JÉSUS ADRESSE LA TA ROLE AUX FEMMES EN FLEURS
Les filles d’Israël, à la rencontre de Jésus, ne peuvent retenir leurs larmes en voyant cet agneau plein de mansuétude, tout ensanglanté, tout sillonné de larges blessures, languissant, haletant, et courbé jusqu’à terre sous le poids de sa croix. Non, elles ne peuvent retenir leurs larmes, et leur cœur, gros de compassion, éclate en sanglots. Et vous? chose étrange! dans tout le cours de cette voie douloureuse vous n’avez pas encore donné le moindre signe de pitié ; vous paraissez plus dur que le rocher. Sachez cependant que Jésus ne se met pas en peine de vos larmes et de vos soupirs ; non, non, il ne s’en inquiète pas; faites ce que vous voulez, ne vous souciez pas de ses souffrances; vivez dans l’indifférence et l’oubli de sa Passion; mais au moins songez à vous-même, mon frère! N’avez-vous pas péché? et la damnation ne vous inspiret-elle aucune crainte? Si donc la foi vit encore au fond de votre cœur, pourquoi ne pleurez-vous pas vos péchés? Oui, vos péchés, voilà ce que Jésus vous invite à pleurer, voilà ce qu’il souhaite que vous déploriez, en vous présentant cette double alternative : ou vous repentir, ou vous damner; ici pas de milieu, mes frères : le repentir ou la damnation. Ah! pensons-y bien, avant de terminer ce saint exercice, et que chacun maintenant tâche d’exciter dans son cœur un acte de contrition sincère et véritable. Heureuse l’âme qui y réussira 1
IXe STATION.
TROISIÈME CHUTE DE JÉSUS
La populace juive n’est pas encore lasse de tourmenter Jésus, et Jésus n’est pas encore las de souffrir pour notre salut. Cependant il est réduit à l’extrémité; ses os disloqués, broyés, son épaule gauche meurtrie et toute en plaie, à cause du mouvement continuel de ce tronc informe et pesant qui l’accable, tous ses membres en un mot lui font souffrir une immense douleur, si bien que ne pouvant plus se soutenir, il roule pour la troisième fois le visage contre terre. Oh ! pitié pour Jésus ! qui donc aurait encore le cœur de l’offenser? — Me voici, dit l’aimable Sauveur, me voici étendu par terre : sache que pour te rendre 'a cette maison maudite, tu devras me fouler aux pieds. Oui, c’est pour te barrer le passage, que je me suis mis en travers de la voie. — Et toi, que dis-tu? Tu veux passer outre, n’est-ce pas vrai? En dépit de Jésus, tu veux y aller, et si Jésus est foulé aux pieds, tant pis pour lui? — Ah! créature ingrate! Si Jésus est foulé aux pieds, tant pis pour lui? y penses-tu, créature ingrate? Quoi! tant pis pour lui s’il est foulé aux pieds? Non, non; mais tant pis pour toi, misérable! car chaque pas que tu feras, tu l’expieras en enfer dans des entraves éternelles dont tu ne sortiras jamais. Ah! mes frères, n’irritons pas davantage la patience de Jésus ; obéissons aux saintes inspirations qu’il nous fait sentir au fond du cœur : retranchons toutes les occasions du péché, et, attendris a la vue de tant de sang, déplorons notre aveuglement passé.
TROISIÈME EXERCICE
Xe STATION.
JÉSUS DÉPOUILLÉ DE SES VÊTEMENTS ET ABREUVÉ DE FIEL
Voici, dit Jésus, voici que par amour pour toi je me dépouille même de mes vêtements, me laissant arracher la peau avec d’atroces douleurs ; vois avec quelle cruauté on m’ôte pour la troisième fois la couronne d’épines, pour me l’enfoncer de nouveau sur la tête. Vois avec quelle confusion je me laisse exposer nu et les chairs en lambeaux à la vue de tout le monde, par amour pour toi. Contemple-moi bien des pieds a la tête sillonné de larges blessures et couvert de sang. Vois dans quelle affliction je suis plongé, abreuvé de fiel, de vinaigre et de myrrhe, et comme je supporte tout pour sauver ton âme. Veux-tu donc persévérer dans ces divertissements et ces vanités, qui sont cause de mes souffrances? dans cet orgueil et ces pensées indignes, qui me percent comme des épines? dans cette sensualité et ces voluptés, qui m’abreuvent d’amertume? — Que réponds-tu a ton Dieu? que dis-tu? — Ah! non, non, mon bien-aimé Jésus, nous ne voulons point nous endurcir dans le mal. Vos horribles plaies nous apprennent a mortifier nos sens, à abhorrer le vice, à fuir toutes les occasions du péché. Nous en prenons la résolution irrévocable. Ah! pardon, mon doux Jésus, pardon pour le passé, grâce pour l’avenir, et persévérance dans le bien jusqu’à la mort.
XIe STATION.
JÉSUS CRUCIFIÉ
Les barbares qu’ils sont! plus ils boivent du sang de Jésus, plus ils en sont avides. Le corps du divin Sauveur était labouré des pieds à la tête, et voilà qu’ayant fait à peine quelques pas il est rudement renversé sur la croix, et ses bourreaux, comme des enragés, armés de marteaux, lui enfoncent, ô douleur! d’énormes clous dans les pieds et les mains, puis retournent la croix sens dessus dessous pour recourber la pointe des clous, de telle sorte que toutes les plaies s’élargissent, et que ce corps adorable est comme broyé. Contemplez, si vous en avez le cœur, Jésus étendu la face contre terre et cloué à sa croix, essoufflé, palpitant, presque évanoui ; et sachez qu’il n’y a rien qui le tourmente autant que la dureté de votre cœur. Au plus fort de ses souffrances, Jésus ne vous demande qu’un soupir. Et vous le lui refuseriez? Ah ! non, mon frère. Que tardez-vous donc à la vue d’un si cruel spectacle, que tardez-vous à fondre en larmes de compassion? Dites-lui de tout cœur, avec la plus grande ferveur : O mon Dieu crucifié, mon Dieu crucifié, faites-moi la grâce de clouer mon cœur à la croix avec vos pieds sacrés, et que pénétré de votre divin sang, il se convertisse tellement, que désormais il ne sache plus faire autre chose que compatir tendrement à vos souffrances, vous aimer et pleurer amèrement les offenses commises contre vous, par le seul motif que vous êtes le souverain bien.
TROISIÈME EXERCICE