PARAGRAPHE SECOND (OU SECONDE BRANCHE
Des princes de Mèlafàréq'tn (391).
La généalogie des princes de Mèïafâréq in remonte également à l'Êmîr Cheïkh A'hmed, fils de (?) l'Émir Izz-uddîn (395): Us sont cousins des princes de Q'olab.
Le premier personnage de cette lignée qui parvint à la principauté fut Bahloùl-big, fils d'Ëlwènd, fils de Cheikh A'hmed,
qui était réellement un homme vaillant et généreux. Il s'attacha d'abord, conjointement avec son frère 'Omèr-châh-big, au service d'I&kéndèr-Pacha, mîr-i-mirân du Diârbékir. Lorsque celuici fut désigné par un iirman de Sa Hautesse pour aller faire la conquête projetée de Djéwâzir jj\ym (396), il y bâtit un château fort, auquel il donna le nom de 'Iskéndéiiéh (Alexandrie), et dont il confia la garde et la défense , la police et la conservation aux soins de Bahloûl-big, à qui il le remit à titre de Sandjaq". Ayant eu, dans ce poste, l'occasion de rendre des services honorables, il se procura de la part du gouverneur général du Diârbékir et des émîrs (princes) du Kourdistân quelques requêtes tendant à obtenir du divan , qu'une partie de sa principauté héréditaire lui fut accordée. Ils se rendit, en conséquence à l'auguste seuil et à la cour impérial du sulthân Sélîm-Khân; et, grâces aux faveurs sans bornes de ce monarque, le canton de Mèïafâréq'in (Mèfâréq'în), avec ces dépendances et annexes, fut détaché de la principauté de Q'olab et lui fut alloué à titre de fiefs héréditaires. Il émana, en même temps, un décret impérial, qui enjoignait de confier à Babloûl big la perception du fermage annuel c^Lu (397) des peuplades (de la nation AkjlL) Biciân^ Boudjiân et Zilân (ou ZéUân), qui, du temps de Châh-Wéled-big, avait été enregistré au nombre des domaines privés de Sa Hautesse, à charge par lui de le percevoir chaque année et de le verser au trésor de Diârbékir. Lorsque plusieurs années se furent écoulées de la sorte, et que plusieurs campagnes dans le pays des Barbares ^1^1 (des Persans) (398) se furent succédé, les
peuplades Souleïmâny, lassées des vexations et de l'hostilité de leurs princes (gouverneurs fjijL) s'expatrièrent et émigrèrent (399) dans une contrée récemment conquise sur les Q'izilbâches.
Les grades supérieurs ,1^^'*''^ (postes les plus importants), p^'^w.* tels que ceux de jsdîm (feudataire) d^AaH héguy (400) et de Sandjâq -béguy leur furent confiés, à charge par eux de veiller à la garde et à la défense de ce pays. Les rênes de la discipline et de la subordination <^Uî des peuplades susmentionnées étant
TexU persan.
échappées du poignet impaissant de Bahloûl-big, les grandes et les petites tribus commencèrent à s'insurger, et s'acquittèrent avec négligence et lenteur des fermages annuels oU^1»â« et des autres redevances qui leur avaient été imposées, de sorte qu'un individu nommé Chah-su wâr-big appartenant à la tribu Biciân, qui devint mîr-i-liva du château de BâUzîd^ une des dépendances d'Erivàn, réunit sous son drapeau près de mille familles de la peuplade Souleïmany et d'autres tribus kourdes (401), qui refusèrent obstinément de payer l'impôt dû au souverain.
Bahloûl-big, se conformant à l'ordre qu'il avait reçu, se rendit dans ces parages pour percevoir les sommes J'^^l dues au fisc et pour faire retourner à Mèïafâréq'în ses uloûs (402) et ses tribus vassales CiLU^*. Il se livra entre lui et Chah-suwârbig un combat et une bataille, où Bahloûl-big obtint l'honneur du martyre. Il resta après lui cinq fils nommés Émtr-Kbân, 'O'mèr-big, Ma'hmoûd-big, Mouhammed et 'Otzmân,
Éiuîr Khân-big. fils de Bahloûl-big.
