SCÈNE I
PRUSIAS, AHASPE.
PRUSIAS
Revenir sans mon ordre, et se montrer ici !
ARASPE
Sire, vous auriez tort d'en prendre aucun souci,
Et la haute vertu du prince Nicomède *
Pour ce qu'on peut en craindre est un puissant remède;
Mais tout autre que lui devroit être sus|>ect :
Un retour si soudain manque un peu de respect *,
Et donne lieu d'entrer en qnel<(ue dt*fiance
Des secrètes raisons de tant d'impatience.
PRUSIAS
Je ne les vois que trop, et sa témérité
N'est qu'un pur attentat sur mon autorité :
Il n'en veut plus dépendre, et croit que ses conquêtes
Au-dessus de son bras ne laissent point de têtes ^ ;
Qu'il est lui seul sa règle, et que sans se trahir
Des héros tels que lui ne sauroient ol)éir.
ARASPE
C'est d'ordinaire ainsi que ses pareils agissent :
A suivre leur devoir leurs hauts faits se ternissent^;
Et ces grands cœurs, enflés du bruit de leurs combats ^,
i Une haute vertu, remède pour ce qu'on en peut craindre, nVst ni correct ni clair. (V.)
« Un retour qui manque de respect! (V.)
S Des têtes au-dessus des bras! Il n'éU.it plus permis d^érrire ainsi en 1652: mais Corneille ne châtia jamais son style; il passe pour valoir mieux par la force des idées que par l'expression : cependant observez que, toutes les fois qu'il est véritablement grand, son expression est noble et juste, et ses vers sont bons. (V.l
* Il semble que les hauts faits suivent un devoir, et qu'ils se ternissent en le suivant : ce n'est pas parler sa langue. |V.)
5 Des coeurs enjlcs de bruit sont Q.:\s%i intolérables que des têtes au-