‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 336 sur 377 · SERTORIUS, POMPÉE, SUITE · texte numérisé non relu

SERTORIUS, POMPÉE, SUITE

SERTORIUS

Seigneur^ qui des mortels eût jamais osé croire Que la trêve à tel poiot dût rehausser ma gloire * ;

1 Cette scène, ou plutôt la Seconde, dont celle-ci n'est que le commencement, Bt le succès de Sertorius, et elle aura toujours une grande réputation. S'il y a quelques défauts dans le style, ces déCauts n'ôtent rien à la noblesse des senliments , à la politique , aux bien* séances de toute espèce, qui font un chef-d'œuvre de cette conversation. Elle n'est pas tragique, j'en conviens; elle n'est qu& politique. La pièce de Sertorius n'a rien de là chaleur et du pathétique de la vraie tragédie, comme Ck)rneille l'avoue dans son examen; mais cette scènt de Sertorius et <ie Pompée, prise à part, est un grand modèle. Il n'y a, je crois , que deux autres exemples sur le théâtre de cé!3 conférences entre de grands homméà, qui méritent d'être remarquées. La première, dans Shakespeare j erilre Cassius et Brutus ; ellç est dans un goût un peu différent de celui de Corneille. Brutus reproche à Cassius thaï Ae hath an itching paîm ; ce qui signifie précisément que Cassius se fait graisser la patte. Cassius répqnd qu'il aimerait mieux être un chien, et aboyer à la lune, que A; se faire donner des pots-de-vin. Il y a d'ailleurs des choses vives et animées, mais ce ton de la halle n'est pas tout à fait celui delà scène trsfgique ; ce n'est pas celui du sage Addison. I^ seconde conférence est dans V Alexandre de Racine, entre Porus, Ephestion et Trtxile. Si Éphestion était un personnage princi-. pal, et si la tragédie était intéressante, cette conférence pourrait encore plaire beaucoup au théâtre, même après celle de Sertorius et de Pompée. Le mal est que ces scènes ne sont pas absolument nécessaires 4 la pièce. Sertorius même dit au quatrième acte :

-Quel bruit fait par la tille

De Pompée et de moi l'enlrevae inutile ?

Ces scènes donnent rarement au spectateur d'autre plaisir que celui d* voir de grands hommes conférer ensemble. ( V.) t Certainement Sertorius n'a jamais dit à Pompée, qjiel homme an-

494 SERTORIUS

Qu*uD nom à qui la guerre a fait trop applaudir Dans Tombre de la paix trouvât ^ si'agraBdir * ? ' Certes, je doute ëncoi: si itia vue est trompée, Alors que dans ces murs je vois le grand Pompée; Et quand il lui plaira^ je saurai quel bonheur Ck)mble Sertorius d'un tel excès d'honneur.

POMPÉE

Deux raisons. Mais, seigneur, faites qu'on se retire *, Afin qu'en liberté je puisse vous les dire. L'inimitié qui règne entre nos deux partis • N'y rend pas de rhoiineur tous les droits amortis'.

rait jamais osé croire qwe )na gloire pût être augmentée î On ne parle point ainsi de soi-même ; la bienséance n'est pas observée dans les expressions : le fond de la pensée est que la visite de Pompée est le plus grand honneur qu'il ait Jamais reçu ; mais il ne doit pas commencer par parler do sa gloire, et par dire que jamais mortel n'eût oeé croire que cette gloire pût augmenter : ces vers peuvent paraître une fanfaronnade pl.utût qu'im compliment. Il eût été plus court, plus naturel, plus décent, de supprimer ces. vers, et de dire avec une noble simplicité, Seigneur, je doute ençor si ma vue est trompée, etc. (V.| " ' i Comment est-ce qu'un nom trouve quelque chose! Sertorin^ Tcnt dire qu'il n'a jamais rc^u tant d'honneur ; mais un nom ne s'agrandit pas, et il ne fallait pas qu'il commençât une conversation poKe et modeste par dire que la guerre a fait applaudir à son nom. Oe n'est pas au nom qu'on applaudit, c'est à la personne, aux actions. (V.) — Le nom d'un homme célèbre s'agrandit d^ que sa réputation peut 8*accrottre. Le nom de Voltaire, déjà très célèbre par Zatre^ Alrire, Bru tus., s'agrandit encore par Mahomet. Il n'y a rien là que d^très simple. (P.). •

% Pompée ne doit pas demander qu'on se retire pour pouvoir dire en liberté à Sertorius qu'il l'estime. On peut faire un compliment en public , et faire ensuite retirer les assistants : cela même eût fait un bon effet au théâtre. ( y.)

8 Cet amortissement des droits^ ces prérogatives du vrai nuriie , gâtent un peu ce commencement du discours de Pompée. Préroga- ^ tives n'est pas le mot propre ; et des prérogatives qui prennent le dessus des haines! rien n'est moins élégant. Quand même ces deux vers seraient bons, ils pécheraient en ce qu'ils sont inutiles; ils affaibliraieut ces deux beaux vers si nobles et si simples : L'e«(iin« et le respect tont les jnstcs tributs Qu'aux cœurs même ennemis arrachent les vertus.

Rien de trop, voilà la grande règle. (V.)

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