Il prit la place de son père qui venait d'être tué; et lorsqu'il eut gouverné le pays pendant quelques années, les méfaits et les actions honteuses que se permirent, de toutes parts, ses tribus et ses peuplades lassèrent (403) les habitants de ce monde de leur oppression et de leur iniquité, et les forcèrent à aller demander justice à la cour du monarque plein d'équité, qui adres-
sa, en conséquence, à Mouhammed-pacha, gouverneur général d'Amide, un décret qui lui enjoignait de mettre à mort Émîr- Khân ainsi que les peuplades Bicïâne, Boudjïàne et les autres infâmes malfaiteurs qui en faisaient partie. Mouhammed-pacha cita Émir-Khàn à la barre du divan d'Amid et le fit exécuter conformément à l'ordre qu'il avait reçu.
Omèr-blg, fils de Bahloûl-big.
Après l'exécution de son frère; la principauté de Mèïafâréqin lui fut conférée; mais il ne put s'acquitter des devoirs que
que lui imposaient le gouvernement, l'administration et la garde J^y^î; de ce pays. Il n'eut pas assez de fermeté et d'énergie pour faire rentrer le fermage annuel et payer les droits imposés par le monarque à sa principauté, car il était tenu de verser annuellement quatre kherwârs (charges) d'or au trésor de Diârbékir. C'est pourquoi le commandement supérieur des peuplades kourdes et la principauté (l'émîrat) de Mèlafàréq'în furent confiés par le divan du Sulthân Mou hammed-Khân, de ce monarque aussi glorieux que Djèmchîd et dont la cour était l'asyle de la félicité, à Ibrahîin-big Aqszaq (le Boiteux?), fils de Djéhânguîr (404), sur la présentation du gouverneur général et du deftèrdâr (intendant des finances) d'Amide. Il se plaça d'abord sous les auspices du prince de Bidlis et se fixa dans le canton de Mouche, où il s'appliqua, autant qu'il lui fut possible, à percevoir les fermages annuels; mais il n'obtint pas un grand succès. Il réunit alors autour de son drapeau une foule de libertins et de bandits avec lesquels il allongea la main de l'usurpation sur la propriété des ra ïas de Mouche, de Khnous et de Mélâzguerde (405). Il devint enfin chef de brigands et de voleurs de grand chemin, assassina entre 'Hazzou et Bathm&u quelques voyageurs appartenant à diverses peuplades et faisant partie des caravanes (406), les dévalisa et pilla leurs richesses et leurs bagages. Un corps de troupes othomanes (407), sous les ordres de*Aly-big, mir-i-liva de Khnous, et de Mou hammed-big, prince de 'Hazzou CHuzzou), vint enfin fondre sur lui, tua quelques-uns de ses complices et de ses gens avec son neveu, pilla et lui enleva son argent et ses eflFéts(408): ce fut avec milles peines qu'il parvint lui-même à sauver chaque fois sa tête.
Quoi qu'il ait conservé le titre d'émîr , il a adopté le genre de vie des brigands et des voleurs, et il ne peut séjourner nulle part (409).
Texte
SECONDE SECTIO! COMPOSÉE DE D«DZE CBAPITRES (410).
CHAPSTBE I
Des princes de Souhrân ou Sohrân (4 i t).
