‹ Chèref-namehChapitre 14 sur 22 · Livre quatrième · texte numérisé non relu

Livre quatrième

tes PriBces CHâkimes) de BMlîs, ancêtres et aleni de raotev

de ces pages.

Ce liinre se compose d'une Introduction (Ffttihah), de quatre Sections (ou Lignes ^jL^) et d'un Appendice Ji>

IntrodnottoiL

Description de la ville et du château fort de Bidlis: nom de son fondateur, et cause de leur construction (676).

(Vers.) (677) 0 Parole! dis-moi quelle est ton alchimie? Quel est Palchimiste à qui tu es redevable de ton bon aloi? On est parvenu, grâce à toi, à composer de si belles images, et l'on n'a pas encore écrit une seule lettre sur ta nature. Si tu nais sous notre toit (678), où est ta demeure? Si tu entres' par la porte (si tu es étrangère), quelle est ta patrie ? Tu proYiens de nous, et tu ne restes pas avec nous; tu nous montres ton image, et tu es imperceptible. Avec toutes ces belles qualités j'ignore quel oiseau tu es: Tu es, un souvenir^ qui se conserve après nous.

TtsU persan, p. $85,

n ne restera point caché sous le voile du secret et du mystère pour Pesprit inventif des architectes qui construisent les villes et les cités, ni pour le génie calculateur des ingénieurs qui fondent les citadelles et les forteresses que , lorsqu'il s'agit d'analyser LIjs^] les faits merveilleux qui se sont passés dans les régions habitables du globe et d'extraire J^^àûJ les événements les plus rares et les accidents les plus importants arrivés à l'espèce humaine, qui sont généralement consignés dans les recueils biographiques et dont la connaissance est réservée aux hommes érudits et versés dans les traditions historiques, la chose n'est pas facile à chacun, car ce n'est qu'après avoir compulsé ^ les livres qui circulent (de main en main), que l'on apprend que BicUts est une des fondations d'Alexandre le Grec (le Macédonien), que Dieu lui fasse miséricorde! Le moustaufy (chef de département du ministère des finances) de (fastvtn (Q'azwlny), auteur de l'ouvrage géographique intitule Ncuàhèttd-qatdoûb (le Délassement ou Délice des coeurs) rapporte (679) que le Tigre prend sa source au Fort éP Alexandre le Bicorne ^ et reçoit, à partir de MHafârig^n, toutes les eaux qui proviennent des montagnes du Eourdistân (680). Dans quelques manuscrits turks et persans, le nom de cette ville est écrit BiiUs (ou Bétlis?) avec un Ta (T); mais c^est une faute d^ orthographe^ car, au dire des hommes instruits , et d'après les traditions les plus authentiques (681) Bidlis (ou Bédlts?) était le nom d'un des esclaves (vj!^^ pages) d'Alexandre, qui fut le fondateur du château fort et de la ville. Cependant l'auteur du dictionnaire (arabe) intitulé Qamoûs (Océan) nous apprend que l'on donne le nom de BidUs (ou Bédlis ?) à un lieu dont l'eau et l'air sont également salubres ^). Les uns comprennent la ville de Bidlis dans r Adzèrbaldjân , d'autres la considèrent comme une dépendance de l'Arménie ; mais les auteurs les plus illustres ^^\ de l'univers la placent, d'un commun accord, dans le IV. climat (ou

1) Cette définition dn mot ^»mJ Jlj est omise dans l'édition du ^amaû$ qui A été imprimée k Scatari-lex-GonstûitiDople.

zÔBo) (6&2). Bref, les historiens et les écrivains qui nons ont transmis les faits les plus mémorables ont consigné dans lenrs ouvrages, à Taide de leurs éloquente plume, qu'à l'époque où Alexandre quitta l'Iraq arabe et Babylone pour retourner en Grèce, il vint passer au bord du fleuve nommé Chatth-^- Arah (fleuve des Arabes) et conçut le projet de faire analyser (éprouver), avec le concours des physiciens l Ju, toutes les eaux qui venaient de tous c6tés et de toutes parts s^ jeter dans ce fleuve, afin de savoir laquelle l'emporterait sur les autres, .en fait de légèreté ou de pesanteur et laquelle serait la plus potable et la plus digestive. En passant par ce chemin et en le suivant, ils arrivent à l'endroit où la rivière de Bidlis (le GenbrUes) se jette dans le fleuve. En pesant l'eau de cette rivière pour en faire l'épreuve, ils con- p^an, statent que c'est la plus légère: ils en prennent alors dans le creux de la main (^^ une poignée) (683) et la goûtent: elle leur parait plus facile à digérer. Après avoir longé, de cette manière, le bord .du fleuve qui sert de voie publique %L le cjU aT, ils

arrivent (684) au confluent des rivières de Kuçoûr et de Boubâth. En pesant les eaux de ces deux rivières, celle du Kuçoûr leur parait plus agréable au goût et plus digestive que celle de la rivière de Roubâth. Us suivent de même le botd de la rivière de Kuçoûr jusqu'à ce qu'ils arrivent à la fontaine où elle prend sa source (685).

Elle était pure comme le coeur des pieux anachorètes, limpide comme l'oeil des illuminés. Le fond de cette source allait jusqu'au boeuf-poisson (qui soutient la terre) (686), et paraissait noir (sombre) comme la prunelle de l'oeil vîLjc(?) (687). L'herbe qui y avait germé semblait en sortir des lunettes au lieu de feuillage (?). La quarantaine la plus froide de l'hiver (688) y cherchait un refuge contre la tyrannie du mois de Tammouz (Juin et Juillet) ^) et son extrême chaleur. Elle est tellement froide,

1) Sur le mois de TammuM on Thamuê de l'Ère des Juifis Toyex la Chrestoma" ihie arabe de Mr. le Bar. Silvestre de Sacy, 1. édition T. I p. 132 et 147; T. II p. 156 et 166, aoi; et J. Picot TabUtteê chranéhgiqueSf T. I p. 289.

que le reflet (des objets) n'ose pas s'y plonger de pevr de s'y geler. Si nn Éthiopien (689) vient à j passer ponr y laver la poussière qui souille sa joue,- celle-ei se dégage tellement de la sombre poussière qai la ternissait, que Ton peut même y vmr le reflet de la perception É\j^\.

Cette montagne, ces sources, cette verdure et ces alpes paraissait extrêmement agréables et pures aux yeux d'Alexandre: il contemple ce site tellement j^ttoresque que l'oeil du monde n'ai a jamais vu de pareil dans le cours des siècles et des âges, et que l'oreille du temps n'en a même jamais entendu citer de semblable par la bouche et la langue des mortels* Ce lieu est entouré, de toutes parts, d'herbes fraîchement édoses, et l'enceinte en est ornée de toutes sortes de jacinthes et d'herbes odoriférantes (basilics); les montagnes y sont couvertes de verdure comme Khizr (690); les arbres y sont Têtus d'habits de gala de toutes les couleurs (691).

