‹ Chemin de fer de Levis et Kennebec, et ses embarrasChapitre 7 sur 8 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

'• .T'ai été surpris de voir mon nom dans le Chronicle du " 7me du courant, comme ayant été élu sur le nouveau " bureau de direction de la compagnie de chemin de fer de " Lôvis et Kennebec, et j'ai attendu en vain d'en être in- " formé officiellement, afin de résigner une charge, à la- " quelle j'avais été nommé sans ma connaissance ni mon u consentement, j'ai l'honneur de déclarer à tous les inté- '; ressés et au public en général, que par les présentes je " résigne la charge de directeur de la compagnie du chemin " de fer de Lévis et Kennebec, et que je suis étranger à " cette entreprise.

" Québec, 13 février, 1877.

"(Signé,) J. B. RENAUD."

Que le lecteur ne perde pas mémoire du fait que ce bail a été approuvé, et pour ainsi-dire signé par .plusieurs des direc-

leurs mêmes Qui savaient que M. Reed avait refusé d'avancer un centin au profit de V entreprise, tandis quHl existait un bail avec les contr acteurs, et qui eux-mêmes avaient pris part à une résiliation du bail, en y substituant un contrat préparé par M. Reed, et sachant quil avait déclaré d'une manière positive, que les bons ne pouvaient se vendre sur aucun chemin de fer en présence d'un bail existant ; je déclare en présence de ces faits que le bail suscité a été passé avec M. SénécaL

Mais que clirai-je du bail? Qu'en résultera-t-il clans toutes tentatives futures de procurer des capitaux en Angleterre, pour l'acquit de chemins de fer, quand on saura que les intérêts des premiers reclamants (porteurs de bons) sont sacrifiés et ignorés? Peut on voir dans ce document une clause par laquelle on pourvoit au paiement de l'intérêt sur ces bons. Peut on voir aucune mesure prise pour le paiement du principal =£200,000 ? Non ; on ne fait nullement mention de ces items, ce sont de pures bagatelles pour ceux qui prennent part au bail.

Et les revenus du chemin, qui avaient été garantis aux porteurs de bons pour le paiement de l'intérêt et du fonds d'amortissement, sont donnés à celui qui a entrepis l'exploitation du chemin, sans aucune stipulation pour la période de douze années.

Le paiement de .£14,000 par année d'intérêt, sans parler d'un fonds d'amortissement pour rencontrer les débentures à leur échéance, est une simple bagatelle qui n'a jamais occupé la compagnie ni celui qui a entrepris d'exploiter le chemin. Est-ce qu'une cour de justice soutiendra une procédure de ce genre ? J'espère bien que non, dans l'intérêt du pays.

Examinons une autre clause importante de ce document : " Le locataire devra construire la ligne au-delà de St. George " (35 milles), pourvu seulement que la somme de $10,000

" par mille lui soit garantie par octrois du Gouvernement " et des municipalités !" Ceci était précisément ce que M. "Reed avait exigé. Si le Gouvernement, les municipalités ou le peuple lui eussent garanti §10,000 par mille sur cette dernière section, aucune des difficultés actuelles ne serait survenue, et le chemin eut été construit, et les ci-devant contracteurs auraient maintenu leur solvabilité ï

Si $10,000 par mille pouvaient être réalisées, pourquoi changer les contracteurs ? Qu'a fait M. Sénécal pour mériter cet avantage qui lui fut voté par des actionnaires représentant une valeur de $40,000 de stock, à l'encontre d'un intérêt de ,£200,000, pour lequel les capitalistes Anglais tiennent la compagnie responsable ?

L'assemblée annuelle a lieu, le bail est signé par trois actionnaires représentant 75 actions ($750) de stock, et nonobstant l'opposition la plus déterminée de la part des aviseurs légaux des capitalistes Anglais contre le bail et l'action de la compagnie, le prétendu locataire prend possession forcée du chemin, en dépit d'un gardien, et les propriétaires du chemin sont forcés en conséquence d'attendre l'action des Cours de Justice pour obtenir justice et possession de leur propriété !

Quels devront être les résultats de telle action quant à leur effet sur des souscriptions futures en Angleterre en faveur des garanties de chemin de fer ou d'autres entreprises, je laisse le public à en juger.

