CHAPITRE XIV CAISSE
§ 1. — Voitures à voyageurs.
Types de voitures. — Los dispositions de la caisse des voitures à voyageurs se rapportent à deux types distir.cts, le système américain et le système anglais.
Dans le système américain, les vnitures, très allongées, sont à circulation centrale et communiquent entre elles par des plates-formes ; on peut circuler d'une extrémité du train à l'autre.
Dans le systènre anglais, chaque voiture est divisée en compartiments dans lesquels on jiénètre par des jiortières latérales.
C'est ce dernier système qui était presque exclusivement appliqué en France et même en Europe jusqu'à ces dernières années. Mais, depuis quelque temps, le système américain est entré dans la pratique courante des Compagnies : la plui)art des trains express ou rapides sont composés aujourd'hui de voitures à intercirculation donnant accès, pendant le joui', à une voiture-restaurant intercalée dans le train, ce qui permet de supprimer les arrêts pour les buffets aux heures des repas.
Construction rie la caisse. — Pour la construction de la caisse, on emploie généralement le chêne et le frêne et quelquefois le teck, pour les membrures et la charpente: le sapin, pour les planchers, les cloisons et les voligeages ; la tôle vernie sans moulures, pour le revêtement extérieur. Quelques Comjiagnies continuent à employer le teck au lieu de la tôle, pour les revêtements extérieurs.
Première classe. — Les classes sont, en général, au nombre de trois. En France, les anciennes voitures de 1" classe, à sièges cajùtonnés en drap (quelquefois en cuir pendant l'étéi, sont à 3 ou 4 comi)artiments, renfermant chacun 8 places. On compte 0'",60 à Û'",65 de largeur par place ; la hauteur est de l'",90 à 2"", 10 ; la distance des cloisons de séparation des compartiments est de 2 mètres à 2",20. Le poids des voitures à 4 compartiments varie entre 11 et 14 tonnes.
Deuxième classe. — Les anciennes voitu res de 2« classe, à sièges
recouverts en drap, sont à 4 compartiments, renfermant chacun 11) places, soit en tout 40 places. La largeur totale intérieure est de 2'°,50 environ, soit 0'",50 par place ; la distance des cloisons de si'paration est de 1"',()0 environ; la hauteur est de l'",90. Le poids varie de 7 à 10 tonnes.
Troisième classe. — Les anciennes voitures de -3^ classe, à sièges en bois, renferment 5 compartiments de 10 places, soit 50 places. On compte 0'",45 à 0"',50 de largeur par place, 1«>,20 de distance entre les cloisons et l">,7ô à l^.SO de hauteur. Le poids varie de 7 à 8 tonnes pour les voitures ordinaires à 50 places et s'élève à 14 tonnes pour les voitures des types récents à 7 compartiments de 10 places.
Mixtes. — Les différentes Compagnies emploient des voitures mixtes de types très variés destinées principalement à la composition des trains circulant sur les embranchements de peu de longueur et à faible trafic: il existe ainsi des voitures de 1", 2" et Bâclasses, de 2" et S"^ classes, et des fourgons avec un compartiment de 2'' et un compartiment de S' classes.
Coupés, salons et voitures-lits. — Sur la plupart des grandes lignes françaises, une partie plus ou moins considérable de l'effectif des voitures de 1" classe contient en plus des compartiments ordinaires des compartiments de luxe contenant des fauteuils ou des canapés qui se transforment en lits pour la nuit. Des water-closeis et calùnets de toilette sont disposés pour desservir ces compartiments confortables et luxueux même.
Des wagons-salons, peuvent être mis à la disposition des voyageurs sur demande spéciale, par la plupart des Compagnies françaises.
De.s voitures avec terrasse et C(jmpartiment central circulent régulièrement sur certaines lignes parcolirues par les touristes.
Voilures à étages.— I^es voitures à impériales ouvertes ou fermées sont depuis longtemps en usage sur les banlieues de l'Ouest, du Nord et de Vincennes. Elles offrent 72 places, dont 32 en haut.
Les voitures à deux étages fermés sont en usage sur la banlieue de l'Est, elles sont de 3' classe et renferment 40 places à chaque étage. Leur poids est de 7.400 kilogrammes et leur prix de 7.300 francs.'
Il y a aussi des voitures mixtes à deux étages et à circulation centrale à l'étage, renfermant, en bas, 8 jdaces de 1" classe, 20 de 2" et iO de 3«; en haut, 40 places de 3*^ classe, soit en tout 78 places; le poids est de 7.G00 kilogrammes et le prix de 9.750 francs, soit 125 francs environ par place. La voiture du chemin de Chaunv à Saint-Gobain se rapproche
8.r)70 kilogrammes. Ce genre de Yoiture à étages ne convient guère que jtdur les petits trajets.
