III
agenda, ou ce quil faut faire.
L'oraison mentale.
6. Après avoir jeté les principaux fondements de la vie spirituelle, laquelle consiste à crakidre et â fuir le péché avec tout ce qui y conduit, élevons sur cette base l’édifice de la perfection, en exposant ce qu’il faut faire. Ce titre est vaste, puisqu’il embrasse toutes les pratiques de piété, ainsi que les maximes les plus convenables a une religieuse. Nous allons les passer en revue.
La première pratique à observer, celle qui doit être l’âme en quelque sorte de toutes les autres, c’est celle de l’Oraison mentale.
Vous remarquez que telle religieuse est tiède, dissipée, sans goût pour les choses de Dieu : voulez-vous savoir quelle est la source de ses misères? C’est l’omission de l’oraison mentale. C’est aussi sur ce point que le démon dirige toutes ses batteries ; s’il s’empare de cette forteresse, il est bientôt maître de la place : s’il réussit à détourner une religieuse de l’oraison, il arrive aisément a en faire ce qu’il veut. C’est pourquoi saint Philippe de p. m. vin. 20
MAXIMES GÉNÉRALES
Néri disait qu’une religieuse sans oraison, est une religieuse sans raison. Or, à quels égarements, a quelles extravagances n’est pas exposé celui qui est privé de raison? En un mot, l’oraison est l’âme de la vie religieuse ; sans elle la profession religieuse n’est plus une vie, mais un cadavre.
On allègue vainement des excuses pour se dispenser de ce saint exercice ; nous en ferons justice en disant en deux mots ce que c’est que l’oraison mentale : en réalité ce n’est autre chose que penser à Dieu avec la résolution de s’amender. Ainsi toute élévation de l’âme vers Dieu tendant à nous porter au bien, disait un souverain Pontife, est une excellente oraison mentale, et prétendre qu’il est difficile de méditer, ce serait dire qu’il est difficile de penser. A quoi donc consacrons-nous nos pensées du matin au soir, si nous ne les consacrons pas aux vérités éternelles, qui, bien méditées, sont le principe de tout notre bonheur?
Les règles pratiques pour bien faire l’oraison mentale sont en assez grand nombre, mais pour éviter d’être obscur ou diffus, je les réduirai toutes à une seule : c’est d’être animé d’un grand désir de sa perfection ; tout le reste suivra comme naturellement. « Soyez humble et désireux de faire des progrès dans la vertu, disait saint Philippe de Néri à ses disciples, et l’Esprit-Saint vous enseignera à faire oraison. »
Deux choses toutefois sont indispensables pour que vous soyez bien disposée à faire oraison, savoir, que votre coeur soit détaché de toutes les créatures, et que vous vous pénétriez vivement de la présence intime de votre Créateur, selon qu’on vous l’expliquera plus bas. Si, au contraire, vous prétendez vous occuper de tout, vous mêler des affaires de famille, connaître tout ce qui se
DE PERFECTION RELIGIEUSE
passe, impossible que vous jouissiez de la paix dans l’oraison. Prenez un vase d’eau et agitez-le, cette eau ne réfléchira plus les traits de votre visage : ainsi le divin Maître ne peut guère reproduire ses traits dans votre âme si elle est troublée par les embarras du monde ; l’oraison devient alors pour vous un océan d’agitation. Achevez donc de vous détacher de tout, brisez ces liens qui retiennent votre pauvre âme captive, et vous verrez avec quelle agilité elle prendra son essor vers son Dieu, au point que le temps de l’oraison vous paraîtra toujours trop court.
Oh! quel temps précieux que celui de l’oraison! Heureux qui peut en consacrer beaucoup a ce saint exercice ! Mais aussi, quelle honte si, pour le plus léger prétexte, vous vous dispensiez de l’oraison commune! Saint Benoît remarqua qu’un religieux sortait souvent au milieu de la méditation, et il s’aperçut qu’il était entraîné par un démon qui le tirait par la manche. Lorsque vous éprouvez quelque ennui, quelque dégoût qui vous fait bâiller dans l’oraison, et vous donne envie de sortir pour prendre l’air, avec quelle ferveur vous rejetteriez cette tentation, si vous voyiez celui qui est a côté de vous. Faites mieux ; pour lui causer du dépit ne vous contentez pas de l’oraison faite en commun, mais tâchez d’y consacrer tout le temps qui vous restera après vous être acquittée des emplois que l’obéissance vous impose, afin de pouvoir faire souvent compagnie à Jésus et discourir seule à seule avec lui. Que si votre cœur se trouve aride et sec, vos pensées décousues, voici le remède : servez-vous d’un livre, comme le faisait sainte Térèse, laquelle durant dix-huit ans ne cessa de combattre ces sortes de sécheresses en lisant et en méditant tour a tour. Pourvu que nous retirions de l'oraison de pieux sentiments, comme seraient des actes
^36 >*AXJUKS CLÀÉKALÇS
d’amour de Dieu, de contrition, de remerciaient, d’offrande, et de généreuse résolution de marcher en avant dans le chemin de la perfection, ce ne sera pas du temps perdu. Les statues mêmes qui ornent les palais, dit saint François de Sales, servent à honorer le roi : fussiezvous comme une statue dans l’oraison, si vous y êtes pour l’amour de Dieu, vous n’y êtes pas sans mérite. Au reste, je sais par expérience que notre Dieu ne se laisse pas yaincre en prévenance ; si vous avez soin de tenir votre cœur dégagé et libre, et l’œil de la foi bien ouvert, en vous habituant a contempler Dieu au dedans de vousmême, il arrivera très-souvent que, par un retour plein d’amour, notre aimable Sauveur vous attirera toute k lui, et en un quart-d’heure d'oraison unitive vous dédommagera de toutes vos peines. Vous adopterez donc cette importante maxime :
Regardez comme un jour perdu, celui où vous ne faites pas oraison.
La lecture spirituelle.
7. L’expérience enseigne que pour apporter k l’oraison un cœur bien préparé, la lecture spirituelle est d’une trèsgrande utilité, parce qu’elle remplit l’esprit de saintes pensées qui reviennent pendant la méditation. Comment ces saints anachorètes ont-ils pu passer si agréablement tant d’années, en vivant séparés de tout commerce avec les hommes? Précisément parce qu’ils trouvaient dans les pieuses lectures et les réflexions qu’elles suggèrent un sujet de conversation intérieure presque continuelle. Quelle douceur, quel charme en effet ne trouve-t-on pas a se bien pénétrer de certaines vérités de la foi! Thomas k Kempis assurait qu’il ne trouvait pas de plus douce
DK PERFECTION RELIGIEUSE.
Ci37
consolation en cette vie que de demeurer dans un coin de sa cellule avec un livre spirituel en main. Quelle édification ne trouve-t-on pas à se rappeler la vie des Saints, ou à contempler le tableau de leurs vertus! Ces choseslà font une si vive impression que les saint Augustin, les saint Ignace de Loyola, les saint Jean Golombino ont attribué le principe de leur sainteté à une seule lecture de ce genre. Je ne parlerai pas des armes que les livres spirituels fournissent contre les tentations, des lumières qu’ils répandent dans l’esprit pour lui faire découvrir ses illusions, au point de suppléer parfois à l’absence d’un directeur ; car quel que soit ce directeur on ne peut pas l’avoir constamment à sa disposition. Quelles sont donc louables ces religieuses qui ont écrit dans le livre de leurs souvenirs pieux cette belle résolution.
Je ne laisserai passer aucun jour sans faire quelque lecture spirituelle.
Heureuses si elles l’observent fidèlement! Qui sait si ce n’est pas l'a ce qui achèvera de gagner leur cœur 'a Dieu, tout en leur faisant porter des fruits de vie et de vie éternelle ? Imitez-les si votre âme vous est chère :
Le silence.
8. Dans l’oraison on s’entretient avec Dieu; mais pour savoir bien s’entretenir avec Dieu , il faut savoir se taire avec les créatures. Tous les maîtres de la vie spirituelle s’accordent 'a regarder le silence comme la clef de la contemplation ; de là vient que tous les Instituts religieux, plus ou moins, prescrivent le silence. Le silence est la force de l’âme, et le démon redoute singulièrement une religieuse qui sait se taire. Et en effet, n’éprouve-t-on pas un sen-
MAXIMES GÉNÉRALES
timent d’édification et de vénération tout a la fois en voyant une religieuse qui ne parle qu’en temps et lieu, et toujours avec retenue, avec modestie? La vénérable Ursule Benincasa était si exacte observatrice de cette règle, que dans les temps et les lieux défendus elle ne répondait même pas à ceux qui lui adressaient la parole. Faites régner le silence dans un monastère, et il se change en paradis. Que cinq ou six religieuses, au contraire, se laissent aller au babil, et il devient un enfer. Quels désordres n’engendre pas le babil! Il ne faut qu’une langue immortifiée pour mettre le trouble dans une maison religieuse. Que de médisances, de plaintes, de frivolités, quelquefois même de conversations mondaines, de préoccupations de famille, d’affaires, de nouvelles! toutes choses qui, en s’emparant du cœur d’une religieuse, la font descendre en-dessous d’une personne séculière. Si vous en faisiez le sujet de votre examen ce soir, vous verriez que presque tous vos manquements de ce jour sont provenus de la langue. Bridez-la donc par cette bonne résolution :
Je ne perdrai jamais le temps à babiller ; je ne parlerai que par nécessité ou par charité.
Les Entretiens pieux.
