‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 352 sur 377 · ACTE IV, SCENE If · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE If

6£AT0BIUS.

Je n'ai donc qu'à uK)urir ca faveur de ce choix * : J'en ai reçu ia loi de voire (xropre voix ; C'est un ordre absolu qu'il est temps que j'entende. Pour aimer un Romain» vous voulez qu'il commande ; Et comme Perpenna ne le peut sans ma mort, Pour remplir votre trône il lui faut tout mon sort. Lui donner votre main, c'est m'ordonner, madame. De lui céder ma place au camp et dans votre ame. Il est, il est trop juste, après un tel bonheur. Qu'il l'ait dans noire armée, ainsi qu'en voire cœur. J'obéis sans murmure, et veux bien que ma vie^.

VIRIATE

Avant que par cet ordre elle vous soit ravie, Pui&-j6 me plaindre à vous d'un retour inégal Qui tient moins d'un ami qu'il ne fait d'un rival*? Vous trouvez ma faveur et trop prompte et trop pleine! L'hymen où je m'apprête est pour vous une gêneî Vous m'en parlez enfin comme si vous m'aimiez '.

SERTORIUS

Souffrez, après ce mot, que je meure à vos pieds *. J'y veux bien immoler tout mon bonheur au vôtre : Mais je ne puis vous voir enlre les bras d'un autre; Et c'est assez vous dire à quelle extrémité Me réduit mon amour que j'ai mal écouté.

1 II n'y a guère dans toutes ces scènes d'expression qui soit juste ; mais le pis est que les sentiments sont encore moins naturels. Un vieux factieux tel qoeSertoritts doit'il dire à une femme qnUl moHrra enfavtur du choix q%'tllefera iiPun autre 1 (Y.)

s Ce n'est pas parler français, c'eat coudre ensemble, pour rim«r, des paroles qui ne signifient rien ; car que peut signifier vn retour iac^ gai î Que d'obscurités ! que de barbarismes entassés 1 et quelle froideur !

5 II n'y a point de vers pljis comique. (V.)

* Jamais le ridicule excessif des intrigues amoureuses de nos hi'rps de théâtre n'a paru plus sensiblement que dans ce couplet, où ce vieuic militaire, ce vieux conjuré, veut mourir d'amour aux pieds de sa Viriate quil n'aime guère. Il s'en est défendu à voir ses cheveux gris; mais sa passion ne s'est pas vue alentte^ quoiqu'il se fût figiué que de tels déplaisirs ne lui coûteraient que deux ou trois soupirs; il envisageait Vestime de ce chef magnanime. (V.) ■

Bien qu*un si digne objet le rendit excusable, J*ai cru honteux d*aimer quand on n'est plus aimable ; J'ai voulu m*en défendre à voir mes cheveux gris, Et me suis répondu longtemps de vos mépris. Mais j'ai vu dans votre ame ensuite une autre idée, Sur qui mon espérance aussitôt s'est fondée; Et je me suis promis bien plus qu'à tous vos rois. Quand j'ai vu que l'amour n'en feroit point le choix. Tallois me déclarer sans l'offre d'Aristie : Non que ma passion s'en soit vue alentie; Mais je n'ai point douté qu'il ne fût d'un grand cœur De tout sacrifier pour le commun bonheur. L'amour de Perpenna s'est joint à ces pensées; Vous avez vu le reste, et mes raisons forcées. Je m'étois figuré que de tels déplaisirs Pourroient ne me coûter que deux ou trois soupirs; Et pour m'en consoler, j'envisageois l'estime Et d'ami généreux et de chef magnanime : Mais, près d'un coup fatal, je sens par mes ennuis Que je me promettois bien plus que je ne puis. Je me rends donc, madame ; ordonnez de ma vie : Encor tout de nouveau je vous la sacrifie. Aimez-vous Perpenna?

VIRIATE

Je sais vous obéir.

Mais je ne sais que c'est d'aimer ni de haïr * ; Et la part que tantôt vous aviez dans mon ame Fut un don de ma gloire, et non pas de ma flamme. Je n'en ai point i)Our lui, je n'en eus point pour vous; Je ne veux point d'amant, mais je veux un époux ; Mais je veux un héros, qui par son hyménée Sache élever si haut le trône où je suis née,

1 Aristie a dit à Pompée : Suivant qu^on m*aime ou hail , j*aime ov hais à mon tour; et Viriate dit à Sertorius qu'elle ne sait que c'est d'aimer ni de haïr. Dès qu'elle ne sait que c'est ou ce que c*est, elle n'a qu'un intérêt de politique, par conséquent elle est froide. Cependant elle dit, le moment d'après, m'aimez-vous î Ne devrait-elle pas lui dire : L'amour n'est pas fait pour nous y l'intérêt de l'État, le vôtre, celui de ma grandeur^ doivent présider à notre hyménée!

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