(Vers.) L'atmosphère y a emprunté à l'ftme sa dovce tanpérature , elle puise à la source de la vie sa rosée bienfaisante. >v«<i Les terres y sont baignées par l'eau qui tombe des nues; il y J». 997. qj.q{^ (692) des fleurs de toutes les couleurs. Son tapis de verdure est recouvert d'bn voile de fleurs; ce sont des roses et des tulipes (693) qui se sont épanouies pêle-mêle (l'un^ dans l'autre). Les fleurs J^ y sont délicatées à l'égal de jeunes beautés au teint de roses; le rossignol se plaît à y moduler ses chants d'amour. Les herbes y atteignent la hauteur de la ceinture, les arbres y abritent la verdure sous une tente (de feuillage). Si un oiseau venait se reposer sur leurs branches, l'ombre déployait ses ules, et il reprenait son essor (694).

En un mot, l'eau et le climat de ce pays convinrent au tempérament d'Alexandre. Il y fit décharger le bagage du séjour au bord de cette fontaine, pour s'y livrer au repos pendant quelques jours, et y fit déployer le tapis du plaisir et de la galté. Il vida avec délice les coupes de cristal que lui présentaient de jeunes échansons dont la jambe (695) et le front avaient la bril-

laiite beaaté de la planète de Yénits* Ses cris de joie et d'aUé^ gresse, ses chants éclatants et joyeux s'élevaient jusqu'à la sphère céleste. D parait (UU» on prétend) qu'il était atteint d'une ma* ladie accidentelle ^j^j car il est notoire et il a passé de bouche en bouche qu'il s'était formé sur sa tête un os semblable à une corne de boeuf(696). Quoique les plus habiles médecins et les docteurs les plus perspicaces eussent fait jusqu'alors touâ leurs efforts et déployé le zèle le plus louable pour faire disparaître cette excroissance, ils avaient complètement échoué, et cette maladie fut entièrement guérie au bout de quelques journées de séjour au bord de cette source, de sorte qu'il ne lui resta plus la moindre indisposition. D existe aujourd'hui, au bord de cette fontaine, un plateau auquel on donne le nom de Source d^ Alexandre^ et il est généralement connu sous cette dénomination (696*). Comme l'eau et l'air de cette contrée plaisaient infiniment à Alexandre, il lui vint à l'esprit (6 97) d'y fonder une ville et un château fort, dont la réputation devait se transmettre de siècle en siècle et d'une génération à l'autre. Il donna, en conséquence, à son esclave (ou page J%) (698) nommé BicUis l'ordre de construire

dans ce lieu un château fort et une ville. «Il &ut, lui dit-il, t'appliquer à bien la fortifier et à donner à ses fortifications tant de solidité que, si jamais quelque monarque semblable à moi conçoit le désir de s'en rendre maître, le lacet de son imagination têxu ne puisse jamais atteindre les créneaux de son donjon». p- ^aa.

Bidlk, se conformant à cet ordre aussi irrévocable que les arrêts de la Providence, s'empressa de faire bâtir ce château et construire cette forteresse. Il en jeta les fondements â environ deux pharasanges de Astance de la source, entre la rivière de • Kuçoùr et celle de Roubâth, sur l'emplacement où se trouvent aujourd'hui le château et la bourgade (q'aszaba, oppidum) de Bidlls. n l'acheva en peu de temps; et lorsque Alexandre revint • dans ces parages, à son retour de la campagne de Perse (Iran), BidUs barricada la porte du château et de la forteresse, s'apprêta à la guerre et à la résistance; et se disposant au combat, retira

«on coa da collier de robéissance et de la subordination. Ce fut en -vain qu'Alexandre lui envoya un parlementaire muni d'une dépêche de sa part, et chargea son oreille du bijou de ses sages conseils et des perles de ses admonitions, tout fut inutile, car il ne cessa d'agiter et de faire résonner le marteau (l'anneau) de la porte de l'obstination et de la révolte. Alexandre, de son côté, ne se donna pas la peine d'assiéger le château de Bidlis, et passa outre en faisant preuve d'indulgence, et en accordant à son défenseur un généreux pardon. Lorsqu'il fut arrivé à une poste JjJU vîL de distance de la viUe, Bidlts s'arma de son cimeterre, se jeta un linceul sur le cou, prit la clef (699) du château et de la forteresse , et se rendit à la cour d'Alexandre. Li il prit le ton de l'humilité et de la componction, et s'excusa humblement en ces termes: <itSouverain maître du monde! l'opiniâtreté et la rébellion de Votre serviteur ont eu pour cause l'ordre suprême que Votre Majesté a daigné lui donner; car, lorsque Votre très-humble serviteur fut chargé de la construction du château fort et de la place. Votre Majesté daigna lui adresser ces paroles aussi précieuses que des pierreries: «Il faut que tu prennes à tâche de donner tant de solidité aux fortifications de ce château qu'un monarque tel qne moi ne parvienne jamais à s'en rendre maître, quels que soient ses efforts et sa vaillance; que le lacet de la conquête des puissants Ehaqàns^ dont le trêne s'élève au niveau du ciel, et des souverains, conquérants du monde, n'atteigne même jamais le pinacle de son donjon, et que l'oiseau du génie clairvoyant des mortels les plus éclairés et les plus perspicaces ne puisse jamais planer (roder) autour des créneaux de ses murailles, à l'aide de ses sens qui lui peraan, tionneut Ucu de pennes». C'est en vertu de cet ordre sacré que

je me suis permis une telle insolence et que j'ai kmcé le coursier de l'impudence dans l'arène de l'infEunie. Je mérite donc aujourd'hui tous les châtiments que le souverain maître du monde ^ jugera à propos de m'infliger». Ce laqgage de Bidlîs plut à Alexandre, qui donna à la ville et au château le nom de Bidlis, et

lui en accorda le gouvernement et la souveraineté ^Ij)^, à titre de domaine héréditaire ou apanage vîLU (700). Il rehaussa de la sorte le cimier di^ a"^ (le coin ou le bout du bonnet) de sa puissance et de sa dignité jusqu'à l'apogée du soleil (701). L'ensemble du château de Bidlis ayant la forme d'un triangle , il en résulte qu'il n'est pas toujours à l'abri des alertes et des bouleversements (?) (702).

Des auteurs dignes de foi rapportent que le château était jadis infesté par une multitude de serpents ; que pour cette raison , les habitants et les indigènes avaient de la peine à y vivre, et que des sages érigèrent enfin un talisman dans la cour du château (703), afin que les serpents, devenus moins nombreux, nHncommodassent plus la population.. On le voit encore de nos jours à la surface de la muraille sous la figure d'un homme sculpté dans la pierre, qui tient un serpent à la main; et il est généralement connu sous le nom de Talisman de la cour.

