‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 159 sur 377 · PH0CA · texte numérisé non relu

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Crispe, il n^est que trop vrai, la plus belle couronne N*a que de faux brillants dont Féclat Fenvironne > ; Et celui dont le ciel pour un sceptre fait choix, Jusqu^à ce quMl le porte, en ignore le poids *. Mille et mille douceurs y semblent attachées. Qui ne sont qu'un amas d^amertumes cachées;

1 Od trouve souvent dans Corneille de ces maximes vagues et de CCS lieux communs, où le poëte se met à la place du personnage. S'il y a dans Racine quelque passage qui ressemble au début de Phocas, c'est celui d*Agamemnon dans Tphigénie :

Heareox qui , satisfait de son hamble fortune , Libre du joug superbe où je suis attaché, Tit dans l'état obscur où les dieux l'ont caché !

Mais que cette réflexion est pleine de sentiment ! qu'elle est belle F qu'elle est éloignée de la déclamation ! Au contraire, les premiers ver» de Phocas paraissent une amplification ; les vers en sont négligés. Ce sont le» faux brillanlt qui environnent une couronne; c'est celui dont le ciel a fait choix pour un êceptre, et qui en ignore le poids; ce sont mille et mille douceurs qui sont un amas d'amertumes cachées. J'ajouterai encore que cette déclamation conviendrait peut-être mieux à un bon roi qu'à un t3rran et à un meurtrier qui règne depuis longtemps^ et qui doit être très accoutumé aux dangers d'une grandeur acquise parles crimes, et à ces amertumes cachées sous mille douceurs. (Y.) < Jusqu'à ce qu*il le porte : on doit autant qu'on le peut éviter ces cacophonies ; elles sont si désagréables à l'oreille, qu'on doit même y &Toir une grande attention dans la prose. Que sera-ce donc dans la poésie! tout y doit être coulant et harmonieux. ["V.)

Qui croit les posséder les seot s'évaoouir ^ Et la peur de les perdre empêche d'en jouir : Surtout qui, comme moi, d'une obscure naissance Monte par la révolte à la toute-puissauce, Qui de simple soldat à Tempire élevée Ne Ta que par le crime acquis et conservé, Autant que sa fureur s'est imfnolé de tètes. Autant dessus la sienne il croit voir de tempêtes > ; Et comme il n'a semé qu'épouvante et qu'horreur. Il n'en recueille enfin que trouble et que terreur '. * J'en ai semé beaucoup ; et depuis quatre lustres Mon trêne n'est fondé que sur des morts illustres; Et j'ai mis au tombeau, pour régner sans effroi, Tout ce que j'en ai vu de plus digne que moi ^. Mais le sang répandu de l'empereur Maurice, Ses cinq fils à ses yeux envoyés au supplice. En vain en ont été les premiers fondements. Si pour m'êter ce trêne ils servent d'instruments. On en fait revivre un au bout de vingt années :

1 Si ces doii£«iirs sont des ameEtumes, eommsnt se plaint- on de les sentir s'évanouir! Quand on veut examina les vers français avec des jeux atUntifs et sévères, on est étonné des ^utes qu'on y trouve. {\.]

S Cette phrase n'est pas correcte, qui comnu moi ^tsi élevé au iront, il croit voir deg tempétef : cet il est une faute, surtout quand ce ■qui comme est si éloigné. Cela est en même temps négligé et forcé ; négligé, parceque ce mot vague de tempêtes n'est là que pour la rime ; forcé, parcequ'il est difficile de voir autant de tempêtes qu'on a fait de «rimes. (Y.) — Faites la construction de hi pirate, sans en rien supprimer, et TOUS verrez que cet il est néceasaive. (P.)

8 C'est le fond de la même pensée exprimé par une autre figure. On doit éviter toutes ces amplifications. Ce tour de phrase, comme il n*a semé, comme il voit en noug, etp., est très souvent employé par Cor- BelNe : il ne faut pas le prodiguer, parcequ'il est prosaïque. (T.)

* Ce vers est beau ; j« ne sais pas cependant si un empereur qui a ea asa#z de mérite «t de e<Mirage pour parvenir à Vempirt, du rang sisiple soldat, avoue si aisément qa*il a immolé tant de perseanet plus dignes que hii de la coutomie ; il doit les avoir ciuas dai^ereuses, mais nen plus dignes que lui de la pourpre. En général, il n'est pas dans la nature qu'un;souveraia s'avilisse ainsi soi-même : c'est à quoi tous les jeunes gens qui travaillent pour le tbé&ire doivent prendre garde; les mœurs doivent toujours être vraies. (Y.)

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