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SUR QUELQUES DOUTES

§ \ . Sur quel fondement reposent les indulgences du Chemin de la Croix.

Le premier doute qui se présente à l’esprit de plusieurs concerne le fondement sur lequel reposent les nombreuses indulgences qu’on dit avoir été accordées à l’exercice du Chemin de la Crox.

Nous répondons qu’il suffit de lire les rubriques particulières du bréviaire Franciscain, depuis le n. 182 jusqu’à la fin ; on y verra de quel droit nous affirmons que ce saint exercice a été enrichi des indulgences en question. Voici le sommaire des actes émanés du Saint-Siège.

Le père François Diaz de Saint-Bonaventure, procureur-général des provinces de l’Ordre situées hors de fltalie, obtint du pape Innocent XI un bref, en date du 5 septembre 1686, par lequel le Souverain Pontife confirme la communication des indulgences et autres privilèges, entre les églises, lieux, confréries, congrégations et personnes de l’un et de l’autre sexe, dépendant de notre Général. Cette communication universelle qui avait déjà été accordée par d’autres pontifes, ses prédécesseurs, consiste en ce que si un autel, une église, une confrérie, ou une congrégation de l’Ordre vient à être enrichi d'une indulgence plénière ou partiehe, soit en faveur des mem-

bres de l’Ordre, soit en faveur de tous les fidèles, la même indulgence peut être gagnée a tous les autels, dans toutes les églises, confréries ou congrégations de notre Ordre, pourvu qu’on remplisse les conditions enjointes par l’acte de concession.

On a douté ensuite si dans cette communication mutuelle et réciproque devaient être compris aussi les lieux de Terre-Sainte. Le pape Innocent XII remit la décision de ce point à la Congrégation des Interprètes du Concile de Trente; celle-ci déclara, le 16 juillet 1694, qu’ils y sont compris, et Innocent XII confirma lui-même cette décision, le 27 du même mois.

Un nouveau doute surgit bientôt, savoir, si la susdite Congrégation avait voulu comprendre, dans la communication, même le Chemin de la Croix ou du Calvaire. Or, le 12 novembre 1694, elle déclara que même le Chemin du Calvaire était compris dans la concession d’innocent XI, et cette nouvelle déclaration fut également approuvée par Innocent XII, le 15 novembre1. De là il résulte que tous les Chemins de la Croix qui existent dans le monde, érigés par nous, jouissent des indulgences accordées à la Voie sacrée de Jérusalem, indulgences que tous les fidèles peuvent gagner, pourvu qu’en visitant ces Chemins de la Croix, quelque part que ce soit, ils s’acquittent des œuvres prescrites à ceux qui visitent les saintes stations de Jérusalem* comme chacun pourra s’en convaincre en lisant les rubriques déjà citées de notre Bréviaire.

En voilà assez pour montrer combien est solide et inébranlable le fondement des indulgences accordées au

“ 1 C’est ce que le Pontife expose lui-même dans sa bulle Sua Nobis, du M des kal. de Janv. 1695. ap. Ferrar. v° Indulgentia , art. 5, n. 24.”

Chemin de la Croix, et combien est vain le doute soulevé par ceux qui n’ont pas connaissance des décisions du Saint-Siège.

§ 2. Indulgences du Chemin de la Croix étendues aux séculiers.

Le second doute se base sur une raison un peu plus spécieuse : si la communication de privilèges dont nous avons parlé n’embrasse que les lieux et les personnes soumis au Général de l’Ordre, comment donc les indulgences du Chemin de la Croix peuvent-elles être gagnées même par les séculiers?

Nous répondrons qu’une supplique a été adressée au pape Benoît XIII pour le prier de daigner étendre ces indulgences à tous les fidèles indistinctement, qui feraient le Chemin de la Croix dans nos églises, en méditant sur la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; et que le pape, par sa Constitution du 5 des nones de Mars 1 7261, a accordé la faveur sollicitée.

§ 3. Le Chemin de la Croix peut être érigé même dans les lieux indépendants de l’Ordre des Frères Mineurs.

De ce qui vient d’être dit naît un troisième doute : comment se fait-il qu’on puisse gagner les indulgences même en faisant le Chemin de la Croix dans les églises ou les lieux appartenant aux séculiers, et indépendants de l’Ordre?

Pour cela vous saurez, cher lecteur, qu’étant gardien du couvent de Saint-François-du-Mont, à Florence, je fus informé par des religieux Espagnols du couvent de

1 Ap. Ferrar. \° Indulg. art. Ô; n. 59.

P. M. VIII

l’Ambroisienne, situé à quelques milles de cette capitale, qu’en Espagne nos religieux avaient la faculté d’ériger le Chemin de la Croix, même dans les églises et les lieux non sujets, ni dépendants de l’Ordre, et qu’il en résultait pour les fidèles un bien immense. Je conçus dès lors un vif désir de procurer le même avantage, non-seulement à l’Italie, mais au reste du monde catholique. Je m’entendis à cet effet avec ces religieux espagnols pour supplier de concert la princesse de Toscane, Violante de de Bavière, solliciter du pape Benoît XIII une faveur qui devait concourir si efficacement a la gloire de Dieu et au salut dès âmes. Cette princesse ayant pris l’affaire â cœur, obtint en effet un rescrit favorable en date du 10 novembre 1729, cest-a-dire que les religieux de la Retraite de Florence et ceux du couvent de l’Ambroisienne furent autorisés à ériger le Chemin de la Croix dans les églises et les lieux tout à fait indépendants de l’Ordre. On ne saurait dire avec quelle estime et quel empressement cette sainte dévotion fut aussitôt accueillie par la plupart des fidèles en Toscane.

La porte étant ouverte, dès qu’on eut expérimenté les fruits précieux que le Chemin de la Croix produisait par toute la Toscane, beaucoup de curés et de peuples en dehors des limites du Grand-Duché souhaitèrent avec ardeur d’en jouir pareillement. Sur ces entrefaites il arriva, par une disposition de la divine Providence, que mes supérieurs me chargèrent de prêcher diverses missions dans les environs de Rome, et à Rome même. J’eus alors une belle occasion d’instruire Nosseigneurs les Cardinaux et même le Souverain Pontife Clément XII des avantages spirituels qui résulteraient de la propagation du Chemin de la Croix, et pour procéder régulièrement j’en parlai au très-révérend père Bernard Monterde, alors

Procureur général de l’Ordre; celui-ci embrassa cette idée avec ardeur, et en écrivit au révérendissime père général résidant en Espagne, lequel nous ordonna d’user de toute la diligence possible pour obtenir du Saint-Siège une faveur aussi importante. Une supplique fut en effet présentée au pape Clément XII , au nom du père Monterde, Procureur général, et du Ministre général lui-même; et après bien des difficultés et des embarras, qui traînèrent l’affaire en longueur pendant l’espace de sept mois , on obtint enfin le bref tant désiré, qui commence par les mots Exponi nobis , du 16 janvier 1731. Le pape confirme tout ce qui avait été accordé par Innocent XI, Innocent XII et Benoît XIII , et de plus il accorde que les Chemins de la Croix qui seront érigés dans la suite par nos religieux, non-seulement dans les églises, mais encore dans les oratoires, monastères, hôpitaux et autres lieux pieux, indépendants de l’Ordre des Frères Mineurs, jouiront des mêmes indulgences que ceux qui existent dans nos églises, pourvu que l’érection se fasse selon le mode et dans la forme qu’on a coutume d’observer , ainsi que vous verrez dans le bref même, rapporté ci-après. ( Documents, etc. n. i.)

