V1R1ATB
Je vous avouerai plus, seigneur : loin d'y souscrire,
Elle en prendra pour vous une haine oft j'aspire ',
Un courroux implacable, un orgueil endurci ;
Et c'est par où je veux vous arrêler ici,
Qu'aî-je à foire dans Romet et pourquoi, je vous prie...
SEHTORIUS.
Mais nos Romains, madame, aiment tous leur patrie; Et de tous leurs travaux Tunique et doux espoir, C'est de vaincre bientôt assez pour la revoir ».
VÎRIATB.
Pour les enchaYner tous sur les rives du Tage,
Nous n'av»ns qu'à laisser Rome dans Tesclavage :
Ils aimeront à vivre et sous tous et sous moi,
Tant cju'its n'auront qu'un cboix d'un tyran on d'un roi.
sctToaius.
Ils ont pour l'un et l'autire une pareille haine. Et n'obéiront point au mari d'un» reine.
VIWATE.
Qu'ils aillent donc chercher des climats à leux choix Oii le gouvernement n'ait ni tyrans ni rois. Nos Espagnols, formés à votre art militaire. Achèveront sans eux ce qui nous reste à foire. La perte de Sylla n'est pas ce que je veux ; Rome attire encor moins la fierté de mes vœux « : L'hymen où je prétends ne peut trouver d'amorces Au milieu d'une ville où régnent les divorces, Et du haut de mon trône on ne voit point d'attraits Où l'on n'est roi qu'un an, pour n'être rien après.
1 Prendre une haine! aspirer à une haine! un orgueil endurci! et c'est par là qu'on veut l'arrêter ici! (V.)
* Vaincre assez pour revoir Rome! (V.) — Ce n'étoit, en effet, que par des victoires réitérées que les compagnons de Sertorius pouroient se flatter de revoir leur patrie , et nous ne voyons pas Ce que Voltaire peut reprocher à cette expression. (P.)
8 Attirer la fierté des vœux; c'est encore une de ces expressions impropres et sans justesse. Un hymen qui ne peut trouver d'amorces nu milieu d'une ville! des attraits où l'on n'est roi qu'un an ! Quand on examine de près cette foule innombrable de fautes, on est effrayé. (V.
524 SERTORIUS
Enfin, pour achever, j'ai fait pour vous plus qu*elle :
Elle vous a banni, j*ai pris votre (luerelle ;
Je conserve des jours qu'elle veut vous ravir.
Prenez le diadème, et laissez-la servir.
11 est beau de tenter des choses inouïes.
Dût-on voir par TelTet ses volontés trahies.
Pour moi, d'un grand Romain je veux faire un grand roi;
Vous, s'il y faut périr, périssez avec moi :
C'est gloire de se perdre en servant ce qu'on aime.
SERTORIUS
Mais porter dès l'abord les choses à l'extrême. Madame, et san& besoin faire des mécontents ! Soyons heureux plus tard pour l'être plus longtemps. . Une victoire ou deux jointes à quelque adresse....
VIRUTE.
Vous savez que l'amour n'est pas ce qui me presse S Seigneur. Mais, après tout, il faut le confesser, Tant de précaution commence à me lasser. Je suis reine ; et qui sait porter une couronne, Quand il a prononcé, n'aime point qu'on raisonne. Je vais penser à moi, vous penserez à vous.
SERTORIUS
Ah! si vous écoutez cet injuste courroux...
VIRUTE.
Je n'en ai point, seigneur; mais mon inquiétude Ne veut plus dans mon sort aucune incertitude : Vous me direz demain où je dois l'arrêter. Cependant je vous laisse avec qui consulter.