SCÈNE IL
LAODICE, NICOMÈDE, ATTALK.
ATTALB,
Quoi! iiiaclame, toujours un front inexorable! Ne pourrai-je surprendre un regard favorable, Un regard désarmé de toutes ce.s rigueurs, Kt tel quMl est enfin quand il gagne les cœurs?
LAODICE
Si ce front est mal propre à m'acquérir le vôtre *, Quand j'en aurai dessein, j'en saurai prendre un autre
ATTALK.
Vous ne l'acquerrez point, puisqu'il est tout à vous*.
laodicë.
Je n'ai donc pas besoin d'un visage plus doux 3.
ATTALE
Conservez-le, de gi*ace, après l'avoir su prendre.
LAODICE
C'est un bien mal acquis que j'aime mieux vous rendre ».
1 3/a//)ro/>rr?, dans toutes SCS acceptions, est absolument banni du style noble, et, par la construction, il stmblequelefroBtde Laodire soit mal propre à acquérir le front d'Vtta'e; de \i\\is, prendre un. front est un barbarisme ; on dit bien, il prit un visage sévère, un front serein^ ou triste; mais, en général, on ne peut pas dire y prendre un front, parcoqu'on ne peut pas prendre ce qu'on a : il faut ajouter une épithètc qui marque le sentiment qu'on pt-int sur son front, sur son visage. (V.)
2 Ces compliments , ces dialogues de conversation ne doivent pas entrer dans la tragédie. ( V,)
3 Avoir besoin d'un visage! (V.).
* Laodicc commence à prendre le ton de l'irooie. Corneille l'a prodiguée dans cette pièce d'un bout à l'autre. Il ne faut pas soutenir un ouvrage entier par la même figure. L'irunie par elle-mênae n'a rien de tragique; il faudrait au moins qu'elle fût noble : un bien mal acquis est comique. (V.) — L'irohie convient souvent eux passions les plus violentes. Loin d'être, comme VolUiire paroît le supposer, au-dessous du genre tragique, Homtre et Virgile l'ont employée fi^équemment . dans l'épopée ; et on la verra, dans Nicomède, s'approcher quelquefois du sublime. Nous ne prétendons pas cependant justifier, par cette observation, l'espace d'ironie qu'emploie ici Laodice ; elle est comique, et par conséquent déplacée. (P.)