Je n'ai que peu de choses à ajouter à ce que j'ai déjà dit, mais je veux me justifier aux yeux de tous mes amis qui m'ont aidé à surmonter les difficultés de cette entreprise. Je ne veux rien insinuer contre mon ci-devant associé, quant à ce qui concerne la part de l'ouvrage qui lui fut confié, je dois rendre hommage à son énergie infatigable et à sa persévérance dans les efforts que nous avons dû faire pour réussir.

Là position que j'ai prise à l'heure qu'il est à l'égard des embarras du chemin de Lévis et Kennebec, consiste simplement en ce que je suis déterminé à soutenir ceux qui m'ont aidé de leur argent dans mon entreprise, et si, dans les circonstances, je ne puis faire autre chose, je pourrai au moins montrer ma reconnaissance à ceux de mes amis en Angleterre qui ont reyjosé confiance en moi.

Après avoir donné une version véridique et simple du chemin de fer de Lévis et Kennebec, et de ses embarras actuels, dans laquelle on produit des faits incontestables, je viens à la question, quel profit en ai-je retiré, après cinq ans de travail et d'inquiétudes ?

Les profits ont été si considérables que je juge à propos de les classifier !

lo. J'ai retiré des fonds fournis par M. Recel, $1,500 par année, (M. Larochelle autant,) dont un montant considérable reste encore à mon avoir dans les livres des ci-devant contracteurs !

2o. Le nouveau locataire m'a intenté une action pour conspiration, parce que je faisais mon possible pour protéger les intérêts de mes amis qui ont avancé les fonds pour construire le chemin !

3o. Et en dernier lieu, j'ai été en but aux critiques tant de la presse Française que du peuple, comme cédant à une influence nationale pour renverser la direction actuelle, et la soumettre complètement au contrôle Anglais, et j'ai même été accusé par un correspondant anonyme, dans le Canadien, de ne pas avoir consulté les intérêts de mes créanciers, en m'opposant au règlement que M. Sénécal propose de faire avec eux.

Le fait est, néanmoins, que M. Eeed propose de ne pas nuire en aucune manière aux intérêts des actionnaires de

la compagnie, et de ne faire dans le bureau de direction (il proposa de réélire le Président et les officiers de la compagnie, et tous les members de l'ancien bureau de direction excepté deux) que le peu de changements qui. dans son opinion, contribueraient à l'avancement de l'entreprise, en conséquence je ne puis comprendre pourquoi cette affaire dût renfermer aucun élément national. De plus, quant à mon opposition à la proposition de M. Sénécal d'en venir à un arrangement avec nos créanciers, elle est survenue parce que je doute fort que ce monsieur puisse le mettre à exécution; d'un côté, parce que je ne pense pas que la convention qui lui accorde les profits de l'exploitation du chemin — la propriété des porteurs de bons — soit légale, et secondement, parcequeje suis convaincu que dans le cas où elle le serait, les profits de son exploitation ne seraient pas suffisants, pour quelques années à venir, pour payer les $2,000 par mois, que M. Sénécal s'engage à payer, même en supposant que l'engagement important qu'il a entrepris lui permît de fournir cette somme à cet effet. D'un autre côté, je suis d'opinion que la proposition de M. Svuô'L'ttfydans le cas où elle serait acceptée, aura ~jp pour effet de payer au complet ces créanciers bien avant * * l'expiration des cinq années et demie qui devront s'écouler avant de mener à terme le projet de paiement proposé par M. Sénécal.

Je ne puis terminer cette brochure sans exprimer mon profond regret à la vue de la position malheureuse où se trouvent les affaires de cette entreprise qui naguère promettait tant pour l'avenir ; une position d'antagonisme entre ses intérêts variés, qui, suivant moi, est aussi inutile que peu sage. La région la plus belle de la Province de Québec, un district riche en bois, en minéraux et en sol, et renfermant la plus grande étendue de terre propre à la colonisation, et qu'on pourrait encore mettre à profit, n'attend que

le parachèvement de ce chemin de fer pour se développer et se peupler. Assurément il est assez difficile dans ce pauvre pays de se procurer des capitaux pour nous venir en aide, sans vouloir agir de mauvaise foi, ou se chicaner sur une question du peu d'importance de celle qui a causé l'embarras actuel, qui ne manquera pas, je le crains, de remettre à un temps éloigné, sinon à complètement empc. cher l'exécution d'une entreprise si importante à la cité et à la Province de Québec.

Mon histoire tire à sa fin, mais je ne puis terminer sans reproduire l'éditorial suivant contenu dans le Globe hebdomadaire de Toronto, qui se rattache à la cause en question, et intitulé "La Construction de Chemins de fer."

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