodogune qui tremble d'aimer, focment ici une pastorale. Quel contraste! est-ce là du tragique! La proposition d'assassiner une mère est d'nne furie ; et cet hélas et ce soupir sont d'une bergère. Tout cela n'est qne trop vrai ; et, encore imc fois, il faut le dire «t le redite. (W.)
^ Cela serait bon dans la bouche d'un berger galant. Ce mélanfe-de tendresse naïve et d'atrocités affreuses n'est pas supportable. (V.)
lâO RODOGUNE.
Ne peut plus soutenir Teffort de votre vue i. Oui, j'aime un de vous deux malgré ce grand courroux, Et ce dernier soupir dit assez que c'est tous. Un rigoureux devoir à cet amour s'oppose : Ne m'en accusez point, vous en êtes la cause; Vous l'avez fait rcnatti'e en me pressant d'un choix * Qui rompt de vos traités les favorables lois. D'un père mort pour moi voyez le sort étrange s : Si vous me laissez libre, il faut que je le venge ^ ; Et mes feux dans mon ame ont beau s'en mutiner s. Ce n'est qu'à ce prix seul que je puis me donner : Mais ce n'est pas de vous qu'il faut que je l'attende ^ Votre refus est juste autant que ma demande.
1 Ce soupir échappe donc ; et la retenue de cette parricide ne peut plus se soutenir à la vue de celui qui doH être son mari ; ai cependant elle lui tient encore de longs discours, malgré l'effort de sa vue. — Remarquez qu'une femme qui dit deux fois mon soupir m'échappe, est une fenmie à qui rien n'échappe, et qui met un art grossier dans sa conduite. Racine n'a jamais de ces mauvaises finesses. Ne peut plntt .soutenir l'effort de votre vue; quelle expression ! jamais le mot propre. Ce n'est pas là le vultuê nimium lubricus aspici d'Horace. (Y.)
S Cela n'est pas français : on ne presse point d'une chose. (V.)
* Le sort étrange est faible ; étrange n'est là qu'une mauvaise épithète pour rimer à venge. (V.)
^ Pourquoi! elle a donc été sa femme! mais si elle ne l'a point été, «ille n'est point du tout obligée de venger Nicanor ; elle n'est obligée qu'à remplir les conditions de la paix, qui interdisent toute vengeance ; ainsi elle raisonne fort mal. (Y.) — Elle n'a point été sa femme ; mais <^lle pourroitse croire obligée de venger un prince dont elle étoit aimée, et à qui elle avoit été promise. ( P.)
5 Des /eux qui se mutinent! cela est impropre; et s'en mutinent est encore plus mauvais : on ne se mutine point de: mutiner est un verbe qui n'a point de régime. Cette scène est un entassement de barbarismes et de solécismes, autant que de pensées fausses. Ce sont cest défauts, applaudis par quelques ignorants entêtés, que Boileau avait «D vue quand il disait, dans son Art poétique :
Mon esprit n'admet point un pompeax barbarisme. Ni d'an vers ampoulé l'orgoeilleax solécisme. (Y.)
• Pourquoi l'a-t-elle donc demandé! Toutes ces contradictions sont la suite de cette proposition révoltante qu'elle a faite d'assassiner sa belle-mère; une faute en attire cent autres. (Y.)