§ 4. De la manière de procéder à l’érection du Chemin de la Croix.

Cette grâce étant obtenue, survint le doute touchant le mode ou la forme a observer pour l’érection du Chemin de la Croix dans une église, un oratoire, monastère ou lieu pie quelconque, non soumis à l’Ordre.

J’eus recours au pieux cardinal Pic de la Mirandolle, alors préfet de la Congrégation des Indulgences, à qui est dû l’honneur d’une victoire dont j’espère qu’il reçoit présentement la récompense dans le ciel. Plein de zèle pour

un si saint exercice, il instruisit le pape Clément XII de son excellence, de son utilité et des fruits qu'il promet ; en un mot , il aplanit toutes les difficultés, et la sacrée Congrégation, afin d’établir l'œuvre plus solidement, résolut, après avoir entendu l’exposé du doute, de dresser quelques règles ou Avertissements propres 'a fixer la pratique. Elle en dressa en effet neuf, qui furent approuvés et signés par le Souverain Pontife Clément XII, en date du 3 avril 1731. C’est le document qu’on lira ciaprès ( Documents , etc. n. n.)

§ V. Du privilège des Frères Mineurs de l’Observance par rapport à l’érection du Chemin de la Croix, « et de ceux qui ont le pouvoir de l’ériger dans les lieux où ces religieux n'ont pas de couvent. »

On demande pourquoi les Frères Mineurs Observantins et Récollets dépendants du Général de l’Ordre de Saint- François ont reçu le privilège exclusif d’ériger les Chemins de la Croix jouissant des indulgences.

Je réponds que ce privilège leur a été accordé pour des raisons très-justes et très-plausibles : nos religieux préposés à la garde des sanctuaires de Jérusalem ayant tous les jours beaucoup a souffrir pour empêcher que ces saints lieux ne soient profanés par les infidèles, les Souverains Pontifes ont jugé tout a fait convenable d’accorder à notre Ordre exclusivement le privilège d’ériger le Chemin de la Croix; c’est une compensation en retour des avanies et des souffrances qu’ils endurent en Terre Sainte pour la gloire de Dieu et le bien de l’Eglise.

“Les brefs de Clément XII et de Benoît XIV attribuent le pouvoir d’ériger le Chemin de la Croix aux Franciscains de l’Observance et aux Récollets, qui sont soumis au Ministre général de l’Ordre. Il s’ensuit que les autres

religieux de la grande famille de saint François, qui ont un général particulier, ne jouissent pas, sauf un induit particulier, du même privilège. Les Conventuels et les Capucins sont dans ce cas. Ces derniers ont néanmoins obtenu, dès le temps même du bienheureux Léonard, des concessions perpétuelles qui leur permettent d’ériger le Chemin de la Croix dans les lieux où les Observantins n’existent pas. Ainsi, en 1737, peu de temps après le bref de Clément XII, les Capucins de la province de Suisse demandèrent à la sacrée Congrégation des Indulgences le pouvoir d’ériger le Chemin de la Croix dans les lieux où il n’y avait pas de maison de l’Observance. La sacrée Congrégation décida qu’il y avait lieu 'a concéder le privilège; mais le pape Clément XII, lorsque le cardinal-préfet lui fit la relation de l’affaire, voulut que le pouvoir fût expédié par les Frères Mineurs de l’Observance. Ce qui eut lieu1 .

“ Dans notre siècle, le Saint-Siège a fréquemment accordé a d’autres religieux missionnaires, a des évêques ou à de simples prêtres, le pouvoir d’ériger le Chemin de la Croix dans les lieux où il n’y a pas de maison de l’Observance. Ces induits particuliers ont été donnés, tantôt pour 50 érections, quand ce sont des évêques qui les ont obtenus, tantôt pour 25 lorsqu’il s’agit de simples prêtres, ou même pour un laps de temps déterminé, par exemple, ad septennium, ce qui est plus extraordinaire. Voyez la formule des rescrits de ce genre ci-après. ( Documents. n. xvn.)

u La faculté spéciale d’ériger le Chemin de la Croix, obtenue par un prêtre séculier, doit toujours être exhibée a l’Ordinaire du lieu, quand même l’induit apostolique ne

1 “ Voyez cet exemple et d’autres dans les Analecla juris pont. an. 1 858, col. 764 et seqq. ”

l’exigerait pas expressément. C’est ce qu’a formellement décidé la sacrée Congrégation des Indulgences en 1841 (. Documents , n. xix.)

u Un évêque qui a reçu cette faculté du Saint-Siège ne peut, par cela seul, la déléguer, même pour un cas particulier, 'a son vicaire-général. C’est encore un point que la Congrégation a décidé par une déclaration du 24 mai 1843 (. Documents , n. xx) ; et la chose est d’ailleurs assez claire par elle-même, vu qu’il ne jouit pas de ce pouvoir en vertu du droit commun et a raison de sa charge, mais uniquement par une faveur spéciale et purement personnelle.

“ Mais des évêques ont demandé et obtenu le pouvoir d’ériger le Chemin de la Croix dans leurs diocèses, soit par eux-mêmes, soit par leurs vicaires-généraux, leurs curés ou tout autre prêtre quelconque, à leur choix. [Documents , n. XXI.)

“ On a demandé si, en pareil cas, ils peuvent subdéléguer quelque curé que ce soit pour l’ériger, non-seulement dans sa propre paroisse, mais même dans une autre église paroissiale du diocèse. Et la Congrégation, dans une cause de Clermont du 23 septembre 1839, a répondu qu’ils le peuvent, s’ils le jugent bon : « Cum episcopo data sit facultas ab Apostolica Sede subdelegandi etiam parochos indiscriminatim ad effectum erigendi stationes Yiæ Crucis in ecclesiis, oratoriis, etc..., idem episcopus potest subdelegare quemvis parochum, non modo in sua respective parochia, sed in qualibet ecclesia parochiali, prout in Domino judicaverit. »

“ Au reste, il faut s’en tenir aux termes des rescrits pontificaux qui accordent ces facultés spéciales, et observer, sous peine de nullité, les clauses qui en restreignent l’exercice. Ainsi les évêques comme les simples prêtres,

en vertu des Induits qui leur sont octroyés, ne peuvent ériger le Chemin de la Croix que « dans les églises et les oratoires, tant publics que privés, des lieux où l'Ordre des Frères Mineurs Franciscains de l'Observance n’existe pas.»

“ Cette clause renferme une double restriction ; elle interdit a tout autre que les Observantins et les Récollets, 1° d’ériger le Chemin de la Croix dans les lieux où ils ont un couvent, c’est-à-dire dans les circonscriptions des villes ou des villages sur lesquels ils sont établis ; — 2° de l’ériger ailleurs que dans l’intérieur des églises et des oratoires soit publics, soit privés. Encore faut-il que ces oratoires privés aient été autorisés par le Saint-Siège, comme il est dit expressément dans le bref accordé à l’évêque de Tournai et que nous rapporterons plus bas [Documents, n. xxi) : « Concedimus ut... stationes Viæ Crucis... in qualibet ex Ecclesiis vel publicis Oratoriis, privatisve, dummodo hœc ab Apostolica auctoritate erecta sint, tuæ diœcesis erigere... possis. »

“ Par conséquent, si Ton se permettait, en vertu d’un induit semblable, d’ériger le Chemin de la Croix dans une localité où il existe des Frères Mineurs Observantins ou Récollets, ou bien dans un oratoire privé non érigé canoniquement, ou en dehors de l’église, dans un cimetière, un cloître, un hôpital, l’érection serait nulle, uniquement par défaut de pouvoir. Un Franciscain pourrait seul l’ériger validement dans tous ces lieux.

il Ce sont là autant de points clairement définis par la déclaration de la sacrée Congrégation du 20 janvier 1858, en réponse à une consultation qui lui a été adressée de Tournai [Documents, n. xvm).”