9. Si la discrétion est mère de toutes les vertus, il faut bien que les religieuses s’accordent parfois une honnête récréation, en se livrant entre elles à des conversations familières. Je veux vous enseigner le secret de ravir en pareilles occasions le Cœur de Jésus : soyez toujours la première à introduire de pieux discours, mais faites-le avec tact; ainsi prenez quelquefois intérêt aux discours de vos consœurs, afin de les amener plus aisément à
DE PERFECTION RELIGIEUSE
votre but, en y mêlant adroitement quelque chose de Dieu , par là vous obligerez Jésus de demeurer toujours avec vous : c’est une promesse infaillible, que notre Seigneur Jésus-Christ lui-même nous a exprimée dans son Evangile, et vous ne pourriez imaginer les fruits immenses que vous en recueillerez. Jean Bercmans introduisit cet usage parmi ses confrères et ses compagnons, et en peu de temps son couvent devint un séminaire de toutes les vertus. La langue est le pouls du cœur : voulez-vous savoir de quel esprit une religieuse est animée, causez avec elle ; si elle entame de pieux discours, dites que Dieu habite dans son cœur ; s’il en était autrement, ce serait un roseau creu d’où il ne sortirait que du vent, L’Esprit- Saint est descendu sur l’Eglise en forme de langues, c’est pourquoi l’esprit qui animait intérieurement les saints paraissait dans leurs discours; ils enflammaient les cœurs de tous ceux avec qui ils s’entretenaient de l’amour de Dieu. Je voudrais que vous en fissiez autant, de telle sorte que pour vous désigner on pût se servir des mêmes indications qu’on employait pour faire connaître saint Ignace de Loyola.
Cet homme qui regarde toujours le ciel, et parle toujours de Dieu.
Attachez-vous donc à cette sainte pratique. Pour que Dieu habite dans votre cœur, ayez-le constamment sur la langue, en aimant à parler toujours de lui.
La Mortification.
10. Notre cœur est comme un petit jardin où poussent sans cesse de mauvaises herbes ; il faut donc avoir continuellement l’instrument en main pour les retrancher,
MAXIMES GÉNÉRALES
les arracher. Vous me comprenez : c’est la l’office de la mortification , sans laquelle votre âme ressemblerait en peu de temps à un buisson de ronces et d’épines. Observons d’ailleurs que nous sommes composés d’une âme et d’un corps, d’où il résulte qu’il y a deux sortes de mortification, l’une extérieure qui tend à mâter le corps, et l’autre -intérieure qui a pour but de faire mourir les affections désordonnées de l’âme.
La première doit être employée avec discrétion, encore que bien des saints nous aient laissé a cet égard des exemples d’une ferveur tellement excessive , qu’ils semblaient mettre toute leur attention à anéantir le corps. C’est ainsique l’on vit un Dominique l’Encuirassé se flageller plusieurs fois par jour jusqu’au sang, un François Xavier ne se relâcher en rien de la rigueur de ses jeûnes, même dans les plus pénibles voyages, un François d’ Assises dormir sur la terre nue, n’ayant pour oreiller qu’une pierre, et une foule d’autres traits semblables. Et de faibles femmes ne se montrèrent pas inférieures à ces héros chrétiens : sainte Térèse se donnait la discipline avec des chaînes de fer; sœur Marie Victoire Strata, non contente de se charger des plus ru.des cilices. mêtait de l’absinthe à ses aliments , et allongeait son vin avec les sucs d’herbes les plus repoussants. Quant a vous, quavez-vous à faire? Imiter a la lettre des exemples si extraordinaires? non, ce serait une illusion, à moins d’une impulsion toute spéciale de l’Esprit-Saint. Suivez mon conseil : Soyez modérée dans l usage des pénitences corporelles. Ce n’est pas que je trouve mauvais que, moyennant l’approbation de votre directeur, vous fassiez un peu l’essai de vos forces, en portant, par exemple, une petite chaîne pendant quelques heures â certains jours de la semaine, en vous donnant la discipline avec de petites cordes, la
L)E PERFECTION RELIGIEUSE
veille des fêtes delà sainte Vierge et d’autres solennités; en pratiquant quelques légères abstinences, comme de vous priver de certaines choses qui flattent davantage votre goût. Ces petites mortifications ne peuvent pas vous donner la mort, et elles aident merveilleusement h augmenter la vie de l’esprit. Du reste, attachez-vous de préférence aux mortifications auxquelles la volonté a le moins de part, et ne faites pas un pas sans la permission de ceux qui vous dirigent. N’imitez pas certaines personnes qui s’accablent de pénitences extérieures selon leurs caprices et qui, par leur conduite, ne laissent que trop voir que ce sont là des pénitences d’apparat.
1 I . En revanche, je souhaite que vous soyez des plus ferventes par rapport à la mortification intérieure. Ici s’ouvre devant vous un vaste champ pour acquérir une quantité de mérites en peu de temps. Que de fantaisies, que de désirs, que d’affections, que de soupçons, que de murmures s’élèvent dans votre esprit durant une journée! Retranchez tout cela sans pitié, et voilà toute une moisson de bonnes œuvres qui n’auront pour témoins que DieU seul et votre Ange gardien. Dirigez particulièrement vos attaques contre la volonté propre, et faites-la plier en tout sens. Lorsque vous avez adopté une opinion vous voulez la soutenir, quoique vous sachiez bien que c’est à tort; prenez alors en main la serpette de la mortification et faites-en le sacrifice à Dieu. Qu’importe de sacrifier un point d’honneur? ne savez-vous pas qu’en retour Dieu vous prépare Une belle récompense en paradis? Vous êtes trop brusque, trop impétueuse dans vos actions : accoutumez-vous à un peu de calme. S’il vous arrive une lettre, ne l’ouvrez pas sur-le-champ. Si vous lisez un livre et qu’il vous vienne envie de voir si le chapitre touche à sa fin, abslenez-vous-cn. Si vous allez au jardin et
P RI VIII. 21
MAX f MES GÉNÉRALES
qu’ii vous prenne fantaisie de courir, de marcher d’une manière peu modeste , de cueillir une fleur, un fruit, ou autre chose : retenez le pied et la main. Votre œil voudrait franchir la clôture par le regard : baissez-le. Si vous êtes au réfectoire et que l’appétit vous pousse à être la première à déplier votre serviette, ne le faites pas, arrêtez-vous un instant. Croyez-moi, un grain d’amour de Dieu suffît pour vous faire faire par milliers de ces actes de mortification. Une servante de Dieu en fît jusqu’à huit en mangeant un œuf ; à ces huit actes ont correspondu huit degrés de grâce en cette vie et huit degrés de gloire en l’autre; or , qu’est-ce qu’un degré de gloire? C’est un bien si grand qu’il suffît pour rendre une âme bienheureuse pendant toute l’éternité. Voyez donc quels trésors nous perdons chaque jour, en passant parfois des journées entières sans pratiquer une seule mortification. Ce n’est pas ainsi qu’en agissaient les saints, eux qui, éclairés par l’esprit de Dieu, étaient avides de mortifications, et faisaient plus de cas de cette vertu que des plus belles qualités qui puissent orner une âme. Saint Ignace entendant vanter un de ses religieux comme homme d’oraison, interrompit le panégyriste : « Vous n’y êtes pas, lui dit-il, dites plutôt que c’est un homme d’une grande mortification. »
Voulez-vous une belle maxime ? Représentez-vous combien d’années il peut vous rester à vivre en ce monde : dix ans, vingt ans au plus? Eh bien! prenez ces quelques années pour votre purgatoire, et dites-vous en vous-même, en toute sincérité et avec ferveur ; C’en est fait, guère à mort à l’amour-propre. — De cette façon il ne se passera pas de jour que vous ne tressiez des couronnes précieuses d’actes de mortification. Pénétrez-vous donc bien de cette belle sentence :
DF. PERFECTION RELIGIEUSE
Plus je me mortifierai ici-bas , moins je souffrirai dans l’autre monde.
La Prière.
12. Il vous semble que vous avez déjà fait un long trajet pour arriver à la perfection, et pourtant vous n’êtes pas encore à mi-chemin. Ne savez-vous pas que la perfection religieuse est une montagne si élevée, qu’on ne peut en atteindre le sommet sans la grâce et l’assistance de Dieu? Or, cette assistance, comment l’obtient-on? C’est en ayant recours à Dieu du fond du cœur : priez, soupirez, suppliez en chœur et hors du chœur, en tout lieu, parce que Dieu veut être prié. Ayez sans cesse à la bouche ces paroles de l’Eglise : — Deus , in adjutorium meum intende : Seigneur, venez à mon aide ; Vierge sainte, aidez-moi ; mes saints Patrons , aidez-moi. — Apprenez une bonne fois à faire la pauvrette à la porte de la miséricorde divine; demandez, cherchez, frappez : Petite , et accipietis ; quœrite, et invenietis ; pulsate) et aperietur vobisx : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira. » Ainsi s’exprime notre aimable Sauveur dans son Evangile, et il ne pouvait nous dépeindre plus vivement le désir qu’il a de nous voir solliciter son assistance. Sachant que tout notre bien dépend de cette sainte importunité, et voulant vous faciliter ce moyen indispensable de vous enrichir de mérites et d’assurer la grande affaire de votre salut , je vous suggérerai une oraison jaculatoire très-affectueuse, afin que vous en fassiez votre pain quotidien, l’ayant, sans cesse sur les lèvres et dans le cœur. Elle se compose de
* Matth. 7, 7.
MAXIMES GÉNÉRALES
trois mots seulement, qui seront pour vous un triple trésor ; rendez-vous-la familière, et qu’il ne se passe pas un instant sans que vous la profériez, soit de cœur, soit de bouche :
Mon Jésus', miséricorde.
Mon Jésus, miséricorde.
