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COMMENT DOIT SE COMPORTER UNE RELIGIEUSE DANS L OFFICE DE SACRISTINE

Si vous aviez par hasard la curiosité de savoir queJs sont ceux qui ont le moins de respect pour le lieu saint, et de vénération pour Jésus-Christ dans le très-saint Sacrement, je vous avouerais franchement que ce sont les sacristains. A voir comme ils passent et repassent devant le tabernacle sans même fléchir le genou, comme ils élèvent la voix dans le sanctuaire, manient sans façon et calices, et patènes, et ornements sacrés, on serait tenté de croire que, par un excès de familiarité avec Jésus- Christ, ils ont perdu tout à fait le respect et la dévotion qui lui sont dus. Je ne voudrais pas qu’on pût en dire autant de vous, qui êtes chargée de l’ofTice de sacristine. Vous seriez bien à plaindre si, après avoir consacré au service de l’église et vos pensées, et vos peines, et votre argent, vous n’eussiez fait en fin de compte qu’accroître de plus en plus votre dette envers la justice divine, et cela pour avoir tout fait en esprit de vanité, d’ambition et d’amour-propre. Alin de vous préserver d’un pareil malheur, profitez des avertissements suivants, et pour ne point profaner un si saint emploi, apprenez comment vous devez vous comporter vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis de vos compagnes, vis-à-vis des séculiers et vis-à-vis de vousmême.

Faites grand cas de votre office , et ayez bien soin de p. ai. vin. 35

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purifier votre intention. — Votre office est en réalité digne d’envie aux yeux de quiconque sait l’apprécier ; il vous établit en effet dans une sorte de nécessité de vous sanctifier, puisque par vos pensées, par vos paroles, par vos actions, vous êtes dans l’obligation de vous tenir continuellement en la présence de Dieu. C’est vous qui avez la garde des ornements et des vases sacrés ; c’est vous qui préparez les pains d’autel qui doivent être changés au corps adorable de Jésus-Christ ; c’est vous qui êtes la gardienne du tabernacle et des ciboires qui sont sa demeure , et de l’Hostie consacrée dans laquelle il réside : Quelle sainteté par conséquent ne devrait-on pas voir briller en vous ! Avec quelle modestie, quels sentiments religieux ne devriez-vous pas aborder les prêtres qui viennent célébrer dans votre église! Vous devriez, au milieu d’occupations si saintes et si pieuses, vous tenir constamment unie à Dieu. Pour qu’il en soit ainsi, arrivée a la sacristie, prosternez-vous à genoux devant le très-saint Sacrement, renouvelez votre intention, et remplissez ensuite votre besogne dans un religieux siience. En maniant les corporaux , les purificatoires, et autres linges sacrés, figurez-vous que vous maniez les langes dont fut enveloppé l’enfant Jésus, et entremêlez votre travail d’actes d’amour, d’actions de grâce et d’offrandes. Si de plus, dans le cours de la journée, vous faisiez, vous ou votre compagne, un quart d’heure de lecture spirituelle suivi d’un moment de silence , combien cette salutaire pratique contribuerait à vous entretenir dans un pieux recueillement, et comme votre cœur peu à peu s’embraserait d’amour! Oh! c’est alors que vous sanctifieriez un si bel emploi, et que cet emploi vous sanctifierait à son tour.

Entendez-vous avec votre compagne et n’ayez à deux

I) UNE KEL1GIEUSE.

qu’un cœur et qu’une âme. — Vous n’obtiendrez pas le recueillement dont j’ai parlé, si vous ne vivez pas en bonne intelligence avec votre compagne. L’obéissance vous a assigné une sœur pour compagne, et vous prétendez qu'elle soit votre servante; il n’en sera rien : elle est votre compagne, c’est-à-dire qu’il doit régner entre vous une harmonie parfaite ; vous devez la regarder de bon œil, la traiter avec respect et compatir à ses défauts. Songez-y bien : dans l’office que vous remplissez, toutes vos occupations vous portent vers le Dieu de paix, et vous, vous vivriez dans un état de dissension continuelle, jusqu’à scandaliser tout le monastère et faire dire aux religieuses : Le service de l’église ne se fait pas, parce que les sacristines ne sont pas d’accord? A Dieu ne plaise qu’il en soit ainsi ! Si jamais votre bouche a laissé échapper quelque parole piquante, si vous avez contristé votre sœur par des manières peu polies, soyez la première à lui faire vos excuses, persuadée que Dieu n’agréerait ni les ornements, ni les cires, ni les fleurs que votre main déposerait sur son autel, si vous conserviez dans le cœur quelque aigreur contre votre sœur. Le Dieu de paix veut être servi dans la paix, et la paix du cœur.

