POMPÉE, VIRIATE, ARISTIE, THAMIRE, ARCAS
POMPÉE
Ne VOUS oflFensez pas d*miïr parler en maître. Grande reine : ce n'est que pour punir un traître.
Criminel envers vous d'avoir trop écouté L'insolence où montoit sa noire lâcheté, J'ai cru devoir sur lui prendre ce haut empire, Pour me justifier avant que tous rien dire : Mais je n'abuse point d^im si facile accès,
avoir été préparé dans les premiers, me fait jamais ime impression violente. Ces lettres sont une chose abscdument étrugère à )a pic ce. Ajoutez à tociB ces défauts contre Part du tkéâtre q«e le supplice d^uB criminel, et siirti>ut d'un criminel méprisable, ne produit jamais aucun mouvement dans l'ame ; le spectateur ne craint ni n'espère. Il n'y a point d'exemple d'un dénoûment pareil qui ait remué l'ame, et il n'y en aura point. Âristote avait bien raison et connaissait bien le cœur humain, quand il disait que le simple châtiment d'un coupable ne pouvait être un sujet propre au théâtre. Encore une fois, le cœur veut être ému ; et, quand an sa le trouble pas, oa manque à la première loi de la tragédie. Viriale parle noblemeat à Pompée ; mais des eomp^îmeats finissent toujours une tragédie froidement. Toutes ees Térités sont dures, je l'avoue ; mais à qui dures! à un homme qui n'est plus! Quai bien lui ferai-ie en le flattant! quel mal , en disant vrai! Ai-je entrepris un vain panégyrique ou un ouvrage utife ! Ce n*est pas pour lui que je réfléchis, et que j'écris ce que m*ont appris cinquante ans d'expérience, c'est pour les auteurs et pour les lecteurs. Quiconque ne connaît pas les défauts est IncapabTe de connaître les beautés; et je répète ce que j'ai dit dans l'examen do presqite toutes cet pièces, que la vérité est préférable à Corneille, et qm'il ne faut pas tromper les vivants par respect pour les morts. Je ne suis^pas même retenu par la crainte de me voir soupçonné de sentir un plaisir secret à rabaisser un grand homme, dans la vaine idée de m' égaler à lui en l'avilissant : je me crois trop au-dessous de lui. Je dirai seulement ici que je parlerais avec plus de hardiesse et de force si je ne m*étais pas exercé quelquefois dans l'art de Corneille. J'ai dit ma pensée avec l'honnête liberté dont j'ai fait ptofcssion toute ma vie ; et je sens si vivement ce que le p^re du théâtre a de sublime, qu'il m'est permis plus qu'à personne de montrer en quoi il n'est pas imitable. IV.^
548 SERTORIUS
Et je n'ai jamais su dérober mes succès. Quelque appui que sou crime aujourd'hui vous enlève, Je vous offre la paix, et ne romps point la trêve; Et ceux de nos Romains qui sont auprès de vous Peuvent y demeurer sans craindre mou courroux.
Si de quelque péril je vous ai garantie. Je ne veux pour tout prix enlever qu'Ari&tie, A qui devant vos yeux, enfm maître de moi, Je rapporte avec joie et ma main et ma foi. Je ne dis rien du cœur, il tint toujours pour elle.
ARISTIE
Le mien sa voit vous rendre une ardeur mutuelle; Et, pour mieux recevoir ce don renouvelé. Il oubliera, seigneur, qu'on me l'avoit volé.
VIBIATE.
Moi, j'accepte la paix que vous m'avez offerte; C'est tout ce que je puis, seigneur, après ma perte; Elle est irréparable : et, comme je ne voi Ni chefs dignes de vous, ni rois dignes de moi, Je renonce à la guerre ainsi qu'à l'hyménée * ; Mais j'aime encor Tbonneur du trône où je suis née. D'une juste amitié je sais garder les lois. Et ne sais point régner comme régnent nos rois. S'il faut que sous votre ordre ainsi qu'eux je domine. Je m'ensevelirai sous ma propre ruine : Mais, si je puis régner sans honte et sans époux. Je ne veux d'héritiers que votre Rome, ou vous; Vous choisirez, seigneur ; ou, si votre alliance Ne peut voir mes États sous ma seule puissance, Vous n'avez qu'à garder cette place en vos mains, Et je m'y tiens déjà captive des Romains.
POMPÉE
Madame, vous avez l'ame trop généreuse Pour n'en pas obtenir une paix glorieuse; Et l'on verra chez eux mon pouvoir abattu. Ou j'y ferai toujours honorer la vertu *.
* Cette tirade de Viriate est très à sa place , pleine de raison et de noblesse. (V.)
* Après tant de tragédies peu dignes de Corneille , en voici une où