Chaque fois que vous répéterez cette pieuse invocation vous gagnerez cent jours d’indulgences, selon la concession faite par plusieurs Souverains Pontifes à ceux qui prononcent dévotement le saint nom de Jésus, et qui plus est, vous vous rendrez terrible a tout l’enfer ; car, par cette oraison jaculatoire dite du fond du cœur, vous ferez un acte de contrition de vos péchés, vous demanderez la grâce de ne plus pécher et vous solliciterez en même temps toutes les autres grâces que vous pourriez désirer. Un serviteur de Dieu, mort il y a peu d’années en grande réputation de sainteté , dans les environs de Florence, avait constamment ces paroles sur les lèvres; on remarqua qu’il les proférait jusqu’à trois cents fois et plus en un quart d’heure. Voilà ce que vous devez faire, si pas aussi fréquemment , au moins très-souvent. La nuit, dès que vous vous éveillez : Mon Jésus , miséricorde; lorsque vous passez d’un lieu dans un autre, lorsque vous travaillez , lorsque vous remplissez vos devoirs accoutumés , mêlez à toutes vos actions , à toutes vos occupations cette céleste invocation : Mon Jésus , miséricorde. De la sorte, n’en doutez pas, vous frapperez si souvent à la porte de la miséricorde divine, qu’à la fin on vous ouvrira ; car il est certain qu’avec le secours de Dieu vous ne périrez pas.
Mais pour que vous ayez une formule pratique à l’effet d’implorer l’assistance de Dieu, le pardon de vos péchés, ou toute autre grâce que vous désireriez, en voici une que
je vous propose» Il suffit de la lire deux ou trois fois, et de faire avec Dieu cette convention, que toutes les fois que vous direz : Mon Jésus, miséricorde, vous entendez faire l’acte suivant avec toutes ses formalités.
O Dieu tout-puissant, infini dans toutes vos perfections et surtout inépuisable en miséricorde, je me sens animée par cette ineffable charité qui vous rend si libéral envers tous ceux qui vous invoquent avec foi et avec humilité , et si fidèle à remplir vos promesses ; je viens donc, pauvre et misérable créature , me prosterner à vos pieds pour obtenir le pardon général de mes péchés, ainsi que la grâce... [indiquez ici les faveurs que vous désirez). Je crois fermement que vous pouvez et que vous voulez m’accorder cette précieuse faveur, et en vertu de cette foi vive, j’espère, avec une douce certitude, un ardent désir, une confiance assurée et inébranlable, que vous me l’accorderez. Bien plus, forte de cette confiance que j’ai mise en vous et dans vos promesses, j’ose l’espérer et l’attendre en ce moment même où je vous la demande très-humblement, désirant avec ar- / deur que mon âme soit aussitôt purifiée des souillures du péché, que j’ai en abomination et que je déteste souverainement par pur amour pour vous, et parce qu’il est opposé à votre souveraine bonté. Ah ! mon Dieu , laissez-vous toucher de compassion et daignez, en vue des mérites infinis de Jésus mon Sauveur, lesquels, par un effet de votre miséricorde, sont devenus les miens, daignez, dis-je,
P. M. VIII
MAXIMES GÉNÉRALES
m’appliquer la grâce du pardon entier de mes péchés ; accordez-moi aussi les autres faveurs que je sollicite, savoir. . . Et comme une grâce telle que le pardon de mes péchés n’a d’autre but que votre plus grande gloire et mon bien spirituel, j’ai la ferme confiance qu’à raison de votre amour, de votre fidélité, de votre justice, de votre toute puissance et de votre bonté, vous voulez bien me l’accorder sans délai ; je l’accepte donc comme une pauvre créature qui ne désire que de vous plaire et de vous aimer.
O mon Dieu ! je proteste que je ne veux plus jamais vous offenser ; c’est pourquoi je vous supplie très-humblement de mettre le comble à vos bienfaits : après m’avoir accordé le pardon général de mes péchés , enchaînez les démons au fond de l’enfer, afin que désormais ils n’aient plus l’audace ni le pouvoir de me détacher, ni moi ni d’autres, de votre aimable service.
Délivrée, comme je l’espère, ô mon Dieu, des liens de tant de péchés énormes , et comptant sur votre assistance efficace, j’ai la confiance de vivre et de mourir entre les bras de votre divine miséricorde ; je l’invoquerai à tous les instants de ma vie, ou plutôt, une fois pour toutes, je forme l’intention d’implorer sans cesse et le pardon de mes péchés passés et le secours pour ne plus les commettre à l’avenir, spécialement toutes les fois que, de bouche ou de cœur , je répéterai cette douce invocation :
DE PERFECTION RELIGIEUSE
Mon Jésus, miséricorde.
Mon Jésus, miséricorde.
C'est avec ces paroles bénies sur la langue que je veux vivre, c'est avec ces saintes paroles gravées dans le cœur que je veux mourir ; aussi les redirai-je cent et mille fois par jour :
Mon Jésus, miséricorde.
Mon Jésus, miséricorde.
Si vous renouvelez souvent cet acte, et quà cette invocation vous ayez soin de joindre l’emploi des moyens qui sont les véritables instruments de la grâce, savoir les Sacrements, oh ! alors que vous serez forte, que vous serez heureuse !
La fréquentation des Sacrements; — la Confession.
13. D’abord la fréquentation des sacrements est précisément pour une âme religieuse ce qu’est l’eau pour un jardin. Que l’eau vienne à manquer dans un jardin, aussitôt la terre devient aride, toutes les plantes se dessèchent.
De même, qu’une religieuse s’éloigne des sacrements, et la voila privée de toute force, de toute vtertu.
Mais cependant, me direz-vous, on remarque bien que, malgré la fréquentation des sacrements, je ne fais pas de progrès dans la vertu.
Ah! vous touchez-lâ une corde trop sensible, et je ne puis vous répondre qu’en soupirant. Que voulez-vous donc dire? Que la faute en est aux sacrements? Ne savons-nous donc pas qu’une bonne confession et une bonne communion sulïisent pour sanctifier une âme? Mais il en est qui les reçoivent d’une manière si indigne!
Souffrez donc, puisqu’il en est ainsi, que je vous trace brièvement la manière de recevoir ces divins sacrements et l’usage fréquent que vous devez en faire.
Pour faire une bonne Confession, la plus belle méthode, celle qui est la plus courte en même temps que la plus féconde et la plus salutaire , c’est celle dont se servait un pieux religieux de l’Ordre de Saint-Dominique. Il était 'a l’article de la mort; on l’avertit de se préparer a recevoir les sacrements comme s’il avait été sur le point de mourir ; il répondit d’un air calme et serein : « Voila trente-cinq ans que je me confesse tous les matins et que je célèbre la sainte Messe comme si j’avais dû mourir chaque jour ; la chose ne me sera donc pas difficile. » — Si nous aussi, chaque fois que nous nous confessons, nous pensions que cette confession sera peut-être la dernière, oh ! avec quelle exactitude, quelle diligence nous la ferions ! Vous n’ignorez pas combien sainte Térèse insistait sur ce point : elle conjurait tous les prédicateurs, tous les confesseurs de traiter fréquemment cette matière, parce que Dieu lui révéla que beaucoup d’âmes se damnent pour ne savoir pas se confesser comme il faut. Afin donc de remédier à un si grand mal, faites attention aux avis suivants.
14. Tous les manquements qui se commettent par rapport au sacrement de Pénitence dérivent ordinairement de trois sources, savoir, du défaut d’examen diligent, du défaut de repentir sincère et du défaut de bon propos efficace.
Combien de religieuses vont à confesse la tête pleine de nouvelles frivoles quelles ont entendues à la grille, au parloir, ou ailleurs! Arrivées aux pieds du confesseur, elles lui redisent éternellement la même chanson sans guère y penser, n’avant fait aucune préparation ; elles
DF PERFECTION RELIGIEUSE. 249
entrent au confessionnal parce que leur tour est venu. Ne conviendrez-vous pas avec moi qu’une pareille confession court risque d’être trouvée bien défectueuse devant Dieu? Donc, plus de précautions à l’avenir. Si vous me demandez de quel livre vous pouvez vous servir pour bien faire votre examen de conscience, je vous en suggérerai un excellent, et vous n’en prendrez pas d’autre, de sorte que vous ne serez pas exposée à faire comme cette âme simple qui, ayant emprunté un livre pour faire son examen de conscience, se mit a écrire tous les péchés qu’elle y trouva rangés par ordre, sans omettre même les plus énormes, et les débita aux pieds du confesseur avec la même naïveté. Le prêtre stupéfait lui demanda si elle avait réellement commis tous ces péchés-là , — « Dieu m’en garde, répondit-elle, mais je les dis, parce que je les ai trouvés imprimés dans un livre qui enseigne la manière d’examiner sa conscience. » Ne vous donnez donc pas la peine de lire ces sortes de livres, mais servez-vous seulement de celui que je vous conseille : c’est le livre de votre propre conscience, livre écrit dans votre cœur par le doigt même de Dieu. N’en doutez pas, toutes les fois que vous transgresserez sa loi, soit mortellement soit véniellement, votre conscience vous en avertira. Confessez-vous de tout ce que vous trouverez écrit dans ce livre, et soyez tranquille. Si vous n’avez que des fautes vénielles, comme il est ordinaire aux religieuses, ne vous cassez pas la tête pour en rechercher minutieusement les circonstances ; car elles ne serviraient qu’à fatiguer le pauvre confesseur. Pas de scrupules, par conséquent, dans votre examen, mais apportez d’autant plus de diligence à vous exciter à la contrition.
15. Il ne suffît pas au chasseur d’avoir découvert le gibier, il faut encore qu’il le mette bas; ainsi ne suffît-il pas
MAXIMES GÉNÉRALES
d’avoir trouvé tous ses péchés par un examen diligent, il faut de plus leur donner la mort par un repentir sincère.