Ne soyez pas ambitieuse, et n'ayez pas la prétention de faire plus que les autres. — Il y a un esprit d’ambition qui domine en vous, et c’est là précisément ce qui vous ôte la paix. Vous visez à l'extraordinaire, mais en voulant faire plus que les autres, vous excitez chez cellesci l’esprit d’envie, et adieu la charité. Souvenez-vous de la veuve de l’Evangile, qui, n’ayant déposé dans le tronc du temple que deux deniers, c’est-à-dire moins que tous les autres, fut cependant louée par Notre-Seigneur plus que tous les autres. Si l’on observait dans votre monastère le décret de Clément XI, d’heureuse mémoire, émané

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le 28 juillet de l’année 1 708, par lequel il ordonne que les offices se fassent aux frais de la communauté, cet avertissement ne serait pas nécessaire pour vous; mais comme la pauvreté de votre monastère ne permet peut-être pas l’observation de ce décret, tâchez au moins d’avoir plus a cœur le bon témoignage de Dieu que les louanges de toute la communauté, et ne cherchez pas à faire plus que les autres. Il est bien vrai que celle qui vous a précédée a emporté, par sa magnificence, les applaudissements de tout le monde, tandis que par son ambition peut-être elle a déplu â Dieu ; mais vous, par votre pauvreté, vous obtiendrez les applaudissements du ciel entier. Si vous en agissez autrement, il arrivera qu’après avoir bien sué, vous être donné mille peines, jusqu’à contracter des dettes qui ne seront couvertes que dans plusieurs années, au lieu de faire un sacrifice agréable à Dieu, vous n’aurez sacrifié qu à l’ambition, si bien qu’en définitive tout se réduira à un peu de fumée et peut-être à une dette énorme qu’il faudra escompter en purgatoire.

Soyez exemplaire dans vos discours, et ne profanez pas le passoir de la sacristie en envoyant au dehors des présents ou des billets inconvenants. — 11 n’v a pas d’office qui oblige plus étroitement une religieuse à la sainteté que le vôtre, attendu que vous êtes continuellement dans l’occasion de traiter avec des personnes du dehors, et que vous paraissez à leurs yeux comme un spécimen de toute la communauté. Vous portez sur vous la réputation de l’Ordre tout entier : quiconque est en rapport avec vous juge , d’après votre manière de parler et d’agir, de la manière d’agir et de parler des autres religieuses. Si donc en conversant avec des prêtres ou des séculiers vous vous montrez trop libre dans vos discours, peu modeste dans vos regards, fort portée à la curiosité,

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passant chaque jour des heures entières en conversations inutiles dans la sacristie. On ne pourra s’empêcher de croire que si celles qui sont destinées a ce saint office sont si pleines d’imperfection, il ne doit pas en être autrement des autres.

A Dieu ne plaise que vous avilissiez lu dignité de votre ministère tout angélique en vous laissant aller à des propos inconvenants ! N’allez pas profaner un lieu sanctifié par le contact de tant de choses consacrées au service de l’autel, tels que les vases et les ornements sacrés ! Vous croyez passer pour une personne généreuse et de bon ton, en faisant servir au prêtre, dans la sacristie, le chocolat avec des friandises, tandis qu’il a encore les lèvres humectées du sang de notre divin Sauveur; et c’est par cela même que vous perdez la réputation d’une religieuse vraiment intérieure. — Mais l’usage. . . Quel usage donc ? quel usage? C’est un abus diabolique de convertir la sacristie en réfectoire, et de substituer à l’action de grâces qui est due a cet auguste sacrifice, un acte de pure gourmandise.