L'esprit éclairé et brillant comme le soleil des lecteurs qui scrutent l'authenticité de cette histoire (412) n'ignorera pas que la généalogie des princes Souhrân (ou Sohrân) remonte à un cer- 17T7b\ ^^^ personnage nommé Kolous issu d'une illustre famille arabe de Bagdad. Il se réfugia, par suite des vicissitudes de la fortune, au village de Hovdiân^ qui faisait partie du canton d'^ltc^ân, une des dépendances des Souhrân. Il s'y occupa, dans le principe, à garder les troupeaux des habitants de ce village. Le nom de Kolous , dans le dialecte de cette peuplade, s'applique , d'une manière absolue, à un individu qui a perdu ses dents de devant. Il avait trois fils nommés 'Iça , Ibrahîm et Cheikh Oweïs. 'Iça, entre autres, était un homme extrêmement magnanime, d'un caractère généreux et affable (413), qui distribuait aux ignorants et aux débauchés de ce village tout ce qu'il gagnait en exerçant le métier de berger, de sorte qu'une foule nombreuse d'hommes' sans aveu (414), de malfaiteurs, de débauchés et de vagabonds séduits par son affabilité et ses bienfaits passèrent leurs tête dans le licol de l'obéissance à ses volontés. Il survint, par hasard, à cette époque, au prince de ce pays un ennemi formidable contre lequel il fut obligé de marcher. Les libertins et les vagabonds dévoués à 'Iça, qui lui avaient donné par dérision, et pour plaisanterie, le titre d'émîr, prirent le chemin de Balikan (414'). Les habitants de ce canton, voyant briller sur le front des procédés de 'Iça les indices de la capacité et les pronostics de la noblesse, le placèrent tous, d'un commun accord, à leur tête, en qualité d'éwîr. Il se rassembla, en peu de temps, autour du drapeau de 'Iça, une foule nombreuse, avec laquelle il alla s'em-
Tgxiê
parer du châtean d'Awân. Cette place forte étant environnée, de tons côtés, de rochers de couleur rouge, 'Iça et ses partisans gravirent d'abord sur la cime de ces rochers et commencèrent à assaillir et à attaquer la place. Tous les assiégés, intimidés par Taudace et l'intrépidité de cette troupe d'assaillants, leur donnèrent le sobriquet de SènJc-i-Sourlcy {de la Roche rouge). Par suite du fréquent usage que fit de ce nom la nation kourde, qui, au lieu de dire Sourkh, prononce Souhr ou Sohr (ou 8or)j cette peuplade devint célèbre sous le nom de Souhrân (ou Sohrân ou Sorân Rouges).
En résumé, le château fat pris après de longs combats, et Pastre ascendant de 'Iça s'éleva jusqu'au niveau des deux luminaires ^) comme celui de Jésus ('/fa), fils de Marie (4 1 5) ; son i»^w«,
heureuse étoile l'emporta en élévation sur la forteresse de Saturne. Sa prospérité s'accrut de jour en jour, et le soleil de sa puissance dépassa l'apogée des sphères célestes (415'). Grâce à son jugement sain et à ses profondes méditations, il soumit le pays de Souhrân (Sohrân) à sa domination. Lorsqu'il y eut exercé, pendant quelque temps, une autorité absolue, il fut admis dans le sein de la miséricorde divine. Son fils
Chah Aly-blg
s'assit à la place de son père sur le trône princier. Lorsqu'il passa, comme lui, dans la vie future après avoir atteint le terme de sa carrière, il laissa quatre fils nommés Mîr 'Iça, Pîr Boudâq' (416), Mîr 'Houcein et Mîr 'Aly. 11 partagea, de son vivant, sa principauté héréditaire entre ses enfants, afin que chacun d'eux fût satisfait de son lot, et qu'ils ne s'inquiétassent
. 1) Messieurs C. Barbier de Meynard et Payet de Coarteille, dans leur savante traduction des Prairies d'or de Maçoudi (T. I. p. 34), rendent les mots arabes
JUJI )Jl0 ^ C)i.J^^ .J^^ P^'' Influence du soleil et delalune^nr le monde. Je croirais que les mots ^[/aJJI Cj^a^, qui se trouvent 5 lignes plus bas, signifient temples du feu.
pas l'un Pâutre. Il conféra, entre autres, le canton de'Harîr, qui était sa résidence, à son fils aîné, Mîr'Iça. Après avoir longtemps gouverné cette principauté, ce dernier périt au champ d'honneur dans un combat qu'il livra à Pir Boudâq , prince de Babân.
