JÉSUS ADRESSE LA PAROLE AUX FEMMES QUI PLEURENT
Faites cas de vos larmes, mes frères, car en réalité elles sont d’un grand prix devant Dieu. Voyez Jésus qui reprend les filles de Jérusalem, parce quelles les répandent
a profusion par pur motif de compassion naturelle. Ah ! si vous aviez le bonheur, mon pauvre pécheur, de faire jaillir de ce cœur pétrifié un acte de repentir sincère d’avoir offensé Jésus-Christ; si vous aviez ce bonheur, dis-je , une éternité de contentement serait la récompense proportionnée à un acte si généreux. Oh ! quelle satisfaction vous donneriez au cœur de Dieu ! Oh ! puissiez-vous comprendre cette vérité ! Dieu fait plus de cas d un cœur contrit, d’un cœur pénétré de douleur, que de toutes les qualités , de toutes les merveilles naturelles les plus belles , les plus ravissantes qu’on puisse imaginer dans une créature quelconque. Qui donc ne s’efforcera d’exciter la componction dans son cœur avant la fin de ce douloureux voyage, afin de donner satisfaction, et une si grande satisfaction à notre bon Jésus? Remarquez que si vous ne le faites pas maintenant que vous le pouvez, vous 11e le pourrez plus alors que vous le voudrez ; et que si vous négligez cet acte de contrition pendant la vie, il ne vous sera pas donné de le faire a l article de la mort, alors que le temps vous échappera : Tempus non erü amplius .
IXe STATION.
TROISIÈME CHUTE DE JÉSUS
Terre fortunée qui fus digne d’être imbibée du sang de Jésus! Ce sang précieux jaillit en grande abondance des plaies de Jésus rouvertes outre mesure dans cette troisième et douloureuse chute. Le divin Sauveur tombe accablé sous le poids énorme de sa croix, en même temps l’effroi saisit le cœur de ses bourreaux qui croient le voir expirer; ils essaient et le trouvant encore en vie, quoique
DEUXIÈME EXERCICE
par miracle, ces infâmes se font un sujet de risée et de sarcasmes des souffrances extrêmes de mon Jésus. Populace indigne , as-tu donc le cœur de bronze? Mais a quoi bon m’en prendre à ceux qui n’ont pas même un rayon de foi ou de raison? Ne vous reconnaissez-vous pas vousmêmes, mes frères, dans ces barbares qui s’acharnent si cruellement à Jésus-Christ? N’y voyez-vous pas la figure de ces hommes livrés au monde, plongés dans la matière et tellement endurcis dans le vice que les vérités les plus terribles, l’enfer, l’éternité, le mal affreux du péché, ne leur causent plus la moindre épouvante ; de ces hommes enfin abandonnés à ce sens réprouvé que déplore l’Apôtre, et qui ne trouvent de jouissance qu’a accumuler péchés sur péchés? Ame malheureuse , s’il s’en trouve quelqu’une dans une si belle assemblée , ouvre ton cœur ; Jésus t’appelle encore : ne tarde plus! Va, dès ce soir, te jeter aux pieds d’un confesseur. Trop heureuse, si tu entends cet appel de ton Dieu ! Eh bien ! mes frères, récitons tous ensemble le Pater et l 'Ave accoutumés pour cette pauvre âme.
Xe STATION.
JÉSUS DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS ET ABREUVÉ DE FIEL
Déchirez, déchirez ces chairs adorables de Jésus, cruels bourreaux, arrachez-lui la peau de la tête aux pieds, et ne craignez point, en lui enlevant et en lui remettant la couronne d’épines sur la tête, d’approfondir ses douloureuses plaies; ses entrailles ont-elles été épargnées? eh bien! voilà du fiel, de la myrrhe et du vinaigre : remplissez son palais d’amertume, tourmentez son corps intérieurement; il frissonne de froid, il est épuisé de souffrances, n’im-
porte : laissez-le exposé tout nu, comme un ver de terre, aux regards avides de la plèbe la plus vile. Qui sait si, à ce spectacle touchant et lamentable les cœurs ne seront pas émus et si, par compassion, on ne cessera pas d’outrager mon Jésus? Quoi! ce n’en est pas encore assez pour attendrir ce cœur obstiné? Va donc, malheureux, va habiter parmi les bêtes féroces ; tu n’as plus un cœur humain, tu es plus impitoyable qu’un tigre. Mon Dieu! quelles insondables extrémités! Vous avez tant fait pour moi, et que fais-je, moi, pour vous? De quoi m’occupé-je? Suis-je donc de pierre? Ne devrais-je pas m’immoler pour vous? Ah! plût à Dieu que tous dorénavant nous ne fussions plus occupés qu’à aimer, servir et honorer notre bon Jésus !
XIe STATION.
