‹ Chefs-d'œuvres dramatiques de P. CorneilleChapitre 98 sur 377 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

CLÉOPATRB.

Serment fallacieux, salutaire contrainte >, Que m'imposa la force et qu'accepta ma crainte. Heureux déguisements d*un immortel courroux , Vains fantômes d*État , évanouissez-vous * ! Si d'un péril pressant la terreur vous fit naître. Avec ce péril même il vous faut disparoltre, Semblables à ces vœux dans Torage formés. Qu'efface un prompt oubli quand les flots sont calmés K

i Corneille réparait ici dans toute sa pompe : l'éloquent BoMuet est le seul qui se soit servi après lui de cette belle épithète, fallacieHx. Pourquoi appauvrir la langue 1 Un mot consacré par Corneille et Bos* suet peut-il être abandonné 1 Salutaire contrainte; il est difficile d'expliquer comment une salutaire contrainte est un vain fantôme d'Etat : il manque là un peu de netteté et de naturel. (Y.)

< Voltaire parolt avoir imité ces vers dans le monologue de Catilina^ qui ouvre sa tragédie de J^ome sauvée :

Titres chers et sacrés, et de père et d'époox , Faiblesse des hamains, évanoaisses-Toas. (P.)

3 Une comparaison directe n'est point convenable à la tragédie. Les personnages ne doivent point être poètes ; la métaphore est tonjours plus vraie, plus passionnée : il serait mieux de dire, mes vœux/ormét dans l'orage sont oubliés quand lesjlots sont calmés; mais il faudrait le dire dans d'aussi beaux vers. (V.) — U nous semble qu'une comparaison aussi courte peut n'être pas déplacée dans une tragédie. Vol-* taire s'en est permis même dans ses comédies, où les pœsonnages do^ vent beaucoup moins s'exprimer en poètes. Telle est, entre aiUrcs^ €ell9-ci dans l'Enfant prodigue : ""

Il faut an moins, ponr se mirer dans Fonde, Laisser calmer la tempête qui gronde, Et que l'orage et les vents en repos 19c rident pins U snrfaee des eani. (P.)

Et vous, qu'avec tant d'art cette feinte a voilée, Recours des impuissants, baine disâmulée <, Digne vertu des rois, noble secret de cour, Éclatez, il est temps, et voici notre jour. Montrons-nous toutes deux, non plus comme sujettes ', Mais telle que je suis, et telle que vous êtes. Le Partbe est éloigné, nous pouvons tout oser : Nous n'avons rien à craindre, et rien à déguiser; Je hais, je règne encor. Laissons d'illustres marques » £t quittant, s'il le faut, ce haut rang des monarques : Faisons-en avec gloire un départ éclatant *, Et rendons-le funeste à celle qui l'attend. C'est encor, c'est encor celte même ennemie

1 Cela paraît un peu d'un poëte qui cherche à montrer qu'il connait la cour ; mais une reine ne s'exprime point ainsi. Recours des impuissants paraît un défaut dans ce monologue noble et mâle ; cso- un recours d'impuissants n'est pas une digne vertu des rois : la r^ne n'est point ici impuissante, puisqu'elle dit que le Parthe est éloigné, et qu'elle n'a rien à craindre. Heeours des impuissants^ éclatez^ est une contradiction ; car ce recours est la haine dissimulée ^ la dissimulation ; et c'est précisément ce qui n'éclate pas : le sens de tout cela est cestmu de dissimuler^ éclatons; mais ce sens est noyé dans des paroles qvà semblent plus pompeuses que justes. Secret de cour ne peut se dire, comme on dit homme de cour, habit de eeur. (V.)

S Qui sont ces deux! estrce la haine dissimulée et Qéop&trel voilà un assemblage bien extraordinaire t Comment Cléopâtre et sa haine sont-elles deuxl comment sa baine est-elle sujette! C'est bien dommage que de si beaux morceaux soient si souvent défigurés par des tours si alambiqués. (V.)

S Je hais, je règne encor, est un coup de pinceau bien fier ; mais laissons ^illustres marques est faible; on laisse des marques de quelque chose : marques n'est là qu'un mot impropre pour rimer à monarques. Plût à Dieu que du temps de Corneille un Despréaux eût pu l'accoutumer à faire des vers difficilement!

Haut rang des monarques : haut rang suffisait, des monarques est 4e trop : la rime subjugue souvent le génie, et s^aiblit Péloquence.

(T.) Faisons-en avec gloire un départ éclatuit.

est barbare ; /aire un départ n'est pas français ; en avec révolte l'oreille. Mais si elle n'a rien à craindre, comme elle le dît , pourquoi quitterait-elle le trône! elle commence par dire qa''ette ae veut plus dissimuler, qu'elle veut tout oser. (T.)

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