Je ne perdrai pas le temps a vous apprendre qu’il y a deux sortes de repentir , savoir, la contrition proprement dite ou contrition parfaite, et l’attrition ou contrition imparfaite. La première existe, lorsque nous détestons le péché à cause qu’il déplaît à Dieu, qui est le bien suprême, la bonté même. La seconde, lorsque nous le détestons, a cause qu’il a ruiné notre âme, qu’il nous a fait perdre le paradis et gagner l’enfer. Je ne perdrai pas le temps, dis-je, à vous répéter ces choses, car vous êtes en état vous-même d’en instruire les autres. Mais je vous dirai qu’il y a bien des religieuses qui, au grand détriment de leur salut, s'approchent du tribunal de la pénitence sans s’être excitées d’abord à une véritable douleur, et mettent toute leur sollicitude a déterminer ce quelles doivent dire au confesseur et comment elles doivent le dire; ou qui, si elles songent à la contrition, ne s’attachent pas aux véritables motifs et pensent avoir satisfait pour s’être frappé la poitrine et avoir poussé un soupir. Et néanmoins, vous le savez, si vous ne dites pas du fond du cœur : Ah ! mon doux Jésus, que je me repens de vous avoir offensé, vous qui êtes infiniment bon ! J’ai mérité mille enfers pour expier mes péchés, mais aussi je donnerais mille vies plutôt que de vous offenser encore à l’avenir; ’ — si, je le répète, vous ne faites pas un acte semblable de contrition ou d’attrition, appuyé sur ses véritables motifs, qui sont ou l’outrage fait à la bonté infinie de Dieu, ou l’enfer mérité et le paradis perdu, les péchés ne sont point remis ; car il est certain que jusqu’aujourd’hui Dieu n’a pardonné à personne sans un repentir préalable, et qu’il ne pardonnera jamais sans cette condition. Ne nous y trompons donc pas ; la confession n’est
DE PERFECTION RELIGIEUSE
point une affaire a expédier du bout des lèvres. Un acte de contrition sincère, voila la clef d’or qui nous ouvre le paradis, et pour bien faire cet acte quand vous vous confessez, accoutumez-vous à le faire souvent. Vous alléguez peut-être que votre santé ne vous permet pas de pratiquer d’austères pénitences. Mais, dites-moi, avezvous un cœur? Si vous en avez un, plus d’excuse : vous pouvez faire fréquemment des actes de contrition, et quelle plus belle pénitence que celle-là? Une personne très-intérieure m’a confié que Dieu lui ayant fait la grâce de connaître la gravité de ses péchés, elle faisait plus de mille actes de contrition par jour, et comme à chaque acte elle se traçait un signe de croix sur le cœur, son vêtement en fut usé au point de se trouer en cet endroit-là. Chaque jour, chaque nuit, faites aussi par centaines de ces actes salutaires. Un cœur pénétré de componction est si agréable à Dieul Ne donnez pas, toutefois, par une extrémité opposée, dans l’erreur de celles qui, si elles ne se sentent pas le cœur attendri et fondant en larmes, pensent n’avoir pas eu la contrition et se découragent. Non, non ; loin de vous un cœur si féminin. La véritable douleur a son siège dans la volonté; il suffît qu’elle soit rationnelle, il n’est pas requis quelle soit sensible ; en d’autres termes, il suffit que vous détestiez le mal que vous avez fait pour les motifs indiqués ci-dessus, de telle sorte que s’il était encore à faire, vous ne le feriez plus pour tous les biens du monde.
16. Cependant elle doit être efficace, c’est-à-dire, être accompagnée d’un ferme propos de ne jamais plus commettre les péchés dont on s’accuse ; c’est à quoi manquent ces malheureuses qui se trouvent engagées dans quelque occasion prochaine de péché. J’ai peine à me persuader qu’il y ait une religieuse si insensée que de vouloir vivre
MAXIMES GÉNÉRALES
dans ce misérable état; mais je croirais bien qu’il en est qui se trouvent prises au fiiet sans s’en douter. Afin donc que vous puissiez les éclairer, si vous veniez à en rencontrer, vous saurez que l’occasion prochaine est celle où la plupart du temps on pèche mortellement. Cette occasion, on peut l’avoir dans le monastère même ou au dehors. Par exemple, une religieuse a une amie dans le monastère, et sur dix fois par mois quelle a des entretiens confidentiels avec elle, elle pèche mortellement sept ou huit fois, en se laissant aller à de très-graves médisances contre la supérieure ou d’autres personnes. Cette religieuse est obligée, non-seulement de prendre la résolution de ne plus médire, mais aussi de ne plus entretenir la même familiarité, les mêmes relations avec cette amie. Ainsi encore, une religieuse est appelée, je suppose, dix fois par mois au parloir par la même .personne, qui vient la mettre au courant de ce qui se passe dans le monde, et, par ses discours, allume dans son cœur une haine violente contre ses ennemis, une haine qui va jusqu’au péché mortel : il ne suffit pas que cette religieuse se propose de ne pas haïr le prochain, il faut en outre quelle s’éloigne de celle qui en est la cause. Et ce que je dis par manière d’exemple de la médisance et de la haine, faites-en l’application vous-même à toute autre espèce de péché. Or, si une religieuse en pareil cas se confesse sans renoncer à l’occasion, sa confession est un emplâtre qui la rend difforme, mais ne la guérit point, et dites-lui que si elle a surpris fût-ce même cent absolutions de la main du confesseur, elle n’est pas absoute devant Dieu, encore qu’elle le soit devant les hommes. Rendez-lui ce service par charité, tandis que je continue à vous dévoiler les défauts auxquels les religieuses sont sujettes en se confessant.
DE PERFECTION RELIGIEUSE
17. Les occasions prochaines sont rares parmi les religieuses ; ce qui peut arriver plus facilement, c’est qu’une pauvre religieuse ayant eu le malheur de tomber dans une faute grave, ou réputée telle par une conscience erronée, l’esprit malin lui ferme la bouche à clef, au point qu’il n’y ait plus moyen de la lui faire ouvrir. La honte dont elle est saisie est telle qu’elle aimerait mieux perdre la vie que de se faire connaître. On rapporte qu’un saint prêtre, voyant un jour un démon qui se tenait auprès du confessionnal, lui demanda ce qu’il faisait là: «Je suis ici, répondit-il, pour accomplir un acte de justice, en restituant ce que j’ai pris : J’ai enlevé la honte à cette pénitente qui se confesse, afin de lui faire commettre le péché, et maintenant je la lui restitue pour qu’elle n’en dise rien. » Il n’est que trop vrai, ce sont là les artifices de l’ennemi du salut. Qu’elle sache donc, cette malheureuse qui s’approche du tribunal de la pénitence avec l’intention de taire quelque péché, que ce sont les démons attachés à sa robe qui lui font rentrer les aveux dans la gorge aussitôt qu’ils se présentent sur sa langue.
— « Mais le confesseur me grondera. »
Dites-moi, si vous étiez confesseur, gronderiez-vous celui qui aurait la confiance de vous ouvrir son âme ? Vous me répondrez que non. Comment donc supposezvous le contraire de la part des ministres de Dieu qui ont pour office d’exercer la miséricorde?
— « Mais il se scandalisera. »
Vous m’étonnez ; c’est qu’au contraire, plus vous lui manifesterez les secrets de votre cœur, plus vous augmenterez l’affectueuse estime qu’il vous porte.
— « J’attendrai l’extraordinaire.»
Avez-vous perdu le sens commun? Voulez-vous en attendant multiplier les sacrilèges et vivre dans un si p. m. viu. 22
MAXIMES GÉNÉRALES
grand danger de damnation? Si vous étiez atteinte d’une fièvre maligne et quon vous invitât à faire venir le médecin, vous contenteriez-vous de l’appeler dans deux mois?
— (( C’est ainsi ; je ne trouve en moi ni le courage ni les moyens d’en sortir. »
Faites au moins ceci : allez trouver le confesseur, et dites-lui : Mon père, j’ai besoin d’assistance ; et puis laissez le reste à sa prudence. De cette manière, j’espère qu’il en sera de votre honte' comme d’une pièce d’étoffe : dès qu’elle est entamée d’un côté, elle se déchire facilement d’un bout à l’autre. Autrement il ne serait pas exact de dire : Je me suis confessée, c’est-à-dire, je me suis purifiée dans le sang de Jésus-Christ; vous devriez dire que vous vous êtes souillée. Si vous vous frottiez le visage avec de l’encre, vous n’oseriez pas dire : je me suis lavée; mais bien : je me suis noircie.
— « Enfin, mon père, puisque vous le voulez, je le dirai : mon mal consiste dans les pensées. »
Vous avez bien fait de me l’avouer, car je pourrai peut-être vous ôter de 4a tête force scrupules. Vous vous imaginez que toute pensée mauvaise qui vous vient à l’esprit est un péché : c’est faux ; les plus grands saints euxmêmes n’ont pas été exempts de pensées impures. Faites donc attention à une chose. Vous ne péchez point par pensée, à moins que votre volonté n’adhère au mal, ce qui peut se faire de deux manières, savoir : en désirant d’en venir à l’exécution ; par exemple, une religieuse vous a fait une injure, un sentiment de haine s’élève dans votre cœur, et vous désirez lui causer un grand mal : cela s’appelle un péché de désir. L’autre manière, c’est quand la volonté ne désire pas d’en venir à l’exécution ; par exemple, une religieuse vous a injuriée : vous ne lui désirez pas de mal, mais vous vous réjouissez de ses infir-
DE PERFECTION RELIGIEUSE
mités, ou du mal qui lui arrive d’ailleurs, ou de la mortification qu’elle a essuyée de la part de sa supérieure : cela s’appelle péché de complaisance. Raisonnez de même sur toute autre espèce de pensées. Or, tenez pour certain qu’une pensée peut vous passer par la tête dix fois le jour sans qu’il y ait ombre de péché; il en est ainsi quand la volonté n’y prend nullement plaisir, que vous ne vous y arrêtez pas à dessein, et que vous ne la recherchez pas. En un mot, il n’y a jamais de péché au moins grave, tant qu’il n’y 3 pas plein et entier consentement de désir ou de complaisance, à plus forte raison quand vous en éprouvez du déplaisir ; oh ! pour lors, soyez assurée qu’il n’y a rien.