Malheur à vous surtout, si vous vous serviez des facilités que vous procure votre charge pour satisfaire vos inclinations ou vos caprices! Je connais une sacristine qui profanait souvent la sacristie en faisant passer par là des présents destinés à seconder ses petites passions; peu s’en est fallu que, surprise dans le lieu même de violentes douleurs d’entrailles, elle n’y perdit la vie.

Mais à quoi ne devriez-vous pas vous attendre, si, pour complaire à vos amies , vous vous chargiez de transmettre ou de recevoir des lettres, des billets, des cadeaux ? Ecoutez le châtiment terrible que la justice de Dieu infligea, il n’y a pas longtemps, à une religieuse qui était sacristine comme vous. Il y avait dans un monastère deux vierges folles, qui nourrissaient dans leur cœur beaucoup

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plus d’amour pour le monde que pour Dieu. Elles cherchaient à fomenter leurs passions au moyen de lettres, mais ne trouvant guère moyen de les faire passer par la porte, qui était gardée à cette époque-là par deux religieuses d’une régularité parfaite, elles s’insinuèrent si bien dans l’esprit de la sacristine, que la malheureuse, pour ne point déplaire à ses compagnes, prit leur lettre, en s’engageant à la faire parvenir à son adresse et à leur remettre la réponse. Elle se rendit à la roue de la sacristie et appela le serviteur de messe ; mais tandis quelle déposait la lettre en recommandant au serviteur de la remettre en mains propres, avec le plus grand secret, celui-ci tourna la roue avec une telle violence que la main de la sacristine fut saisie entre la roue et le mur et tranchée net; quelques jours après, la malheureuse expira au milieu d’affreuses douleurs. Profitez de l’exemple d'autrui, et ne vous prêtez jamais à de pareilles correspondances, car vous vous exposeriez à des châtiments sévères en cette vie et plus terribles encore dans l’autre.

Je frémis à la seule pensée qu on pourrait abuser, nonseulement de la sacristie et de la roue qui s’y trouve, pour transmettre au dehors des messages inconvenants , mais même du passoir où se distribue la sainte communion, et où le roi du ciel a en quelque sorte le droit exclusif de passer. C’est pourquoi, aussitôt après la communion, ayez soin de le fermer, et s’il est d’usage d’en remettre la clef à l’abbesse, ne tardez pas de la lui reporter. Qu’un de'vos principaux soucis soit la garde de ce sanctuaire.

Ne vous laissez pas aller à la dissipation d’esprit au milieu des occupations de votre charge. — Il ne suffit pas, pour satisfaire à vos obligations, de vous bien comporter vis-à-vis des séculiers, ainsi que de vos amies et de vos compagnes; vous devez aussi vous comporter comme

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il faut par rapport à vous-même, en vous prémunissant contre la dissipation intérieure au milieu des embarras de votre emploi. Voici poindre l’aurore de la fête de votre saint Patron : quel est en ce moment l’objet de vos préoccupations? Il se borne à étaler des fleurs, à envoyer des invitations, à préparer des rafraîchissements. Entre temps, il n’y a pas la moindre place dans votre esprit pour une bonne pensée; vous ne vous recommandez même pas une seule fois à ce saint que vous vous préparez à fêter avec tant d’empressement; vous ne songez qu’a solenniser sa fêle, et non à la sanctifier. Vous semble-t-il que cette manière d’agir, cette dissipation d’esprit et cette perte totale du recueillement intérieur, soient de nature à plaire à Dieu et à votre saint Patron? d'autant plus que bien des fois, pour paraître diligente, vous affectez d’être affairée. Un prêtre de distinction se présente-t-il à la sacristie? aussitôt vous mettez tout le couvent sens dessus-dessous; on court adroite, à gauche, on cherche celle-ci, on appelle celle-là: on crie à l’une : de grâce, préparez les fleurs; à l’autre : de grâce , apprêtez l’eau a la rose ; a une autre ; je vous en prie, remplissez les carafes de muscatelle ; qu’on songe à l’orgue, qu’on nous donne un petit motet. Vingt-cinq fois on va à la roue, vingt-cinq fois on remonte à sa chambre, on oublie de faire la révérence en passant devant le Saint-Sacrement, on élève la voix au point d’être entendue dans l’église, on fait attendre le prêtre à la sacristie et les religieuses au chœur; et en définitive qu’avez-vous fait en faisant tant de choses? Vous avez tourmenté ce pauvre prêtre, vous avez tourmenté les religieuses, vous vous êtes tourmentée vous-même, et au lieu de faire honneur à votre fête, vous l’avez déshonorée, parce que vous avez commis cent manquements qui ont déplu a Dieu. Au contraire, en

