ARSINOÉ, ATTALE
ARSINOÉ
J'ai prévu ce tunmlte, et n'en vois rien à craindre :
Comme un moment l'allume, un moment peut l'éteindre i.
Et, si robscurité laisse croître ce bruit,
Le jour dissipera les vapeurs de la nuit.
Je mefâcbe bien moins, qu'un peuple se mutine
Que de voir que ton cœur dans son amour s'obstine,
Kl, d'une indigne ardeur lâchement embrasé,
IVe rend point de mépris à qui t'a méprisé.
Venge-toi d'une ingrate, et quitte une cinielle,
A présent que le sort l'a mis au-dessus d'elle.
Son trône, et non ses yeux, a voit dû te charmer :
Tu vas régner sans elle; à quel propos l'aimer?
Porte, porte ce cœur à de plus douces chaînes.
Puisque te voilà roi, l'Asie a d'autres reines.
Qui, loin de te donner des rigueurs à soufl'rir 2,
T'épargneront bientôt la peine de t'olî'rir.
ï On n'allume pas un tumulte. Il se fait dans la ville une sédition imprévue : c'est une machine qu'il n'est plus guère permis d'empl«yer aujourd'hui, ^nrcequ'clle est triviale, parcequ'elle n'est pas renfermée dans l'exposition de la pièce, parceqne, n'étant pas née du sujet, elle ost sans art et sans mérite. Cependant, si cette sédition est sérieuse, Arsinoé et son fils perdent leur temps à raisonner sur la puissance et sur la politique des Romains. Arsinoé lui dit froidement: Von* me ravissez tl'avoir cet f.e prudence Ce vers comique et les fautes de langue ne contribuent pas à«mbe|lir cette scène. (V.)
î On ne donne piânt des rigueurs comme on donne des faveurs ; cela ^'est pas français, parccque cela n'est admis dans aucune langue. [Y.\ — Corneille ne dit pas que Laodice donne des riguewrs k Attale, mai» qu>llte lui en donne à souffrir ; expression qui a an to«t »utre sens, et que l'usage autorisoit alors. ["P.)
424 NICOMEDE
ATTALE
Mais, madame...
ARSINOÉ
Eli bien î soit, je veux qu'elle se rende : Prévois-tu les malheurs qu'ensuite j'appréhende? Sitôt que d'Arménie elle t'aura fait roi, Elle t'engagera dans sa haine pour moi. Mais, ô dieux! pourra-t-elle y borner sa vengeance? Pourras-tu dans son lit dormir en assurance? Et refusera-t-elle à son ressentiment Le for ou le poison pour venger son amant ^ ? Qu'est-ce qu'en sa fureur une femme n'essaie?
ATTALE
Que de fausses raisons pour me cacher la vraie * !
Rome, qui n'aime pas à voir un puissant roi,
L'a craint en Nicomède, et le craindroit en moi.
Je ne dois plus prétendre à l'hymen d'une reine,
Si je ne veux déplaire à notre souveraine;
Et puisque la fâcher ce seroit me trahir,
Alin qu'elle me souffre, il vaut mieux obéir.
Je sais par quels moyens sa sagesse profonde
S'achemine à grands pas à l'empire du monde.
Aussitôt qu'un État devient jin peu trop grand,
Sa chute doit guérir l'ombrage qu'elle en prend ^.
C'est blesser les Romains que faire une conquête.
Que mettre trop de bras sous une seule tête *• ;
Et leur guerre est trop juste après cet attentat
Que fait sur leur grandeur un tel crime d'État s.
Eux, qui pour gouverner sont les premiers des hommes.
Veulent que sous leur ordre on soit ce que nous^sommes,
Veulent sur tous les rois un si haut ascendant
1 Quelle idée! pourquoi lui dire que sa femme Tempoisonnera ou l'assassinera? (V.)
î Ce n'est pas elle qui cache la vraie raison ; ce qu'il dit à sa mère ne doit être dit qu'à Flaminius : ce n'est pas assurément sa mère qui craint qu'Attale ne soit trop puissant. (V.)
* On ne guérit point un ombrage : cette expression est impropre. (V.]
* Mettre des bras sous une tête ! ( V.)
S Un attentai qu'un crime d'État fait sur une grandeur, c'est i la fois un solécisme et un barbarisme. (V.)