‹ Chemin de la croixChapitre 130 sur 153 · PÉCHÉ · texte numérisé non relu

PÉCHÉ

Mais il ne suffit pas de l’avouer; il faut de plus en être pénétré au fond du cœur, et c’est ce que je demande à Dieu, afin de n’oser jamais lever la tête, ni oublier ma

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bassesse. Aussi bien, cette humilité d’entendement ne suffît point; attendu que les démons aussi connaissent leurs misères et ne laissent pas cependant d’être orgueilleux. Je prie donc le Seigneur, les genoux en terre, et je le supplie par les mérites de notre père saint François, de me donner une vraie humilité de volonté, une humilité qui me fasse aimer les opprobres en toutes circonstances, et me fasse comprendre qu’un seul grain de mépris vaut beaucoup plus que tous les honneurs du monde. Je le sais, c’est là ce qu’il y a de plus amer à ma nature superbe; mais, avec la grâce de Dieu, je me propose de dévorer cette amertune, de souffrir volontiers toute sorte de mépris, et non-seulement de les souffrir, mais d’aller à leur rencontre, de les désirer, de m’en ré- % jouir même. Et quoique en écrivant ces lignes j’entende une voix intérieure me reprocher que je ne dis pas la vérité en cela, ou que je ne serai pas fidèle à Dieu, je ne veux cependant pas me décourager ; car mon intention i est véritable et sincère et je sais que rien n’est impossible à la grâce de Dieu ; cette grâce, je l’implorerai fréquemment en répétant mon oraison jaculatoire habituelle : Mon Jésus , miséricorde! Je conjurerai le Seigneur de me faire la grâce d’aimer la défaveur et le discrédit de la part des hommes, les mépris et les abjections de tout genre ; j’embrasserai de tout cœur les petites humiliations qui m’arriveront dans le cours de la journée, car ignorant une foule de choses, étant naturellement sujet aux distractions, et assez gauche dans mes manières, je compte recueillir de tout cela une abondante moisson de petites humiliations et de petits affronts. Le cas échéant, au lieu de m’excuser je dirai simplement : cest vrai , je ne suis qu'un sot ; et quand il s’élèvera dans mon esprit quelque pensée d’orgueil, d’estime de moi-même, de vaine gloire, je ferai

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aussitôt un acte contraire, et je la chasserai comme on chasse les plus mauvaises pensées, en recourant 'a Dieu et en disant, comme toujours : Mon Jésus , miséricorde !

Pratiques d’humilité.

LVI. Mais pour descendre k des détails encore plus pratiques, et ne point m’arrêter k de simples paroles, je m’emploierai volontiers, lorsque je serai au couvent, aux emplois les plus humbles, tels que ceux de balayer, de laver la vaisselle et d’aider les frères en tout ce que je pourrai. Mais surtout je mettrai un frein a ma langue pour ne parler jamais de moi-même, ni en bien ni en mal. Je ne ferai jamais mention de mes prédications a Rome, ou de mes succès dans les missions. J’excepte le cas où il le faudrait pour justifier ou accréditer la doctrine de nos instructions et de nos sermons, et afin que les peuples, sachant que les vérités que nous leur annonçons ont été approuvées k Rome, en conçoivent l’estime qui leur est due; j’excepte aussi le cas où l’on jugerait utile de citer quelque trait des missions passées, pour procurer la gloire de Dieu. Hors ces cas, dans lesquels je m’expliquerai en peu de mots, je serai d’une extrême réserve en parlant de moi-même. Je veillerai avec une attention continuelle et de tous les jours sur mes paroles, afin qu’il n’en sorte aucune de ma bouche qui sente l’orgueil ou l’amourpropre ; et j’y réussirais aisément si je savais mettre un frein k mes pensées et k mes sentiments de vaine gloire, comme je me le suis proposé plus haul(Lv).

Dans les conversations avec mes confrères, le principal écueil k éviter, c’est l’attache a mon propre jugement. Bien qu’il soit permis d’émettre son opinion et d’exposer ses raisons, il ne l’est pourtant pas de contester et de

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vouloir l'emporter sur les autres par tous les moyens. Je sais que. malgré mes résolutions, je commettrai bien des fautes ; je ne veux cependant pas laisser de les prendre avec toute la ferveur possible et avec pleine délibération : moyennant la grâce de Dieu, je me propose de ne contester jamais, fût-ce même sur des choses bonnes et vertueuses. Après avoir proposé mon sentiment avec modestie, je me pincerai le bras pour me rappeler ma résolution et je me tairai, en renouvelant le propos de parler, en toutes circonstances, doucement, sans empire, avec modestie et religieusement; et quand j’aurai commis quelque faute en cela, car je n’en commettrai que trop, je m’imposerai pour pénitence de tracer trois croix par terre avec la langue. Je me pénétrerai bien de cette maxime, que je n’arriverai jamais à la perfection et â la sainte union avec Dieu, sans un amour de Dieu très-fervent joint a un profond et souverain mépris de moi-même ; je demanderai fréquemment à Dieu la grâce d’obtenir ces deux vertus : l’amour et l’humilité.

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