‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 317 sur 377 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Et de se i^etrancber dans l'empire douteux Que lui souffre à regret uoe province ou deux, Qu*à sa fortune lasse il craint que je n'enlève, Sitôt que le printemps aura fini la trêve.

C'est rbeureuse union de vos drapeaux aux miens Qui fait ces beaux succès qu'à toute beure j'obtiens; G*est à vous que je dois ce que j'ai de puissance : Attendez toi^ aussi de ma reconuoissance. Je reviens à Pompée, et pense deviner Quels motifs jusqu'ici peuvent nous l'amener.

Comme il trouve avec nous peu de gloire à prétendre. Et qu'au lieu d'attaquer il a peine à défendre *, Il voudroit qu'un accord, avantageux ou non, L'affrancblt d'un emploi qui ternit ce grand nom ; Et cbatouilié d'ailleurs par l'espoiv qui le flatte, De faire avec plus d'beur la guerre à Mithridate, Il brûle d'être à Rome, afin d'en recevoir Du maître qu'il s'y donne et l'ordre et le pouvoir.

PERPENNA

J'aurois cru qu'Aristie ici réfugiée.

Que, forcé par ce maître, il a répudiée. Par un reste d'amour l'attirât en ces lieux Sous une autre couleur lui faire ses adieux *;

Ao roi tanné qui commande en Esp^ne, Mon père , hélas ! qui vous crie nei'ci , La quittera, si vous Toules, aussi. (Y.)

t C'est un solécisme ; il faut, il a peine à se défendre. Ce verb* n'est neutre que quand il signifie prohiber^ empêcher ; je défende qu'on prenne les armes ^ je défends qu'on marche de ce côté-, etc. (V.)

S Cela n'esC pas français ; c'est un barbarisme de phrase : on Tient faire, on engage, on invite à faire, on attire quelqu'un dans une ville pour y faire ses adieux ; mais attirer faire est un solécisme intolérable. Ds plus, toutes Cfrs expressions et ces tours sont de la prose trop négligée et trop embrouillée. J'aurais cru qu'Aristie l'attirât est un solécisme ; il faut Vattirerait, à rimparfait, parceque la chose est positive : j'aurais cru que vous étiez amis , je ne savais pas que vous fussiez amis ; je pensais que vous aviez été amis, j'espérais que vous seriez amis. fV.) — Voltaire, dans Nanine^ s'est permis un solécisme à peu près pareil :

En s'épousant, ils crurent qu'ils s'aimèrent. Il faut, quHls s'aimaient, ou quHls s*aimeroient. Ce solécisme n'tx-

462 SBRTORIUS.

Car de son cher tyran Tinjustice fut lelle, Qu'il nq lui permit pas de prendre congé d'elle.

SERTOBIUS.

Cela peut être encore ; ils s'uiinoient chèrement : Mais il pourroit ici trouver du changement. L'affront pi(|ue à tel point le grand cœur d'Àristie, Que, sa première flamme en haine convertie, Elle cherche bien moins un asile chez nous Que la gloire d'y prendre un plus illustre époux. C'est ainsi qu'elle parle, et m'oll're l'assistance De ce que Rome encore a de gens d'importance «, Dont les uns ses parents, les autres ses amis, Si je veux Tépouser, ont pour moi tout promis. Leurs lettres en font foi, qu'elle me vient de rendre *. Voyez avec loisir ce que j'en dois attendre; Je veux bien m'en remettre à votre sentiment.

PERPENNA

Pourriez-vous bien, seigneur, balancer un moment, A moins d'une secrète et forte antipathie Qui vous montre un supplice en l'hymen d'Arislie? Voyant ce que pour dot Rome lui veut donner. Vous n'avez aucun lieu de rien examiner.

SERTORIUS

Il faut donc, Perpenna, vous faire confidence Et de ce que je crains, et de ce que je pense. J'aime ailleurs ». A mon âge il sied si mal d'aimer ,

cuse pas celui de Corneille ; mais il étonne, parcequ'on ne peut pas l'imputer au temps où Voltaire écrivoit. (P.)

t Gens d'importance, expression populaire et triviale, que la prose et la poésie réprouvent également. (V.)

2 Cela n'est pas français ; il faut, leurs lettres, qu'elle vient de me rendre, en font foi. Toute cette conversation est d'un style trop familier, trop négligé. (V.)

8 Un tel amour est si froid qu'il ne fallait pas en prononcer le nom. J'aime ailleurs est d'un jeune galant de comédie : ce n'est pas là Sertorius. Cette passion de l'amour est si jdifférente de toutes les autres, qu'elle ne peut jamais occuper la seconde place; il faut qu'elle soit tragique, ou qu'elle ne se montre pas. EJle est tout à fait étrangère dans cette scène où il ne s'agit que d'intérêts d'Etat ; mais on était si accoutumé aux intrigues d'amour sur le théâtre, que le vieux Sertorius même prononce ce mot qui sied si mal dans sa bouche. Il dit.

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