§ 6. Aucune distance déterminée n’est requise entre un Chemin de la Croix et l’autre, “ ni entre les diverses stations

d’un même Chemin de la Croix. ”

Il semblerait qu’à l’abri de tant de déclarations du Saint-Siège, de tant de décrets de la sacrée Congrégation, le Chemin de la Croix dût être comme une forteresse imprenable ; mais ne vous étonnez pas qu’il en soit autrement, cher lecteur, car le caractère des œuvres les plus saintes et les plus salutaires a toujours été la contradiction. Quelques-uns donc prétendirent, sous prétexte d’un plus grand bien, qu’entre un Chemin de la Croix et l’autre il dût y avoir une distance de quelques milles, et suscitèrent en outre plusieurs autres doutes de même nature, qui tous tendaient à entraver la propagation de cette sainte pratique.

Afin d’assurer les résultats de la faveur qu’on avait obtenue de Clément XII, je me vis obligé d’avoir recours à notre Saint-Père le pape Benoît XIV, heureusement régnant. Ce pieux pontife, en réponse à ma supplique, daigna publier le bref qui commence par les mots : Cum tanta sit, du 30 août 1741 . Il confirme d’abord tout ce qui avait été ordonné et réglé par Clément XII, son prédécesseur ; puis il accorde à tous les curés, la faculté de faire ériger le Chemin de la Croix dans leurs églises paroissiales ou dans un autre endroit quelconque de leurs paroisses, en s’adressant à cet effet à un Frère Mineur, qu’ils peuvent choisir où bon leur semble, parmi les Observantins ou les Récollets, dans un couvent voisin ou dans un couvent éloigné, sans restriction ni délimitation aucune, pourvu que le religieux choisi ait le pouvoir de prêcher ou au moins de confesser, quon ait obtenu l’autorisation éprite de l’Ordinaire et le reste, comme vous

pouvez le voir dans le Bref même ( Documents , n. i). En terminant il remet au jugement des Ordinaires la solution des doutes qui pourraient se présenter relativement à l’opportunité de l’érection, et leur laisse la faculté de décider selon leur prudence ce qui leur paraîtra plus expédient devant Dieu.

Nonobstant ces précautions, on ne laissa pas d’interpréter de travers une clause du bref Cum tanta sit; c’est pourquoi le zèle infatigable de notre digne Pontife ordonna la réimpression des Avertissements de la sacrée Congrégation, en y faisant ajouter la dixième règle, dans laquelle il manifeste son intention en termes formels et pressants. Il exhorte tous les curés du monde catholique à introduire dans leurs paroisses le Chemin de la Croix ; et quand même il y en aurait plusieurs dans la même ville, il veut que chacune puisse jouir de ce précieux trésor, n’importe le plus ou moins de distance d’un Chemin de la Croix à l’autre.

“Une déclaration de la sacrée Congrégation, approuvée par le pape en 1736, avait déjà décidé, d’ailleurs, qu’aucune distance déterminée n’est requise entre les diverses stations d’un Chemin de la Croix, et par conséquent qu’une distance quelconque, si petite qu’elle soit, est suffisante. (. Documents , n. m . )”

§ 7. Des documents écrits nécessaires pour constater l’érection.

Mais comme certains religieux, peu au courant de la pratique ou guidés par un zèle indiscret, s’étaient avisés de l’ériger sans avoir obtenu la permission par écrit de l’Ordinaire, ainsi que le prescrit le bref susdit, la sacrée Congrégation, ayant a cœur l’établissement régulier de ce pieux exercice, a décrété qu’a l’avenir, afin qu’on ne pût p. ai vm. 12

plus douter de l'existence et de la validité de l’érection, il faudrait trois permissions écrites, savoir : la délégation donnée par écrit au religieux qui érige par son Supérieur local ; le consentement écrit de l’Evêque ou Ordinaire, et le consentement écrit du Curé ou Supérieur de l'église, couvent, etc. ( Documents , n. iv.)

Il me semble qu’il serait bon que les autorisations écrites, tant de l’Ordinaire que du Supérieur religieux, fussent présentées au Curé ou Supérieur du lieu où doit se faire l’érection, afin que celui-ci, dans sa permission, pût attester qu’il les a vues et que le Chemin de la Croix a été établi dans son église, ou tel autre lieu, avec toutes les autorisations prescrites, en bonne et due forme. Le religieux qui érige pourrait même, afin de donner plus de poids à cet acte, le signer après le curé ou supérieur du lieu en attestant que tout ce qu'il contient est conforme à la vérité. Ce document resterait ensuite entre les mains du curé pour être exhibé par lui au besoin.

“Si le prêtre qui érige le fait en vertu d’une faculté spéciale émanée du Saint-Siège, tous les actes relatifs à l’érection doivent également être^ rédigés par écrit. Des déclarations de la sacrée Congrégation des Indulgences, en date du 28 septembre 1838 et du 25 septembre 1841 [Documents, n. vi et xxn), requièrent que la demande d’érection ainsi que l’autorisation de l’Ordinaire soient conservées dans les archives de l’évêché, et qu’il en soit fait au moins mention dans les registres de la paroisse ou du lieu où le Chemin de la Croix est érigé.

“ Rien n’est plus facile à exécuter. Le curé, par exemple, écrit à l'Ordinaire pour être autorisé à ériger le Chemin de la Croix dans son église. L’Ordinaire atteste au bas de la lettre du curé que l’autorisation lui est accordée et signe. Puis, tandis qu’il fait déposer ce document dans les

archives de l'évêché, il adresse au curé une autorisation en forme., que le curé, de son côté, dépose dans les archives de la paroisse, ou insère dans son registre, en y ajoutant un acte d’érection signé au moins par lui et par le prêtre érigeant. Il convient que cet acte exprime la date de la demande adressée à l’évêque, celle de l’autorisation accordée par celui-ci, la nature du pouvoir du prêtre érigeant et enfin le fait de l’érection. (V. ci-dessus, p. 42.)

“ Les écrits ne doivent pas nécessairement précéder l’érection ; mais il est bon cependant qu’ils soient rédigés dans le plus bref délai possible, de peur qu’il ne s’élève des doutes dans la suite touchant l’érection, comme il est dit dansune déclaration du 27 janvier \ 838 [Documents, n.v.)

