ACTE I, SCENE II
Croire s^èlre lavé d'un si noir attentat En imputant leur perte au salut de TÉtat! Il fait plus, il me croil digne de cette excuse! Souffre, souffre à ton tour que je te désabuse : Apprends que si jadis quelques séditions Usurpèrent le droit de ces élections, l/einpire étoitchez nous un bien héréditaire; Maurice ne Pobtint qu'en gendre de Tibère; Et Ton voit depuis lui remonter mon destin Jusqu'au grand Théodose et jusqu'à Constantin <. Et je pourrois avoir l'ame assez abattue...
PHOCAS
Eh bien ! si tu le veux, je te le restitue. Cet empire, et consens encor que ta fierté Impute à mes i*emords l'effet de ma bonté *. Dis que je te le rends et te fais des caresses Pour apaiser des tiens les ombres vengeresses, Et tout ce qui pourra sous quelque autre couleur Autoriser ta haine et flatter ta douleur; Pour un dernier effort je veux souffrir la rage Qu'allume dans ton cœur cette sanglante image '.
1 La race, le sang, la maison, la famille, remontent à une tige, à Constantin; mais le destin ne remonte pas. (Y.) — L'expression que Voltaire reprend est très usitée et très noble en poésie. (P.)
< Un homme doux et faible pourrait parler ainsi ; mais noiandi sunt tibi mores. Est-il vraisemblable qu'un guerrier dur et impitoyable, tel que Phocas, t'excuse doucement envers une personne qui vient de l'outrager si violemment, et qu'il lui offre toujours son fils ! S'il y était forcé par la nation, si, en mariant son flis à Pulchérie, il excluait Héraclius du trûne, il aurait raison ; mais Héraclius n'en aura pas moins de droits, supposé qu'en effet on ait des droits à un empire électif, et supposé surtout qu'Héraclius soit eu vie, ce que Phocas ne croit point. (V.)
S Une rage qu'une sanglante image allume! Il n'est point d'ailleurs de sanglante image dans ce couplet. (V.} — Voltaire oublie que, parmi les reproches quePulchérie vient de faire à Phocas, elle l'accuse d'avoir été le bourreau de sa famille :
Loi qui de tout les miens fit autant de Tictimes. Voilà l'image sanglante qu'elle lui remet sous les yeux, et à laquelle Phocas fait allusion dans sa réponse :
Pour apaiser des tiens les ombres vengeresses, etc.
242 HÉRAGLIUS.
Mais que Ta fait mon fils? étoit-ii, au berceau,
Des tiens que je perdis le juge ou le bourreau ?
Tant de vertus qu'en lui le monde entier admire
Ne Tont-elles pas fait trop digne de Tempire?
En ai-je eu quelque espoir qu'il n'ait assez rempli ?
Et voit-on sous le ciel prince plus accompli?
Un cœur comme le lien, si grand, si magnanime...
PULCHERIE
Va, je ne confonds point ses vertus et ton crime : Gomme ma haine est juste et ne m'aveugle pas. J'en vois assez en lui pour les plus grands Étals ^ ; J'admire chaque jour les preuves qu'il en donne; J'honore sa valeur, j'estime sa personne, Et penche d'autant plus à lui vouloir du bien * Que s'en voyant indigne il ne demande rien, Que ses longues froideurs témoignent qu'il s'irrite De ce qu'on veut de moi par delà son mérite, Et que de tes projets son cœur triste et confus Pour m'en faire justice approuve mes refus. Ce fils si vertueux d'un père si coupable. S'il ne devoit régner, me pourroit être aimable ' ; Et cette grandeur même où lu veux le porter * Est l'unique motif qui m'y fait résister. Après l'assassinat de ma famille entière,
1 Cette phrase n'est pas française : on est digne de gouverner de grands Etats ; on a assez de mérite pour être élu empereur ; mais je vois assez de mérite en lui pour un royaume, pour une armée j etc., ne peut se dire, parceque le sens n'est pas complet. Le mot pour, sans verbe, signifie tout autre chose ; cet ouvrage était excellent pour son temps ; Phocas est bien patient pour un homme violent. De plus, on ne doit point dire que le fils d'un empereur est digne de gouverner les plus grands États; car quel plus grand État que l'empire romain! (V.)
S Je penche d'autant plus à lui vouloir du bien, etc.
Expression de comédie. (V.)
8 On ne peut dire, il m'est aimable, haïssable; et pourtant l'on dit, il m'est agréable^ désagréable, odieux^ insupportable^ indifférent. On en a dit la raison. (V.)
* Porter à une grandeur^ cela n'est ni élégant, ni correct; et un motif qui fait y résister ! à quoil à cette grandeur où l'on veut porter Martian! (V.)