MA VERSION
Après avoir fait connaitre les erreurs qui fourmillent dans la brochure de M. Scott, les projets de M..Reed et les motifs quiont porté mon ex-associé à suivre la ligne de conduite qu'il a tenue, il est peut-être à propos Ge fournir au public certains renseigne. ments qui le mettront en lieu de pouvoir mieux juger Ja position dans laquelle se trouve l’entreprise et le rôle que j'ai joué dans toute cette affaire. C’est ce que je me propose de faire dans les pages qui suivent. La tâche est d'autant plus délicate pour moi que je suis obligé, pour présenter les faits tels qu'ils sont, de parler un peu de moi, puisqu'avant d’être devenu entrepreneur du chemin j'ai été un des promoteurs de cette entreprise.
Les premières démarches pour assurer la construction d’un chemin de fer reliant la riche contrée de Beauce à ville de Lévis remontent à 1845. À cette époque, il fut tenu une assemblée des principaux citoyens du district pour aviser aux moyens de mener ce projet à bonne fin. Mon père fut un de ceux qui soccupèrent le plus de la réussite de ce projet, qui resta à l'état embryonnaire. L'’impulsion donnée par le gouvernement local à l'établissement des chemins de fer en 1868 et 1869, fit renaître le projet de 1845. Tous les hommes s'occupant de l'avenir du district de Beauce, voulurent lui procurer les avantages que donnent toujours à un district éloigné des grands centres les communications par voie ferrée. L'Hon. M. Blanchet, alors député de Lévis et orateur de l'assemblée législative, se mit à la tête du mouvement et je dois dire en justice pour moi-même e4 pour le district que je représente, que je fis tout en mon pouvoir pour seconder ses efforts, en chambre et auprès du gouvernement comme dans le bureau de direction de la compagnie dont Je fa; sais partie.
La compagnie fut incorporée en 1869. Les ressources dont elle [æ) pouvait disposer pour assurer l'exécution de son entreprise étant fort limitées, il fut décidé de commencer par un chemin à lisses ul de bois, moins dispendieux qu'un chemin de fer. Malgré les difficultés qu’on suscita aux promoteurs de cette entreprise, les directeurs parvinrent à trouver les ressources requises pour la
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commencer. La ville de Lévis souscrivit généreusement $50,000 et plusieurs citoyens de St. Anselme s'engagèrent à fournir $12,000,
En effet, c'est bien à tort que M. Scott mentionne la souscription de St. Anselme comme souscription municipale. Il est bien vrai que la souscriptions est au nom de la municipalité, ce qui fut fait pour donner plus d'élan à l'entreprise, mais elle a été payée par des particuliers au nombre desquels je figure pour $4,000 que j'ai payés.
Quoiqu'il en soit, ces ressources permirent à la compagnie de passer, en 1870, contrat avec M. Hulbert pour la construction de cinquante milles d'un chemin à lisses de bois devant relier Lévis à St. François de Beauce, à raison de $6,(00 par mille. Les terrassements furent commencés le printemps suivant et continués sans difficulté jusqu'à St. Henri. Mais à partir de là les propriétaires ne voulaient plus vendre leurs terrains à la compagnie qu’au comptant ; celle-ci n'ayant pas les ressources voulues pour payer ce droit de passage de suite et les ouvrages de terrassement se trouvant arrêtés par le fait même, je réussis à transiger avec les propriétaires en leur donnant mon billet personnel et procurai ainsi le droit de passage à la compagnie de St. Henri à Ste. Marie. Cela permit à M. Hulbert de pousser les terrassements jusqu'à cette dernière localité.