Pîr BoDdâq\ fils de Chah Aly biç.
H prit les rênes du gouvernement après le décès de son père. Il enleva également le canton Soumaqliq à la peuplade NUkhâsze (41 6') dépendante des Q'izilbâches, et en prit possession. H mourut après avoir gouverné et administré ce pays pendant quelques* années, et laissa deux fils nommés Mir Seïf-uddin et Mir 'Houceïn.
Hîr Seir-o ddîn
succéda à son père; mais son émirat ne fût pas de longue durée Après sa mort, son frère
Hîr 'Houçeïn
prit sa place ; il ne tarda pas de se rendre à l'appel du Dieu de vérité, de même que son frère, et laissa, comme autant de souvenirs sur la surface de la terre, sept fils, dont l'aîné Mîr Seïfu ddîn remplaça son père.
n gouverna le Sandjaq' de Soumaq'liq' de la même manière
TtxU p^raan,
' qu'en avaient joui ses pères et ses aïeux.
Hîr * Aly, fils de Chah Aly-big (4 1 7).
C'était le plus jeune fils de Châh'Aly-big: il était renommé parmi tous les princes du Kourdistàn pour sa libéralité et sa bravoure.
Il fixa, après le décès de son père, sa résidence dans nn lieu nommé (M4-àbûd (418), et fit la guerre à Pir Boudàq', prince Babàn, pour venger le sang de son frère l'Émir 'Iça. Pir Boudftq" fut tué, et Mir Sidy réunit également le pays de son frère à sa principauté. H enleva ensuite, de vive force, aux fonctionnaires (i^KliU^ préposés) q'izilbâches le Sandjâq' à^Irbîl (Arbèles), de Mafiszul, et de Kerkouk, qu'il annexa à sa principauté, et dont il prit possession. Il devint, pendant quelque temps, prince indépendant du pays de Souhrân (Sorân) avec ses dépendances et annexes.
n ne put enfin sauver son âme (418) des griffes du loup du trépas, et tomba sous la patte du lion de la mort II laissa après lui trois fils nommés Émîr Seïf-u'ddïn^ Émir 'Izz-uddîn Chîr et Soulelmàn. Mtr Self-u ddin tomba de cheval à la fleur de Page et au printemps de la vie, et prit son essor vers le monde de réternité. 'Izz-u ddîn Chîr posséda le Sandjaq' d'Irbil jusqu'à ce que le sulthàn Souleïmân vint en 941 (1534 de J. C.) faire la conquête de la ville de Bag'dâd, séjour du salut, et prit ses' quartiers d'hiver dans ces parages. 'Izz-uddîn Chîr s'étant, à cette époque, permis quelques procédés inconvenants envers les serviteurs de la Sublime Porte de ce sulthân, fut mis à mort en vertu d'un firman auquel il était indispensable d'obéir. Le sandjaq' d'Irbil (Erbîl) fut conféré à 'Houceîn-big le Dâciny, fils d'un émîr Jézîdy.
Après l'exécution de son frère 7zz-u ddîn Chîr, Soulelmân-big ne tarda pas non plus d'enlever de cette antique hôtellerie (420) le bagage de la vie et de l'allégresse pour se diriger vers le séjour du néant. Le sulthÀn Souleïmân Khàn ayant annexé- toute ^^!^^ la principauté de Souhrân (Sorân) au sandjàq' d'Irbîl, l'accorda ^'^^^' à *HouceIn-big le Dâciny. Ses héritiers furent alors complètement dépossédés de la principauté de Souhrân (Sorân), qui passa en des mains étrangères.
ii; 9
Nîr Seir-ii ddîtt, fils de Hîr HoucelD , fils de Ptr BoDdâ«* (420^).
Il a été précédemment exposé par la plume, qui est Torgane de Téloquence que l'Émîr Seïf-u ddîn prit possessiou du sandjâq' de Soumâqliq et en jouit de même qu'il avait été au pouvoir de ses pères et de ses aïeux.