Bureaux ambulants. — La poste dispose, à cei tains trains, de voitures aménagées de manière à pouvoir servir de bureaux ambulants, et à utiliser la durée du trajet pour les manipulations qui précèdent la distribution : dans ces bureaux, l'entretien du châssis incombe aux Compagnies et celui de la caisse à lAdministration des Postes. Le poids total dun bureau ambulant du tyjie ordinaire est de 7 tonnes environ; mais, depuis quelque temps. lAdministration des Postes a mis en service des bureaux ambulants de 14 mètres de long\ieur de caisse montés sur 2 essieux, dont le i)oids est de 17 tonnes à vide et de 22 tonnes en charge, et des bureaux de 18 mètres de longueur de caisse montés sur 2 bogies.
Matériel lourd. — La tendance générale et très accentuée maintenant est de rendre les voitures plus confortables, d'augmenter leur stabilité et leur solidité : à cet effet, on adopte des tyi)es de voitures larges, élevées, longues, à couloir longitudinal et à essieux très écartés, ou à bogies. Si ces voitures présentent certains inconvénients, au point de vue de la traction, du poids mort à traîner, de linsuffisance des dimensions des jilaques tournantes, on ne saurait méconnaître quelles ont de sérieux avantages sur les lignes à grand trafic et dans les trains à grande vitesse. C'est ainsi qu'on a construit des voitures de 1" classe à 4 compartiments, pesant 10 tonnes, d'une hauteur intérieure de 2", 10, dune longueur de S"", 50 à 9 mètres, supportées par 2 essieux écartés de 5", 50. Mais les types que l'on met en service maintenant sont des voitures dépassant 22 mètres de longueur, de 3"", 020 de largeur de caisse, de 3"", 750 de hauteur au-dessus du rail, pesant 35 à 40 tonnes ; ces voitures comportent 7 à 8 compartiments de C places.
Prix des voitures. — Les voitures oi'dinaires coûtent environ :
1^' classe 16.000 fr. à 30.000 fr.
2« classe 12.000 fr. à 15.000 fr.
3' classe 7.000 fr. à 12.000 fr.
Les voitures de grande longueur montées sur bogie atteignent des prix bien plus élevés : 80.000 fiancs et plus, pour les !■■" classes.
Les voitures de luxe sont de tous prix. Le Gouvernement belge a racheté à la Compagnie des wagons-lits, en l'jOO, 4'i voitures-salons au prix de 70.000 francs l'une.
Les voitures des trains" princiers coulent 150.000 à 200.000 francs l'une.
§ 2. — Fourgons et wagons.
Le matériel à marchandises est établi d'après les mêmes principes que le matériel à voyageurs.
On s'attache aujourd'hui à réduire autant que possible, la spécialisation des types de wagons, dont la multiplicité est un obstacle à la bonne et facile répartition du matériel.
Parmi les véhicules spéciaux circulant dans les trains de voyageurs, on doit citer les fourgons à bagages, les trucks à équipages et les wagons-écuries.
Fourgons. — L'agent du train qui occupe le fourgon y est installé de niîinière à pouvoir faire le travail des feuilles de route pendant le voyage, surveiller de la vigie où il est placé la marche du train et serrer rapidement le frein. 11 est mis en communication avec le mécanicien par une corde aboutissant à une cloche ou à un sifflet placé sur le tender.
La caisse est construite soit en bois, soit en fer, et sa longueur est de 5 à G"", 50; le poids est de (i à 9 tonnes pour lester le frein. Les fourgons peuvent contenir un chargement de 2 à 5 tonnes ; le prix est, en moyenne, de 6.000 francs.
On construit des fourgons à intercirculation avec portes en bout, pour le service des trains de voyageurs et aussi pour le service des messageries ; dans ce dernier cas, l'inlercirculation permet aux agents des trains de classer les colis en cours de route.
Tpucks à équipages. — Ce sont des plates-formes découvertes, à quatre roues, sur lesquelles on maintient les voitures à l'aide de courroies et de vis de pression. Leur longueur est de 4"", 80, leur poids est de 5 tonnes environ, et leur prix de 4.300 francs.
Écuries. — Les écuries sont disposées de manière à recevoir les chevaux en travers ou longitudinalement. Dans le premier cas, on place cinq ou six stalles, et trois seulement dans le second. Les stalles ont 0"',75 à0"',95 de largeur et 3"', 07 de longueur ; on y adjoint généralement un compartiment pour le palefrenier. Le poids est de 5 tonnes et le prix de 4.000 francs pour trois chevaux et 5.000 francs pour six chevaux.