Il n’en fit pas davantage. Ayant déjà reçu en paiement des ouvrages faits toutes les ressources, argent et débentures, que possédait la compagnie, il refusa de continuer les travaux, parceque la compagnie n'avait plus les moyens ni de le payer comptant ni de lui en garantir le paiement d’une manière positive,
La compagnie se trouvait dans une position critique, dépourvue de ressources et incapable de continuer son entreprise. C’est alors que je résolus de la tirer d'embarras et d'entreprendre moimême la construction du chemin, abandonnée virtuellement par M. Hulibert. Deux considérations m'inspirèrent cette résolution : 1° le désir que j'avais de voir réussir cette entreprise si avantageuse pour le district de Beauce ; 2° l'espoir de parvenir à toucher les six mille piastres dont j'étais personnellement responsable pour le droit de passage que la compagnie ne pouvait pas me payer. Il me vint à l'esprit que si la compagnie avait les traverses et autres bois requis pour complèter les vingt-sept milles de chemin dont les remblais étaient presque terminés et les mettre en état de recevoir la pose des lisses, je pourrais induire les capi-
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talistes, sur la garantie des travaux faits et de ces bois, à faire les avances de fonds requises pour terminer ces vingt-sept milles et les livrer au trafic.
Je communiquai ce projet au bureau des directeurs, dont je faisais partie et il fut approuvé. Comme directeur, je ne pouvais devenir Fentrepreneur de la compagnie : il me fallait donc trouver une personne au nom de laquelle le contrat de M. Hulbert me serait transporté. Je songeai de suite à M. Scott, qui avait été l'employé de M. Hulbert et qui se trouvait alors sans emploi. Je savais que ce monsieur n'avait aucun moyen, mais je n'avais pas besoin de cela, attendu que je comptais exclusivement sur mes propres ressources et le crédit dont je jouissais pour exécuter le contrat de la fourniture des bois, au montant de vingt-cinq à trer ‘e mille piastres. D'ailleurs, dans l'espérance que tout le projet réussirait, je prévoyais que j'aurais à négocier avec des capitalistes anglais et trouvais à propos de m'adjoindre un anglais, croyant que ce serait un moyen comme un autre d'assurer le succès de mes négociations en Angleterre. Je rris donc M. Scott pour associé, après lui avoir fait connaitre mes projets, qu’il approuva entièrement.
M Hulbert nous accorda de suite le contrat pour la 1ourniture des bois ; mais comme je l'ai dit ailleurs, je ne comptais aucunement sur lui pour le paiement du prix de ce contrat ; je voulais tout simplement arriver par ce moyen à me faire céder le contrat pour la construction du chemin, ce qui fut fait. Je sortis alors du bureau des directeurs et entrai régulièrement en société‘avec M. Scoit, au nom duquel j'avais agi jusque-là, pour accepter le transport du contrat de M. Hulbert, qui nous fut signé en janvier 1873. Comme la compagnie n'avait pas autre chose à nous donner en paiement, elle nous céda les profits, pour une période de vingt ans, de l'exploitation des premiers trente milles de son chemin qu’elle nous loua. Ce bail fut subséquemiment étendu à toute la ligne pour quatre vingt-dix-neuf ans.
Convaineus qu'un chemin à lisses de bois ne pourrait pas être tenu en opération ni avantageusement exploité, nous résolumes de faire un chemin à lisses de fer. Ayant préparé un prospectus pour faire connaître l’entreprise aux capitalistes, il fut décidé que M. Scott se rendrait en Angleterre pour trouver les fonds dont nous avions besoin. Je lui procurai des lettres de présentation de plusieurs citoyens de Québec bien connus en Angleterre et vendis une de mes propriétés pour réaliser les $1000.00 que je
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lui donnai pour payerses frais de voyage. En arrivant à Liverpool il se prés nta chez M. Cunningham, courtier, auprès duquel il avait une iettre de recommandation de T. H. Grant, Ecr.
M. Scott ne pit réussir à rien après quatre mois de séjour en Angleterre et revint au Canada les mains vides, lais.ant à M: Cunningham le soin de négocier pour nous. .
Ayant peu d'espérance de réussir en Angleterre, force nous fut de tenter fortune any Etats-Unis: Grâce à M. Ilulbert, qui se fit notre agent, nous püimes nous procurer, à New-York, six cenis tonnes de lisses et une locomotive, Quand M. Hulbert eut tout fait, je me rendis à New-York aves M. Scott pour signer les papiers requis. J'empruntui $4000 de M. le juge Bossé pour payer le transport et la pose de ces lisses, avec lesquelles six milles de chemin furent terminés.
