‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 165 sur 377 · ACTE I, SCÈNE IF · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IF

A ces soins tant vantés d'élever mon enHincc i; Que lant qu'on m'a laissée en quelque liberté, J'ai voulu me défendre avec civilité »; Mais, puisqu'on use eu6n d'un pouvoir tyrannique. Je vois bien qu'à mon tour il faut que je m'explique, Que je me montre entière à l'injuste fureur ', Et parle à mon tyran eu fille d'empereur. Il falloit me cacher avec quelque artifice Que j'étois Pulchérie, et fille de Maurice *, Si tu faisois dessein de m'éblouir les yeux > Jusqu'à prendre tes dons pour des dons précieux *. Vois quels sont ces présents dont le refus t'étonne : Tu me donnes, dis-tu, ton fils et ta couronne ; Mais que me donnes-tu, puisque Tune est à moi ',

1 Cela n'est pas français : on ne rend point une reconnaissance à des soins ; on a de la reconnaissance, on la témoigne, on la conserve ; j'ai rendu cette reconnaissance ! (V.)

S Que.... J'ai voulu, etc. C'est encore une faute contre la langue. Avec civilité est du ton de )a comédie. (V.)

•• Il faudrait à la fureur de, etc. ; oi^ne pourrait dire à la fureur, généralement, que dans un cas tel que celui-ci : la fermeté brave la fureur. L'épithète dHinjusle est faible et oiseuse avec le mot fureur. Enfin Xa fureur ne convient pas ici ; ce n'est point une fureur de marier Pulchérie à l'héritier de l'empire. (V.)

^ Sans examiner ici le style, je demande si une jeune personne élevée par un empereur peut lui parler avec cette arrogance : on ne traite point ainsi son maitre dans sa propre maison. Voyez comme Josabet parle à Athalie ; elle lui fait sentir tout ce qu'elle pense : cette retenue habile et touchante fait beaucoup plus d'impression que des injures. Electre aux fers, n'ayant rien à ménager, peut éclater en reproches ; mais Pulchérie, bien traitée, doitp^slle s'emporter tout d'un coup! peut-elle parler en souveraine! Un sentiment de douleur et de ilerté, qui échappe dans ces occasions, ne fait-il pas plus d'effet que des violences inutiles! Ce n'est pas que j'ose condamner ici Pulchérie; mais, en général, ces tyrans qu'on traite avec tant de mépris dans leurs palais, au milieu de leurs courtisans et de leurs gardes, sont des personnages dont le modèle n'est pas dans la nature. (Y.)

» Cela n'est pas français : on ne fait pas dessein ; on a dessein. (V.)

* Il semble que ce soit Phocas qui prenne ses dons pour des dons précieux : il fallait, pour l'exactitude, jusqu'à me faire prendre tes dons pour des dons précieux. ( V.) 7 Non, assurément, jamais femme n'a été héritière de l'empire ro-

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£t Tautre en est indigne, étant sorti de toi? Ta libéralité me fait peine à comprendre : Tu parles de donner quand tu ne fais que rendre ; Et puisque avecque moi tu veux le couronner, Tu ne me rends mon bien que pour te le donner. Tu veux que cet bymen que tu m'oses prescrire Porte dans ta maison les titres de Tempire, Et de cruel tyi-an, d^infame ravisseur, Te fasse vrai monarque, et juste possesseur. Ne reproche donc plus à mon ame indignée Qu'en perdant tous les miens tu m'as seule épargnée : Cette feinte douceur, cette ombre d'amitié. Vint de ta politique, et non de ta pitié. Ton intérêt dès lors fit seul cette réserve * : Tu m'as laissé la vie afin qu'elle te serve; Et mal sûr dans un trône où tu crains l'avenir. Tu ne m'y veux placer que pour t'y maimenif ;

main. Pulchérie a moins de droits au trône que le dernier officier de l'armée; il ne lui sied point du tout de dire : H est à moi ce trême-, c'est à moi d'y voir tout le monde à mes pieds. Elle lui procpose de laver ce trône avec son sang : j'observerai que si un trône est teint de mh^i^ il n'est point laTé de sang. Si elle prétend qu'on lave un trône teint é« sang d'un empereur avec le sang d'un autre empereur, elle doit dke^ lave par le tien, et non du tien. Elle répète ce mot encore, le bourreau de mon sang. Elle dit qu'elle a le cœur franc et haut : on doit bien rarement le dire ; il faut que cette hauteur se fasse sentir par le discours même. On a déjà remarqué que l'art consiste à déployer le caractère d'un personnage et tous ses sentiments par la manière dont on le fait parler, et non par la manière dont ce personnage parle de lui-même. (Y.) — L'empire romain étoit électif, et presque toujours à la discrétion des légions, qui n'attendoient le suffrage ni du peuple, ni du sénat : cependant on vit souvent les enfants, et même les femme» et les sœurs des empereurs, disposer de l'empire après eux. Ainsi Pulchérie, sœur de Théodose II, en disposa en faveur de Martian, qu'elle éleva au trône eu l'épousant. Dans le Bas-Empire, ces exemples de» vinrent encore plus fréquents. Irène, Zoé, Théodora, Eudoxie, régné» rent, soit par elles-mêmes, soit en se choisissant des époux. Cest donc une exagération de dire que Pulchérie, censée fille de l'emperear Maurice, avoit moins de droits à l'empire que le dernier officier de l'armée. (P.)

1 Faire une réserve^ pour dire épargner les jours d'une princesse ; cela n'est pas noble : faire une réserve est style d'affaires. (V.)

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