La qaszaba de Bidlis est une place frontière (^«^j^ un pas) situé entre l' Adzèrbaldjân , le Diâr-bekr, le Diâr-Rèbfa, et l'Arménie. Si les pèlerins de Turkistân et de l'Hindoustân passent par l'Iran, l'Iraq' et le Khoraçân pour aller visiter les deux temples sacrés (de la Mekke et de Médine), que Dieu accroisse encore le respect et la vénération dont ils sont l'objet ! ; si, d'un antre côté, les navigateurs ^LL^ de Djidda et de Zânguebâr, les commerçants de la Chine septentrionale (du KhitJia) et de Khotèn (704), les BtisseSy les Slaves et les Bouigars^ ainsi que les négociants arabes et persans et les voyageurs de la plus grande partie du monde veulent circuler librement, la chose leur est impossible, sans qu'ils passent par la Pierre-pertuis de Bidlis.

Cette roche percée se trouve à une pharasange sud de cette ville. C'est effectivement une eau qui , en sortant de terre , se p!^^, pétrifie par le laps du temps (des siècles), et qui avait formé, petit- à-petit, une espèce de muraille (ou un barrage) (705), que les voyageurs ne franchissaient qu'avec peine. Une dame pieuse (ou bienfaisante e^) de ce temps là, qui a fait construire dans

TêxU

rintérienr de la ville de Bidlls une mosquée (un oratoire) et un grand pont d'une seule arche ^IL dL (706) connus aujourd'hui sous le noms de Poni et de Mosquée ou Oratoire de la Dame (Khatoune), fit percer ce roc, où les caravanes et les hommes passent actuellement avec facilité! C'est un lieu vénéré cif^ (noble), qui a été visité par des élus de Dieu 4Ul jUj «(^^«J^. H y vient des hommes distingués appartenant à la classe des cheikhs et des pieux serviteurs de Dieu <ul J#l .

WftqMdy raconte d'après Nafifel, fils de 'Abd-allah, que, sous le khalifat de *Omar (que Dieu lui soit propice!) ^Ayl&z, fils de G'anèm, reçut, en 27 de l'hégire (A.D. 648)(?)(707), l'ordre de faire la conquête du Diftr^bekr et de l'Arménie (708). La ville d'Akhlàth avait, à cette époque, pour prince (ou gouverneur SL)

un infidèle nommé lousthinous (Justinus), et celui de Bidlts était Senoènd (Sarévand) , fils à^Iovhannès le patriarche (ou patrice ? AjjLL ^j^^ jf ^jjA (700). Le prince (ou mélik^ vice-roi) de MoûiCke et de Szaszoun était un autre infidèle appelé Sana^r (710). Us avaient pour chef et pour commandant lousthinous (Justinus), prince ou gouverneur J^L d'Akhlàth. Celui-ci avait

désigné pour son successeur sa fille nommé Tharoufie \jjj^ (711). L'auteur de l'ouvrage intitulé Conquêtes des viUes rapporte que le père avait l'intention d'unir sa fille par les liens du mariage à son cousin Bogoz (Paul), fils de Serwènd (ou Sarovand), gouverneur (prince) de Bidlts; mais la fille était passumnement éprise de Mouche, fils de Sanaçar (712), qui était un jeune homme paré du manteau de la beauté, et orné du bijou des grâces et de la magnanimité.. Lorsque les princes infidèles envoyèrent leurs fils au secours de Miriame ^^^ (Marins), fils

de Daràb, wâly (prince) d'Amide, Tharoun (713) reçut également l'ordre de prendre part à cette campagne, comme lieutenant de son père (au nom de son père). Lorsqu'elle encontra, par un pur eflet du hasard. Mouche, fils de Sanaçar, elle laissa tout - à - coup échapper des mains de son pouvoir Içs rênes du

libre arbitre (de la retenue), se concerta secrètement avec Mouche, et s'enfuit du camppour entrer an service 4e 'Âylftz, j^^ fils de G'anèm. Elle eut rhonnenr d'embrasser Tislamisme , et pTmI fat ensuite unie à Mouche par les liens du~ mariage. Tharoun prit alors les devants avec l'entourage de ^Aylàz (714), et s'enfiiit pour aller trouver son père, à qui elle dit: «Mouche m'avait contrainte à embrasser l'islamisme , et je suis revenue à ma religion» (7 15). Elle tua son père, dès qu'elle en trouva l'occasion, et livra, sans coup férir, la place d'Akhlâth à l'armée musulmane. Serwènd (Saréwande), prince ou gouverneur J^L de Bidlis, s'étant obligé de son côté, par l'entremise à^I(mç[inna bi^ (probablement lavhannès ou Jean) ^) , à payer cent mille deniers d'or (dinars) et à fournir mille pièces s^yL d'étoffes {aL^\ hy marh, étoffes de coton) et de brocard européen ^^l v5^^' cinq cents chevaux arabes et cent bourgeois ^j^^ fit la paix avec'Aylàz (716). Les habitants domiciliés dans la ville se composent, en grande partie, d'Arméniens; et les musulmans qui s'y trouvent professent le rite du vénérable imàm CMfiy (que Dieu lui soit propice!) (71 6), si ce n'est un petit nombre d'entre eux , dont les pères et les aïeux imitèrent l'exemple des Turks, à l'époque où ceux-ci étendirent leur domination sur ce pays, et qui suivent aujourd'hui le rite du très-grand imâm J^l ^Ll

(718) Abou-'Hanifah. Les habitants de cette contrée sont généralement Châfiites. Ils sont tous passionnés pour les oeuvres pieuses et les exercices de dévotion.

Ce sont, en général, des hommes vaillants, généreux, libéraux, hospitaliers et amis des voyageurs. On a construit un oratoire (jç^ mosquée) (719) dans tous les villages musulmans où il y a deux ou trois familles de cette religion, et l'on entretient un imâm et un mtmeddsAne (720) qui récitent, et annoncent (721) la prière à toute la communauté il^cU». Ils n'ont jamais cessé

1) Cesi probablement le même Taukinna dont il est fait mention sons le règne 4a Kàalifé'Omar, dant VHisMrê uninrHR^y T. XY, p 864 et 9oiT.

