‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 236 sur 377 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

NICOMÈDfi, LAODIGE.

LAODICÇ.

Après tant de hauts faits, il m'est bien doux, seigneur. De voir encor mes yeux réguer sur votre cœur * : De voir, sous les lauriers qui vous couvrcal la tète ** Uu si graod couquérapt être encor ma conqpète ^, Et de toute la gloire acquise à ses travaux Faire un illustre hommage à ce peu que je vaux ^. Quelques biens toutefois que le eiel me renvoie,

I On ne roit point ses yeux ; cette figure manque un peu de justesse, m&is c'est une faute légère. (V.)

< Ce vous rend l'expression trop vulgaire : Je me êuiê couvert la télé; vous vous êtes /ait mal au pied. II faut chercher des tours plus nobles. Rarement alors on s'étudiait à perfectionner son style. (T.)

3 Corneille paraît affectionner ces vers d'antithèses :

Co qu'il doi( au vaincu brûlant pour le vainqueur. Et pour être invaincu l'on n'est pas invincible. J'irai sous raes cyprès accabler ses lauriers.

Ces figures ne doivent pas être prodiguées. Racine s'en sert tr«fi rarement ; cependant il a imité ce vers dans Androwu»qut :

Mener en conquéraot sa «nperbe conquête.

II dit aussi :

Vous me voulez aimer, et je ne puis vous plaire. Vous m'aimeriez, madame, en me voulant haïr.

Non ego paucis

Offendar maculis.., (V.)

^ Cette manière de s'exprimer est absolument bannie. On dirait à présent dans le style familier, au peu que Je vaux, L'épithète 4*»ï^

348 NICOMEDE

Mon cœur épouvanté se refuse à la joie :

Je vous vois à regret, tant mon cœur amoureux

Troïive la cour pour vous un séjour dangereux. *.

Votre marâtre y règne; et le roi votre père

Ne voit (|ue par ses yeux, seule la considère,

Pour souveraine loi n'a que sa volonté :

Jugez api-ès cela de votre sûreté.

La haine que pour vous elle a si naturelle <

A mon occasion encor se renouvelle '.

Votre frère son flls, depuis peu de retour...

KICOMÈOE.

Je le sais, ma princesse, et qu'il vous fait la cour ^. Je sais que les Romains, qui Tavoient en otage, L'ont enfin renvoyé pour un plus digne ouvrage; Que ce don à sa mère étoit le prix fatal Dont leur Flaminius marcliandoit Annibal ^ Que le roi par son ordre eût livré ce grand homme,

lustre gâte presque tous les vers où elle entre , parcequ'elle ne sert qu'à remplir les vers, qu'elle est vague, qu'elle n'ajoute rien au sens. {V.) — Cette épithète, comme toutes les autres, a besoin d'être mise en sa place ; et alors elle enrichit le sens au lieu de le gâter. (P.)

1 II ne sied point à une princesse de dire qu'elle est amoiirease. et surtout de commencer une tragédie par ces expressions qui ne conviennent qu'à une bergère naïve. Nous avons observé ailleurs qu'un personnage doit faire connaître ses sentiments sans les exprimer grossièrement : il faut qu'il découvre son ambition sans qu'il ait besoin de dire, je suis ambitieux; sa jalousie, sa colère, ses soupçons, et qu'il ne dise pas,yc suis colère, je suis soupçonneux, jaloux, à moins que ce ne soit un aveu qu'il fas<e de ses passions. (V.)

* L'inversion de ce vers gâte et obscurcit tm sens clair, qui est la kaine Naturelle qu'elle a pour vous. Que Racine dit la m^me chost» bien plus élégamment i

Dei droits de ses enfants une mère jalouse Pardonne rarement au fils d'ana autre épouse. V.)

S A mon occasion est de la prose rampante. (V.)

* Faire la cour^ dans cette acception, est banni du style tragique ; ma princesse est devenu comique, et ne l'était point alors. (V.)

5 Cette expression populaire, marchandait, devient ici trè-s éncrq;ique et très noble, par l'opposition du grand nom dMunibal qui inspire •lu respect. On dirait très bien , même en prose, cet empereur, aprf-» Hvoir marchandé la couronne, trafiqua du sang des nations ; mais ce

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