‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 351 sur 377 · VIRIATE, SERTORIUS, THAMIRE · texte numérisé non relu

VIRIATE, SERTORIUS, THAMIRE

VIRIATB.

On m'a dit qu'Arislie a manqué son projet, Et que Pompée échappe à cet illustre objet. Seroit-il vrai, seigneur?

SERTORIUS

Il est trop vrai, madame ; Mais, bien qu'il Tabandonne, il Tadore dans Tame, Et rompra, m'a-t-il dit, la trêve dès demain, S'il voit qu'elle s'apprête à me donner la main.

VIRIATE

Vous vous alarmez peu d'une telle menace ?

SERTORIUS

Ce n'est pas en effet ce qui plus m'embarrasse. Mais vous, pour Perpenna qu'avez-vous résolu?

VIRIATE

D'obéir sans remise au pouvoir absolu *;

1 Cette scène remplie d'ironie et de coquetterie semble bien peu convenable à Sertorius et à Viriate. Les vers en paraissent aussi contraints que les sentiments. Mais quand on voit ensuite Sertorius qui dit qu'il aime malgré ses cheveux gris, et qu'il a cru qu'il ne lui en coûterait que deux ou trois soupirs j Sertorius parait trop petit. Virate d'ailleurs lui dit à peu près les mêmes choses qu'Aristie a dites à Pompée. L'une dit : Me voulez-vous t ne me votUez'Vous pas 1 l'autre dit : M'aimez-vou^ t L'une veut que Pompée lui rende sa main \ l'autre, que Sertorius lui donne sa main. Pompée a parlé politique à sa femme; Sertorius parle politique à sa maîtresse. Viriate lui dit : Vous savez que Vamour n*est pas ce qui me presse. L'un et l'autre s'épuisent en raisonnements. Enfin Viriate finit cette scène en disant :

Je sais reine; et qni sait porter une couronne. Quand il a prononcé, n'aime point qu'on raisonne.

Ces* parler à Sertorius, dont elle dépend, comme si elle parlait à son domestique ; et ce n'aime point qu'on raisonne est d'un comique qui n'est pas supportable. La fierté est ridicule quand elle n'est pas à 8a place. (Y.)

î Obéir sans remise^ une oj^e en l'air, assurer des nœuds, une frénésie poussée au dernier éclat. Quels vers f quelles expressions I Et de

518 SERTORIUS

Et si d'une offre en Tair votre ame encoi* frappée Veut bien s'embarrasser du rebut de Pompée, Il ne tiendra qu'à vous que dès demain tous deux De Pun et l'autre hymen nous n'assurions les noeuds; DAt se rompre la trêve, et dût la jalousie Jusqu'au dernier éclat pousser sa frénésie.

SSBTORIUS.

Vous pourrez dès demain...

TiaiATt.

Dès ce même moment.

Ce n'est pas obéir qu'obéir lentement; Et quand l'obéissance a de l'exactitude *, Elle voit que sa gloire est dans lu promptitude,

SSRTOKIUS.

Mes prières pouvoîent souffrir quelques refus.

VIRIATE

Je les prendrai toujours pour ordres absolus.

Qui peut ce qui lui platt commande alors qu'il prie.

D'ailleurs Perpenna m'aime avec idolâtrie :

Tant d'amour, tant de rois d'où son sang est venu,

Le pouvoir souverain dont il est soutenu.

Valent bien tous ensemble un trôoe imaglnatre

Qui ne peut subsister que par l'heur de tous plaire.

petits écoliers oseront me reprocher d'être trop sévi^re. (V.) — Cet écoliers dont Voltaire parle «lYec indignation, et qa^l eût «fffiféB davantage en n'en parlant pas, étoient les écrivains & la semaine, qui, lorsque cet ouvrage parut, s'érigèrent tous en vengeurs de Cîomcille, motes par zèle pour sa mémoire , que pour outrager Voltaire. Aucun d'enx n'eût été capable de faire une seule des excellentes remarques dispersées dans ce commentaire ; mais ils relevèrent avec arrogance celles où Voltaire a pu se tromper, tandis qu'ils se récrioient d'admiration même sur les défanta les plus évidents de Corneille. Si Ton en croyoit ces critiques, Tk^dm-e^ PerihariU, Attila même étoient des ouvrages où le génie de ce grand homme se montroit encore tout entier, et très supérieurs aux meilleures tragédies de Vo'tairc, qui ne les avoit décriés que par jalousie. Tel étoit le zèle de ces messieurs pour la gloire d'un mort qu'ils auroient outragé pendant sa vie. Mais d'où venoit leur emportement contre Voltaire 1 Du sentiment de leur médiocrité, qui les avertissoit de son mépris. ( P.)

* Une obéissance qui a de l'exactitude ! (V.)

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