— « Mais comment dois-je m’v prendre pour chasser tant de pensées qui m’assiègent sans cesse ? »
N’avez-vous jamais ouï dire qu’un clou en chasse un autre? Eh bien ! de même, on chasse les mauvaises pensées à l’aide des bonnes. Mais il est de ces pensées qui, si elles ne brûlent pas, laissent au moins une empreinte ; or à l’égard de ces sortes de pensées comportez-vous comme lorsque vous êtes auprès d’un feu ouvert et qu’il vole une étincelle sur votre robe; que faites-vous? Vous la secouez aussitôt ; usez-en de même avec les pensées impures et déshonnêtes ; mais faites-le avec calme et avec paix, sans violents efforts de tête, si vous ne voulez pas faire rire le démon à vos dépens ; car certes il en rirait et s’ingénierait à vous remplir de plus en plus l’imagination de mauvaises pensées, s’il voyait que vous vous troublez sans raison. Je viens de vous apprendre à être timorée, mais non scrupuleuse.
18. Si vous aviez la patience de m’accorder encore un peu d’attention, je vous découvrirais d’autres défauts contre lesquels les religieuses ne se prémunissent pas
MAXIMES GÉNÉRALES
toujours dans leurs confessions. Ces défauts, quoique moins importants, méritent cependant d’être signalés, afin que vous puissiez les éviter.
Quelquefois, vous l’avez remarqué, on attend en grand nombre à la fois devant la porte du confessionnal, et là, on rit, on cause, on s’amuse, comme si l’on était à l’entrée d’un théâtre; il arrive même qu’on se met à jaser sur le compte du confesseur et de sa pénitente, on traite celle-ci de scrupuleuse, on accuse celui-là d’avoir des préférences, et ainsi on augmente la matière de sa confession au moment même où l’on se dispose à se confesser. Telle, à peine entrée au confessionnal, entame avec le confesseur une conversation complètement étrangère à la direction de sa conscience ; a-t-elle quelque péché quelle éprouve de la répugnance à déclarer? elle le dit à demi- voix, l’enveloppe d’excuses, l’atténue, dissimule certaines circonstances qu’il serait nécessaire d’exprimer, si bien qu’en définitive c’est comme si elle ne s’en était pas confessée. En revanche, il en est qui estiment n’avoit* pas fait une bonne confession, si elles n’ont retracé toute l’histoire de chaque péché véniel, en expliquant le comment, le quand, le pourquoi. D’autres ont à leur usage certaines formules vagues et postiches qui ne servent de rien : Mon père, je m’accuse de n’avoir pas aimé Dieu comme je le devais, de n’avoir pas assisté le prochain avec autant d’amour que je le devais, que je le pouvais, etc. Saint Paul luimême pouvait en dire autant. Quelques-unes se confessent conditionnellement : Je m’accuse, mon père, si j’avais dit... si j’avais fait... et ainsi de suite. Ne parlez pas de ce que vous auriez pu faire, mais de ce que vous avez fait.
— « Gomment donc faut-il s’exprimer ? »
Je vous entends : vous désirez que je vous indique une pratique pieuse, claire et sûre pour vous bien confesser.
DE PERFECTION RELIGIEUSE
La voici. Avant de vous approcher du saint tribunal de la pénitence, retirez-vous dans un endroit solitaire, mettez-vous en la présence de Dieu et passez en revue ce que vous avez fait, dit et pensé depuis votre dernière confession ; vous vous en souviendrez aisément en réfléchissant aux lieux où vous avez été, aux personnes que vous avez fréquentées, aux affaires que vous avez eu à traiter ; vous ne trouverez, j’espère, que des péchés véniels, et comme on ne conçoit pas toujours facilement une véritable douleur de ces sortes de péchés, par la raison qu’on ne les regarde pas pour ce qu’ils sont en réalité, voici ce que vous ferez. Rappelez-vous, au moins d’une manière générale, quelque péché plus grave de votre vie passée, un de ceux dont vous avez le plus de regret et que vous êtes bien résolue de ne plus commettre. Faites ensuite sur ce péché-là et sur tous les autres que vous avez présents à l’esprit, un acte de contrition sincère de la manière indiquée plus haut, et par le pur motif de l’offense faite à Dieu qui est la bonté même, avec le ferme propos de n’y plus retomber. Puis, recueillie, les yeux baissés et en silence, allez vous prosterner aux pieds du confesseur, récitez le Conftteor, et déclarez vos péchés ingénûment, tels que votre conscience vous les représente, et en vous exprimant de façon à faire connaître au ministre de Dieu toute la grandeur du mal. Après avoir dit les péchés ordinaires, ajoutez : je m’accuse en outre, mon père, de tous les péchés de ma vie passée, et particulièrement des péchés commis contre telle vertu; nommez ici la vertu à laquelle sont opposés les péchés sur lesquels vous vous êtes spécialement excitée à la contrition, comme nous venons de le dire, par exemple, des péchés commis contre la chanté, ou contre l’obéissance, ou contre la belle vertu de pureté, ou contre la pauvreté. Voilà le moyen le
MAXIMES GÉNÉRALES
plus sûr que vous puissiez employer pour vous tranquilliser. Ayant reçu votre pénitence, tâchez de vous en acquitter le plus tôt possible, si cest une chose que vous puissiez faire sur-le-champ ; n’imitez pas certaines personnes qui, au bout de l’année, se trouvent chargées de pénitences non -accomplies.
Un avis que j’ai à vous donner, c’est que la confession terminée, vous ne vous arrêtiez pas à tenir des discours inutiles avec le confesseur ; retirez-vous aussitôt, a moins que vous n’ayez quelque doute a éclaircir, ou quelque conseil à demander, qui n’exigeât pas beaucoup de temps. Si vous aviez à traiter de choses spirituelles, prenez un autre jour où il n’y ait pas concours, afin de ne pas fati-* guer vos consœurs qui attendent à l’entrée du confessionnal. La vénérable Ursule Benincasa disait à ses religieuses : « Soyez brèves, mes filles; dites simplement vos péchés et rien de plus. » Le confessionnal est un lieu sacré ; ne le profanez pas par des discours inutiles. A plus forte raison devez-vous vous abstenir de certains compliments et de certaines façons pleines d’affection, comme de dire au confesseur que vous lui êtes souverainement obligée, que vous ne l’oublierez jamais, qu’il n’y a rien que vous ne fissiez pour lui, que vous voudriez bien qu’il ne partît jamais, etc. Sainte Térèse déteste ce langage, et dit qu’une religieuse, après avoir déclaré ses péchés et demandé les conseils dont elle a besoin pour sa direction, doit s’en aller. Avec beaucoup de menus fils on peut fabriquer un gros cable, et former un attachement, si pas mortel, au moins fort dangereux.
Vous me demanderez peut-être si vous feriez bien de vous confesser souvent. — Avant de répondre à cette question, je vous dirai ce qu’ont fait les Saints. Sainte Catherine de Sienne etsaintFrançois de Borgia se confessaient
DE PERFECTION RELIGIEUSE
deux fois par jour ; saint Charles Borromée et saint Ignace, tous les jours; sainte Brigitte et la bienheureuse Osanna de Mantoue, plusieurs fois par jour. Je ne prétends pas que vous en fassiez autant, mais je satisferai en deux mots à votre demande, en vous disant : Confessez-vous* et communiez aussi souvent que l’usage de votre couvent vous y autorise; s’il vous arrivait de vous en dispenser par négligence, déplorez votre faute, car vous perdez un grand trésor1.
Je sais bien que l’amour-propre vous suggérera mille
1 Le B. Léonard était partisan de la Confession fréquente. Il s’était fait une règle pour lui-même de se confesser deux fois par jour [Résolutions, ni). Il exhortait tous les missionnaires qui l’accompagnaient dans ses travaux apostoliques à se confesser chaque matin [Règlement pour les missions , 4. OEuvres, t. V, p. 14). C’est même un conseil qu’il donne à tous les prêtres, dans son excellent opuscule sur le saint sacrifice de la messe, et il y insiste fortement. «Saint Vincent Ferrier, dit-il, à l’effet d’obtenir la pureté intérieure, se confessait tous les jours avant de célébrer, et je voudrais que vous en fissiez autant, vous tous, prêtres fervents, qui cherchez à procurer à Dieu le plus de satisfaction que vous pouvez en traitant les divins mystères. Chose étrange! on en voit qui passent des demi-heures à lire certains petits livres pour se préparer au saint sacrifice, tandis qu'en faisant un court examen, en s’excitant à la contrition sur quelque péché de la vie passée, à défaut d’autre matière, et se confessant, ils pourraient acquérir une si grande pureté de cœur. Oui, se confesser tous les jours avant la messe, voilà la préparation la plus excellente qu’on puisse y apporter. Bannissez tout scrupule, et ne méprisez pas le conseil que je vous donne. Oh ! de quel trésor de mérites vous vous enrichiriez par là!... » (Trésor caché. Exemples, § I. OEuvres, t. II, p 476.)
Mais dans ce qui précède il ne s'agit que des prêtres. La confession quotidienne de dévotion n'est pas à conseiller aux femmes pour plusieurs raisons. Les exemples qu’on en trouve dans les Vies des saints sont si rares qu’on doit les regarder comme des cas exceptionnels, plutôt que d’y chercher une règle de conduite. Voici comment s’expriment au sujet de la confession fréquente, deux
MAXIMES GÉNÉRALES
excuses : — - « Lorsque je me confesse souvent, direzvous, je ne sais que dire. »
Est-il possible? N’avez-vous jamais de pensées inutiles? Ne vous échappe-t-il pas des paroles oiseuses? N’avez-vous pas de distractions pendant l’office divin? Ne dites-vous jamais le plus petit mensonge? Ne vous impatientez-vous jamais? Et combien de fautes contre la charité? Combien de fois n’êtes-vous pas négligente a vous lever le matin au premier son de la cloche ? Que d’attachement à votre personne dans la recherche des aises et des commodités, des délicatesses dans la nourriture et le vêtement! Quel soin de conserver l’estime des hommes!
grands maîtres de la vie spirituelle, saint François de Sales et saint Alphonse de Liguori.