JÉSUS CRUCIFIÉ
Yoyez-les triompher, ces êtres barbares, inhumains; ils ont atteint leur but détestable !... Le corps languissant du Sauveur tiraillé avec fureur est étendu sur la croix, et on lui enfonce de gros clous dans les pieds et les mains. A l’instant quatre fleuves de sang jaillissent de ces plaies adorables. Et pour qui est-il répandu, mes frères, ce sang béni, ce sang de l’Agneau sans tache? Oui, oui, prévalezvous du mot de l’Apôtre : Pro omnibus mortuus est Chris tus ; fiez-vous que Jésus a versé son sang pour tous les hommes! Est-ce à dire que cette précieuse médecine sera efficace pour tous? Hélas! hélas! qu’il y a peu d’élus ! Jésus a préparé, dans son sang un puissant remède pour tous nos maux, mais si nous ne l’appliquons pas ce remède, la faute en sera-t-elle à Jésus? Vous le savez, le sang
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de Jésus s’applique par les sacrements. Combien n’en est-il pas qui ne s’en approchent que de Pâque en Pâque! Combien qui se confessent et communient, mais uniquement par respect humain! Leurs péchés, ils les débitent à moitié, sans douleur, sans bon propos, et ils avancent dans la vie en tressant une longue chaîne de sacrilèges; ils s’approchent de la table sainte, non pour savourer le sang de Jésus-Christ, mais pour le fouler indignement aux pieds. Ah! déplorons, mes frères, l’immense malheur de nos temps où tant de chrétiens (plût à Dieu qu’il en fût autrement!) boivent la mort la où ils devraient recevoir la vie.
XIIe STATION.
JÉSUS ÉLEVÉ EN CROIX
Voilà enfin le Fils unique du Très-Haut cloué à un gibet et élevé entre le ciel et la terre! Ah ! prosternés à genoux, fixons nos regards sur cette face moribonde, envahie par les pâleurs de la mort. Le reconnaissez-vous, Messieurs, pour ce J^sus de Nazareth, qui vous a comblés de tant et de si grands bienfaits? Le reconnaissez-vous pour ce Dieu qui vous a créés et qui maintenant va mettre la dernière main à l’œuvre de votre rédemption, en agonisant au milieu des angoisses et en rendant le dernier soupir? O ciel! avec quel cri il a fait retentir le consummatum est! quels pleurs, quelles contorsions ! comme sa poitrine se gonfle et comme ses yeux errent ça et là! Le voilà qui expire et se meurt: Traclidit spiritum. Le reconnaissez-vous ? Non; plusieurs et beaucoup même ne le reconnaissent pas ; car il me paraît impossible de voir un Dieu suspendu en l’air sur trois clous, et de vivre comme on vit ; cela n’est pas possible : il faut donc croire que ceux-là ne connaissent
pas Jésus ; non, ils ne le connaissent pas. Que si vous vous offensez, Messieurs, de m’entendre dire que vous ne connaissez pas Jésus, je me rétracterai. Vous le connaissez donc, n’est-il pas vrai? vous le connaissez? Vous connaissez Jésus-Christ et vous l’offensez? Il n’y a donc point de rémission pour vous. Voici les termes précis dans lesquels Jésus-Christ, du haut de la croix, pria pour ses bourreaux : Pater , ignosce illis, quia nesciunt quid faciunt. C’est-àdire : « Père éternel, ces malheureux ne me connaissent point, ils ne savent pas qui je suis ; pardonnez-leur donc s’ils me crucifient. » Mais pour un chrétien qui connaît Jésus-Christ, qui sait ce que Jésus-Christ a souffert pour lui et combien il l’a aimé, et qui néanmoins continue à l’offenser en persistant dans ses habitudes avec plus de perversité que jamais, pour celui-là et d’autres semblables, qui savent ce quils font, il n’y a point de prière de Jésus- Christ, et pour ceux-là peut-être n’y a-t-il point de rémission. C’est de vous que je parle, esprits obstinés, qui savez très-bien que ce n’est pas seulement un pieux sentiment, mais une vérité catholique, que le péché mortel crucifie de nouveau le Fils de Dieu, qui le savez, dis-je, qui en êtes convaincus, et qui néanmoins vivez dans le péché et multipliez sans fin vos offenses. Ahl quelque châtiment terrible, oui, quelque châtiment terrible menace celui qui est insensible à des réflexions si touchantes. Ou êtes-vous, mon pauvre pécheur, où êtes-vous? Degrâce, ne descendez point de cette montagne que vous ne vous soyez réconcilié avec Dieu. Courage : voilà Jésus, il vous tend les bras ; jetez-vous-y, et alors, oui, alors, il y aura pour vous rémission et salut éternel.
DEUXIÈME EXERCICE