DÉGRADATIONS PROVENANT DE L'INTÉRIEUR DBS TALUS
Quand les causes de dégradations des talus viennent de l'intérieur du massif le mal est beaucoup plus grave, car alors des masses énormes de terre se détachent des talus, tombent sur la voie en entraînant à leur suite de nouvelles masses et constituent ainsi de véritables éboulements qu*il s'agit de relever quand on n'a pas su les prévenir.
Ces causes proviennent toujours * de la présence de Peau et presque toujours de celle de l'argile ou glaise, dont la propriété la plus caractéristique est l'imperméabilité.
L'argile ne laisse pas filtrer l'eau à travers ses molécule> mais, néanmoins, s'en laisse imbibera la longue et la retient mAme avec obstination. A l'état de sécheresse l'argile atteint une très grande dureté et présente une grande cohésion permettant de résister à un effort considérable ; mais, mise au contact de l'eau, elle s'en imbibe, peu à peu, au point de devenir molle et fluente et de ne plus se maintenir elle-même.
Les éboulements se produisent donc à peu près toujours par suite de l'existence de bancs d'argile ou de terre plus ou moins argileuse entre des bancs perméables ou au-dessous de ceux-ci. Le banc argileux retient les eaux qui lui arrivent par infiltration à travers les couches perméables supérieures; il s'en imprègne d'autant plus facilement que la couche dr* glaise mise à nu sur une tranche, par exemple par l'ouver-
1 M. CoucBB, Traité sur la voie et le matériel roulant dee chemins de fer.
tuiTB d'une Iranchf'^e, se trouve exposée à raction des agents atmosphériques et sous leur influence se rétracte, se gonfle, se gerce ou se fendille, ce qui constitue autant de petits canaux qui favorisent Fimbibition du massif. C'est alors que l'argile se ramollit, glisse et tombe, entraînant avec elle les masses avoisinantes et le terrain supérieur auquel elle servait de soutien.
Cet effet se produit généralement après les gelées. La congélation des parements de la tranchée sur une certaine éf>aisseur arr^He, en effet, l'écoulement des eaux à la surface, les retenant à l'intérieur du massif et les mettant ainsi en rontact avec les couches argileuses qu'elles détrempent. Tant que la gelée persiste, elle soutient le massif; mais, au moment du dégel, Tappui venant à manquer, il survient alors un éboulement.
Méthode de M. de Sazilly. — Parmi les ingénieurs qui se sont le plus particulièrement occupés de cette question, nous citerons M. de Sazilly qui, dans un intéressant article publié dans les Annales des Ponts et Chaussées de i>551 , a fait Fexposé d'une méthode qui porte son nom, et dont les applications, variées, du reste suivant les cas, ont toujours donné les meilleurs résultats.
Son système consiste à :
!• Protéger la tranche argileuse de la surface des talus rontre l'action destructive des agents atmosphériques, notamment contre celle de l'eau, de la gelée et de la sécheresse;
2** Faciliter l'écoulement permanent des eaux d'infiltration provenant des couches supérieures, ou des bancs de suintement, de façon à empêcher l'imbibition du banc argileux.
On préserve les talus des influences extérieures au moyen d'un revêtement en terre végétale pilonnée, d'au moins 25 à 30 centimètres d'épaisseur, relié par des redans au massif inférieur [fig. 65).
Pour assurer l'écoulement des eaux d'infiltration du massif supérieur, on établit à la limite séparative de la couche argileuse et du terrain perméable, limite indiquée presque toujours sur le talus par ua banc de suintement, une rigole
formée d'une enveloppe de maçonnerie de briques, ou d'un simple radier en béton rempli de pierres formant drain, et appelé pierrée, que Ton recouvre de pierres placées à plat ou de gazons pour empêcher la terre rapportée de pénétrer dans les pierres et obstruer le fonctionnement de ce drain.
Le fond de cette rigole est dressé légèrement en cuvette, suivant autant que possible les inflexions du banc de suintement, en se tenant à peu près à 25 centimètres en contre-bas de celui-ci, d'après une pente de 3 à 4 cenli-
FiG. 65.
mètres par mètre pour aboutir, soit par une ouverture pratiquée dans le talus, tous les 20 mètres au moins, dans une descente maçonnée conduisant les eaux dans le fossé, soit dans un collecteur formé d'un drain semblable au précédent ou d'un tuyau en poterie, entouré d'un manchon de pierrailles d'au moins 20 centimètres d'épaisseur, amenant le> eaux dans des barbacanes ménagées dans la maçonnerie du fossé {fig. 66).