Ae se conformer anx dogmes de Tislamisme, lorsqu'il s'est agi de mettre en pratique les articles du x^ode universel qui sont d'oh&r gation divine et ceux qui sont de pratique imitative. Cette bonne (tuJL pieuse) ville a produit, en tous temps, des hommes capables et distingués par leur mérite , entre autres le grand MauUa 'Âbd-u r Ra hlm Bidllcy, le modèle des hommes les plus habiles Jij^ du monde, l'assemblage des perfections morales, qui était un vrai savant jJUi^l^ (722), et qui a composé des gloses marginales «^L on ne peut plus spirituelles et subtiles sur les Mèthâli Jlk« (723). Il nous a laissé différents traités sur la

logique et la rhétorique ^Ll) Je (la science des allégories), qui

sont célèbres et qui jouissent de quelque réputation parmi les littérateurs ç'i^ 2^ le Maulla (724) Mouhammed Bèrgâfy, qui excellait dans la jurisprudence et la science du 'HadUs (re- T»xi4 cueil de lois orales prophétiques) (725), et qui est estimé des f>.M«. jurisconsultes. En fait de syntaxe^, il a composé et dédié à l'émir Chèref, prince de Bidlls, des notes marginales a^L sur Khabîzy (725) et Hindy, qui ont fixé l'attention de toutes

les classes de lecteurs ^^j^jo^; 3\ le cheïkh *Ammâr le Gaucher, le pôle des profonds théologiens, le coryphée des plus subtiles métaphysiciens, le modèle des contemplatifs (727), qui savait par coeur tous les points de droit divin 4ju^^) pU^I , et

qui était le disciple d'Abou-Nèdjîb-u ddîn Sohréwerdy (728) et le directeur spirituel {Ptr^ supérieur. Père) du cheïkh Nedjimu'ddln Koubra {7 29\ que Dieu sanctifie leurs âmes, 4^. le Maulla ^ 'Honçâm-u ddin Bidlicy, qui joignait également la pratique à la théorie, ce savant distingué jpar ses belles qualités et ses profondes connaissances ^^-ifCj ^^^ et qui, en fait de mysticité

{^Jyii doctrine des Szoufis), suivait la doctrine professée par le cheïkh *Ammâr-Iâcir. Après s'être livré aux plus complètes macérations et aux plus rudes combats spirituels CjIjpI^j CjliLj (730), il a écrit un commentaire sur le mysticisme des Szoufis (731); &*. le Maulla Idrts WHakim (le philosophe ou physicien),

fils da mauUa 'Houçam-oddin, qui remplit fort longtemps les fonctions de mounchy (732) on secrétaire des sulthans de la dynastie dn Mouton Blanc, et qui eut enfin l'honneur d'être admis dans la société intime du sulthân Sélim-Ehân. Il accompagna rétrier victorieux de ce monarque lors de la conquête de l'Egypte (733), et y composa de brillantes qaszîdeh (odes héroïques) (734) à la louange du sulthân. H a inséré dans une de ces qasmdéh les vers suivants, où il exhale ses plaintes et ses griefs (735):

(Vers.) Jusques à quand l'ignorance parviendra-t-elle à faire discréditer mon numéraire, quand c'est toi qui, en fait de valeur intrinsèque, constate l'aloi de l'or pur et celui de l'argent hors de cours? Tout mon talent ne m'a pas valu un seul grain d'Egypte (736), tandis que les ignorants pareils à des ânes en ont tiré des charges entières de pierres précieuses (737. L'Egypte est peut-être devenue une terre sacrée pour un malheureux tel que moi, car je ne suis pas digne d'enlever un seul cure-dent à ses arbres (738). Je suppose que mes services ne me donnent aucun droit (à tes bienfaits); c'est cependant par amour pour toi que je suis aujourd'hui loin de mes amis et de ma patrie. J'ai, dans l'Asie mineure (le Roûm) et en Syrie, dans le Kourdistân et le Diarbekr une foule de membres de ma famille qui gémissent et sont plongés dans l'affliction comme ton serviteur. Si je présente à quelque dignitaire un placet à l'adresse du chah (739), il se replie sur lui-même et ploie aussitôt le feuillet (le volume jU^i). 0 souverain maître de l'Egypte! puisque Jj^j ta cour est le rendez-vous du talent, il est à propos que tu don- ^' ^^' nés de l'illustration à une métropole de science ^jSc «L. Vise donc à te créer des bosquets composés de toutes sortes d'arbres, tels que sciences rationnelles, traditionnelles ou morales w^l de toute espèce (740), jurisprudence, médecine et mathématiques (741). Comment l'homme capable de faire une ascension dans les sphères célestes des sciences, pourrait-il renier l'élévation

d'/drîs?» (742).

Il est l'auteur d'une histoire persane, qui traite des actions mémorables des sulthâns othoroans, dont il a décrit la législa-' tion civile (le Nom(hcanon ou ùy^) dans le même ouvrage, oii il a réellement déployé autant d'éloquence que d'élégance. On peut dire de lui, qu'il n'a pas son pareil sous le rapport de son style coulant et facile. Comme il chante les exploits de huit sulthâns, il l'a intitulé Hechte-bihichte (les huit paradis): ce poème se composé approximativement de 80,000 vers.

A l'époque où le chah Isma'ïl le Szèfide s'insurgea et propagea la doctrine des sectaires Rafizy (hétérodoxes) ou Chiites (743), le mauUa Idris fit un chronogramme, qui se composait des mots ^^U c^^j-« Medzhéb-irndhaqq (fausse doctrine) (744). Ce fait étant parvenu aux oreilles du chah , il dit au cheikh Kémâl-uddîn lé Médecin (745) de Chirâz, qui était son confident 4^^La« et admis dans sa société intime: Écris une lettre au mauUa, et demande -lui, si c'est lui qui a composé ce chronogramme, ou non. Le mauUa s'empressa de se conformer à cet ordre, «t adressa au maulla (Idrîs) une lettre pleine de toutes sortes de facétie^ et de pointes d'esprit ci^LLl ^Jj^}. Dès que ce dernier eut pris lecture du contenu de cette épître, il se garda bien de répondre négativement (746) et dit: «C'est moi qui l'ai composé, mais la construction de la phrase est arabe

(747) et il faut lire j» I^J^ Mèdzhèbou-nahaqq (notre doctrine est la vérité même)». La réplique du maulla plut singuUèrement au chah Ismaïl, qui rendit un décret, par lequel il donna l'ordre de mander le maulla à sa cour et de l'inviter à entrer à son

service (748) C^j%; mais le maulla s'y refusa et s'excusa en adressant au chah (749) une qasssîdeh (ode héroïque), dont nous avons extrait les vers suivants:

(Vers.) (750). Regarde-moi comme un serviteur de ta famille, de père en fils, car mon aïeul a été le serviteur du tien, et entra à son service jljfL, lors de son voyage à Jérusalem u^^^ el^. Mon père est aussi un des disciples du second aïeul

da chah , car c'est de lui qu'il a appris la science pratique Jic p^r^n,

^lli; c'est également lui qui lui a enseigné les sciences spéculatives (ou qui a éclairé son intérieur /;1>I.^). Lorsque j'étais attaché au service particulier du cheïkh 'Haïdèr, il existait pareillement entre lui et ton serviteur la même sympathie qu'entre le lait (ou le miel) et le sucre (751). C'est par un heureux effet du hasard, que, partout où le nom d'Ismaïl est cité dans les versets du Livre Sacré, celui de ton serviteur l'accompagne (752). •

