ACTE 1, SCÈNE
Leur fait aimer nos lois et n'en vouloir point d'autres. Pourquoi donc tant les craindre, et pourquoi refuser...
SERTORIUS
Vous-même, Perpenna, pourquoi Unt déguiser ? Je vois ce qu'on m'a dit : vous aimez Viriate i ; Et votre amour caché dans vos raisons éclate. Mais les raisonnements sont ici superflus : Dites que vou^ l'aimez, et je ne l'aime plUs*. Parlez : je vous dois tant, que ma reconnoissance Ne peut être sans honte iin moment en balance
•PERPENNA
L'aveu que vous voulez à mon cœur est si doux, Que j'ose...
SERTORIUS
C'est assez : je parlerai pour vous.
PERPENNA
Ah! seigneur, c'en est trop; et...
SERTORIUS
Point de repartie :
Tous mes vœux sont déjà du côté d'Aristie;
* Vers de comédie. Il semble que ce soit Dam^ ou Eraste qui parle, «t c'est le vieux Sertorius ! (V.)
* Si Sertorius a le ridicule d'aimer à son âge, il ne doit pas céder ^ tout d'un coup sa maîtresse ; s'il n'aime pas, il ne doit pas dire qu'il aime. Dans l'une et l'autre supposition, le vers est trop comique. Voilà où conduit cette malheureuse coutume de vouloir toujours parler à'amour, de ne point traiter cette passion comme elle doit l'être. Comment a-t-on pu oublier que Virgile, dans VÉnéide, ne l'a peinte que funeste! On ne peut trop redire que l'amour, sur le théâtre, doit être armé du poignard de Melpomène, ou être banni de la scène. Il est vrai que le Mithridate de Racine est amoureux attssi, et que de plus il a le ridicule d'être le rival de deux jeunes princes ses fils. Mithridate est au fond aussi fade; aussi héros de roman, aussi condamnable que Sertorius ; mais il s'exprime si noblement, il se reproche sa faiblesse en si beaux vers ; Monime est un personnage si décent, si aimable j si intéressant, qu'on est tenté d'excuser dans la tragédie de Mithridate l'impertinente coutume de ne fonder les tragédies françaises que sur une jalousie d'amour. (V.) — Ce jugement, si favorable à Bacine, n'est pas,, comme on pourrait le croire, l'effet d'une aveugle prévention. Il est bien vrai que son style enchanteur fait disparottre toutes ses fautes ; «t voilà ce que ne peuvents'imaginer certains écrivains assez malheu reux pour n'avoir aucune idée, de l'art d'écrire. (P.)
466 SERTORIUS
Et je Képouserai pourvu qu'en roème jour
La peine se résolve à payer votre amour * :
Car, quoi que vous disiez, je dois craindre sa haine.
Et fuirois à ce prix cette illustre Romaine^.
La voici : laissez-moi ménager son esprit;
Et voyez cependant de quel air on m'écrit '.