En effet, d’après cette déclaration, bien qu’il soit à désirer que le consentement de l’Ordinaire et celui du supérieur du lieu soient donnés par écrit, il n’est cependant pas nécessaire sous peine de nullité qu’ils le soient autrement que de vive voix. Par conséquent, s’il conste d’ailleurs que la bénédiction des croix a été dûment faite, il suffit que l’Ordinaire supplée le défaut de documents écrits par de nouvelles lettres d’érection ou de confirmation, ce qui peut avoir lieu même assez longtemps après l’érection, sans qu’il faille procéder à une nouvelle bénédiction. D’où il suit que l’absence d’écritures n’entraîne la nullité de l’érection que pour autant qu’on ne pourrait plus la constater avec certitude. ”

Voilà, cher lecteur, l’ordre et l’enchaînement des concessions et des décrets relatifs au Chemin de la Croix, qui ont paru jusqu’à ce jour. Il ne nous reste plus, pour mettre le comble à la consolation des fidèles qui affectionnent ce saint exercice, qu'à dissiper quelques prétextes frivoles et sans consistance, par lesquels on cherche à amoindrir son importance, et à en empêcher la propagation.

§ 8. Une objection contre la propagation du Chemin de la Croix.

Le premier prétexte et le plus vulgaire quon mette en avant, c’est celui qui a déjà été indiqué plus haut, savoir, qu’on ne peut étendre cette dévotion en tant de lieux sans l’avilir ; qu'on ne peut multiplier le nombre des Chemins de la Croix sans les faire baisser dans l’estime publique et diminuer le concours dans les églises de l’Ordre.

Ce prétexte spécieux basé sur un feint respect pour cette pieuse pratique a déjà été réfuté (ci-dessus, Exhortation, p. 120), au moyen de la comparaison que nous avons tirée du saint Rosaire. Mais depuis que j’ai écrit ce qui précède, j’ai eu l’occasion d’en conférer avec le pieux et révérendissime Général des Dominicains, lequel m’a fait observer que la dévotion du Rosaire se pratique de deux manières : il y a la confrérie du Rosaire, qui enregistre le nom de ses associés, fait tous les ans une procession solennelle, etc. Or, cette confrérie, on ne l’étend pas aussi facilement; il faut certaines conditions pour en faire partie, etc. Il y a ensuite la dévotion du Rosaire telle quelle est communément pratiquée, et qui consiste a le réciter tous les jours, en méditant sur les mystères de la Religion, et spécialement sur ceux de la passion de Notre- Seigneur. Quant à cette dévotion, qui a été enrichie de nombreuses indulgences par les souverains Pontifes, les missionnaires et les prédicateurs de l Ordre s’efforcent de la propager et de l’introduire partout, sans exception. Et moi-même, par un effet de l’attachement que je porte à cet Ordre vénérable, et dans le désir d’accroître le culte de la sainte Vierge, j’excite les peuples, en mission, a fréquenter les églises ou l’on récite le Rosaire ; j’exhorte même toutes les familles 'a le réciter, tous les soirs, en

commun et à haute voix, afin de donner le bon exemple aux voisins. Je regarde comme un des plus beaux fruits de nos missions de voir ainsi toutes les maisons converties, pour ainsi dire, en autant d’oratoires, grâce à la dévotion du Rosaire qui y est introduite.

Or, qui oserait dire que cette dévotion est avilie pour s’être trop propagée, tandis que nous la voyons au contraire s’enraciner tous les jours de plus en plus dans le cœur des fidèles, à la plus grande gloire de la très-sainte Vierge et de l’Ordre des Frères Prêcheurs?

Venons-en maintenant à l’application. Nos Chemins de la Croix ne sont pas des Congrégations, on ne tient pas un registre des associés, on ne fait pas de procession solennelle, etc. ce ne sont que des moyens de méditer plus vivement la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Comment donc se rencontre-t-il tant de répugnance à les propager ? comment peut-on admettre raisonnablement cette idée que c’est avilir, pr^tituer le souvenir et la méditation de la passion du Sauveur que de l'étendre? D’aulant plus que l’expérience nous atteste le contraire. En effet, le bref de notre saint-père le pape Benoît XIV avait â peine vu le jour, que l’Italie et presque tout le monde catholique s’empressa de s’enrichir de cette précieuse dévotion. Et en même temps on a vu, non pas diminuer, mais s’accroître prodigieusement le concours des fidèles dans nos églises, pour y faire le Chemin de la Croix, comme on pourrait le prouver par bon nombre d’exemples. La raison en est simple : les fidèles, en voyant cette dévotion embrassée par tous les peuples, honorée par les grands, encouragée par le Vicaire de Jésus-Christ, s’en sont fait une plus haute idée et par suite mettent plus d’empressement à profiter des avantages quelle procure. Si vous pesez bien tous ces motifs, cher lecteur, vous rejetterez, comme dénué de p. m. vin. 42*

base, le prétexte qu’on y oppose, et vous vous affectionnerez de plus en plus a l’exercice du Chemin de la Croix.

§ 9. Autre objection tirée des inconvénients prétendus de cette dévotion.

La seconde objection se présente revêtue du manteau de la piété chrétienne. Des personnes, pieuses d’ailleurs, mais dans l’illusion à cet égard, mettent en avant que la pratique du Chemin de la Croix, exigeant qu’on passe de station en station et qu’on fasse ainsi le tour de l’église, entraîne un certain mélange entre les hommes et les femmes, d’où il résulte de la confusion, des irrévérences dans le lieu saint, et peut-être d’autres inconvénients plus graves encore.

Si cette supposition avait autant de consistance qu’on voudrait l’insinuer, il faudrait proscrire toutes les cérémonies publiques, toutes les solennités, spécialement les adorations perpétuelles et les prières de quarante heures, durant lesquelles, jour et nuit, les fidèles de l’un et de l’autre sexe entrent et sortent en foule, et où il n’est pas possible, a cause de l’encombrement, de faire observer une séparation parfaite entre les hommes et les femmes.

Si vous me dites que ces concours sont également regrettables, je vous répondrai que l’intention pure et sainte qui anime les fidèles en ces circonstances prévient tous les désordres, qui n’existent que dans votre imagination. Mais d’ailleurs, quoi qu’il en soit de votre supposition, sachez que des mesures ont été prises pour écarter tous les inconvénients auxquels le Chemin de la Croix pouvait donner lieu dans la pratique. La sacrée Congrégation, dans ses Avertissements , défend qu’on fasse le Chemin de la Croix en particulier dans l’église pendant qu’on y célèbre la sainte messe ou les offices, et qu’il y a un concours

de monde tel qu’il en résulterait quelque trouble (art. vii.); lorsque l’église est assez vaste, elle engage a y ériger deux Chemins de la Croix, un pour les hommes et un pour les femmes (art. iv.), et quand l’exercice se fait publiquement, si c’est en dehors de l’église, elle ordonne que les hommes marchent en avant, et les femmes à leur suite, et que les deux groupes soient séparés par un ou plusieurs prêtres; (art. v.) ; si c’est dans l’intérieur de l’église, les femmes aussi bien que les hommes, doivent demeurer en place, le prêtre et les chantres faisant seuls le tour des stations. Toutes ces précautions font voir combien l’appréhension des désordres dont il s’agit est mal fondée.

D’ailleurs c’est aux curés à parer aux petits inconvénients qui pourraient se produire. Si l’on n’aime point, par exemple, de voir certaines personnes baiser la terre à chaque station, une parole du curé suffit pour empêcher qu’on ne le fasse ; il peut de même interdire aux femmes, s’il le juge bon, de faire le Chemin de la Croix le soir dans l’obscurité. S’il s’agit de l’exercice public, dans le cas où l’église soit trop petite eu égard au nombre des fidèles qui y prennent part, on pourrait le faire séparément un jour pour les hommes et un autre jour pour les femmes, et par la on préviendrait sûrement toute apparence même de désordre.