A\)oul-Fazl Efèndy, fils d'Idrîs, qui était orné du joyau du talent, eut l'honneur d'occuper le poste Ae DeftèrMr de Roumilie (753) sous le règne du sulthân Souleïmân, et consacra, pendant quelque temps , tous ses instants à cette fonction importante. Il avait, par hasard, deux fils tellement capables qu'il n'en exista jamais de cette nature (ou catégorie <u^ /^j' (?) Us s'embar- . quèrent un jour à Galatha et voguaient vers Constantinople, lorsqu'il s'éleva subitement un vent désespérant et une tempête désastreuse, qui sévit contre les deux fils de cet heureux père. La barque à laquelle était confiée l'existence de ces infortunés som* bra dans le gouflre du malheur, et la felouque (754) chargée des brillantes espérances qu'inspiraient ces jeunes adolescents^ n'ayant pu atteindre la rive de la maturité (de la perfection J LT), la frêle nacelle jj^j de leur vie fut engloutie par les flots de la mer du trépas. Ils disparurent et furent tellement anéantis et détruits dans le ventre du crocodile de la mort que Ton n'en eut plus la moindre nouvelle et que l'on n'en aperçut plus le moindre vestige sur la côte de l'existence (755).

(Vers.) Toutes les fois que l'homme avec le vaisseau (de la vie) submergé par la tempête (le typhon (J^^yL) de la mort, elle a rompu (cassé), à l'aide de son poignet reflété dans les vagues, le bras (la main) du (malheureux) naufragé (nageur) (756).

Après avoir été consumé par le feu de la séparation d'avec ses fil3 tendrement aimés, Âboul-fazl Efèndy tondit le fil des longs calculs <^L»* J^i> dans le grand livre ^^ de l'espérance^ et le moustcmfy (chef de département) du divan de l'Étemel , à

qui sC appliquent ces paroles du texte sacré: tcToute chose est périssable si ce n'est sa face (ou sa personne) (757) expédia le brevet de sa vie à la cité céleste de Têtre suprême, dont il est dit: C'est à Lui qu'appartient l'empire, et c'est vers lui que vous retournerez» (758). Dès lors l'ange chargé de saisir les âmes plia le volume (jU^l> la feuille?) du registre journal de sa vie (759). Le maulla Abou 1-Fazl Ëfèndy ne laissa point d'enfants mâles, . et sa race s'éteignit avec lui.

6°. Le cheikh Aboîi Thâhir d Kourdy (le Kourde), doht l'illustre maulla Noûr-tU-millèt wéddin (la lumière de la religion et de la ioiy Abd-ur-Rahmân (le serviteur du Miséricordieux) Djâ- Tixu wy. (originaire de Djâm) (760) a fait mention dans ses oU** (ex-

persan^

p. 840. halaisons) (761), était natif de Bidlîs, et son tombeau resplendissant de lumière se trouve à l'ouest de cette ville dans le quartier du Kuçoûr. *

7^. Le poète Gioukry^ qui fut attaché, pendant quelque temps, au service des princes (émirs) turkomans, qui fréquenta en suite la cour de Chèref-khân, prince de Bidlis, et qui fut enfin admis dans la société intime du sulthân Sélîm-khân. Il est cité par Lathîfy Boumy dans son Mémorial des poètes écrit en turk (762), et il a composé un poème intitulé Sélîm-nâmeh (Séli-méïde), où il a chanté les événements du règne de ce sulthân, et où il a réellement fait preuve de verve poétique:

On voit par ce qui vient d'être dit (^J»^) que la ville de Bidlîs a toujours été le lieu de rassemblement des littérateurs et des savants (ouléma) et le séjour d'étudiants ^IjJLjJld (aspirants ou candidats) et de jeunes gens doués d'heureuses dispositions ^IjLal^^. Le maulla Mouça, qui se distingue par son mérite littéraire et qui est aujourd'hui moudenris (^^-^jJj lecteur ou professeur) (763) au collège {mèdrèceh) (764) dit Gkoukrykh (du poète Choukry) a rapporté à l'auteur de ces pages, (d'après ce que lui avait raconté son aïeul le maulla chah 'Houceïn, qui avait joui d'une telle longévité qu'il avait parcouru cent, vingt étapes aL^ ou journées des postes de la vie), qu'à l'époque où Beh-

râm-big le Dzoul-q'adr, qui avait été chargé, au nom et de la part ALaLijI du chah Isma'ïl, de la garde et de la défense des villes de Adildjuwâz, Ardjîche et Barguiry (Perki?), eut des différends et fut dans le cas d'en venir aux mains avec les fonctionnaires (commissaires j^CslS) de Chèref-khân, qui se trouvaient à Âkhlâth et dans ces parages. Chèref-khân fit marcher contre lui Cheïkh Émîr le Bilbâcy. Près de cinq cents candidats ^ÀL et étudiants 4jl jJL^b de Bidlîs s'armèrent d'arcs et de flèches avec la noble intention de- prendre part à cette guerre sacrée et à cette expédition (gada \jc) contre les infidèles) et marchèrent, en conséquence, sur Ardjîche sous les ordres de Cheïkh Émîr.

Tout le monde s'accorde à dire qu'il serait impossible de décrire la salubrité de l'eau et de l'air dont jouit cette ville: la beauté et le riant aspect de ses jardins et de ses édifices ne sau-. raient se dépeindre, de sorte qu'ils ont été chantés par le mauUa ^Abd'Oul Khallâq (le serviteur du Créateur), le cheikh ul -Islam (patriarche de l'islamisme ou Grand moufty) (765) le plus savant des mortels; et celui-ci était le khalifa (vicaire ou successeur) du cheïkh 'Abd-allah Bèdekhchâny (du Bédekhchân): leurs tombes resplendissantes de lumière se trouvent dans le voisinage du Gueuk^Tn&dân (hippodrome céleste), et sont un lieu (de pèle- Jf^'J^J; rinage) où les prières des fidèles sont toujoures exaucés. Leur

règle ou ordre aLJL (chaîne) , en fait de mysticisme sjyoi , remontait au cheïkh Roukn-u ddîn (pilier de la religion) 'Ala-u ddaâlèt Sèmnâny (de Sèmnân), que Dieu glorifie son glorieux tombeau! Le dit maulla'Abd-oul Khallâq',. disons-nous, a consacré à la louange de la pureté de l'air et d^ l'eau , et à l'éloge des charmes de la ville de Bidlîs quelques vers que lui a inspirés son génie qui semait des pierreries, et qui sont le fruit de ses précieuses méditations (766).