Le premier, parlant pour les personnes de toute condition, dit : « confessez-vous humblement et dévotement tous les huit jours, et toujours , s'il se peut , quand vous communierez , encore que vous ne sentiez en votre conscience aucun reproche de péché mortel. » ( Introduction à la vie dévote , 2e partie, ch. 1 9 ; — et Pratiques pour la confession ordinaire , § 1.) — Dans le directoire des Sœurs de la Visitation , il prescrit à ses religieuses « de se confesser deux fois la semaine , la veille devant la communion ordinaire du dimanche et jeudi, à sçavoir le mercredy et le samedy. » art. 11 . — La vénérable mère Mechtiide du saint Sacrement prescrit pareillement deux confessions par semaine. Saint Alphonse trace une pratique analogue pour les religieuses en général : « Je ne prétends pas, dit-il, obliger les religieuses à se confesser chaque fois qu’elles communient, mais il est bon qu’elles se confessent deux fois, ou au moins une fois par semaine, et en outre quand elles ont commis une faute volontaire. » (La Religieuse sanctifiée, ch. 18, § 1 , n. 3.) Plus loin, il dit encore : «Il n’est pas nécessaire que les religieuses qui tendent à la perfection, se confessent chaque fois qu’elles communient ; il suffit qu’elles reçoivent l’absolution deux, trois fois par semaine, et lorsqu’elles commettent quelque péché véniel volontaire. »Ibid.,§ 2. n. 13.
Il n’est aucune maison religieuse de femmes, que nous sachions, dont la règle ou l’usage autorise une confession plus fréquente, si ce n'est peut-être pour des cas particuliers et exceptionnels,
DE PERFECTION RELIGIEUSE
Ce sont l'a tout autant de péchés véniels, et partant matière suffisante de confession ; pour plus de sûreté, ajoutez-y quelque péché de la vie passée, comme nous l’avons dit ; de la sorte vous ne s$rez jamais embarrassée pour trouver matière, et la grâce s’augmentera continuellement dans votre âme.
— <x J’ai beau me confesser souvent, je ne me corrige ni plus ni moins. »
Et si vous vous confessiez rarement, vous corrigeriezvous? Vous iriez au contraire de mal en pis.
— « Je m’expose au danger, par ces fréquentes confessions, de les faire par habitude. »
N’allez donc plus au réfectoire quand l’heure du repas est venue, de peur qu’en mangeant si souvent vous ne veniez à le faire par habitude. Bon Dieu! ne voyezvous pas votre erreur? Mais cette habitude sera une excellente, une sainte habitude, qui attirera sur vous mille bénédictions, surtout si vous vous confessez comme nous l’avons expliqué plus haut.
— « Je m’expose cependant au danger de commettre quelque sacrilège, vu qu’il faut tant de conditions pour se bien confesser. »
Et si vous vous confessiez rarement, ce danger diminuerait-il? Gomment apprend-on à jouer d’un instrument? est-ce en le touchant une seule fois l’an, ou bien en le maniant fréquemment? Plus souvent vous vous confesserez, plus aussi votre cœur s’habituera a détester ses péchés, et par conséquent à s’en bien confesser.
— « Mon père, c’est un si grand assujettissement. »
Heureux assujettissement, qui vous rend libre pour
toute une éternité, et vous ouvre les portes du paradis!
— « J’éprouve une bien grande difficulté à dire mes péchés ; je ne sais pas m’y résoudre. »
MAXIMES GÉNÉRALES
C'est ici précisément que je vous attendais. Ecoutez une vision qu’eut l’abbé Arsène. Ce saint homme, en traversant une forêt, vit un bûcheron qui coupait du bois; lorsqu’il en eut préparé une charge raisonnable, il essaya de se la mettre sur les épaules; mais comme elle lui parut trop légère, il y ajouta encore du bois, et il en ajouta si bien que malgré ses efforts il ne se trouva plus en état de soulever le fardeau. Le saint s’étonnait de la balourdise de cet homme-là, lorsqu’un ange lui dit que c’était la figure de ceux qui, pour s’épargner la peine qu’ils ont à se confesser, diffèrent tellement que, leur conscience se chargeant de plus en plus, la difficulté enfin surpasse leurs forces.
Vous voyez bien que toutes les excuses qu’on pourrait apporter sont frivoles et sans consistance. Mais, ditesmoi, de grâce : ne l’éprouvez-vous pas vous-même? Quelle joie, quel paradis intérieur, quelle consolation, quelle allégresse ne goûtez-vous pas à la suite d’une bonne confession ! Lorsque vous avez tout dit, que vous avez pleinement vidé votre cœur, ne vous sentez-vous pas comme renaître ? Et qui donc pourrait vivre ici-bas sans ce divin remède à nos maux? Lorsque le prêtre lève la main pour vous absoudre, savez-vous ce qu’il fait? Il verse sur votre tête le sang précieux de Jésus-Christ. Ah! qui donc pourrait dédaigner un baume si salutaire? Ne me parlez plus de vos répugnances, mais soyez avide de ce sang divin, de ce sang adorable. Ah! plût à Dieu que cette soif fût ardente chez toutes les religieuses! c’est alors qu’on arriverait promptement à une grande sainteté; car en réalité quels sont les couvents les plus saints? Ce sont précisément ceux où les sacrements sont le plus fréquentés.
DE PERFECTION RELIGIEUSE
La Communion.
19. Ne vous plaignez pas que j’aie été trop diffus en vous assignant les précautions à prendre pour vous bien confesser, je serai d’autant plus bref en vous entretenant de la sainte communion. Une communion bien faite, disait sainte Marie Madeleine de Pazzi, suffit pour rendre une religieuse sainte ; mais le tout c’est quelle soit bien faite, et pour la bien faire, il faut y apporter un cœur bien préparé.
La première préparation consiste à faire une bonne confession, ainsi que nous l’avons dit précédemment, en outre à se tenir plus recueillie et a s’observer davantage pendant un certain temps avant la communion. Saint Louis de Gonzague s’y préparait de la sorte pendant trois jours, et lorsqu’il devait communier plusieurs jours de suite, une communion lui servait de préparation à l’autre. Agissez de même ; mais surtout tâchez d’avoir une faim ardente de ce pain céleste; vous l’éprouverez indubitablement si vous considérez son excellence et les immenses avantages qu’il procure a votre âme. La bienheureuse Imelda, dès l’âge de onze ans, souffrait cruellement de ne pouvoir communier ; un jour, à la vue de toutes les religieuses au milieu desquelles elle vivait, une hostie vint d’elle-même se placer au-dessus de sa tête, puis descendit dans son cœur. La jeune vierge, au comble de ses vœux, mais trop faible de corps pour contenir son bonheur, ferma les yeux et s’envola au ciel avec son bien-aimé. — Sainte Térèse serait passée à travers une forêt de glaives pour aller communier. Ah! si quelqu’un avait assez de lumière pour connaître la grandeur d’un tel trésor, que ne ferait-il pas pour ne jamais perdre une seule communion, et pour en faire une de plus? Mais savez-
MAXIMES GÉNÉRALES
vous pourquoi vous n’avez pas faim de ce divin Sacrement? C’est que vous avez l’estomac chargé, embarrassé par mille attaches aux créatures. Pureté de cœur, pureté, voila ce qu’il faut, et vous vous sentirez mourir du désir de communier.
Tout cela tient a la préparation éloignée, mais on requiert plus d’attention pour la préparation prochaine. Certaines religieuses font consister toute cette préparation à lire quelques prières dans un livre de piété, ou bien à réciter beaucoup de Pater noster. Suivez mon conseil : récitez les prières vocales avant l’approche de la communion, mais lorsque cet heureux moment est venu, recueillez-vous tout entière en vous-même, et dans l’attitude la plus modeste, réfléchissez à la majesté de celui qui vient à vous, faites des actes de l’humilité la plus profonde, de la douleur la plus vive de vos péchés, et enfin, excitant dans votre cœur un tendre amour pour Jésus, allez le recevoir avec le désir ardent de vous unir intimement à lui. Pour exciter votre dévotion en le recevant, figurezvous que vous recevez des mains de la très-sainte Vierge elle-même son divin Enfant, ou bien que vous communiez des propres mains de Jésus, ou de votre saint patron. Retirez-vous ensuite avec une modestie angélique, et prosternée à genoux, fermez les yeux du corps et ouvrez ceux de l’âme, pour contempler au dedans de vous-même le Créateur du ciel et de la terre ; c’est alors que vous devez ranimer votre foi en croyant fermement que celuilà même qui habita dans le sein de Marie, repose présentement dans votre poitrine. O quelle joie ineffable et quels sentiments délicieux s’élèveront dans votre âme! Demandez-lui d’abord la bénédiction ; puis, sans vous mettre en peine de réciter des prières vocales, demeurez en silence aussi longtemps que le comportera votre dévo-
DE PERFECTION RELIGIEUSE
tion, en vous entretenant intérieurement avec Jésus. Oh! quelle douceur! parler cœur à cœur avec Jésus et sans bruit de paroles; c’est bien la le paradis des âmes pures. Faites-en l’essai, de grâce, faites-en Fessai ; je suis certain que vous vous sentirez tout attendrie, et si ce n’est pas une communion, ce sera l’autre qui vous embrasera de l'amour divin. Sainte Térèse ne voulait pas qu’on se laissât distraire pendant le temps qui suit la communion, parce que, disait-elle, c’est un temps précieux où l’âme s’enrichira de toute sorte de biens.