Je conseille du reste aux hommes d’imiter la conduite de la religieuse population de Ravenne, où l’on voit tous les soirs deux cents et jusqu’à trois cents hommes se réunir pour faire le Chemin de la Croix en commun; un ecclésiastique lit la considération sur chaque mystère et les autres méditent en silence. Et que de fruits ce bon peuple n’en retire-t-il pas! On peut croire pieusement que c’est à cette dévotion qu’il doit d’avoir été préservé des fléaux qui ont fait tant de ravages ailleurs; mais les bénédictions du Ciel ne se borneront pas là.

Que les hommes donc raniment leur piété et leur ferveur, et qu’ils se réunissent, si pas tous les jours, au moins tous les vendredis, lorsque leurs travaux sont terminés, pour faire ensemble le Chemin de la Croix, et ils attireront sur eux les faveurs les plus abondantes.

§ 40. Troisième objection.

Une troisième objection, plus grossière que les précédentes, c’est que le Chemin de la Croix porte préjudice a l’adoration qui est due au Très-Saint Sacrement, attendu que celui qui médite le mystère représenté à chaque station oublie Jésus-Christ réellement présent dans le tabernacle, et quelquefois même lui manque de respect en lui tournant le dos pour s’agenouiller devaut une station.

Feut-on rien imaginer de plus stupide? Qu’on me dise, de grâce, qui a pu inventer et propager de pareilles préventions contre le Chemin de la Croix. Quel est donc le Sauveur qu’on adore a chaque station, et dont on médite les plaies, les souffrances? N’est-ce pas celui-là même qui réside, vrai Dieu et vrai homme, dans le tabernacle? Or, si l’adoration qu’on rend à Jésus souffrant en visitant les stations se rapporte à Jésus présent sur l’autel dans l’Eucharistie, comment peut-on dire qu’elle lui soit préjudiciable, et surtout que ce soit un manque de respect à son égard? Combien n’y a-t-il pas d’églises où le Saint-Sacrement ne repose pas au maître-autel, mais dans une chapelle latérale, en face de laquelle se trouve une autre chapelle dédiée soit à la sainte Vierge, soit à un saint quelconque? est-ce que les fidèles en priant devant la sainte Vierge ou ce Saint ne doivent pas tourner le dos au Saint-Sacrement? oserait-on dire pour cela qu’ils lui manquent de respect? les hommages qu’ils rendent à la

Vierge et aux saints ne remontent-ils pas a Jésus-Christ, présent dans son tabernacle, comme a la source de toute grâce et de toute sainteté ? Appliquez le même raisonnement aux stations du Chemin de la Croix, s’il arrivait qu’il y en eût qui fussent diamétralement opposées au Saint-Sacrement, ce qu’il faut pourtant éviter, autant que faire se peut. Mais, le cas échéant, on ne peut pas dire qu’il y ait irrévérence de la part de celui qui tourne matériellement le dos au tabernacle, ce qui a lieu assez fréquemment, du reste, dans les cérémonies ecclésiastiques, pourvu qu’il ait le cœur formellement tourné vers Jésus souffrant, qu’il adore dans les mystères de sa passion.

Concluez que ce sont là autant d’artifices suggérés par le démon, qui ne cherche rien tant que d’empêcher la méditation de la passion, parce que cette méditation est le principe de toutes ses défaites.

§ 1 1 . Quatrième objection.

Il est encore un autre prétexte qui se pare du vernis d’une dévotion plus exquise : on voudrait détourner les fidèles de la pratique de ce saint exercice, prétenduement parce qu’on médite la passion du Sauveur avec plus de ferveur et de recueillement dans une chambre et en secret, que dans une église ou l’on est exposé aux yeux de tout le monde; et l’on s’appuie sur les paroles mêmes du Sauveur, qui nous recommande dans son Evangile de nous retirer à l’écart pour prier : Tu autem cura oraveris intra in cuhiculum tuum, et clauso ostio , ora Patrem tuurn1 . Il ne faut donc pas recourir au Chemin de la Croix, qu’on ne peut pas fréquenter partout et en tout temps.

1 AJatth. o, g.

Nous répondons qu’en recommandant la pratique du Chemin de la Croix, on ne dissuade nullement de méditer la passion dans sa chambre, en voyage, ou en vaquant à ses travaux ; c’est au contraire pour vous familiariser avec le souvenir des souffrances de Jésus, et vous porter à y penser en tout temps, en tout lieu, a toute occasion, qu’on vous propose l’usage fréquent du Chemin de la Croix ; c’est un moyen des plus efficaces de se rendre la passion du Sauveur toujours présente a l’esprit. D’ailleurs le texte de l’Evangile qu’on nous oppose ne s’entend pas, d’après l’explication des saints Pères, tels que saint Augustin, saint Jérôme, saint Ambroise, de la retraite extérieure et corporelle, mais de ce recueillement intérieur, qui exclut toutes les pensées vaines et frivoles; sans cela il faudrait condamner toutes les prières publiques qui se font à l’église, ce qui est bien loin de l’intention de Notre -Seigneur, puisque, dans son discours sur la montagne, il nous recommande d’agir de manière à donner le bon exemple au prochain : Videant opéra vestra bona, et glorificent Patrem vestrum qui in cœlis est1 . Voila pourquoi notre Saint-Père le pape Benoît XIV, avant d’insinuer aux évêques de propager l’usage de l’oraison mentale parmi les fidèles, exhorta tous les curés, dans son bref Cum tanta sit, d’introduire le Chemin de la Croix dans leurs paroisses, persuadé que c’est le moyen de rendre la méditation plus facile et d’attirer doucement, même les personnes simples et sans instruction, a pratiquer l’oraison mentale. En contemplant ces tableaux où sont représentés sous les couleurs les plus vives les tourments du Sauveur, elles se sentent émues ; ce sont comme des livres ouverts pour tout le monde, qui impressionnent l’imagination de ceux qui ne savent pas lire et les excitent 'a la compassion envers les souffrances

Matth. 5, 16.

de Notre-Seigneur : quant a ceux qui savent lire, ils se servent des livres imprimés à cet usage, et, partie en lisant, partie en méditant, ils pratiquent parfaitement l’oraison mentale, qui est le principe de tout progrès dans la vertu.

Concluez de là qu’il est plus méritoire de méditer la passion en faisant le Chemin de la Croix qu’autrement, tant à cause de la ferveur qu’on éprouve à la vue des mystères représentés à chaque station, qu’à cause du bon exemple qu’on donne au prochain. Ajoutez que les indulgences que l’on gagne en pratiquant ce saint exercice, ce qui n’a pas lieu pour la simple méditation, doivent nous porter, tant pour notre propre avantage, que dans l’intérêt des âmes du purgatoire, à le fréquenter avec ferveur et le plus souvent possible.

Pour terminer ces éclaircissements, je dois imiter les peintres quand ils ont à représenter dans un petit cadre une nombreuse armée ; ne pouvant pas reproduire tous les personnages de pied en cap, ils en donnent quelques-uns sur le premier plan, et groupent les autres en masse, de telle sorte qu’on n’aperçoive que les casques, les drapeaux, les pointes des lances, etc. C’est ainsi que je me suis attaché à exposer et à réfuter quelques-unes des raisons les plus importantes par lesquelles on voudrait jeter du discrédit sur le Chemin de la Croix ; je me contenterai d’indiquer les autres sommairement, afin de dissiper tous les doutes : je poserai des questions auxquelles je répondrai succinctement.