Wagons fermés. — Le type du wagon à marchandises est le wagon fermé à portes roulantes ; il convient aux nuirchandises de valeur ou à celles expédiées en vrac et craignantles intempéries ; mais»! se prête difficilement à l'arrimage, à moins que l'on ne puisse ouvrir le couvercle à la partie supérieure, pour faire le chargement à l'aide de grues,
comme cela se pratique en Angleterre. — Les wagons pouvant contenir 8 à 10 tonnes de chajgement et d;un poids de 5 tonnes environ, avec écartement d'essieux de '^"',65, coûtent 3.000 francs s'ils sont sans frein, et 4.000 francs sils sont à frein.
Wagons à bestiaux, wagons couverts, fermés par des volets ou des rideaux soit en cuir, soit en toile goudronnée; chargement, h à 10 tonnes; tare, 6 tonnes; prix, 3.000 francs sans frein. 3.800 francs avec frein.
Plaies-formes. — Les wagons plats sont quelquefois absolument dépourvus de bords, ou le plus souvent à bords peu élevés, de O^.ÎO à 0"',40 au-dessus du chàssi?. Ces bords peuvent quelquefois se rabattre autour de charnières. — Les iplates-f^rmes sont généralement faites pour un chargement de 10 tonnes: leur tare est de 4 tonnes, leur longueur utile o^.-SO, et leur prix 2.280 francs. Le prix dune plate-forme de 15 tonnes pour le chargement des rails est de 3.000 francs.
Dans ces dernières années il a été construit un certain nombre de wagons plates-formes d'une portée de 20 à 40 tonnes.
Tombei-eaux. — C'est le type qui, bâché au besoin, s'applique aux transports les plus variés.
Les bords transversaux sont quelquefois exhaussés en forme de pignon, réunis au sommet par une traverse, ou contreventés par des contrefiches latérales. Ils sont normalement employés pour effectuer les transports de houille ; leur chargement est de 10 tonnes, et leur tare de 5 tonnes ; leur prix, de 2.20U francs, et de 3.300 francs avec frein.
Les wagons tombereaux des derniers types ont une capacité de chargement de 20, 30 et même 50 tonnes (Compagnie du Midi), leur prix s'augmente en conséquence : 6.000 francs pour des wagons de 20 tonnes.
Wagons à coke ou ridelles avec parois à claire-voie.; tare, 4 à 5 tonnes; chargement, 10 tonnes; prix, 3.100 francs.
Wagons-pupitres, pour le transport des plaques tournantes et des glaces; tare, 4 tonnes ; chargement, 0 tonnes ; prix, 2.770 francs.
On pourrait multiplier les citations de wagons spéciaux, tels que wagons-citernes, dont le nombre s'est considérablement accru dans ces dernières années pour le transport des vins et des alcools; wagons à l)ière, wagons i)our le transport des dames-jeannes. wagons pour le transport des boites à lait ou du poisson, etc.
g 3 — Poids mort des véhicules.
Voitures à voyageurs. — Le poids mort par voyageur pour les voitures de 1" classe ordinaires varie entre 350 et 380 kilogrammes. Pour les voilures de types nouveaux construites dans ces dernières années, le poids mort par voyageur oscille entre 500 et 1.000 kilogrammes.
Le poids mort par voyageur pour les voitures de 2' classe varie entre 230 et 320 kilogrammes.
Enfin, pour les voitures de 3"^ classe, ce poids mort varie entre 180 et 220 kilogrammes.
Voici le poids mort par voyageur de quelques voitures ayant figuré à la récente exposition de Milan :
État : Voiture mixte à 7 compartiments de !''« 61,2",
^à 2 essieux) 5û0 kilogrammes
Voilure de luxe avec 4 compartiments de !'<'
et 1 coupé (à bog-ies) 1 .000 —
£st : Voiture mixte à 7 compartimonls de ['", 2*',
et 3'' classe (à bogies) „l,.n^;.. 783 —
Midi: Voiture de 2"" classe (à 2 essieux). . ;.j. ;.. . 310 —
P.-L.-M. : Voilure de 1'*' classe à 7 compartiments dont
1 de luxe (à bogies) 938 —
Si Ion se reporte au début des chemins de fer, où le poids mort dans les 1"* classes était de 260 kilogrammes environ par voyageur, on voit le changement apporté dans la construction des voitures.
