‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 202 sur 377 · ACTE lU, SCENE ly · texte numérisé non relu

ACTE lU, SCENE ly

Ne soyez point vers moi fidèles à demi : Résolvez avec moi des moyens de sa perte : La ferons-nous secrète, ou bien à force ouverte? Prendrons-nous le plus sûr, ou le plus glorieux?

EIUPÈRE.

Seigneur, n'en doutez point, le plus sûr vaut le mieux ; Mais le plus sûr pour vous est que sa mort éclate, De peur qu'en rignorant le peuple ne se flatte, N'attende encor ce prince, et n'ait quelque raison De courir en aveugle à qui prendra son nom.

PHOCAS

Donc, pour ôter tout doute à cette populace, Nous enverrons sa tête au milieu de la place.

EXUPÈRE

Mais si vous la coupez dedans votre palais. Ces obstinés mutins ne le croiront jamais; Et> sans que pas un d'eux à son erreur renonce. Ils diront qu'on impute un faux nom à Léonce, Qu*6n en fait un fantôme afin de les tromper. Prêts à suivre toujours qui voudra l'usurper.

Lors nous leur ferons voir ce billet de Maurice.

EXUPÈRE

Ils le tiendront pour faux, et pour un artifice : Seigneur, après vingt ans vous espérez en vain Que ce peuple ait des yeux pour conuoltre sa main. Si vous voulez calmer toute cette tempête, Il faut en pleine place abattre cette tête, Et qu'il die, en mourant, à ce peuple confus : ce Peuple, n'en doute point, je suis Héraclius. »

PHOCAS

Il le faut, je l'avoue; et déjà je destine A ce même échafaud Tinfame Léontiue.

Mais si ces insolents l'arrachent de nos mains?

EXUPÈRE

Qui l'osera, seigneur?

PHOCAS

Ce peuple que je crains.

EXUPÈRE

Ah ! souvenez-vous mieux des désordres qu'enfante

29a BÉaACijys.

Dans un peuple sans diel la ^ramlère épcu^aaie. Le seul bruit de ee prinee au palus anétè Dispersera soudaîB chacun de son eftlé i; Les plus audadMx cnûndranft votw JinticiL, Et le reste en tremblant ira ^oic son supplice. Mais ne levr dcnmer pas, fartkn£ trop à pmàr^ Le temps de se remettee et de se lénnir : Envoyez des soldats à chaque coin des mes *; Saisissez THippoikoDie avec ses aveaves : Dans tous les lieex publics rendei-Toes le plvs fioHt. Pour nous, qu'un tel indice intéresse à sa mort, De peur que d'autres nuiins ne se bôsseal séduiro, Jusques à réchafaud l^ssezH[)ous le conduire. Nous aurons trop d'amis pour en venir à bout ' ; J'en réponds sur ma tj^e, et j'aurai l'œil à tout K

PBOCAS.

€'en est trop, Exnpère : allez» je m'abandonne

Aux fidèles conseils que votre ardeur me domie >.

€'est l'unique m<^6n de dompter nos miiknis^

Et d'éteindre à jamais ces troubles intestins.

Je vais, sans différer, pour cette grande affaire

Donner à tous mes ciie& un ordre nécessaire *.

Vous, pour répondre aux soins que vous m'avez promis "^^

Allez de votre part assembler vos amis ',

i Le bruit d'un prince arrêté qui disperse chacun de son côté; qui ne voit que ces expressions sont à la fois familières, prosaïques et inexactes? Le bruit d'un prince arrêté ! quelle expressioD! Chacun de son côté est oiseux et prosaïque. (Y.)

S Ce n'est pas ainsi qu'on exprime noblenMnt lea plus petites choses, et qu'un poëte, comme dit Boileau,

Fait des plus secs chardont des lauriers et des roses. (T.)

3 II doit dire précisément le contraire : nous avons trop d'ami&pouc n'en pas venir à bout. (V.)

* J^ aurai l'œil à tout, expression de comédie. (V.)

i L'ardeur d'Exupère qui donne des conseils! ( V.)

8 II n'est pas permis dans le tragique d'employer ces phrases, qui ne conviennent qu'au genre familier. Ce n'est pas là cette noble simplicité tant recommandée. (Y.)

7 Cela n'est pas français ; <m répoed à la confiance, on exécute ce qu'on a promis. ( V.)

S II semble par ce mot qu'Exapèce soit un hnBMBft «mk importait

Page 1