On peut parfois rencontrer plusieurs bancs de suintement; on établit alors en face de chacun d'eux une pierrée que roii fait déboucher comme précédemment dans la descente ou que l'on amène dans le collecteur.
Les applications du procédé de Saziliy sont aussi variées que les cas qui peuvent se présenter : les indiquer toutes est impossible ; il suffit de se bien pénétrer du principe qui consiste à maintenir et surtout à faciliter le fonctionnement du
CntB de Ja wanchée
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banc de suintement ou en établir un artificiel quand celuici est obstrué ou mai déterminé.
Eo plusieurs circonstances nous avons eu recours à une variante de ce procédé qui nous a toujours réussi.
Ebonlemant proTonant de robstraction de la couche filtranta. — Le profil ci-après (fig, 67) représente un éboulement survenu dans le talus AB d'une tranchée, par suite de Tobstruction du banc de suintement formé par la couche de sablon situé à la partie inférieure. La surface du talus située en face de cette couche en A s'est dégradée et désagrégée peu à peu sous Tinfluence des agents atmosphériques et a été remplacée par de la terre plus ou moins argileuse qui, en durcissant, a arrêté le pouvoir filtrant de cette couche. La surface des couches supérieures s'est crevassée pendant la sécheresse; les gerçures ont facilité la pénétration des eaux de pluie dans les couches inférieures qui, se ramollissant peu à peu et perdant leur cohésion, ont fini par se détacher du
massif suivant le plan de glissement g, entraînant dans leur chute les masses voisines.
On a fait enlever alors toutes les terres en mouvement el même un peu du terrain solide suivant ahcdef, en réglant à
PLATEFOhME
environ 10 cenlimètres par mètre la pente générale de la partie 6c ; on a ouvert ensuite à i"»,50 ou 2 mètres en arrière du fossé, sur tonte la longueur de Téboulement, une petite tranchée latérale de O^jiO de largeur en plafond, 0™,70 en gueule et O^'jSO de profondeur que Ton a remplie de pierres arrangées à la main sur un radier formé d'une couche de béton ou de pierres posées à plat {fig. 68).
Collecteur latéral au fossé n^a..
On a donné à cette rigole une pente suffisante pour amener les eaux dans le fossé au moyen de barbacanes ménagées à cet effet tous les 3 mètres environ.
On a posé ensuite en abc une couche de gravier pur de 0",25 d'épaisseur sur laquelle on a rapporté de la terre végétale pilonnée avec soin par couche de 20 à 25 centimètres et que Ton a montée ensuite jusqu'en f au moyen des redans rf eie destinés à faciliter la liaison avec le massif intérieur.
Mais il arrive parfois que la séparation des bancs porméables et des bancs argileux n'est pas parfaitemont établie, c'est-à-dire que le banc de suintement n'est pas nettement déterminé; parfois aussi ce dernier ne présente pas toujours une pente favorable à Fécoulcment qu'on lui a préparé à la surface, et, d'autre part, la courlio argileuse* pou! s'ôlovor
CONSÏKUCTION
jusqu'au sommet de la tranchée. Dans ces cas lappli cation du procédé de Sazilly devient très difficile, sinon impossible.
Drainage. — On a recours alors à un drainage spécial exécuté au moyen de pierres sèches ou de tuyaux ou même avec les deux procédés réunis.
Ce drainage coupe et traverse les difîérents bancs de suintement et les assèche, quelle que soit leur situation ou leur direction. Les drains sont amenés dans un collecteur placé en contre-bas du fossé ou de la plateforme et débouchant luimême en dehors de la tranchée.
Ces drainages sont d'autant plus efficaces qu'ils sont plus nombreux et établis plus profondément dans le sens perpendiculaire au plan du talus.
Différents systèmes de consolidations. — Système Ledru. — De nombreuses applications du drainage ont été faites sur la ligne de Mulhouse, par M. Ledru, alors directeur de la construction du chemin de fer de TEst. Son système consistait à établir perpendiculairement aux talus, soit d'après la
Plan