20. Si vous me demandez quelle doit être la fréquence de vos communions, je vous répéterai ce que j’ai dit au sujet de la confession : je ne puis vous répondre, parce qu’il n’est pas en mon pouvoir de déroger aux usages du monastère. Si j’en avais le pouvoir, je dirais : communiez tous les jours ou presque tous les jours, comme le faisaient les premiers chrétiens qui, au rapport de saint Luc, sortaient de la sainte table tout enflammés du feu de l’amour divin. Mais puisqu’il ne vous est pas permis d’en faire autant, au moins n’omettez aucune des communions que la règle vous accorde, et si vous voulez satisfaire l’ardeur de vos désirs, je vous enseignerai la manière de communier sans dépendre du confesseur : faites souvent la communion spirituelle, et n’en doutez pas, votre cœur en retirera les plus grands fruits. Voici donc comment vous la pratiquerez.
21 . Trois ou quatre fois par jour, et même plus souvent, selon l’attrait que vous en éprouverez, recueillezvous, soit a la chapelle, soit dans votre cellule, soit dans un autre endroit solitaire, et vous mettant en la présence de Dieu, faites un acte de contrition sur tous vos péchés; puis, considérant combien il est heureux d’être uni a Jésus dans le sacrement de son amour, désirez ardem-
MAXIMES GÉNÉRALES
ment qu’il vienne à vous, en disant du fond du cœur : Venez, ô mon Jésus! mon aimable Epoux, venez! — Et tandis que vous lui adressez cette invitation, figurez-vous que votre ange gardien vous apporte l’Hostie sainte pour vous communier ; ouvrez modestement la bouche, recevez-la, et gardez précieusement Jésus au dedans de vous, comme si en effet vous l’aviez reçu ; faites ensuite votre action de grâces, puis retournez à vos occupations toute recueillie et unie à Dieu, comme au sortir de la communion. Si vous pratiquez ce pieux exercice plusieurs fois par jour, je vous donne un mois de temps pour voir votre cœur tout changé. Commencez dès aujourd’hui que vous avez lu ces lignes, mais soyez persévérante.
La dévotion à la sainte Vierge.
22. Savez-vous quel est le canal le plus propre a faire découler sur vous les grâces du ciel? C’est la très-sainte Vierge. Aussi voudrais-je que son nom ne sortît jamais de votre cœur. Je n’ai pas â m’étendre ici sur ce sujet, parce que je vous ai déjà donné un recueil ou sont exposées les plus belles pratiques de dévotion envers cette auguste Reine1. Il contient notamment un exercice de piété en l’honneur des douze étoiles, ou des douze prérogatives dont elle a été enrichie par la très-sainte Trinité, et des pratiques pour tous les temps; il y en a pour chaque heure, pour chaque jour, pour chaque semaine, pour chaque mois, pour chaque année. Lisez-le quelquefois; il servira à secouer votre tiédeur, et vous aidera à en porter d’autres à se consacrer aussi totalement à Marie. Vous retrouverez cet opuscule à la fin de ce livre, afin que
1 Voyez la Voie du Paradis. OËuvres, t. II.
DE PERFECTION RELIGIEUSE
vous ayez toujours sous la main le moyen de payer votre tribut à votre aimable et puissante Souveraine. Sainte Térèse la choisit pour sa mère, et pour supérieure de tous ses monastères, dont elle remettait les clefs entre ses mains. Voudriez-vous vous priver du bonheur de vous choisir aussi une telle mère? A Dieu ne plaise! Dès aujourd’hui allez vous prosterner devant quelque image de Marie ; là, en présence de l’adorable Trinité, de votre ange gardien et de tous vos saints patrons, choisissez-la pour votre mère bien-aimée, et désormais montrez-vous en toute occasion, et par écrit et de vive voix, une véritable enfant de Marie. Voilà la noblesse dont je veux que vous vous glorifiiez en cette vie. Toutes les fois donc qu’on vous demandera votre nom, répondez franchement : « Je m’appelle sœur N. N., fille indigne de Marie, » et si vous écrivez quelque lettre, signez : « N. N., fille indigne de Marie. » Soyez fière d’un si beau nom. Mais prenez garde qu’au nom correspondent les œuvres, et pour cela faites en sorte que votre dévotion envers la très-sainte Vierge soit une dévotion noble, généreuse et constante. Ne vous contentez pas de lui offrir des paroles par vos prières vocales, mais offrez-lui votre cœur par les sentiments les plus purs; pensez souvent à elle, parlez-en avec amour, et faites que tous ceux avec qui vous êtes en rapport deviennent des enfants dévoués de Marie. Surtout n’oubliez pas de vénérer ses images, et de demander sa bénédiction toutes les fois que vous sortez de votre cellule ou que vous y rentrez ; de même quand l’heure sonne, saluez-la par un Ave Maria , la félicitant de çe qu’elle a été conçue sans la tache du péché originel et choisie pour être mère de Dieu.
MAXIMES GÉNÉRALES
Autres dévotions. Prières vocales. Indulgences.
23. Relativement aux autres dévotions ainsi qu’aux devoirs à rendre à vos saints patrons, j’ai a vous recommander de ne pas trop vous charger de pratiques. C’est une erreur commune à beaucoup de religieuses que de vouloir être de toutes les confréries, et prendre tous les saints du paradis pour protecteurs. Quoique la chose soit bonne en elle-même, l’excès nuit, et il n’est pas bon de se mettre à réciter des Pater et des Ave du matin au soir, au détriment parfois de l’office divin et de ce qui est prescrit par la règle, d’autant plus qu’à force de dire des Pater , on n’en dit aucun comme il faut. N’en usez pas de la sorte ; je suis d’avîfe, au contraire, que vous n’assumiez les obligations d’aucune confrérie. Si vous désirez que je vous assigne un nombre convenable de prières vocales, je vous dirai de vous contenter de l’office divin et de ce que votre règle vous trace, et tout au plus de réciter en outre le chapelet des sept-douleurs ou bien la troisième partie du Rosaire, afin de gagner les indulgences qui y sont attachées.
Pour ce qui est de vos saints patrons, formez-en une espèce de Litanie, que vous direz en particulier et avec dévotion, pour implorer leur protection ; par exemple :
Seigneur, ayez pitié de moi, etc.
Sainte Marie, priez pour moi.
Saint Joseph, priez pour moi.
Vous insérez ici les noms de tous vos saints patrons; et en dernier lieu vous dites : Tous les saints et saintes du paradis, intercédez pour moi , et enfin l’oraison : Protégez, Seigneur, votre peuple, etc. De cette manière, vous
DE PERFECTION RELIGIEUSE. 269
pouvez convenablement rendre aux saints vos pieux hommages et réclamer leur assistance.
Bornez-vous donc à ce petit nombre de prières vocales, et tout le reste du temps, consacrez-le 'a l’oraison mentale et à la lecture de livres spirituels; j’entends le temps que vos occupations ou vos devoirs vous laissent libre. Ainsi votre piété ne sera pas une dévotion féminine qui ne dépasse pas le bout des lèvres, mais une piété mâle et solide qui a ses racines dans le cœur.
Je vous recommande cependant de ne pas négliger le trésor des indulgences accordées par divers papes à ceux qui récitent plusieurs fois par jour, devant le saint Sacrement, six Pater, Ave et Gloria; par cette pratique vous gagnerez chaque fois toutes les indulgences attachées aux pèlerinages de Rome, de Jérusalem et de Saint-Jacques en Galice. Elles sont très-nombreuses, puisque, à Rome seulement, dit le père Viva1, jésuite, on peut gagner trentehuit indulgences plénières par jour, et que vous les gagnez toutes chaque fois que vous récitez les six Pater, Ave et Gloria aux intentions du Souverain Pontife. Cette concession faite par Léon X, a été confirmée par Innocent XI et Innocent XII, et, en vertu de la communication des privilèges, elle est commune à tous les religieux. Lorsque vous pouvez ainsi gagner plusieurs indulgences plénières a la fois, vous faites bien de vous en appliquer une a vous-même et les autres aux âmes du purgatoire.
24. Le feu du purgatoire brûle et brûle fort, et vous avez une dette considérable sur la banque de la justice divine. Or, si vous voulez échapper au châtiment et aux souffrances cruelles du purgatoire, faites grand cas des indulgences, et ayez-v beaucoup de confiance. 11 fut
1 Append. indulg. § III.
P. M. Vlli .
MAXIMES GÉNÉRALES
révélé a sainte Térèse qu’une de ses religieuses, qui d’ailleurs n’avait pas paru animée d’un grand esprit de perfection, était allée droit au ciel, grâce à la confiance quelle avait eue dans les indulgences, et de son empressement 'a en profiter. En conséquence, si le saint exercice du Chemin de la Croix a été canoniquement établi dans votre monastère, pratiquez-le tous les jours, et s’il n’y est pas, priez votre supérieur de l’y faire ériger, afin de participer au trésor d’indulgences dont il est enrichi, conformément a la concession faite récemment par notre Saint Père le pape Clément XII, heureusement régnant, par son bref Exponi vobis, du 1 6 janvier 1 731 .
Souvenez-vous, lorsque vous saluez quelqu’une de vos consœurs, ou même une personne séculière, de dire : Loué soit Jésus-Christ , en apprenant aux autres à répondre : A jamais, ou Ainsi soit-il. Vous gagnerez chacune, aussi souvent que vous le ferez, cent jours d’indulgence, en vertu de la concession faite par plusieurs Souverains Pontifes et confirmée par Benoît XIII, le 1 2 janvier \ 728.
§ iv.
CREDENDA, OU Ce qu il faut CROIRE.
Souvenir des maximes éternelles.