(Vers.) Ah! quelle ville que Bidlîs ,* dont l'eau et l'air ont couvert de honte et de confusion l'eau de la fontaine de vie découverte par Ehizr et l'haleine vivifiante de Jésus! (767). Quel

séjour délicieux et pur, qui a fait disparaître de la surface de la terre le riant jardin d'Irèm! quels pays que celui-ci! car, du moment oùja chèvre musquée a entendu vanter son doux parfum, elle s'est décidée à abandonner, à l'instant même, le désert de Khotèn, pour étaler dans ces parages sa vessie de musc (son nombril musqué) (768). Le zéphir matinier lui dit: quelle idée fantasque et chimérique que la tienne! (769) La poussière qui couvre ce pays s'est changée tout d'un coup en musc de la Chine: n'y va donc pas, car ta marchandise n'aura pas plus de valeur que la poussière (770). Quel sol que celui-ci! car la terre y est tellement bonne et pure, que le zéphir y est venu, il y a un siècle {Cééuj^;^ il y a une vie d'homme), de la roseraie du paradis pour transporter dans le jardin de l'éternité ji^ de la poussièi'e de cette contrée pleine de pureté, afin de l'employer comme de l'ambre (du galia ^jj^\ «JU) destiné à parfumer les boucles des 'hoiiris (771); mais il eut beau errer dans ce riant séjour; l'eau pure et limpide qui l'arrosait ne lui permit pas d'y trouver un grain de poussière.

Quoique les habitants y soint incommodés, pendant quelques mois d'hiver, par l'abondance des neiges, l'intensité du froid et l'épaisseur des brouillards (772), l'air n'y est cependant pas assez froid pour que les hommes en soient affectés. Les habitants de cette ville, pauvres ou riches, étrangers ou indigènes, y brulent tous du bois (773). Une charge de mulet (774) de bois se vend une drachme (un dirhèm) d'argent, c'est-à-dire douze aspres 'othomans. On y consume également du bois dans les bains. Il arrive quelquefois au coeur de l'hiver, que les chemins sont tellement obstrués et encombrés par la neige, qu'il est impossible 2v«i« aux allants et venants d'y passer. Depuis les temps les plus an- ^Tw?.* ciens , les sulthâns (souverains) renommés pour leur justice et les khaqâns (potentats) devenus célèbres pour leur magnificence iI.«tiM,>, ayant eii vue d'assurer à l'avenir la surveillance et la garde des chemins ont exempté et dispensé les infidèles et les musulmans de cette ville de tous les impôts introduits par le

pouvoir arbitraire da souverain f œurf) et de ceux établis par la

législation religieuse a^x^ ^jc c>JIû {tékiâlif-i-^ oeurfU (775) wè chè'fié: ils ont cité (allégué), à cet égard, des exemples et des décisions basées sur la loi religieuse ainsi que des décrets et des fiiinans immuables, qui frappaient d'anathème les contrevenants (776). Les princes de cette ville ont fondé un grand nombre d'établissements de bienfaisance (ou d'utilité publique), tels que mosquées (ou oratoires, mèsdjid)^ collèges (mèdrèceh)^ couvents j^'^i (777), écuries ou hangars en bois pour les chameaux ^lii», bains et ponts, de sorte qu'il y a aujourd'hui, intrà murosj vingt-un ponts en pierres de taille (778), qui facilitent la circulation des habitants: cette ville renferme en outre seize

rues ou quartiers «Lf , huit bains, et possède quatre grandes mosquées cathédrales ^U (779)^ dont l'une était depuis les temps

les plus anciens, l'église des Arméniens. Lors de la conquête de la ville par l'armée musulmane, cette église fut convertie en n^âéid (temple de la dernière classe), et ou lui donna le nom de Qi^-^nèsdjid (mosquée rouge). Il y en a une autre qui a été fondée par les Seidjouq'ides , et qui porte une inscription en caractères coufiques indiquant l'année de sa fondation (780): on la nomme ai^T «^L. (vieille mosquée cathédrale). L'émir Chèms-

uddtn, prince de Bidlis, en a fait une autre avec une cénobie xj^Ij à côté de la place nommée jjl ju^ ^^f Ouevk-mêidân. On l'apelle Ghèmsyiè (du nom de Son fondateur) (787). La quatrième est la grande mosquée ou djâmt (cathédrale) dite Ghérèfyié. Elle a été fondée par Chéref-khân, aïeul de l'humble auteur de ces lignes, avec un collège {médrèceh) et une cénobie ajjIj dans

le quartier a1^ de Mârdîn: il lui a donné le nom de Ghérèfyié. Ces mosquées cathédrales {djâmi') ont des imûms (prieurs) et des mauëddisines attitrés, dont chacun touche des appointements considérables. On ne sache pas que, depuis l'introduction de rislamisme jusqu'à ce jour, on ait jamais manqué d'y célébrer le vendredi et d'y faire la prière en communauté iI-cU».

Il existe en outre cinq collèges {mèdrècéh) à^jj^ «^L ^ dites Khathibyiéh (du prédicateur), ' Hâdjy-biguyiéh aX ^ji^U (782), Gkouhryiéhj Idrîcyiéh et Ikhlâszyiéh a^'^I (du sincère dévouement?) (783). Ce dernier a été bâti à neuf par ordre de l'humble auteur du présent ouvrage et achevé en 999 de l'hégire (Â. D. 1590—1), à côté de la cénobie dite Ghèmsyiéh, Il est actuellement plein d'étudiants {^J^ candidats ou aspirants). ^

L'enseignement ^^^jj» est confié, dans ces collèges, à des 7<«^ mouderris (lecteurs ou professeurs) aussi distingués par leur ta-

lent 4l.J.rtf que par leur éloquence. La place de mouderris du collège dit Vhérèfyiéh^ entre autres, est occupée par l'illustre mauUa IChiar le Bèby (B. 0. ,jl>^ le Khizâny) (784) qui n'a pas son pareil dans la science qui traite des principes fondementaux et des conséquences pratiques ^j^j J^l de la jurisprudence

GhàfCite^ dans la connaissance de l'exégèse ^/^^^^ et de la loi orale (IJpdUe). Il est certain que quiconque a étudié (0. étudie) sous ses auspices est parvenu au degré de prefection. La mèdrècéh dite IkUâszyish dépend ^^Lm de l'illustre maulla (0. .omis) Âh-med Chérâfu^y (sic) (785). Il est célèbre parmi ces savants du Kourdistân pour la noblesse de son caractère vl^^ et l'élévation de son rang; et il est on ne peut plus habile en fait d'exégèse, d'astronomie, de logique et de métaphysique. La chaire de mouderris à la mèdrècéh dite 'Hâdjy-biguyiéh est coqfièe m maulla Mouhammed Zerraqy le Szoûfy, qui a peu d'égaux en fait de jurisprudence, de piété, de dévotion, de véracité (loyauté) et de droiture.

