‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 350 sur 377 · ACTE IV» SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE IV» SCENE I

TBAMIRE.

Ouï : mais, seigneur, cToù vient celte surprise? El de quoi sMnquiète un coeur qui la méprise?

SBRTORIUS.

N'appelez point mépris un violent respect

Que sur mes plus doux vteux foit régner son aspect.

THAMIRE

Il est peu de respects qui ressemblent au vôtre, S^il ne sait que trouver des raisons pour un autre; Et je préférerois un peu d^emportement Aux plus humbles devoirs d'un tel accablement K

SERTORIUS

Il n'en est rien parti capable de me nuire, Qu'un soupir échappé ne dût soudain détruire : Mais la reine, sensible à de nouveaux désirs, Entendoit mes raisons, et non pas mes soupirs.

TflAMHIB.

Seigneur, quand un Romain, quand un héros soupire.

Nous n'cDtendoos pas bien ce qu'un soupir veut dire;

Et je vous servirois de meilleur truchement.

Si vous vous expliquiez un peu plus clairement

Je sais qu'en ce cliioat, que vous nommes barbare^

Vuama par ub soupir quelquefois se déclare;

Hais la gloire, qui fait toutes vos passions.

Vous met trop au-dessus de ces impressions ;

De tels désirs, trop bas pour les grands cœurs de Rome...

SERTORIUS

Ah ! pour être Romain, je n'en suis pas moins homme ' :

t Avouons qne Bertorins et cette suivante débitent un étrange galimatias de comédie. Ce violent respect que Taspect de Yiriate fait régner sur les plus doux vœux de Sertorius, ce peu de respects qui ressemblent aux respects de Sertorius, ce respect qui ne sait que trouver des raisons pour un autre, et cette suivante qui préférerait un peu ti^empcrlement aux plus humbles devoirs d*un accablement ! enfin Tantre qui lui réplique qu'iV n*en est tien parti capable de lui nuire, et qu*un soupir échappé ne pût détruire! Ce n'est pas le lutin qui a fait tic tels vers. |V.)

» Ce vers a quelque chose de comique ; aussi est-il excellent dans la bouche du Tartufe, qui dit :

Ah ! pour être dévot, je n*cn suis pas moins homme. Mois il n'est pas permis à Sertorius de parler comme le Tartufe. (V.)

5«6 SERTORIUS

J'aime, et peut-être plus qu'où o'a jamais aimé ^ : Malgré mon àgc et moi, mon cœur s'est enflammé. J'ai cru pouvoir me vaincre, et toute mon adresse D.ms mes plus grands efforts m'a fait voir ma foiblesse; <]eux de la politique, et ceux de Taraitié, M'out mis en un état à me faire pitié. Le souvenir m'en tue, et ma vie incertaine Dépend d*un peu d'espoir que j'attends de la reine. Si toutefois...

THAMIRE

.Seigneur, elle a de la bonté; Mais je vois son esprit fortement irrité; Et, si vous m'ordonnez de vous parler sans feindre. Vous pouvez espérer, mais vous avez à craindre. N'y perdez point de temps, et ne négligez lien ; C'est peut-être un dessein mal ferme que le sien, La voici. Profitez des avis qu'on vous donne, Et gardez-vous surtout qu'elle ne m'en soupçonne s.

1 Ce vers prouve encore que ceux qui ont dit que Corneiîlo dédaignait de faire parler d'amour ses héros se sont bien trompés. Ce vers est d'autant plus déplacé dans la bouche de Sertorius, qu'il n'a rien dit jusqu'ici qui puisse faire croire qu'il ait une grande passion. Rien ne déplatt plus au théâtre que les expressions fortes d'un sentiment faible; plus on cherche alors à attacher, et moins on attache. Et qu'est-ce qu'une reine qui est sensible à de nouveaux desirt, et qui <întend des raisons et non pas des soupirs 1 Et cette suivante qui n'entend pas bien ce quhm soupir veut dire, et qui serait un meilleur truchement! Non, jamais on n'a rien mis de plus mauvais sur la scène tragique. On dira tant qu'on voudra que cette critique est dure; je dois ot je veux la publier, parceque je déteste le mauvais autant que j'idoi:tre le bon. (V.)

2 Profilez de mes avis y mais ne me nommez pas; discours de soubrette ridicule. A quoi sert cette froide scène de comédie! Mais il faut remplir son acte, mais il faut donner à un parterre, souvent ignorant, grossier et tumultueux, trois cents ver*, pour les cinq sous qu'on payait alors. Non, il faut bien plutôt ne donner que deux cents beaux vers par acte que trois cents mauvais. Il ne faut point prostituer ainsi l'art de la poésie. Il est honteux qu'il y ait en France un parterre où les spectateurs sont debout, pressés, gênés, nécessairement tumultueux; peut-être c'est encore un mal qu'on donne des spectacles tous les jours ; s'ils étaient plus rares, ils pourraient devenir meilleurs :

Yoluptates commendat rarior usas. (V.)

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