Dans le mois d'octobre 1873, M. Scott se rendit en Angleterre à la demande de M. Cunningham quile présenta à M. Reed, lequel nous avança peu après quinze cents louis sterling et s'engagea à négocier les débentures de la première série, £100,000, à 55/00 et'aux conditions que M. Neott inmentionne dans sa brochure- Cette transaction nous ;.:rmit de finir la ligne jusqu'à Ste. Marie.
Remarquons en passant que M. Reed mit pour eundition à ses transactions ayec ML, Seoit, représentant la compagnie, la résiliation du buil en vertu duquel nous avions l'exploitation du chemin et la substitution à ce bail d’un contrat pour la construc
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$32,000 en stock par mille.
tion de la ligne à £3,300 sterling en débentures et plus de
En 1875, M. Scott passa de nouveau on Angleterre pour trouver les capitaux nécessaires à la construction des quinze milles de chemin entre Ste Marie et Nt. Joseph. Il était autorisé par la compagnie à négocier les déhentures de la deuxième série. M: Reed acquiesça à ses propositions et s'engagea à nous fournir sur a garantie de ces débentures, dont il devait rendre compte à 6500, les fonds dont nous avions besoin. L'argent et les lisses tardèrent tellement à venir qu'il nous füt impossible de finir les quinze milles de chemin cette année là. Comptant bien avoir le tout plus tôt, nous avions poussé les travaux avec vigueur et contracté des obligations qu'il! nous fut imposible de remplir en conséquence des retards de M. Reed. Comme je l'ai dit ailleurs, c'est de là que date notre insolvabilité, qui provient exclusivementde la négligence de M. Reed à nous fournir & temps les avances qu'il s'étatengagé à nous faire.
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Pendant que cette négligence nons ruinait et nous faisait perdre notre crédit, M. Scott me proposa de dissoudre notre Société et que l’un de nous cédât ses droits à l’autre qui resierait en possession de tout, ajoutant qu'il avait rencontré des amis riches qui étaient disposés à se joindre à lui. J'acceptai sa proposition et lui offris de me retirer aux conditions qu'il demandait lui-même pour sortir de la société, ce qu'il n’acceptajras.
Cette proposition pour le moins singulière et le zèle que mettait M. Scott à excuser les retards et la négligence de M. Reed à nous transmettre les avances qu'il s'était engagé à nous faire, firent naître chez moi des soupçons qui se transformèrent bientot en conviction. Ainsi que tous mes amis me l’observaient, je vis que j'étais trahi par M. Scott, qui voulait m'éliminer et s'emparer de toute l’entreprise pour les capitalistes anglais. Je voyais clairement qu'il était bien plus leur agent que mon associé et les milliers de piastres qu'il recevait de temps à autre de M. Cunningham me donnaient suflissamment à comprendre ce que je devais attendre de mon associé.
Je me préparai donc à la lutte, qui ne se fit pas longtemps attendre. Sous prétexte qu'il ne pouvait pas négocier les débenqu'il avait achetées, puisqu'il les avait en sa possession, M. Reed nous informa qu'il ne pouvait plusnous faire aucune avance de fonds et vint à Québec pour règler ses affaires avec nous et la compagnie. 4 la première entrevue que j'eus avec lui, je constatai que soa but bien arrêté était de s'emparer de l’entreprise et que M. Scott travaillait de concert avec lui pour m'éli” miner et faire réussir ce projet.
Il nous demanda de suite de lui transporter les $911,150 de stock-—actions libérées—que nous avions, afin de s'assurer par le vote que comportaient ces actions du contrôle de l'élection des directeurs et de faire élire des hommes qui acquiesceraient à ses désirs. Je m'opposai formellement à cette proposition, tandis que M. Scott l’accepta et fit toute en son pouvoir pour m’amener à l’accepter pareillement,
Si je n’eusse consulté que mon intérêt personnel, il est évident que j'aurais acquiescé aux désirs de M. Reed qui m'ofirait personnellement des conditions avantageuses ; mais je préférai faire le sacrifice de mes intérêts pour sauvegarder ceux de l’entreprise et de nos créanciers canadiens, que le projet de M. Reed avait pour résultat inévitable de spolier. Je savais que la construction du chemin pouvait être continuée, qu’il était possible de payer
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