ACTE m,. SCENE I
Comme le vrai mérite à ses prérogatives.S Qui prennent le dessus des haines les plus vives, L^estime et le respect sont de justes tributs Qu'aux plus tiers ennemis arrachent les vertus ; Et c'est ce que vient rendre à la haute vaillance * Dont je ne fais ici qne trop d'expérience L'ardeur de voir de près un si £aiineux héros, Sans lui voir en la main piques ni javelots', Et le front désarmé de ce regard terrible^ Qui dans nos escadrons guide un bras invincible.
Je suis jeune et guerrier, et tant de fois vainqueur. Que mon trop de fortune a pu m'enfler le cœur ; Mais, et] ce franc aveu siecf.bîen aux grands coumges'^ J'apprends plus contre vous par mes désavantages Que les plus beaux succès qu'ailleurs j'aie emportés ' Ne m'ont encore appris par mes prospérités. Je vois ce qu'il faut faire, à voir ce que vous faites "^ : Les sièges, les assauts, lés savantes retraites. Bien Camper, bien choisir à chacun son^mploi, Votrerexemple est partout une élude pour moi.
1 Cette phrase, ce comme^ ne conviennent pas à Pompée. Cela sent trop son rhéteur. Ce tour est trop apprêté, cette expression trop prosaïque. Le défaut est petit; n:a'.s il faut remarquer tout dans un dialogue aussi important que celui de Pompée et de Sertorius. (V.)
2 Ce rendre se rapporte à tribut; mais on ne rend point un tribut, on rend justice, on rend hommage; on paie un tribut. (V.)
* 1} serait à désirer que Corneille eût autrement tourné ce vers. Voir piques n'est pas français. {Y.) — La phrase est françoise, miais voir piques n'est point agréable. (P.)
* Le front désarmé se rapporte à sans voir; de sorte que la véritable construction est, sans lui voir îe front désarmé; ce qui est précisément le contraire de ce qu'il entend. Il reste à savoir si un généra) doit parler à un autre général de son regard terrible. (V.)
5 C'est ce qu'on doit dire de Pompée, mais c'est ce que Pompée ne doit pas dirc^de lui : c'est une parenthèse du poète. Jamais ijn général ' d'armée ne se vante ainsi , et ne s'appelle grpnd courage. Il ne faut Jamus faire parler les hommes autrement qu'ils ne parleraient «uxméme»^ c'est une règle générale qu'on ne peut trop répéter. ] V.)
t On emporte une place, on remporte un avantage, on a un succès ; on n'emporte point un succès. Cest un. barbarisme (V.)
7 Je vois à voir, répétition qu'il faut éviter. (V.)
496 SIlRTORIUS.
Ah .' si je vous poiiyois rendre à la. république, Que je croirois lui faire un présent magnifique! Et que jMrois, seigneur, à Rome ayec plaisir. Puisque la trêve enûn m'en donne lé loisir, Si j'y pouvois porter quelque foible espérance D'y conclure un accord d'une telle importance! Près de Theureux Sylla nepuis-je rien pour vous? El près de vous, sejgneur, ne puis-je rien pour tous f
SERTORIUS
Vous me pourriez sans doute épargner quelque peine, Si vous vouliez avoir Tame toute romaine : Mais, avant que d'entrer en ces difficultés. Souffrez que je réponde à vos civilités >.
Vous ne me donnez rien par cette hante estime Que vous n'ayez déjà dans le degré sublime*. La victoire attachée à vos premiers exploits. Un triomphe avant l'âge où le souffrent nos lois, Avant la dignité qui permet d'y prétendre. Font trop voir quels respects l'univers vous doit rendre. Si dans l'occasion je ménage un peu mieux L'assiette du pays et la faveur des lieux s,
1 II eût été mieux que Sertorius eût répondu aux civilités de Pompée «ans le dire; cela donne à son discours- un air apprêté et contraint. Il annonce qu'il veut faire un counpliment ; un tel compliment doit être «ans appareil, afin qu'il paraisse plus naturel et plus vrai. On n'a pat besoin de faire retirer les assistants pour faire un compliment (V.|
s Degré sublime, expcession faible et impropre employée pour la rime. (-V.)
s Je ne peux m'empêcher de remarquer ici qu'on trouve dans plusieurs livres, et surtout dans VHisloire du Théâtre, que le vicomte de Turenne, à la représentation de SerforiuSy s'écria : Où donc Corneille <i-t-il pu apprendre l'art de la guerre î Ce conte est ridicule. Corneille eût très mal fait d'entrer dans les détails de cet art; il fait dire «n général à Sertorius ce que Ce Romain devait peut-être se passer de dire, qu'il sait mieux se prévaloir du terrain que Popipée. Il n*y a pas là de quoi étonner un Turenne. Les généraux -de Charles-lQuint et de François 1er pouvaient, en effet, s'étonner que Machiavel, secrétaire de Florence, donnât des règles excellentes dé tactique, et enseignât à disposer les bataillons comme on les range aujourd'hui ; c'est alors qu'en pouvait dire : Où Machiavel a-t-il apprit. Vart de la gmemt Mais si le vicomte de Turenne en avait dit autant sur un ou deux Tef»