§ 12. On peut ériger plusieurs Chemins de la Croix dans la même localité, le même établissement.

On demande si, dans la même localité, dans le même couvent de religieux ou de religieuses, ou dans le même

pensionnat, on peut ériger plusieurs Chemins de la Croix, pour la plus grande commodité des habitants.

Je réponds affirmativement. Dans les Avertissements , art. x, il est dit que quand même il existerait plusieurs paroisses dans une ville ou une commune, on peut ériger le Chemin de la Croix dans chacune, et même en plusieurs endroits, pour la commodité des fidèles. La raison en est qu’il n’existe aucune restriction a cet égard, ni dans les brefs pontificaux, ni beaucoup moins encore dans les Avertissements de la Congrégation. L’usage de Rome suffit d’ailleurs pour ôter toute espèce de doute à cet égard, puisqu’il n’y a guère de couvent d’hommes ou de femmes qui ne possède plusieurs Chemins de la Croix, pour l’aisance des membres de la communauté. Ayant moi-même consulté le Saint-Père sur ce point, il m’a répondu que la chose ne souffre pas la moindre difficulté.

§ \ 3. Des lieux où le Chemin de la Croix peut être érigé.

Peut-on ériger le Chemin de la Croix dans de simples oratoires?

Je réponds qu’il y a deux sortes d’oratoires : les oratoires publics et les oratoires privés. Les oratoires publics sont ceux qui ne sont pas exclusivement affectés a l’usage d’une famille, mais sont ouverts à tout le monde et ont une porte sur la rue. Quant à ceux-ci, nul doute qu’on ne puisse y ériger le Chemin de la Croix, puisqu’ils sont expressément désignés dans le bref de Clément XII. Pour ce qui est de l’oratoire privé, affecté à l’usage particulier du maître auquel il appartient, et sans communication avec la rue, la décision du doute est remise à l’évêque ou à l’ordinaire. C’est a celui-ci encore 'a juger quels sont les autres lieux pieux où l’on peut ériger les stations. La

sacrée Congrégation remet la solution de ces questions et autres semblables 'a la sagesse des Ordinaires. (Voyez le Bref: Cum tanta sit , vers la fin, et les Avertissements, art x. — Documents , n. 1 et ii.j

“ Il est certain que le Chemin de la Croix peut être validement érigé, non-seulement dans les chapelles publiques et ecclésiastiques, comme celles des couvents, collèges, hôpitaux, mais même dans les oratoires domestiques, lorsque ces derniers ont été autorisés par le Saint- Siège. Les facultés spéciales accordées à des évêques ou a de simples prêtres le disent expressément, comme nous l’avons vu plus haut, § V.

“ Il nous paraît également certain qu’il peut être établi régulièrement même en dehors des églises et oratoires, par exemple, dans un monastère, un hôpital, un cimetière ou autres lieux pies, pourvu qu’il y soit érigé par les Franciscains. En effet, le bref de Clément XII, renouvelé par Benoît XIV en date du 30 août 1741, permet en propres termes de l’ériger in ecclesiis, oratoriis, monasteriis, hospifalibus et aliis itidern piis locis. Les Avertissements de la sacrée Congrégation supposent que le Chemin de la Croix puisse exister en plein air : ils portent, art. ni : « Dans le cas ou l’on voudrait ériger le Chemin de la Croix en dehors de l'église , comme on le fait dans beaucoup de couvents dudit Ordre, on aura toujours soin de commencer ou de terminer par l’église ou par un lieu saint. » — Et art. iv : « Lorsqu’on en érigera un en dehors de l'église , on aura soin d’en établir un autre dans l’église même;... afin qu’en temps de pluie, ou dans le cas d’un autre empêchement, on puisse néanmoins vaquer à ce salutaire exercice. » Du reste, l’usage de Rome et de toute l’Italie suffirait seul pour confirmer notre assertion. Ce n’est donc que la faculté des prêtres séculiers et autres p ai vin. 4 3

qui est restreinte. Ceux-ci, en vertu de leur induit particulier, ne peuvent ériger validement les stations que dans l’intérieur des églises et des oratoires canoniquement approuvés.

“ Reste la question de savoir si le Chemin de la Croix pourrait être régulièrement établi dans des chapelles domestiques non approuvées ou même dans des chambres particulières. Mgr Bouvier (Tr. des Indulg. p. 120) affirme que Pie VI la permis, afin que ceux qui ont une grande dévotion envers la passion de Jésus-Christ puissent profiter des grâces attachées à cette sainte pratique. Quoique nous n’avons connaissance d’aucune permission générale de ce genre, nous serions fort disposés à admettre la validité de l’érection, moyennant l’autorisation de l’Ordinaire, par la raison que les instructions du Saint- Siège n’excluent que les lieux indécents ou trop exposés aux irrévérences. (Voyez Avertissements , art. m.”)

§ 14. Peut-on renouveler les croix et les tableaux, ou les changer de place?

Si l’on remplaçait les croix ou les tableaux primitifs par d’autres, ou si l’on changeait les stations de place, le Chemin de la Croix perdrai t-il ses indulgences ?

L’érection, conformément aux décrets pontificaux, doit se faire, selon le mode indiqué plus haut, par un Frère-Mineur observantin ou récollet, “ ou par tout autre prêtre muni d'un induit spécial à cet efFet. ” Or, si l’on substituait de nouvelles croix et de nouveaux tableaux aux anciens, ou si l’on changeait les stations de place, l’érection ne serait plus la même et conséquemment les indulgences seraient perdues. Si cependant le changement était peu important, il ne faudrait pas en tenir compte.

Toujours est-il qu'en pareil cas, il serait bon de demander l’avis des religieux de l’Ordre et de s’entendre avec eux sur ce qu’il y aurait à faire, afin de s’assurer le bénéfice des indulgences.

“ Cette réponse, on ne peut se le dissimuler, est vague. La solution exacte et authentique du doute proposé est contenue dans une foule de déclarations de la Congrégation, notamment celles du 21 mars 1836, du 20 juin 1836, du 13 mars 1837, du 13 novembre 1837, du 3 août 1842 et du 22 août 1842 (. Documents , n. vu, vin, îx, x, xi, xii). En voici le sommaire.

u La bénédiction et les indulgences sont exclusivement attachées aux croix, et nullement aux tableaux ou images représentant les stations. Tel est le principe fondamental. Les croix seules sont essentielles ; les tableaux ne sont qu’utiles pour exciter la piété des fidèles et leur rappeler le sujet de chaque station : cest pour ce motif qu’il est bon de les maintenir si on le peut commodément.

“ En conséquence, on peut changer, renouveler, ou même supprimer les tableaux, sans que le Chemin de la Croix perde sa bénédiction.

“ Quant aux croix, on peut, sans préjudice des indulgences, les déplacer pour les disposer dans un ordre différent, pourvu que ce soit dans la même enceinte; on peut aussi les enlever momentanément, même en totalité, pour un mois ou pour un temps plus long, pendant qu’on blanchit, par exemple, ou qu’on répare les murs de l’église. Les indulgences ne sont que suspendues jusqu’à ce que les croix soient remises en place, et ce replacement s’opère sans aucune formalité.

u Mais si les croix n’étaient plus replacées dans la même enceinte, ou si elles étaient détruites ou renouvelées en majeure partie, une nouvelle bénédiction serait de rigueur.

