ACTE I, SCENE II. -fôS
Que je le cache même à qui m'a «u charmer * :
Mais, tel que je puis être, on m'aime, ou, pour mieux dire,
La reioe Virlate à mon hymen aspire;
Ette veut que ce choix de son ambition
De son peuple avec nous commence l'union,
Et qu'ensuite à Tenvi mille autres hyreénées
De nos deux nations Tune à l'autre enchaînées
Mêlent si ï^n le sang et l'intérêt commun.
Qu'ils réduisent bientôt les deux peuples en un 2.
C'est ce qu'elle prétend pour digne récompense
De nous avoir servis avec cette constance
Qui n'épargne ni biens ni sang de ses sujets
Pour affermir ici nos généreux projets : •
Non qu'elle me l'ait dit, ou qufSlque autre pour elle;
Mais j'en vois chaque jour quelque marque fidèle;
Et comme ce dessein n'est plus pour moi douteux,
Je ne puis l'ignorer qu'aulaut que je le veux.
J'aime ailleurs, comme s'il était absolument nécessaire à la tragédie que le héros aimât en un endroit ou en un autre. Ces mots faimê ailleurs sont du style de la comédie. — A mon âge est encore comique, et il sied si mal d'aimer l'est davantage. II semble qu'on examine ici, comme dans Clélie, sMl sied à un vieillard d*almer ou de n'aimer pas. Ce n'est point ainsi que les héros de la tragédie doivent penser et parler. Si vous voulez un modèle de ces vieux personnages auxquels on propose une jeune princesse par un intérêt de politique, prenez-le dans TAcomat de l'admirable et sage Racine :
Voudrois— tu qu'à mon âge Je fisse de l'amour le vil apprentissage? Qu'un cœur qu'ont endurci la fatigue et les ans Snivit d'un vain plaisir les conseils imprudents?
C'est là penser et parler comme il faut. Racine dit toujours ce qu'il doit dire dans la position où il met ses personnages, et le dit de la manière la plus noble, et à la fois la plus simple, la plus élégante. Corneille, surtout dans ses dernières pièces, débite trop souvent des pensées ou fausses, ou mal placées, ou exprimées en solécismes, ou en termes bas, pires que des solécismes ; mais aussi il étincelle de temps en temps de beautés sublimes. (Y.)
1 Sertorius que Viriate a su charmer ! ce n'est pas là Horace ou Cnriacc. (V.)
> Mauvaise expression. En un finissant un vers^ choque l'oreille, et réduire deux en un choque la langue. (V.)
464 SERTOUIUS.
Je crains donc de Taigrir si j'épouse Arisiie, Et que de ses sujets ta meilleure partie, Pour venger ce mépris, et servir son courroux, Ne tourne obstinément ses armes contre nous. Auprès d'un tel malheur pour nous irréparable, Ce qu'on promet pour l'autre est peu considérable; Et, sous un faux espoir de nous mieux établir, Ce renfort accepté pourroit nous affbiblir *. , .
Voilà ce qui retient mon esprit en balance. Je n'ai pour Amstie aucune répugnance; Et la reine à tel point n'asservit pas mon cœur. Qu'il ne fasse encor tout pour le commun bonheur.
PERPENNA
Cette crainte, seigneur, dont voire ame est gênée Ne doit pas d'un moment retarder l'hy menée. Viriate, il est vrai, pourra s'en émouvoir; Mais que sert la colère où manque le pouvoir ? Malgré sa jalousie et ses vaines menaces, N'êtes-vous pas toujours le maître de ses places ? Les siens, dont vous craignez le vif ressentiment. Ont-ils dans votre armée aucun commandement? Des plus nobles d'entre eux, et des plus grands courages N'avez-vous pas les fils dans Osca pour otages* ! ' Tous leurs chefs sont Romains ; et leurs propres soldats, Dispersés dans nos rangs, ont fait tant de combats', Que la vieille amitié qui les attache aux nôtres
1 Observez comme ce style est confus, embarrassé, négligé, comnMr il pèche contre la langue. Auprès d'un tel malheur irréparable pour nous-, ce qu'on promet pour l'autre est peu considérable : quel est cet autre î c'est Aristie ; mais il faut le deviner ; et quel est ce renfort f est-ce le renfort du mariage d' Aristie î Serait-il permis de s'exprimer ainsi en prose ! et quand une telle prose est en rimes, en est-elle meilleure? (V.)
S On ne peut dire, vous avez pour otages les fils des plus grand» 40urages. Que la malheureuse nécessité de rimer entratne d'impropriétés, d'inutilités, de termes louches, de fautes contre la langue! mais qu'il est beau de vaincre tous ces obstacles, et qu'on les surmonte rarement! (V.)
• Expression du peuple de province, /aire des combats^ fsiire une (V.)