Le collège dit Idrîcyiéh a pour mouderris 'Âbd-allah connu cous le nom de éiij Béchk (le mélancolique, l'atrabilaire?), c'està-dire oL« ^^ Mâ'î-^iàh (le mal noir, la mélancolie) (786). Il a conclu avec la Porte, par un moyen quelconque ^JL S^ (?), un traité qui est à son avantage, et il est muni (il tient entre les

mains) d'un trevet à.perpétuité (ou dUnamovibUUé j.^u ûl^). Ce mouderris occupe également le premier rang dans la branche

d'instractioD à laquelle il s'est voué :>^ ^i j^ en fait de connaissances humaines Jf Ui ^yii j^.

H se trouve en outre dans cette ville près de huit cents boutiques (ou ateliers) occupées par une autre classe d'hommes habiles composée d'artistes et d'artisans. II y a également à Bidlis une multitude d'établissements de bienfaisance (ou d'utilité publique ^ tXL). Le mir-i-mirân (gouverneur général) de Vân

Ehosrew Pacha, qui était l'architecte de la justice, le dispensateur de bienfaits et des grâces, la source d'où émanaient les œuvres de bienfaisance et de charité, le refuge des dignitaires auxquels sont remis le tambour et le drapeau (787), l'asyle des hommes distingués par leur mérite et leur science, le mandataire de l'autorité du sulthân , le dépositaire des secrets de Sa Hautesse le Khaq'ân (que Dieu lui fasse grâce et miséricorde!) a principalement fait construire dans cette ville des bains composés de deux corps de logis ^U» ilJi» dL en marbre, deux khâns

^U i^j> j> ou caravanséraïs, à peu-près cent boutiques ou ateliers ^1^ wL ju> à double façade ajj^^:>, deux tanneries (788), et outre cela d'autres établissements productifs û^^ULm (?), qui seront, comme, on peut se l'imaginer, d'une utilité générale (789). H affecta toutes ces fondations, à titre de legs pieux, à la cénobie de Rahwa. Ses bâtisses et ses monuments ont singulièrement contribué à l'embellissement de la ville de Bidlis. Mouhammed Djàn Efèndy, qui, dans l'origine, était du nombre ,^, des q'àzis et des fils de bonne famille de cette ville, ce savant''' plein de talent, renommé pour son éloquence et doué des plus belles qualités morales ; lui , qui , de père en fils , a occupé les plus hautes dignités et a été investi des fonctions les plus éminentes, a composé, sur l'époque de la construction de son imârèt (de la fondation pieuse de Khosrew-pacha) un chronogramme formé des deux mots (790) dj)^^^ ^Lj Bénâ-î Khosréwânéh {Fondation ou édifice digne d^tm Ghosroès ou de EJiosrew). Abstraction faite de la création de ces fondations pieuses, il entreprit encore deux autres œuvres importantes (791), qu'il acheva

en peu- de temps, de manière à se concilier les suffrages et les éloges de tous les mortels, savoir V. Vlmârèt (hôtellerie ou hospice) (792) de Rahwa, qui se trouve entre le village ^^ (petite ville) de Tatwàn et la ville de Bidiis. Elle se compose de deux vastes caravansérals , d'une grandiose mJ^j cénobie ^jj^

fjLfb) ^^ J^^^^ ^^^^^ f^ vM^' d'une petite mosquée (mèsdjid), qui recrée Tàme, de dix boutiques d^artisans. Il y amena Peau d'une source située à environ douze mille coudées de distance, et contribua, par ce moyen, à la prospérité , à la culture et à la population de ce lieu. Il y colonisa une trentaine de familles infidèles (793) et musulmanes. Ces localités et ces terres, qui avaient été octroyées, à titre d'apanage (ou de domaine transmissible L.JGL), à Khosrew-Pacha par la généreuse munificence du défunt sulthân Mourad-Ehàn , furent érigées par lui en legs pieux affectés à sa fondation (794). On y alloue de la Gkourba (ou Tchorba soupe) (795) du pain et le luminaire nécessaire (êi^

la lampe) aux allants et venants (796). Ëmtrs, notables CjLcl^ Turks, Tâdjiks, Arabes, Persans, esclaves, hommes libres, concitoyens ou étrangers, tous en un mot, quelle que soit la personne qui y reçoit Thospitalité pendant une nuit, y sont traités d'une manière conforme à leur position sociale. C'est effectivement un asyle extrêmement nécessaire (797), indépendamment des quelques villages Llji et du grand nombre de caravansérals qui se trouvent entre la ville et Tatwân (798), car la neige y tombe en si grande abondance et le froid y est tellement intense que les notables de Bidlls y ont fait mesurer, une année, la hauteur de la neige , toutes les fois qu'il en tombait , et ils en ont trouvé, pendant tout l'hiver, soixante palmes ou empans («^^j) (799). Nous voulons prouver par là qu'il périssait, chaque hiver à - peu - près, plusieurs marchands et voyageurs. Quelques moj^^, narques (sulthàns) et généreux princes, particulièrement les iliTSiô; lustres aïeux et ancêtres de l'humble auteur de ces lignes, ont eu plusieurs fois l'intention d'y fonder une 'itnârèt (hôtellerie

OU hospice); ils en ont même maintes fois jeté les fondements; car on y voit encore anjoard'hui des mars et des parois, dont la

hauteur dépasse la taille d'un homme, mais ils sont restés in-

achevés par suite de l'inconstance du temps et des troubles (politiques) qui ont éclaté dans le monde, et l'on n'y a pas encore mis la dernière main (800).

(Hémistiche) Qui aura ce bonheur? à qui écherra ce lot ^jj?

n y a déjà plus de vingt ans aujourd'hui qu'il n'a pas péri une seul âme à Rah'wa; grâce aux fondations pieuses du défaut pacha. Les pèlerins, les visiteurs (touristes) et les marchands y circulent commodément et en sûreté.

2^. Ce pacha a fondé et achevé dans la ville de Yân une magnifique mosquée cathédrale ««L, uit collège, un lieu de sépulture (un cimetière?) et une cénobie, où il a installé des 'hafiz (qui savent tout le Q^oran par cœur) (801) doués de voix sonores; un hhaiMb (prédicateur récitant la KkouthbS) un pieux moueddjsme sachant bien Ure, et dont l'organe est aussi doux que mélodieux, des modjâmrs (marguilliers) (802) polis et affables. Il a assigné à chacun d'eux un traitement proportionné à leur capacité. Après avoir récité les cinq prières prescrites par la loi pour le repos de l'âme glorieuse de ce pacha, ils s'occupent à lire la salutaire (803) Fâti'ha (surate à^ouverture du Q'oran). Pendants les nuits du vendredi et du lundi ils récitent en entier (804) l'antique parole de Dieu (le Q'oran), en l'honneur du gêné-

reux fondateur, et il n'y a point de doute que sa grande âme n'en reçoive la recompens.

3**. C'est encore lui qui â été le guide et le mentor de l'humble auteur de ces lignes, qui, pendant quelque temps, avait été égaré dans le désert de V erreur ^) , et submergé dans la mer du rqpentir, avec un grand nombre de fidèles de la grande tribu Roujéguy, et qui, durant à-pen-près quarante quatre ans, avait

1) Ce passage me semble encore prouver qae Chèref-Q^ddîn Bidlicy était de- ▼ena Chiite (ou êehismoHque musulman) pendant son émigration en Perse.