Lorsque le pays de Souhrân (Sorân), en général, fut confié et gracieusement accordé à 'Houceïn-big le Dâciny par l'héroiqueEhaq^ân, qui était le zélé champion de l'islamisme jpI^ iSJ^> il se livra, à plusieurs reprises, entre Mir Seïf-u ddîn et 'Houceïn-big des combats et des batailles, à la suite desquels Mir Seïf-u ddîn, ne se sentant plus la force de résister à la nation 4UuU> Dâciny, répudia trois fois la fiancée de Tempire, et se réfugia à la cour de Bigueh-big, prince d'Ârdclân (421).
Celui-ci, craignant le courroux et Tanimosité de la peuplade Souleïmâny balança et hésita tellement à le protéger et à le secourir, que Mîr Seïf-u ddîn, réduit au désespoir, revint sur ses pas. Lorsqu'il arriva à Souhrân (Sorân), il réunit sous ses ordres une foule d'habitants et de colons, à la tête desquels il se rendit maître du château d'Irbil. Quand la plupart des peuplades Souhrân (Sorân) virent qu'il était parvenu à faire tant de conquêtes, elles se prononcèrent en sa faveur et se liguèrent avec lui, grâces à sa bonne fortune et à la protection de son heureux horoscope. L'émîr Seïf-u ddîn, suivant l'exemple d'Abou Moslèm de Merw (Merwèzy) (422), prit la livrée des 'Abbâcides pour repousser les Merwànides, et s'appliqua, de tout son génie, à exterminer les Jézîdy. 'Houceïn-big ayant été instruit de ce qui se passait, marcha sur Irbtl pour le combattre, et ils se livrèrent une grande bataille, dans laquelle 'Houceln-big et les Jézîdy i»ÏTi», (423) furent, cette fois-ci, mis en déroute, et il fut tué près de ''^^^' cinq cents hommes des plus marquants (j\s^tM de la peuplade Dâciny. Les sectateurs de 'Houceïn ^j Lu-*» 'furent vainqueurs (424), et il tomba une grande quantité de richesses et d'effets
entre les mains dé l'émir Seïf*u ddîn et de la grande tribu Souhràn (Soràn). (425). Cet émir reprit possession de tout son domaine héréditaire en général. L'émir Self-u ddin ayant recouvré son indépendance, remonta sur le trône de sa principauté; et Cheikh 'Houceïn étant parvenu à rassembler plusieurs fois sous ses ordres les Jézîdy dispersés, et, se débattant, dans ses derniers instants comme une victime égorgée , se remit en marche (426) avec l'intention de livrer bataille à l'émir Seïf-u ddin; mais la victoire et le triomphe se déclarèrent chaque fois en faveur de ce dernier, et couronnèrent toutes ses espérances. 'Houceïnbig, de son côté, vaincu et défait, fut forcé de battre en retraite (427). Lorsque la nouvelle de la déroute et de la défaite de 'Houceïn-big se répandit à la cour du sulthân (428), ce monarque le fit venir à Constantinople , et il émana aussitôt un firman dont l'exécution était aussi rapide que celle des arrêts du Destin, qui ordonnait de le mettre à mort. On le fit donc mourir en lui infligeant le châtiment le plus terrible (429).
(Vers.) L'homme qui se plaît à faire du mal à son semblable, voit le même mal retomber un jour sur sa personne. J'ai vu, de mes propres yeux, un oisillon intercepter, sur mon passage, l'âme d'une fourmi. Son bée n'avait pas encore achevé de saisir sa proie, lorsqu'un autre oiseau vint mettre fin à son existence (430).
