HÉRACLIUS
LÉONTINE
Sfigiieur, un tel succès à peine est concevable ^ ; Et d*un si grand dessein la conduite admirable...
HÉRACUUS, àExupère.
Perfide généreux, hàte-loi d'embrasser i Deux princes impuissants à te récompenser.
EXUPÈBE , à Héraclius.
Seigneur, il me faut grâce ou de Pun ou de Taulrc : J'ai répandu sou sang, si j'ai vengé le vôtre.
MABTIAN.
Qui que ce soit des deux, il doit se consoler
De la mort d'un tyran qui vouloit l'immoler :
Je ne sais quoi pourtant dans mon cœur en murmure.
HÉRACLIUS
Peut-être en vous par là s'explique la nature : Mais, prince, votre sort n'en sera pas moins doux; Si l'empire est à moi, Pulchérie est à vous. Puisque le père est mort, le fils est digne d*elle.
1 Léontine a très grande raison de concevoir à peine une chose qui n'est nullement vraisemblable : elle dit que la conduite de ce dessein «•st admirablç ; mais c'était à elle à conduire ce dessein , puisqu'elle avait tant promis de tout faire. C'est une subalterne qui a voulu joner un rôle principal, et qui ne l'a pas joué : il se trouve qu'elle ne fait autre chose, dans les premiers actes et dans le dernier, que de montre» des billets ; elle a été, aussi bien que Phocas, la dupe d'un autre subalterne. Héraclius. Martian, Pulchérie, Eudoxe , n'ont contribué en rien ni au nœud ni au dénouement. La tragédie a été une méprise continuelle, et enfin Exupère a tout fait par une espèce de prodige. Re marquez encore que cette mort de Phocas n'est là qu*un événement inattendu, qui ne dépend point du tout du fond du sujet, qui n'y est jioint contenu, qui n'est point tiré, comme on dit, des entrailles de la jiièce : autant vaudrait que Phocas mourût d'apoplexie. Du moins (/aldéron fait mourir Phocas en combattant contre Héraclius. (V.»
i Une nuée de critiques s'est élevée contre La Motte pour avoir uiïecté de joindre ainsi des épithètes qui semblent incompatibles. On ne s'avise pas de reprendre le perfide généreux de Corneille. Quand un homme a établi sa réputation par des morceaux sublimes, et qu'un siècle entier a mis le sceau à sa gloire, on approuve en lui ce qu'on censure dans un contemporain. C'est ce qu'on voit en Angleterre, où l'on élève Shakespeare au-dessus de Corneille, et où l'on siffle ceux qui l'imitent. J'avoue que je ne sais si perfide généreux est un défaut ou non, mais je ne voudrais pas employer cette expression. (V.)