ACTE IV, SCENE II. 41 r
Ils auroient des remords qui ne vous plairoienl pas.
ARSINOÉ
Vous voyez à quel point sa haine m'est cruelle; Quand je le justifie, il me fait criminelle : Mais sans doute, seigneur, ma présence Tnigrit, Et mon éloignement remettra son esprit; Il rendra quelque calme à son cœur magnanime, Et lui pourra sans doute épargner plus d'un crime.
Je ne demande point que par compassion Vous assuriez un sceptre à ma protection ^ Ni que, pour garantir la personne d'Altale, Vous partagiez entre eux la puissance royale : Si vos amis de Rome en ont pris quelque soin. C'éloit sans mon aveu, je n'en ai pas besoin. Je n'aime point si mal que de ne vous |)as suivre ', Sitôt qu'entre mes bras vous cesserez de \ivre; El sur votre tombeau mes premières douleurs s
Verseront tout ensemble et mon sang et mes pleurs.
PRIJSIAS.
Ah! madame!
ARSINOÉ
Oui, seigneur, cette heure infortunée l*ar vos derniers soupirs clora ma destinée 3; Et, puisque ainsi jamais il ne sera mon roi, Qu'ai-je à craindre de lui? que peut-il contre moi? Tout ce que je demande en laveur de ce gage. De ce fds qui déjà lui donne tant d'ombrage. C'est que chez les Romains il retourne achever
1 Le sens n'est pas assez clair; elle veut dire, ^«c ma profcction assure If sceptre à mon fîls. (V.)
2 Cela n'est pas français; il fallait^e vous aime trop pour nt vous pas suivre; ou plutôt il ne fallait pas exprimer ce sentiment, qui est admirable quand il est vrai, et ridicule quand il est faux. (V.)
3 Clore, clos, n'est absolument point d'usage dans le style tragique. L'intérêt devrait être pressant dans cette scène, et ne l'est pas : c'est que Prusias, sur qui se fixent d'abord les yeux, partagé entre une femme et un fils, ne dit rien d'intéressant; il est même encore avili : on voit que sa femme le trompe ridiculement, et que son fils le brave : on ne craint rien, au fond, pour Nicomède; on méprise le roi, on hait la reine. (Y.)
M4 Nî€OMEDE.
Des jours que dans leur sein vous fîtes élever; Qu'il retourne y traîner, sa»s péril et sans gloire, De votre amour pour moi l'impuissante mémoire. Ce grand prince vous sert, et vous servira mieux Quand il n'aura plus rien qui lui blesse les yeux. : Et n'appréhendez point Rome, ni sa vengeance; Contre tout son pouvoir il a trop de vaillance : Il sait tous les secrets du fameux Annibal *, De ce héros à Rome en tous lieux si fatal. Que l'Asie et TAfrique admirent l'avantage Qu'en lire Anliochus, et qu'en reçut Cartliage.
Je me relire donc afin qu'en liberté Les tendresses du sang pressent voire bonté; Et je ne veux plus voir ni qu'en votre présence Un prince que j'estime indignement m'olfense, Ni que je sois forcée à vous mettre en courroux Contre un fds si vaillant et si digne de vous.