Je dis renouvelées en majeure 'partie; car si les croix primitives subsistent en nombre supérieur aux nouvelles, le Chemin de la Croix reste bénit et indulgencié.”

§ 15. Le Chemin de la Croix ne doit pas nécessairement commencer du côté de l’Evangile.

De quel côté faut-il placer la première croix lorsque les stations sont érigées dans une église? est-ce à gauche ou à droite du maître-autel, en d’autres termes, est-ce du côté de l’Epître ou du côté de l’Evangile?

Je réponds qu’il n’est fait aucune mention de cette particularité, ni dans les brefs pontificaux, ni dans les Avertissements, et que, par conséquent, il faut laisser à chaque pays la faculté de suivre son usage particulier. A Rome, tous Chemins de la Croix commencent du côté de l’Evangile et se terminent du côté de l’Epître. Dans d’autres pays, c'est le contraire. Que chacun adopte la disposition qui lui va le mieux.

“ Cette réponse a été confirmée par une décision de la Congrégation du 13 mars 1837 ( Documents , n. ix), qui dit expressément qu’il n’est pas requis, pour gagner les indulgences, que le Chemin de la Croix commence du côté de l’Evangile ; mais que telle est cependant la coutume et la pratique générale, appuyée d’ailleurs sur de pieuses raisons de convenance.

§ 16. La confession et la communion ne sont pas requises.

Pour gagner les indulgences du Chemin de la Croix, est-il nécessaire de se confesser et de communier?

Je ne trouve cette condition prescrite, ni dans les bulles pontificales, ni dans les Avertissements de la sacrée Congrégation. Il y est simplement enjoint de méditer sur

la passion du Sauveur. G est là l’œuvre strictement requise pour gagner les indulgences.

§ 17. Il ne suffit pas de réciter des prières vocales.

Celui qui ne sait pas méditer, que doit-il faire? Peuton lui dire qu’il suffit de visiter les stations, en récitant à chacune un Pater et un Ave , ou toute autre prière vocale, pour avoir part aux indulgences?

Non, cela ne suffit pas ; il faut au moins réfléchir à la passion de Notre-Seigneur comme on, le peut, chacun selon sa capacité. C’est ce que la sacrée Congrégation a déterminé dans ses Avertissements, art. vi. “ (Voyez aussi les Documents , n. xm et xiv.)”

§ 18. Il faut réfléchir sur chacune des XIV stations.

Celui qui, pendant tout le cours du Chemin de la Croix, ne méditerait que sur le mystère d’une seule station, gagnerait-il les indulgences?

Il les gagnerait ; car, d’après les brefs pontificaux, il suffit de méditer sur la passion de notre divin Sauveur.

“ Quelque fondée que paraisse cette opinion du Bienheureux, la sacrée Congrégation, consultée à ce sujet, a répondu, le 16 février 1839 ( Documents , n. xiv), que les indulgences ne sont accordées qu’à ceux qui méditent ou réfléchissent sur chacune des quatorze stations, telles qu’elles sont généralement connues des fidèles. ”

§ 19. Faut-il passer d’une station à l’autre?

Supposé que quelqu’un, par paresse ou par respect humain, ne voulût pas aller d’une station à l’autre, mais

se contentât de les visiter en esprit, en demeurant toujours à la même place, gagnerait-il les indulgences?

Certainement non ; car la visite des stations est nécessaire, sauf le uas d’un empêchement légitime, ainsi qu’il est dit dans les Avertissements , art. vu.

u L’empêchement est-il censé suffisant et légitime, lorsque l’église est tellement remplie de monde qu’on ne puisse faire le tour des stations sans occasionner du trouble ou du scandale? en d’autres termes, peut-on, en pareil cas, gagner les indulgences sans changer de place? — Oui et non. Oui, si la foule est réunie dans le but de faire publiquement le Chemin de la Croix ; il suffit alors que le prêtre ou celui qui dirige l’exercice fasse le tour des stations et que le peuple le suive en se tournant vers chacune d'elles successivement, au moins du regard. — Non, s’il s’agissait d’un individu qui prétendrait faire le Chemin de la Croix en particulier, tandis que la foule qui remplit l’église est réunie pour une autre cérémonie. C’est le cas où l’ Avertissement cité prescrit de s'abstenir de vaquer à cet exercice. — Telle est la pratique qu’observent les Franciscains et qu’ils enseignent aux hdèles. Elle est tout a fait conforme, du reste, aux déclarations du Saint-Siège. Voyez notamment les décisions du 22 septembre 1829, et du 26 février 1841 ( Documents , n. xm etxv). ”

§ 20. Faut-il être en état de grâce?

Celui qui ferait le Chemin de la Croix en état de péché mortel pécherait-il?

Il ne pécherait nullement, mais il n’aurait point part aux indulgences. Il est bon cependant qu’il sache que, d’après une opinion probable, il peut les gagner pour les âmes du purgatoire (Voyez 1re Instruction , ci-dessus.

p. 20.) En tout cas, qu’il ne laisse pas de pratiquer ce saint exercice, car il en retirera toujours de grands avantages, savoir, des lumières et des grâces pour sortir de l’état déplorable ou il se trouve.

§ 21 . Faut- il parcourir les xiv stations sans interruption?

Celui qui, en faisant le Chemin de la Croix, serait obligé d’interrompre cet exercice pour remplir un devoir auquel l’obéissance ou la charité l’appelle, devrait-il ensuite le recommencer tout entier, ou bien suffirait-il de le reprendre à la station où il en était?

Si l’interruption n’a pas eu lieu par caprice et n’a duré que peu de temps, il est a croire qu’il n’est pas nécessaire de recommencer l’exercice, mais qu’il suffît de le reprendre au point où on l’a laissé. Bien qu’il n’y ait aucune décision â cet égard, on doit cependant supposer qu’il en est ainsi, vu qu’une interruption si courte et si nécessaire n’empêche pas qu’on ne puisse dire que c’est la même action moralement continuée.

11 Plusieurs auteurs ont été jusqu’à soutenir, contrairerement a cette doctrine, que les fidèles qui font en particulier le Chemin de la Croix, peuvent diviser les stations, et qu’il suffit de les parcourir toutes en un seul jour, quoique a diverses reprises, pour gagner les indulgences. Une pratique conforme à cette opinion arbitraire tendait à s’introduire assez généralement dans plusieurs contrées. La Congrégation, consultée à ce sujet, a décidé formellement que les indulgences ne sont pas gagnées en pareil cas. Sa décision, qui embrasse tant la récitation du chapelet que l’exercice du Chemin de la Croix, ayant été confirmée par notre Saint-Père le pape Pie IX, en date du 22 janvier 1858 ( Documents , n. xvi), il est hors de

doute aujourd’hui que, pour gagner les indulgences du Chapelet ou celles du Chemin de la Croix, il faut réciter les cinq dizaines ou visiter les quatorze stations d’un seul trait et sans interruption.

“ Cette décision ne doit pas, croyons-nous, être prise trop à la lettre, mais entendue plutôt dans le sens de la solution indiquée par notre auteur, c’est-a-dire qu’il faut que l’exercice soit une même action moralement continuée, ce qui n’interdit pas une interruption courte et motivée par une cause nécessaire. Une interruption de ce genre est admise dans la récitation des heures canoniales, qui requièrent cependant la continuité.

u Si Ton ne gagne pas les indulgences en divisant le Chemin de la Croix, à plus forte raison ne les gagne-t-on pas en ne visitant que quelques stations isolément. C’est ce qui a été pareillement défini par la Congrégation, le 3 août 1842 [Documents j n. xi).

