‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 134 sur 377 · ACTE ly, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE ly, SCENE III

CLÉOPATBB.

Moi, j'aiirois allumé cet insolent amour?

ANTIOCHUS

Kt quel autre prétexte a fait notre retour i ?

Nous avez-vous mandés qu^afin qu'un droit d*atnesse

Donnât à Tun de nous le trône et la princesse?

Vous avez bien fait plus, vous nous l'avez fait voir;

£t c'étoit par vos mains nous mettre en son pouvoir.

Qui de nous deux, madame, eût osé s*en défendre,

Quand vous nous ordonniez à tous deux d*y prétendre*?

Si sa beauté dès lors n'eût allumé nos feux,

Le devoir auprès d'elle eût attaché nos vœux «;

Le désir de régner eût fait la même chose * ;

Et, dans Tordre des lois que la paix nous impose.

Nous devions aspirer à sa possession

Par amour, par devoir, ou par ambition.

^ous avons donc aimé, nous avons cru vous plaire;

Chacun de nous n'a craint que le bonheur d'un frère :

Et cette crainte enfin cédant à l'amitié.

J'implore pour tous deux un moment de pitié.

Avons-nous dû prévoir cette haine cachée,

Que la foi des traités n'avoit point arrachée ^ ?

t Un prétexte qui fait un retour n'est pas français. ( V.)

* Il me semble qu'il n'est point du tout intéressant de savoir si Cléopàtre a fait naître elle-même l'amour des deux frères pour Rodogune -, ce n'est pas là ce qui doit l'inquiéter. Il doit trembler que Qéopâtre n'ait déjà fait assassiner Rodogune par Séleucus, comme elle l'a déjà dit, ou du moins qu'elle n'emploie le bras de quelque autre : cette idée si naturelle ne se présente pas seulement à lui ; c'était la seule qui pût inspirer de la terreur et de la pitié, et c'est la seule qui ne vienne pas dans la tête d'Ântiochus ; il s'amuse à dire inutilement que les deux frères devaient aimer Rodogune : il veut le prouver en forme ; il parle de V ordre des lois. (V.) •

3 II dit que le devoir attacha leurs vœux auprès d'elle. Comment on devoir attache- t-il des vœux! Cela n'est pas français. (V.)

^ Le désir de régner qui eût/ait la même cfv>*€f et les deux princes Qui devaient aspirer à la poss^ci^on de Rodogune dans l'ordre des lois, vtqai ont donc aimét Quel langage! (V.)

* Ce verbe arracher exige une préposition et un substantif : on ar- Mche la haine du cœur. (Y.) .

il. 15

fm nODOGUMBl

Non, mais vous avez dû garder le souvenir

Des hontes que pour vous j'avois su prévenir <,

Et de l'indigne état où votre Rodognne

Sans moi, sans mon courage, eAl mis votre fortune^

Je croyois que vos cœurs, sensibles à ces coups,

En sauroient conserver un généreux courroux > ;

Et je le retenois avec ma douceur feinte»

Afin que, grossissant sous un peu de contrainte,

Ce torrent de colère et de ressenlûnent

Fût plus impétueux en son débordement.

Je fais plus maintenant : j,e presse, sollicite.

Je commande, menace, et rien ne vous irrite.

Le sceptre, dont ma main vous doit récompenser»

N'a point de quoi vous foire un moment balancer;

Vous ne considérez ni lui ni mon injure;

L'amour étouffe en vous la \oix de la nature :

Et je pourrois aimer des fiis dénaturés !

ANTIOCHUS

La nature et Tamour ont leurs droits séparés; L'un n'ôte point à l'autre une ame qu*il possède.

CLÉOPATllE.

Non, non ; où l'amour règne il faut que l'autre cède.

ANTI0CHUS

Leurs charmes à nos cœurs sont également doux. Nous périrons tous deux s'il (aut périr pour vous ; Mais aussi...

CCÉORMlSk

Poursuivez, ftir ingrat et rdieile.

1 La honte n'a point de pluriel, du moins dans le style noble. (V.) î Je croyais que vos cœurs, sensibles à ces coups, se rapporte, par la construction de la pllrase, au courage de Cléopâtre, dont il est parlé au vers précédent, et, par le sens de la phrase, aux coups de Rodogune. Et comment retenait^-elle ce courroux, quand elle dit que leurs cœurs conserveraient un généreux courroux t Pouvait- elle retenir un courroux dont ses deuxUlsne lui donnaient aucune marque! Au reste, je •ois toujours étonné q«» Qéopâtre Touille tromper toi^ours grossière* ment des princes qui la connaissent, et qui doivent tant se défier â'dl«. Observez siotout que léeik B^cat*ti fsoéd queees discussions dans des scènes où il s'agit d'un grand intérêt. (Y^.

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