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agissant avec plus de calme et plus de recueillement intérieur, les choses n’en iront que mieux , et tout au moins vous ne perdrez pas l’esprit religieux, ce qui doit vous être principalement à cœur.

Ne dépensez pas votre argent en régals inutiles, et n’employez pas au travail le temps que vous devez consacrer a louer Dieu. — La matinée de la fête se passe tout entière en préparatifs pour les prêtres, pour les clercs, pour les musiciens ; vous ne faites pas la communion par motif de respect pour le Saint-Sacrement, attendu que vous êtes trop préoccupée; et après vêpres, que se passe-t-il? Il se fait une grande profusion de fleurs, de friandises, de rafraîchissements, de sorbets, de sonnets ; on jase, on rit avec toute sorte de personnes ; on va et on vient du parloir à la sacristie, de la sacristie à la porte, et de la porte a sa chambre, et de sa chambre a la porte, les mains pleines de vases, de pâtés, de pots de confiture, comme s’il y avait foire au couvent. Mais que prétendez-vous donc avec tous ces embarras? Hélas! vous prétendez au titre de dépensière splendide et magnanime : vain titre qui s’évanouit en deux ou trois jours ! Oh ! quelle insigne folie ! d’autant plus que ce titre insensé, vous l’achetez par plusieurs années de peines, en travaillant jour et nuit comme une esclave pour arriver a suffire à tant de dépenses. Je ne blâme pas une religieuse qui, prévoyant les dépenses qu’elle aura à faire dans sa charge, économise quelque temps d’avance, avec la permission de la supérieure, sur les produits de son travail ; mais je ne saurais trouver bon que par des veilles indiscrètes on nuisît à sa santé; je ne saurais approuver qu’on abandonnât le chœur, et loraison mentale, et les lectures spirituelles, et tous les exercices de piété, pour consacrer toutes ses heures au travail; si vous aviez un peu moins de vanité dans la tête, vous ne

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sacrifieriez pas à si grands frais votre esprit intérieur, votre âme et Dieu.

Modérez-vous donc, et renoncez à ces régals qui, dans les plus grandes solennités, vous entraînent à la dissipation. Ne me dites pas que d’autres le font bien : souvenezvous qu’il y a des vierges folles et des vierges sages ; soyez du nombre de celles-ci et non des autres. Je n’ai garde de vous détourner de donner un témoignage d’estime à votre prélat, et de reconnaissance â celui qui vous assiste au tribunal de la pénitence ou dans le service de l’église ; mais je vous recommande la modération, de telle sorte que l’expression de votre reconnaissance ne dépasse pas les limites de votre pauvreté. '

Dans un monastère des Etats de l’Eglise, la dépense pour les seuls présents de petits bouquets de fleurs artificielles montait, au jour de la fête principale, à dix-sept doubles en or (près de 300 francs). La plupart des sacristines, pour ne pas rester en-dessous des autres, étaient obligées non-seulement de vivre à l’étroit et de se négliger dans le vêtement, mais d’entretenir des liaisons pour avoir de l’argent, au risque de contracter des dettes vis-àvis de Dieu. L’émmentissime prélat eut connaissance de ce désordre, et interdit une pareille dépense. Pour vous, n’attendez pas les ordres du prélat, mais si vous vous rencontrez en présence d’un abus semblable, extirpez-le sans respect humain. Soyez persuadée que, si vous agissez autrement, de même que Judas trouva à côté de Jésus une route plus courte pour se damner, ainsi vous-même, de ce lieu le plus voisin du très-saint Sacrement, je veux dire la sacristie, vous ne ferez que vous précipiter par une pente plus rapide vers l’abîme éternel. Pensez -y bien.

P. M Vlll.

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