En exécution d'un firman du belliqueux monarque Souleïmfin,'HouceIn-'big, prince de'Amâdia('Imâdia), et d'autres émirs du Kourdistân reçurent l'ordre d'expulser l'émîr Se!f:U ddin et de soumettre la province de Souhrân (Sorân). Malgré tout le zèle qu'ils déployèrent et les eflforts qu'ils firent à cet effet, leur entreprise ne fut couronnée d'aucun succès, et ils s'en retournèrent sans avoir atteint le but qu'ils se proposaient. Dès lors l'émir Self -u ddin passa tout son temps au sein du bonheur dans la roseraie de le principauté sans y rencontrer l'épine de l'opposition. Conformément à cet axiome: crQuand l'heure fixée par la divine Providence (le destin) est arrivée, la perspicacité se
TubU ptrêan, p. 877.
change en aveuglement », il céda aux suggestions d'Iouçouf-big, de Béradoste, devenu célèbre sous le nom de Gfàzy-qiràn^ et se rendit à la cour de l'héroïque sulthàn Soulelmftn, dans l'intention de supplier, immédiatement après son arrivée, la clémence infinie de cet auguste monarque de daigner, par un eiFet de sa bonté, passer le trait de plume de l'indulgence et du pardon sur la page de ses méfaits; et de lui accorder sa principauté héréditaire. Le hasard voulut qu'à l'instant même de son arrivée dans la capitale, il remît son âme entre les mains des exécuteurs chargés de le supplicier.
Q'ouly-blg, tls de Soilelmân-Ug, Ils d« l'Émtr Stdy.
A l'époque oii la peuplade Th&ciny (Dâciny) se rendit maîtresse de la principauté de Souhràn (Sorân), Q'ouly-big en vint fréquemment aux mains avec cette peuplade, qui, chaque fois, remporta la victoire. Il se vit donc forcé de s'expatrier et se réfugia à la cour du chah Thahmasp. La peuplade Thàciny (Dâciny), poussée par l'inimitié invétérée qui subsiste encore de nos jours entre là^'Houcéiny (sectateurs de rimftm'Houceln, fils de 'Aly) et les lézidy donna alors un libre cours à son esprit d'injustice et d'iniquité en livrant à la poussière du néant les musulmans et les opprimés de la principauté de Souhràn (Sorân). La tyrannie de cette peuplade fut poussée à un tel point, que les habitants de ce parages oublièrent celle de 'Haddjàdj louçouf ainsi que l'injustice de Sa ad, fils de Ziyàd (431): ce qui décida une multitude d'habitants de la grande tribu de Souhràn (Sorân) à se concerter et à envoyer un émissaire chargé de rappeler Q'ouly-big. Cet envoyé le ramena effectivement au milieu des siens par ses feintes caresses et ses bonnes paroles. H se rendit ensuite à la porte de félicité du sulthàn Soulelmàn pour y exposer ses griefs, et pria le monarque de lui restituer sa principauté héréditaire. L'héroïque soulthàn Soulelmàn- Khân, ne se fiant pas à Q'ouly-big, se borna à lui concéder le sandjâq" de
Sémawât dépendant de Baszra (Bassora) (432). Après Texécution de Témir Self-u'ddin, celle de 'Houceïn-big le Thâciny (D&ciny) et les événements qni ont été racontés ci-dessus, il fut rappelé de Sémawât de Baszra sur la demande de soulthân 'Houceln-big, prince de Imâdia CAmâdîa), et on lui accorda le canton de 'Hartr faisant partie du territoire des Souhrân (Soràn) (433). Après y avoir exercé l'autorité princière pendant quelques vingt ans, il passa enfin, à l'heure qui lui avait été fixée «^»' par la Providence, de ce monde périssable dans la vie future, laissant ici bas deux fils nommés Boudàq-big et Soulelmàn-big.
BoBdâ^-Mg, Us de (fouly-Ug, Ils de Seilelmân-Ug.
