‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 201 sur 377 · PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS · texte numérisé non relu

PHOCAS, EXUPÈRE, AMINTAS

PHOCAS

J'écoute avec plaisir ces menaces frivoles * ; Je ris d'un désespoir qui n'a que des paroles; Et, de quelque façon qu'elle m'ose outrager, 1^ sang d'Héraclius m'en doit assez venger.

Vous donc, mes vrais amis, qui me tirez de peine, Vous, dont je vois l'amour quand j'en craignois la haine s^ Vous, qui m'avez livré mon secret ennemi,

de la lie du peuple! la noblesse de sa vengeance peut-elle descendre à. cette bassesse? (V.)

1 Ce vers n'est pas français ; il fallait, tf^ sans plus me presser de répondre à tes vœux. Bemarquez encore que ce mot vœux est trop faible pour exprimer les ordres d'un tyran. ( V.)

* Cette scène est adroite. L'auteur a voulu tromper jusqu'au spectateur, qui ne sait si Exupère trahit Phocas ou non : cependant un peu de réflexion fait bien voir que Ptiocas est dupe de cet officier. Les trois principaux personnages de cette pièce, Phocas, Héraclius et Martian, sont trompés jusqu'au bout : ce serait un exemple très dangereux & imiter. Corneille ne se soutient pas seulement ici par l'intrigue, mais par de très beaux détails. Toutes les pièces que d'autres auteurs ont faites dans ce goût sont tombées à la longue. On veut de la vraisemblance dans l'intrigue, de la clarté, de grandes passions, une élégance continue. (T.)

3 Pourquoi craignait-il la haine d'Âmintas ! et s'il a craint la haine d'Exupère, dont il a fait tuer le père, pourquoi se fie-t-il à cet Exupère t y*en craignais n'est pas bien ; il fallait, quand j'ai craint votre haine. Malgré l'artiflce de cette scène, peut-être Phocas est-il un peu trop un tyran de comédie, à qui on en fait aisément accroire : il a des troupes, il peut mettre Léontine, Pulchérie et le prétendu HéracliuV en prison ; il n'a point pris ce ^ti, il attend qu'Exupère lui donne des conseils, il le rend k tout ce qu'on lui dit. (Y.)

Page 1