‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 257 sur 377 · ACTE H, SCENE HT · texte numérisé non relu

ACTE H, SCENE HT

NICOMÈDE

Seigneur, c'est à vous seul de faire Attale roi.

PRUSIAS

C'est votre intérêt seul que sa demande touche.

NICOMÈDE

Le vôtre toutefois m'ouvrira seul la bouche. De quoi se mêle Rome, cl d*oi'i prend Je sénat, Vous vivant, vous régnant, ce droit sur votre État? Vivez, régnez, seigneur, jusqu'à la sépulture. Et laissez faire après, ou Rome, ou la nature;

PRUSlAS.

Pour de pareils amis il faut se faire effort.

NICOMÈDE

Qui partage vos biens aspire à votre mort; £t de pareils amis, en bonne politique...

Ahl ne me brouillez point avec b république; Portez plus de respect à de tels alliés.

NICOMÈDE

Je ne puis voir sous eux les rois humiliés; Et, quel que soit ce (ils que Rome vous renvoie, ligueur, je lui rendrois son présent avec joie. -S'il est si bien instruit en l'art de commander, C'est un rare trésor qu'elle devroit garder. Et conserver chez soi sa chère nourrilurei. Ou pour le consulat, ou pour la dictature.

FLAMINIUS , à Prusias.

f>ejgneur, dans ce discours qui nous traite si mal. Vous voyez un effet des leçons d'Annibal ; <]e perfide ennemi de la grandeur romaine N'en a mis en son cœur que mépris et que haine*.

NICOMÈDE

Kon, mais il m'a surtout laissé ferme en ce point,

t Cela n'est pas français ; et conserver ne se lie pas avec qu'elle devrait. Nicomède a déjà parlé de bonne nourriture : si vous faites état de celte nourriture. (V.) — Voltaire se trompe: c'est Flaminius, et non pas Nicomède, qui a dit, au commencement de cette scène :

Si Tuus faites état de cette noorriture.

S Gela n'est pas français, n'en mettre que mépris, (V.)

37» KICOMEDE.

D^estimer beàiiconp^Rome^i^iie la çraindre4jDi«tr' On me croit sou disci{»ltt, et je le tiea$à gloire i; Et qu^tnd Flaminius attaque sa mémoire.

Il doit savoir qu'on jour U me fera raisan D'avoir réduit mon maître au secours du poison, Et n'oublier jamais qu'autrefois ce grand bomme Commença par son père^ à triomplier de Reme.

FUUitNIUS.

Ah ! c'est trop m'outragerl

NICOMBBE.

N'outragez plus les morts.

PRUSIAS

Et vous, ne cherchez point à former de discords; Parlez et nettement sur ce quil me propose.

NICOMÈbS.

Eh bien ! s'il est besoin de répondre autre chose, Âttale doit régner, Rome l'a résolu ; Et puisqu'elle a partout un pouvoir ahsoTu, C'est aux rois d'oltéir alors qu'elle commande.

Attale a le cœur grand, l'esprit ^raud, l'ame grande, Et toutes les grandeurs dont se fait un grand roi *. Mais c'est trop que d'en croire un Bomain sur sa foi ; Par, quelque grand effet voyons >'il en est digne, S'il a cette vertu, cette valeur insigne : Donnez-lui votre armée, et voyons ces grands coups ; Qu'il en fasse pour lui ce que j'ai fait pour vous^;

1 Cette manière, de s'exprimer a vieilli. (V.) — Elle nous parott mériter d'être conservée. 'P.)

t Voyez notre remarque snr le {wisonnage de Flaminios, scène cinquième du premier acte. Il n*est pas encore dans l'exactitude biston.<i»e que ce soit par un Flaminius qu'Annibal ait commencé à tricmi hvr de Rome. La journée de Trasimène avuit été précédée par les batailk-s du Tésin et de la Trebie |P.)

• Ces deux vers sont du nombre de ceux que les comédiens avaient corrigés : en effet, cette dûttinction du cœur, de l'esprit et de l'arac^ cette énumération de parties faite ironiquement, est trop loin du tonde la tragédie; et cette- répétition de grand et grande est comique. (Y.^

* On ne sait pas d'abord ce que veut dire cet en ; il est très inutile,, et, il se rapporte à vertu, qui est deux vers plus haut. (V.) — Ne se

' rapporte-t-il pas bocneoup phis naturellement à donnez-lui votf9

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