§ 22. Réponse à une objection. Exhortation.

La dernière difficulté qu’on oppose au Chemin de la Croix n’est prise au sérieux que par des esprits trop méticuleux ou peu favorables à cette dévotion. On objecte que, par suite des brefs pontificaux et de la propagation de ce pieux exercice, il est résulté des différends et des contestations en plusieurs endroits, et que pour éviter les inconvénients de ce genre il vaudrait mieux renoncer a cette œuvre.

Je répète encore une fois que le caractère des œuvres les plus saintes est d’être en butte à la contradiction. Parcourez les rôles des tribunaux et vous les trouverez remplis de procès suscités par l’esprit d’opposition aux œuvres les plus pieuses. Et les mystères mêmes de notre

religion, que de controverses, que de calomnies n’inventet-on pas tous les jours pour les discréditer? Faut-il laisser pour cela de promouvoir les intérêts de la gloire de Dieu? Pesez maintenant tout le bien qu’a déjà fait le Chemin de la Croix, comptez les pécheurs qu’il a convertis, les offenses de Dieu qu’il a empêchées, les mérites qu’il a fait acquérir... Or, la gloire qui en est revenue à Dieu, la gloire beaucoup plus grande encore qui lui en reviendra dans la suite, ne compense-t-elle pas les quelques troubles que vous signalez et que peut-être vous amplifiez? Allons donc, rendez-vous, et convenez que si de nos jours Fltalie et le monde entier s’est couvert de Chemins de la Croix, on peut espérer que par cette voie le paradis se peuplera d élus.

Mais je ne serais pas content si je ne faisais un pas de plus ; je voudrais vous porter à devenir vous-même le promoteur d’une si sainte dévotion, et par vos paroles, et surtout par vos exemples : par vos paroles, en exhortant tout le monde à l’embrasser avec ferveur ; par vos exemples, en pratiquant vous-même ce pieux exercice, tous les jours, s’il était possible, ou au moins les jours de fêtes et tous les vendredis de l’année. S’il vous en coûte trop ,de vous agenouiller à chaque station, surtout si vous en éprouvez une incommodité réelle, faites le tour des stations sans vous mettre à genoux, pourvu que vous méditiez ou que vous réfléchissiez, comme vous le pouvez, aux mystères de la Passion. Oh! que de salutaires effets vous en éprouverez !

Que serait-ce si, à la dévotion du Chemin de la Croix, vous joigniez une résolution ferme et inviolable d’assister tous les jours à la sainte messe! Lisez avec l’attention voulue la Méthode pratique que j’ai publiée pour l’entendre avec fruit, et faites aussi chaque jour au matin l’Acte

d’Offrande de toutes vos actions a Dieu1. Puissiez- vous vous affectionner de tout cœur au divin Sacrifice ! c’est la mine la plus féconde en trésors de tout genre : si vous entendiez tous les jours la sainte messe, et si vous aviez soin d’y renouveler l’Acte d’Offrande que je vous indique, et par lequel vous rendriez méritoires toutes vos actions, même les plus indifférentes en elles-mêmes, oh ! alors on pourrait dire que tous les jours de votre vie seraient des jours pleins, des jours avant-coureurs d’une éternité bienheureuse. C’est ce que je vous souhaite. Ainsi soit-il.

“ § 23. Du privilège de gagner les indulgences du Chemin de la Croix au moyen d’un crucifix bénit à cet effet.

“Les Franciscains de la Retraite de Saint-Bonaventure, à Rome, héritiers de la singulière dévotion du bienheureux Léonard au Chemin de la Croix, et de son désir d’y faire participer tous les fidèles, sollicitèrent et obtinrent du pape Clément XIV une faveur bien précieuse pour tous ceux qui sont dans l'impossibilité de visiter les stations dans une église ou ailleurs, savoir, la faculté de gagner les indulgences attachées au Chemin de la Croix, en récitant vingt Pater , Ave et Gloria , avec un crucifix bénit en mains.

u Le décret, dont l’original se conserve dans les archives du couvent de Saint-Bonaventure, est du 26 janvier 1773. — Nous donnons parmi les Documents (n. xxm) la traduction littérale de la Notification publiée à Rome pour le porter à la connaissance du public.

“ Par ce décret, la faculté de bénir les Crucifix à l’effet

1 u La Méthode et Y Acte dont il s'agit ici font partie du Trésor caché , imprimé dans le 2e vol. des OEuvres complètes , et séparément, vol. in-32. ”

de gagner les indulgences des stations est réservée aux Franciscains de l’Observance ou Récollets. Mais depuis, elle est souvent accordée, soit par le Saint-Siège, soit par les supérieurs de l'Ordre eux-mêmes, a d’autres religieux ou à des prêtres séculiers. Seulement, dans ce cas, elle est restreinte à un certain nombre de crucifix, ordinairement cent ou trois cents au plus, et aux lieux où les Frères Mineurs n’existant pas, on ne peut commodément recourir à eux.

“Le décret de Clément XIV, ainsi que la formule des rescrits particuliers par lesquels ce pouvoir est accordé ( Documents , n. xxm et xxiv) déterminent les conditions requises pour gagner les indulgences en faisant usage du crucifix bénit. Les voici :

“1° Etre dans l’impossibilité de visiter les stations du Chemin de la Croix la où elles sont établies, « pour cause d’infirmité physique ou de tout autre empêchement légitime. » Tel est le cas des malades, des infirmes, de bon nombre de vieillards et d’invalides, des prisonniers, de ceux qui voyagent sur mer ou habitent parmi les infidèles. On juge, du reste, de cet empêchement selon les règles de la prudence chrétienne, comme on jugerait de l’impossibilité d’aller a la messe ou de jeûner.

“ 2° Réciter vingt Pater , Ave et Gloria avec contrition et dévotion, aux fins indiquées, savoir : un pour chacune des quatorze stations, cinq en mémoire des plaies de Notre-Seigneur, et un a f intention du Souverain Pontife. La récitation de ces prières vocales est ici formellement requise, et elle suffit; il n’y a pas d’obligation de méditer sur la passion du Sauveur. (Voyez le décret du 16 septembre, 1859, ( Documents , n. xxvi).

“ 3° Tenir en mains le crucifix bénit a cet effet. Les indulgences ne peuvent être gagnées que par le posses-

seur même du crucifix, et non par ceux qui réciteraient les prières avec lui, sauf une faculté spéciale. C’est ce qui a été décidé en 1842 par la sacrée Congrégation ( Documents, n. xxv).

“ 4° Ces indulgences ne peuvent être attachées qu’à un crucifix proprement dit, c’est-à-dire, à une croix portant la figure du Christ en relief. Il ne suffirait donc pas d’une simple croix comme celles des stations du Chemin de la Croix. — Mais comme l’induit de Clément XIV parle d’un crucifix de cuivre ou laiton ( ottone ), on a émis le doute, savoir si cette matière est de rigueur. Le décret du 16 sept. 1859 [Documents, n. xxvi), déclare en termes formels, que ce mot exclut seulement toute matière fragile. Par conséquent, une croix en bois, portant un crucifix en bronze ou en argent, est apte à être indulgenciée aussi bien qu’avec un Christ en cuivre.

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