25. Cette quatrième parole embrasse une matière un peu étendue, mais fort salutaire et fort substantielle. Combien de religieuses se sanctifieraient si elles étaient armées d’une foi assez vive pour triompher des tentations intérieures et extérieures ! Beaucoup prennent la résolution de commencer une vie sainte ; mais pourquoi au bout de quelques jours retournent-elles en arrière? Savez-
DE PERFECTION RELIGIEUSE
vous le pourquoi? Je vous le dirai : c’est parce que, dans les occasions, elles n’ont pas le courage de se vaincre. Or, je vous présente le bouclier à l’aide duquel vous saurez vaincre et parer les coups de l’ennemi. Ce bouclier, c’est la foi : Resistile fortes in fidey . Entretenez en vous une foi vive touchant les maximes éternelles, et vous changerez bientôt de sentiment sur bien des choses : ce qui vous paraissait bon par le passé, vous apparaîtra comme un grand mal. Faites pénétrer bien avant dans votre cœur le souvenir de la mort qui est plus proche que vous ne pensez, du compte rigoureux que vous aurez à rendre au tribunal de Dieu, de l’éternité qui ne finira jamais; faites souvent de ces grandes vérités le sujet de votre méditation ; de cette manière vous vous désillusionnerez de toutes les apparences trompeuses de cette vie, et vous verrez de quelle énergie, de quelle force se remplira votre cœur. Afin que vous ayez constamment ce souvenir devant les yeux, tracez dans votre cellule, en grands caractères, cette inscription :
Tout finit et finit bientôt ; l’éternité ne finit jamais.
Mépris du respect humain.
26. Vous n’aurez pas moins a faire pour vaincre les tentations du dehors que pour surmonter celles du dedans. Les couvents pour l’ordinaire comprennent deux classes de religieuses, les unes plus libres, les autres plus spirituelles et plus intérieures. Tâchez d’être du nombre de ces dernières, et s’il en résulte que vous ayez quelque plaisanterie a supporter, ce sera l’occasion de faire éclater votre courage. Auriez-vous honte par hasard d’être
1 II Pétri, 5, 2.
272 MAXIMES GÉNÉRALES
une épouse véritable de Jésus-Christ, et de vous montrer telle, même extérieurement? Laissez dire tout ce quon voudra, et contentez-vous du témoignage de votre conscience. Les saints n’ont pas fait autrement : ils se sont déclarés ouvertement les disciples de Jésus-Christ : « Je ne rougis pas de l’Evangile, » disait saint Paul : Non erubesco evangelium* . Soyez courageuse à vaincre le respect humain ; je veux dire que vous ne devez pas, par respect humain, omettre de remplir exactement vos pratiques de piété, de converser avec Dieu, de vous comporter en tout modestement, en vous détachant de quiconque voudrait vous détourner de la perfection. On verra un jour qui aura été le plus sage; ce qu’on qualifie aujourd’hui de bigoterie; même dans les cloîtres, sera reconnu alors pour avoir été le véritable sentier qui mène à la vie.
Pratique de la présence de Dieu.
27. Ne vous contentez pas toutefois de l’écorce extérieure. Solidement appuyée sur les maximes de la foi, tâchez non-seulement d’observer le silence et la régularité au dehors, mais surtout de vivre intérieurement recueillie dans une amoureuse présence de Dieu. Voulez-vous un paradis anticipé sur la terre, et une compagnie sûre pour arriver rapidement à la perfection : marchez en la présence de Dieu ; et que cela ne vous effraie pas, la chose n’est pas aussi difficile que vous le pensez. Je ne prétends pas que vous vous rompiez la tête pour vous représenter Dieu comme un océan immense de lumière, ou que vous vous le figuriez assis sur un trône majestueux entouré de millions d’anges; cela est bon quelquefois, quand vous
1 Rom. 1, 16.
vaquez à l’oraison mentale, mais ne le faites pas continuellement, vous vous épuiseriez la tête. Non; la présence de Dieu doit être douce, sans la moindre fatigue, parce quelle doit consister simplement dans un acte de foi.
Dites-moi, ne vous êtes-vous jamais trouvée dans une chambre au sein de l’obscurité avec une amie, conversant de choses saintes selon vos goûts? Vous ennuyiez-vous à vous entretenir de la sorte sans vous voir? Vous faisiezvous mal à la tête pour penser que vous aviez près de vous votre compagne? Certainement non. Pourquoi n’en usez-vous pas de même avec Dieu, et avec Jésus, votre divin Epoux? Il suffit de croire que vous l’avez constamment à côté de vous ; et, en effet, ce n’est pas une pure imagination mais un article de foi que, comme Dieu, il vous est réellement présent. Avec cette ferme persuasion, sans rechercher le comment ni les autres circonstances de sa présence, conversez avec lui et passez toute la journée dans sa compagnie ; ce sera, croyez-moi, une journée délicieuse, car il est impossible de se tenir près du feu sans en être réchauffé. Sainte Térèse dit que si l’on persévérait pendant une année de cette manière en la présence de Dieu, on se trouverait à la fin de l’année au comble de la perfection sans s’en douter. Et puis, de quelles faveurs Jésus ne vous comblerait-il pas si vous le portiez continuellement avec vous? Elle le savait bien aussi, cette grande sainte. Un jour qu’elle parcourait son monastère, toute recueillie, comme nous venons de le dire, en la présence de Dieu, elle rencontra dans le dortoir un enfant ravissant de quatre à cinq ans. Le sainte étonnée lui demanda qui il était, comment il s’appelait : Penfant lui répondit avec un gracieux sourire : « Ditesmoi d’abord votre nom et puis je vous dirai le mien. — Je m’appelle Térèse de Jésus, dit la sainte. —
Et moi, reprit l’enfant avec une grâce charmante, je m’appelle Jésus de Térèse. » Et à l’instant il disparut. Cette faveur, comme on le pense bien, inonda le cœur de la sainte d’une joie ineffable. Or, si Dieu récompense de la sorte, même en cette vie, celui qui pratique ce recueillement intérieur, de quels biens, de quelle gloire ne le comblera-t-il pas dans l’autre?
28. Je sais ce que vous allez me répondre : il ne vous est pas bien difficile, dites-vous, de vous mettre en la présence de Dieu, mais ce qui vous paraît malaisé c’est de persévérer dans ce saint recueillement une journée tout entière, ne sachant comment vous comporter ni de quoi vous entretenir avec Dieu. — Tâchons donc de vous rendre la chose façile. Reprenons l’exemple déjà proposé : si vous vous trouviez dans une chambre à l’obscurité, avec une compagne, de quoi parleriez-vous ? En trois mots, de choses qui vous intéressent, vous, ou elle, ou d’autres. Eh! pourquoi n’en feriez-vous pas autant avec Jésus? d’autant plus qu’avec lui il n’est pas nécessaire que vous vous serviez de paroles, c’est assez des sentiments de votre cœur dont il connaît le fond. Regardez-le des yeux de la foi, entretenez-vous de lui et de ses grandeurs, et ce qui vous sera plus facile encore, entretenez-le de ce qui vous regarde : demandez la contrition de vos péchés, la grâce du pardon, son assistance pour sortir de vos misères; remerciez-le de ses bienfaits, offrez-vous toute à lui, sollicitez des faveurs pour vous-même et pour les autres ; n’en doutez pas, la matière ne fera jamais défaut à ces délicieux entretiens, surtout si votre cœur est épris d’un véritable amour pour un époux aussi digne que Jésus de le posséder.
DE PERFECTION RELIGIEUSE
Pureté d'intention. — Formule pour offrir ses actions à Dieu.
29. J’entends que vous n êtes point encore pleinement satisfaite. Eh bien ! servez-vous du moyen que je vais vous suggérer ; il consiste à purifier son intention avant chaque action. C’est là un secret qui vous fera faire d’immenses profits sans qu’il vous en coûte. Vous savez que le mérite de vos actions provient surtout de la fin pour laquelle vous agissez, et que plus vous vous proposerez de fins vertueuses dans chacune d’elles, plus vous acquerrez de mérites. Voici donc le moyen de marcher toujours en la présence de Dieu : offrez à Dieu chacune de vos actions pour une bonne fin, ou plutôt en formant une multitude d’intentions vertueuses à la fois ; mais faites cela d’une manière affectueuse, comme si vous conversiez avec lui et qu’il fût là à vous regarder, car en réalité il en est ainsi. Ce n’est pas une fiction, mais une vérité de foi que Dieu est attentif à tout ce que vous faites.
Si de plus vous voulez une manière pratique de former votre intention, et une formule qui exprime en détail toutes les fins que vous pouvez vous proposer dans vos actions, je vais vous satisfaire. De grâce, profitez bien de cet avis, car c’est un des plus importants qui soient contenus dans cet écrit. Un saint solitaire avait coutume, avant de commencer n’importe quoi, de s’arrêter toujours un instant. Un de ses compagnons s’en aperçut et lui en demanda la raison. « Ecoutez bien, mon frère, répondit-il; les œuvres que l’on fait matériellement, sans pureté d’intention, n’ont que peu ou point de valeur ; c’est pourquoi je m’arrête un instant au commencement de chaque action pour la rapporter à Dieu et me proposer une fin vertueuse. » Or, vous ferez la même chose, à commencer dès le matin; et ne vous contentez pas d’une
MAXIMES GÉNÉRALES
seule intention, proposez-vous-en plusieurs, voici comment. Le matin, dès votre réveil, avant de sortir du dortoir, ou aussitôt que vous arrivez au chœur, mettez-vous comme de coutume en la présence de Dieu, en vous prosternant jusqu’à terre pour l’adorer; puis remerciez-le des bienfaits que vous avez reçus, et faites les actes de foi, d’espérance, de charité et de contrition. Je ne donne pas ici ces actes tout au long, parce que je suppose que vous les connaissez ; je les ai déjà imprimés ailleurs, et je les reproduirai, pour plus de commodité, à la fin de ce Manuel. En dernier lieu, faites à Dieu l’offrande de toutes vos actions, selon la formule suivante :