LES MOTIFS DE SCOTT
La conduite de mon ex-associé au sujet du chemin de Levis & Kennebec a été si singulière depuis l'automne dernier, qu’il est nécessaire de faire connaitre au public les raisons qui l’expliquent. On est étonné de voir l’un des entrepreneurs se donner tant de trouble pour empêcher la continuation de cette entreprise et méconnaître même les intérêts de ses créanciers pour arriver à un résultat qui apparemment devait être nul et même dommageable pour lui, surtout quand toutes ses démarches ont pour but de faire réussir les projets d’un homme dont les intérêts sont opposés à ceux d’une entreprise que M. Scott devrait avoir à cœur de faire réussir ? Eh bien ! je puis l’affirmer sans crainte, le seul motif qui le fasse agir, c’est l'intérêt personel.
Du moment que la position que je lui avais faite lui eut donné une certaine importance, M. Scott ne visa qu'à s'en servir pour m'éliminer de l’entreprise, se servant pour cela des connaissances qu'il avait faites en Angleterre, comme agent de la compaguie, Dès qu'il fut revenu de son second voyage à Londres, il me soumit une proposition captieuse en vertu de laquelle l’un de nous devait se retirer de la société Larochelle & Scott. Voyant bien qu'il n’était pas sincère, mais voulait tout simplement me tendre un piège au moyen duquel il s’efforçait de faire passer l’entreprise aux mains de ses amis d'Angleterre, j'acceptai la proposition qu'il me fit et lui offris de me retirer de la société aux conditions qu’il demandait lui-même pour en sortir et tout m'abandonner. M. Scott n’a pas accepté cette offre de ma part, ce qui prouve bien qu’il n'était pas sincère en la provoquant.
Je compris de suite que j'étais trahi et livré par mon associé et je le déclarai à M. Bossé, mon ami personnel. Puis il était si clair, si évident que M. Scott voulait m’éliminer pour partager mes dépouilles et celles de la rompagnie avec ses amis d'Angle. terre, que plusieurs personnes m'en avertirent et me signalèrent les airs d'importance et les manières d’autocrate qu'il s'arrogeais : il s'occupait évidemment beaucoup plus des intérêts des capitalistes anglais que de ceux de la société Larochelle & Scott et de l’entreprise.
J'eus bientôt occasion de constater que les soupçons que faisait naître la singulière conduite de M. Scott étaient bien fondés, A différentes reprises, 1l reçut plusieurs mille piastres des capitalistes anglais pour payer ses dettes personnelles, Or si généreux qu'on les suppose, il est bien difficile de croire qu'ils fissent sans considéralion ces prêts à M. Scott qu'ils connaissaient à peine et qu'ils savaient incapable, personnellement, de leur rembourser ces avances. Il y avait là quelque chose de mystérieux et, dans tous les cas, de très inconvenant de la part de M. Scott. Il représentait la compagnie et les entrepreneurs, c’est lui qui était plus spécialement chargé des négociations avec les"capitalistes anglais, dont les intérêts étaient à l'encontre de ceux de la compagnie et des entrepreneurs.
Après cela il ne faut pas s'étonner que M. Scott se soit fait l'instrument des capitalistes qui lui avaient prêté si libéralement et l’instigateur de toutes les misères qui ont été depuis suscitées à la compagnie dans le but évidert de ruiner l’entreprise et de la faire passer aux mains de M. Reed; il ne faut pas s'étonner de voir M. Scott transporter pour #600,000 de stock à M. Reed sans considération aucune, ainsi qu’il l’a déclaré sous serment dans son témoignage, sans s'occuper le moins du monde des justes réclamations de ses créanciers !.....
Au reste, que M. Scott fût l’'humble serviteur de M. Reed, j'en ai eu la preuve incontestable. Quand M. Reed, l'automne dernier, voulut nous décider à lui faire le transport des $911,150 de stock que nous possédions dans le capital de la compagnie, je m'opposai formellement à cette proposition qui avait pour but 1° de spolier nos créanciers et 2° de donner le contrôle exclusif de l’entreprise à M. Reed, que cette opposition fit entrer dans un accès de colère.….inexplicable. Or dans le cours des discussions soulevées par cette opposition, au lieu de me prêter main forte et de soutenir la position que j'avais prise, M. Scott s’est abaissé jusqu’à baiser la main de son ami M. Reed, qui voulait nous ruiner et ruiner l’entreprise que nous étions chargés de mencr à bonne Ga! Ce petit détail m'en a appris plus que tout le reste sur les relations de M. Scott avec M. Reed. Si débonnaire qu’un homme puisse être, il est des bornes où la nature digne se trouve et je ne comprends pas qu’on puisse baiser la main d’un homme qui veut nous dépouiller etcommettre une injustice inqualifiable, sans être attaché à lui par les liens qui attachent l'esclave ou le serviteur à son maître.
M. Scott n’a jamais vu autre chose qu'une affaire d'exploitation dans le chemin de Lévis et Kennebec. Quand je lui ai fait connaitre mes projets pour relever cette entreprise, il s'est contenté de me répondre que cela lui paraissait bien et lui créerait une position: that will make me a berth et toute son occupation depuis a été de la faire aussi bonne et aussi lucrative que possible, cette position, Il m'a exploité tant que je Jui ai été nécessaire pour arriver à son but et alors il m'a trahi pour exploiter ses amis les capitalistes anglais, tout en sacrifiant les intérêts de la belle entreprise qui l'a fait sortir de la pénible position dans laquelle il se trouvait quand je lai pris pour associé en 1872.
M. Reed a-t-l promis une somme fixe ou une part dans Îles profits à M. Scott, je ne saurais le dire positivement ; mais il est impossible de douter qu'il ne l'ait intéressé d’une manière ou d'une autre, à moins de supposer que M. Scott ait perdu la raison, Voici un homme qui entreprend de mener une entreprise à bonne fin et qui est grandement intéressé à ce qu'elle réussisse ; il vient en contact avec un autre qui veut ruiner cette entreprise et l'empêcher de réussir et le premier, M. Scott, se fait son instrument, l'instigateur de toutes les chicanes, de toutes les misères que M. Reed suscite pour faire manquer cette entreprise et ruiner tous ceux qui sont intéressés comme Scott à son succès.
Eh bien! je le demande à tout homme sensé : est-il possible de ne pas croire que M, Scott ne s'est ainsi fait l'instrument de M. Reed que parcequ'il était personnellement intéressé à agir de la sorte ? Non, assurément, Et quoiqu'il dise ou qu'il fasse, M, Scott ne réussira jamais à se disculper du tort qu'il a eu de s’allier à ceux qui voulaient ruiner l'entreprise du chemin Lévis et Kennebee et de se faire linstigateur, l'instrument de toutes leurs
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manœuvres au lieu de les combattre comme en justice et en honneur il était tenu de le faire. Jamais M. Scott ne pourra empêcher le public de eroire que pour trahir son associé, travailler à la ruine d'uae entreprise qu'il était tenu de fairé réussir et méconnaitre les justes réclamations de ses créanciers canadiens, jamais, dis-je, M. Scott ne pourra empêcher le public de.croire que ce sont les belles promesses de M. Reed et l'intérêt personnel qui l'ont porté à tenir cette singulière conduite, que par décense je m'obstiens de qualifier. L'intérêt personnel. tel est le mot de l'énigme et le motif de la conduite si extraordinaire de mon exassocié,