Il arbora sa bannière princière dans le canton de Chèqabâd (434) après le décès de son père. Par suite des perfides menées des &uteurs de désordres , l'amitié et la bonne union qui sub* sistaient entre les frères se changèrent en inimitié et en mésintelligence. Après s'être déchirés l'un l'autre à coups de langue, il s'armèrent du glaive et de ht lance. Boudàq'-big, ne se sentant plus la force de résister à son frère, jeta enfin le cri de sauve qui peuty et se réfugia à la cour de sulthàn 'flouceïn-big, prince de'Amâdla('Imàdia). Il y passa quelques jours dans l'espoir qu'il pourrait retourner dans sa principauté avec le secours et l'assistance de ce prince. Mais la perfide fortune et le ciel inconstant ne lui firent pas grâce, et il passa, dans la ville de * 'Aq'arah dépendante de'Amâdia (Imàdia) (435), dans le sein de la miséricorde divine.
SoBlelinân-big, Ms de flfoily-big, Us de Soiilelmâii-big.
C'était un homme passionné pour la justice et zélé protecteur de ses sujets. Il était renommé parmi les princes du Eourdist&n pour son extrême droiture et sa grande loyauté ^Lij, de même qu'il se distinguait par sa haute intelligence, son esprit et
sa perspicacité. Il devint souverain absolu de la principauté de Sonhrân (Sorân) après le décès de son père et de son frère. L'inimitié qu'il avait amassée (au fond de son coeur) contre la grande tribu de Zerza le porta à mettre en pratique ces paroles sacrées: «On leva pour Salomon (Souleïmân) les troupes destinées à marcher pour lui» (436), en mettant sur pied environ treize mille hommes d'infanterie et de cavalerie kourdes semblables à des dîvs (mauvais génies), et il envahit la principauté de ZerMj qu'il pilla et saccagea. Il tua le mîr'i4iva (ou commandant de province) de cette contrée avec 350 agas et notables de la grande tribu et des peuplades (goums) Zerza (437), fit prisonniers leurs femmes et leurs enfants, qu'il emmena en captivité dans la principauté de Souhr&n (Sorân). Les membres de la tribu de Zerza, qui avaient échappé au glaive de l'ennemi, se rendirent à la cour du sulthân Mouràd-Kh&n pour y exposer leurs griefs (438) et demander justice. Le monarque défunt conçut le projet de châtier Souleïmàn-big afin de statuer un exemple pour A«^ les autres rebelles. Précisément à la même époque, Soulelmânp. B79. 5ig pîii^ ^i saccagea, par hasard, une partie du territoire q'izilbâche (persan), et fit prisonniers un grand noi^bre de sujets de ce royaume. Il envoya une foule de ces captifs persans, avec un riche butin ./^ Ji^i, à la cour du défunt sulthân, qui daigna jeter sur lui, un regard de bienveillance, en honorant de son indulgence et de son pardon impérial la révolte dont il s'était précédemment rendu coupable. Un de ses cousins nommé Q'obâdbig, qui possédait le sandjâq' de Térek (?) s'étant permis plusieurs procédés inconvenants, poussa l'audace au point de convoiter (439) la principauté de Souhrân (Sorân) et de rouler dans son esprit des projets d'hostilités contre Souleimân-big. Celui-ci l'attaqua enfin en 994 (1586 de J. C), le fit mettre à mort avec à peu près quatorze de ses proches et de ses affidés. H devint ensuite un prince tellement puissant et fut investi d'une autorité si absolue que les grands et les petits des régions lointaines comme ceux des pays voisins redoutaient également son implar
cable coorronx. Les émirs et les princes qui étaient ses [dus proches vt)isin8, se faisaient nn devoir de lai obéir. Il est de fait qne, tout ignorant et illettré qu'il fut, il donnait la main de la composition aux cbeïkhs de ces parages, vouait tous ses instants aux bonnes oeuvres et aux exercices de piété, et consacrait la plus grande partie de son temps à la prière et à Thumilité, jusqu'à ce qu'enfin son âme, semblable à un oiseau dont le nid se trouve dans le séjour de la sainteté , prit son essor sur les ailes de l'attraction qu'exerçaient sur elle les charmes de l'amour divin, (440) s'échappa de la cage du corps et alla se fixer à jamais dans l'enceinte des régions réservées à la Divinité (441),