Wagons à marchandises. — Pour les wagons à marchandises, le poids mort par tonne de capacité offerte varie, suivant le type de matériel, de 0t,300 à Ot,700, sauf quelques rares exceptions où il s'élève à 0'f,yOO.
Wagons de grande capacité. — Comme en Amérique, on tend, en Europe, à augmenter la capacité de chargement des wagons. Il est certain qu'on diminue ainsi la dépense de matériel roulant par tonne offerte ; on diminue également la longueur des trains et la longueur de voie occupée par le matériel dans les gares, ainsi que les dépenses des manœuvres et les dépenses de traction. Dans ces wagons, que l'on est parvenu à ' faire très robustes et très légers en employant l'acier embauté (système Fox-Arbel) le poids mort par tonne utile descend au-dessous de 300 kilogrannnes : la Compagnie du Nord a des wagons plates-formes de Kj mètres de long dans lesquels le poids mort n'est que de 11.700 kilogrannnes poul- 40 tonnes de charge utile et des wagons houillers de 13.500 kilogrammes pour 42 tonnes de
charge utile. Des wagons à minerais de la Compagnie de l'Est présentent 12.7-25 kilogrammes de tare à vide pour 43 tonnes de chargement. La Compagnie du Midi a mis en service des wagons portant 50 tonnes de minerai, ayant une tare à vide de 15.400 kilogrammes.
§ 4. — Coefficient d'atilisation.
Le rapport du nombre des places occupées à celui des places offertes, sur les réseaux français, est passé de 20 0/0 en 1891 à 22 0/0 en 1901. Sur les lignes anglaises l'utilisation des trains de voyageurs parait sélever à 50 et liO 0/0, tandis que, sur les autres réseaux européens, elle ressort en moyenne à 20 0/0, en passant de 10 à 15 0/0 pour la l'« classe, à 80 O/Ô en moyenne pour la 3«. Il est bon dajouter quun certain nombre de Compagnies anglaises ont supprimé la 2' classe dans ces dernières années.
go. — Dépréciation du matériel roulant.
Matériel léger. — Au début des chemins de fer, on attribuait au matériel une durée de vingt-cinq ou trente ans après laquelle le matériel pouvait être considéré comme démodé ou usé. On donnait au vieux matériel une valeur égale à 0,10 de la valeur du matériel neuf ; celui-ci perdait donc 0,90 de sa valeur en trente ans. soit 0,03 par an.
La môme estimation conviendrait encore aujourd'hui i)our un matériel légèrement construit.
Estimation de M. de Billy. — M. de Billy i, au cours dune expertise, avait trouvé, dans un cas particulier, les chiflfres suivants concernant un matériel qui navait que trois ans et demi de service :
Désig-nation du matériel. Diminution 0/0.
Machines locomotives 3,26
Tenders 6,50
Voitures à voyageurs 6,91
Wagons à marciiaudises 4,59
Ensemble 4,74
Règle suivie par les Compagnies françaises. — Lorsqu'un véhicule est tout à fait brisé et que la Compagnie responsable de l'avarie
1 Mémoire sur la déprécinlion d'un matériel roulant de Chemins de fer, par M. de Billy, inspecteur général des Mines [Annales des Mines, 1858, p. 557, et 1859, p. 55).
en rend les débris, y compris les essieux montés, à la Compagnie propriétaire, celle-ci peut, à. son choix, ouïe reconstruire, ou le supprimer ; la Compagnie responsable paie à la Compagnie propriétaire : dans le premier cas, les Irais de reconstruction au prix de revient des ateliers de cette dernière ; dans le second cas, la valeur du véhicule déterminée de la manière suivante :
1» On déduit de la valeur totale du véhicule à l'inventaire, celle des essieux montés, également au prix d'inventaire, et on obtient ainsi la valeur du wagon sans roues ;
2» On retranche 1/6 de cette dernière, pour tenir comi)te des débris rendus ;
3» Enfin, des 5/6 restant on retranche encore une dépréciation de 1 0/0 par année de service du wagon détruit.
Le reste constitue la somme à payer.
EXE-MPLE :
Prix d'un wagon d'après l'inventaire 3.820 fr. 00
Prix des essieux montés d'après l'inventaire 900 00
Prix d'un wagon sans roues 2.8^0 fr. 00
A déduire : Valeur des pièces restantes, 1/6 ^^70 00
Reste 5/6 2.350 fr. 00
Donnant une dépréciation annuelle de 23 50
La somme à payer sera :
Après 1 an de service, 2.350 — 23,50 ^ 2.326 fr. 50
- 5 ans de service, 2.350 - (23,50 X 5) = 2.232 50