‹ Chemin de Lévis et Kennebec [microforme]Chapitre 10 sur 16 · LES PROJETS DE M. REED · texte numérisé non relu

LES PROJETS DE M. REED

En examinant attentivement la manière d'agir de M. Reed, on arrive nécessairement à la conclusion évidente que toutes ses transactions avec la compagnie du chemin de fer de Lévis et Kennebec ont été faites dans le but bien arrêté d'arriver à s'emparer de cette entreprise. Comme mon ex-associé passe cette “importante considération sous silence, je vais remédier à son omission en exprimant sans réticence les raisons qui me font accepter cette opinion comme bien fondée.

Dans la convention, rédigée par M. Reed lui-même, passée entre lui et la compagnie, M. Reed figure comme acquéreur des débenturc dont il ne s'engage à rendre compte à la compagnie qu'£u taux de 55/00 ou cinquante-cinq louis par débenture de cent louis, tandis que dans la procuration qu'il s’est fait donner par la compagnie pour l’autoriser à négocier ces mêmes débenture, il ne figure que comme agent. Or comment concilier la teneur de ces deux documents ? S'il est acquéreur des dében. 1. tures à 55/00, ainsi que l’atteste la convention, comment peut-il

. être agent de la compagnie nour, au nom de cette dernière, se vendre ces mêmes débentures ? C’est pourtant ce que compor- *. tent ces docurents, et à moins de supposer chez lui une ignorance compiète des affaires, il faut bien admettre que M. Reed s’est fait, à dessein, donner ces deux documents contradictoires, Voyons pourquoi.

Comme acquéreur des débentures à prix fixe, M. Reed avait grande chance de ré 'iser de beaux profits, s’élévant à $97,200 en -. à supposant qu'il les vendit seulement à 11/00 au-dessus du prix convenu ; ans ce cas, il s'en fût tenu à son titre d’acquéreur et É - eût gaiement empoché ses profits au Aétriment de la compagnie et des entrepreneurs, qui avaient accepté les débentures en paie. ment. Dans le cas contraire, il s’en fût tenn à son titre de procureur, laissant à ia compagnie et aux entrepreneurs 1 s pertes se rattachant à ls négociation des débentures.

En même temps M. Reed obligeait la compagnie à résilier le

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bail du chemin qu’elle avait consenti à Larochelle & Scott et à lui substituer un contrat à prix fixe pour la confection des travaux. M. Reed rédigea lui-même ce contrat, dont le troisième articl* stipule que la compagnie païera aux entrepreneurs £3,300 en débentures et $32,C18 en actious libérées, pour chaque mille de chemin construit, plus toutes les subventions du gouvernement et des municipalités. Comme on le voit, cet article mettait entièrement la compagnie et les entrepreneurs à la merci de M. Reed, qui avait les débentures en sa possession à titre d’acquéreur et il ne lui restait plus qu'à préparer les circonstances pour s'emparer de tout à vil prix.

C’est exactement ce qu'il fit. Après s'être engagé, ainsi que M. Scott le constate à la page 11 de sa brochure, à ‘“ faire les avances requises” pour construire les quinze milles de chemin

‘entre Ste. Marie et St. Joseph, il ne remplit pas-cet engagement

et mit par là même les entrepreneurs en banqueroute, ainsi que je l’ai déjà démontré. Le coup était monté et il ne fallait plus qu'un tour de main pour faire réussir tout le projet. M. Reed vint donc au Canada pour accomplir cette besogne et recueillir la riche moisson de profits et de dépouilles qu'il ayait préparée. Ce voyage avait un double but, qui devait aboutir au même résultat pour M. Reed: 1° ou de forcer le gouvernement et les r:unicipalités à augmenter leurs subventions, et alors il empocherait la plus value que cette augmentation de souscription donneait aux débentures qu’il avait à prix fixe ; 2° cu, ce projet ne réussissant pas, il prendrait la compagnic et les entrepreneurs par lafamine, mettrait par là même ces derniers en banqueroute et alors s’emparerait de toute l'entreprise pour le montant comparativement minime de ses avances. Aussi, presqu'immédiatement après son arrivée, il déclara ne plus vouloir faire d’avances à moins que l’ultimatum suivant fût accepté :

“1° Que le gouvernement augmentât coasidérablement sa subvention ;

“#4 Que !:s municipalités prissent quelgu’intérêt dans l’entreprise et accordassent un certain montant de subvention ;

«8° Qu'on lni assurât que les lignes américaines devant faire correspondance avec le chemin de fer de Lévis et Kennebec, à la ligne frontière, seraieat construites jusque-là quand ce dernier chemin serait terminé.”

Cette dernière condition est téliement impossible, tellement

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impraticable, qu’elle prouve à l'évidence que M. Reed ne posait cette ultimatum que pour cacher son jeu et se tirer d'affaire par la tangente. Comment la compagnie du chemin de Lévis et Kennebec, qui ne pouvait pas même finir son propre chemin, pouvait-elle assurer à M. Reed le parachèvement des lignes américaines ? Evidemment cette preposition n’était qu'un leurre mal déguisé !

Cet ultimatum étant repoussé comme il devait l'être, M. Reed soumit à la compagne nn autre projet pareïllement impraticable et inacceptable et que M. Scott rés :me ainsi à la page 17 de sa brochure :

“1° Pour garantir le paiement de l'intérêt sur les premiers £100,000 de débentures (auquel les recettes du traîfic actuel ne peuvent aucunement contribuer) il proposa de venir.en aide à la contruction du Québec-Central, à partir de son terminus actuel à Weedon, sur un parcours d'environ 45 milles, pour l’amener au point de correspondance avec le chemin de Lévis et Kennebec; à Scott’s Junction, et il considérait que l'augmentation de traffic qu’on assurait par là suffirait amplement au service de l'intérêt requis, savoir : £7,006 par année.

#9 Que le gouvernement consentit à ce que la subvention à laquelle la compagnie du chemi de fer de Lévis et Kennebec a droit pour la partie non achevée de sa ligne, subvention ne s’élevant qu'à environ $60,000 (déduction faite du montant de cette subvention transporté en garantie aux porteurs de débentures) fût appliquée au Québec-Central, cette dernière compagnie donnant en garantie collatérale ses débentures à leur valeur courante et devant rembourser ces avances aussitôt que les débentures seraient vendues.”

Ces conditions, c’est clair, étaient pour le moins aussi inacceptables que le premier ultimatum de M. Reed, puisque leur acceptation était nécessairement le coup de mort du chemin de Lévis et Kennebec. S'il faut deux subventions du gouvernement pour construire le Québec-Central, chemin qui, d'après M. Scott, a des souscriptions municipales et individuelles beaucoup plus considérables que celles du chemin de Lévis et Kennebec, il est évident que Ja construction de cette dernière ligne n'aurait jamais pu être coutinuée si on lui eût enlevé la subvention du gouvérnement, ainsi que le demandait M. Reed.. En d’autres termes, il est clair que sil fallait deux subventions réunies pour construire

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