‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 237 sur 377 · ACTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE I

S*il n^eût par le poison lui-même évité Rome i,

Et rompu par sa mort les speetncl js pompeux '

Où l'effroi de son nom le deslinoit cliez eux.

Par mon dernier combat je voyois réunie

La Cappadocc enlièrc avec la Bitliynie,

Lors(|u'à cette nouvolte, enflammé de courroux

D^avoir perdu mon maître, et de craindre pour vous.

J'ai laissé mon armée aux mains de Tliéagène,

Pour voler en ces lie-x au secours de ma reine.

Vous en aviez besoin, madame, et je le voi.

Puisque Fiaminius obsède encor le roi.

Si de son arrivée Annibal fut la cause,

Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre chose;

Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter.

Pour aider à mon frère à vous persécuter ^.

LAODICE

Je ne veux point douter que sa vertu romaine N^embrasse avec chaleur Tintérét de la reine : Annibal, qu'elle vient de lui sacrilier,

don dont leur Fiaminius n'est ni harmonieux ni français ; on ne marchande point d'un don. (V.)

1 Éviter une ville par le poison est une espèce de barbarisme ; il veut dire ^ éviter par le poison la honte d'élue livré aux Romains. Vopp*obre qu^on lui destinait à Home. (V.) — Ici nous voyons une beauté au lieu du barbarisme (|ue Voltaire veut y voir. Il nous semble qu'en dérogeant un peu à l'exactitude que pourroit exiger la prose, Corneille exprime avec tout le r«'U, toute la vivacité et toute la ]'récision d'un poêle, ce que rediutoit Annibal. et ce qu'il vo-.ilut éviter Il s'agit des affronts que lui préparoientles Homaiiis, et non de la ville de Rome. Lorsque, dans la Uenriade, Voltaire fait dire à Henri IV,

Je ne décide point entre Genève et Rome,

ce n'est point une ridicule comparaison de ville à ville que ce prince vent faire; il veut parler des deux religions dont ces villes sont les métropoles. (P.)

1 Rompre des spectacles n'est pas français. Par une singularité commune à toutes les langues, « n interrompt des spectacles, quoiqu'on ne les rompe pas ; on corrompt le golt, on ne le rompt pas. Souven» le composé est en usage, quand le simple n'est pas admis : il y en a mille exemples. (V.)

* Aider à quelqu'un est une cxpre*-sion populaire : aidez-lui à marcher; il faut, pour aider mon /rère. ^V.)

35b NICOMÈDE.

L'engage en sa <î«erellé, et m*en fidt Méfier ^

Mais, seigneur, /us«ttrtci j*«nrois tort de m'en plaindre :

Et, quoi qu'il enWeprenne, avez-vous lieu de crairrfre?

Ma gloire et mon amour peuvent bien peu sur moi,

S'il faut votre présence à soutenir ma foi *,

Et si je puis tomber en celte frénésie

De préférer Attale au vainqueur de l'Asîe ;

Attaie, qu'en «tage ont nourri les Romarins,

Ou plutôt qu'en esclave ont façonné leurs mains,

Sans lui rien mettre au cœur qu\ine crainte servîlô

Qui tremble à voir im aigle, et respecte un édile '!

mCOMÈDB.

Plutôt, plmôt la nwwt, tpie mon esprit jaloux Forme des senthnents si jxfa dignes de vous! Je crains la violence, et non votre foîblesse; Et si Rome une fois contre nous s'intéresse *...

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