été forcée, par rasarpation (la tyrannie) des étrangers J^K d'abandonner ses amis, sa patrie, ses propriétés et ses domaines (805) pour se réfugier dans le pays des Çf izilbûches , où il a été condamné à entendre les propos mensongers des vils et blâmables sectaires de cette nation (806). C'est ce généreux pacha, qui, par son active et chaleureuse médiation, a ramené cet infortuné (auteur) du haUier des étrangers dans la roseraie sans épines de Vislamismey dans sa patrie (ses foyers) et dans la résidence habituelle de ses illustres pères et aïeux. Nous voulons dire par Ti»u là, qu'à l'époque où le défunt sulthân ramena (rappela) son paup. 851. Yve serviteur de la principauté de Nakhidjéwân dans le pays de l'islamisme, et lui promit le gouvernement {VHâlèt) de son domaine héréditaire, ce fut pftr l'intermédiaire de Khosrew-Pacha. Il se donna tant de peines et fit tant d'e£f6rts pour y parvenir, qu'il serait impossible de s'en faire une plus haute idée (807). C'est ainsi qu'un millier d'individus des deux sexes, tant vieux que jeunes, qui depuis nombre d'années, adressaient au Très- Haut (qu'il soit glorifié et exalté) (808) leurs ferventes prières pour lui demander la grâce de rentier dans le pays de l'islamisme , eurent l'honneur d'obtenir ce suprême bonheur et cette insigne faveur, conjointement avec le pauvre auteur: grâces en soient rendues à Dieu! ^

La ville de Bidlis possède en outre un grand nombre de cantons et d'alentours extrêmement agréables, entre autres le canton à*Alchlâth^ (809) dont la ville même est antique et a quelquefois servi de résidence aux rois d'Arménie. Du temps de Nouchiréwân, le gouvernement (ou la préfecture CJ\J) de cette province dépendait de son oncle Djâmasp. L'air d'Âkhlâth est extrêmement agréable : il s'y trouve un grand nombre de jardins fruitiers ^Ua*cL, qui produisent toutes sortes de fruits succulents, principalement d'excellents abricots et de délicieuses pommes, dont une seule peut peser jusqu'à cent drachmes et même davantage. On y récolte beaucoup de pommes et de poires de toute espèce, dont les premières sont renoiAntées en Arménie et

dans l'Adzèrbaïdjân (810). On y trouve des vestiges (811) de nombreux établissements d'utilité publique, tels que des mesdjids (temples de la dernière classe), des collèges, des écuries ou hangars en bois pour les chameaux et des couvents ^1^- Cette ville a de tout temps donné naissance à de saints personnages (pU^I des amis de Dieu), à des 'ouléma (docteurs de la Loi) et à des cheïkhs. Nous citerons entre autre le seïd'Houceïn Akhlâthy, qui était le coryphée des savants de son siècle en fait de sciences pratiques et spéculatives. C'était sur tout un des hommes les plus célèbres de son temps pour la connaissance du Grand Ljefr *) «*L ^ (8 1 2). Par suite des vicissitudes de la

fortune et des désastres Cil^ occasionnés en Perse et dans la Transoxane par l'armée dévastatrice de Djinguiz-Ehàn, ce seïd prédit, à l'aide de la science du Djefrdjâmt (grand Djefr) ces troubles et ces calamités avant qu'ils n'arrivassent, et il s'expatria pour se rendre en Egypte avec environ douze mille familles de ses disciples et de ses adeptes, du nombre de ses parents {J^\ goums) et de ses amis, et il y passa le reste de ses jours ^ (813), jusqu'à ce qu'il quitta ce monde, où il occupait le rang de '•*^' seld ^Li O^L».. Son tombeau resplendissant de lumière s'y trouve encore, et il y a aujourd'hui k Miszr (au vieux Caire) un quartier nommé le quartier des Mhiâthiens.

Parmi les hommes de talent /j^ originaires d'Akhlàth , on compte encore le mauUa Mouhy-ùddîn JkMâthy^ qui était un des hommes les plus habiles de son temps dans toutes les branches ùy^j^ d^s sciences spéculatives ou ésotérigues ,^Lj et en astronomie. Lorsque le khaudjah Naszir-u'ddln Mouhammed de Thôûs commença la construction d'un observatoire à Mèrag a-lez- Tébriz et à dresser des tables astronomiques conformément aux

1) Snr cet ouvrage célèbre attribué à^Âly voyez VEiataire unioersàleyT. XY, p. 558. Mr. le capitaine d'artillerie A. Nicolas a inséré dans le cahier de jnin 1862 du Journal asiatique une note sur renseignement «et sur Pinçtruction supérieure

en Perse (p. 472 à 481) où U fait mention (p. 479) de Vnm-irdjqfar ^ Je

aeience divinatrice, au moyen des lettres du calcul djoumd.

ordres de'Houlâgou Khàn, il y appela le maolla d'Akhlàth et mena, arec lui, cette entreprise à bonne fin. Leurs collaborateurs furent Mo^uayld-uddln ^ Ouroûzy {membre du bureau des Lotitudes) et Nedjm-tfddîn Débirân (j\j^:^ de Q'azwîn (814). Mais la ville d'Akhlàth fut détruite (ou ruinée fj^)k la suite de plusieurs désastres Ol^ dont elle fut le théâtre à l'époque de la naissance j^L (apparition) de l'islamisme. Dans le courant de. l'année 626 de l'hégire (A. D. 1229) le sulthân Djélàl-uddin Ehaurizmchâh l'enleva de vive force aux Seldjouq'ides et massacra un grand nombre de ses habitants (8 1 5). L'armée mongole y vint ensuite, la prit à son tour, et y exerça des massacres et des ravages incalculables (816). En 614 de l'hégire (1246*^7 de J. C.) la plupart de ses édifices furent détruits par un grand tremblement de terre. En 955 (A. D. 1548), le chah Thahmasp assiégea, au cœur de l'hiver, le château d'Akhlàth, l'enleva aux officiers (commissaires (jKjLiLT) du sulthân Soulelmân-Khân, et donna l'ordre d'en démolir la citadelle, qui fut rasée dans l'espace d'une heure ^). Le sulthân Soulelmân-Khân, le vaillant champion de la foi, abandonna ensuite l'ancien châtean et la vieille ville, et fit bâtir une autre forteresse et un nouveau château au bord du lac; ce qui fut cause que l'ancienne viUe tomba entièrement en ruines , et la nouvelle bourgade ne devint pas non plus très-florissante (817).

(Vers.). Le monde est une hôtellerie délabrée située sur le passage d'un torrent: ne te figure pas qu'il soit possible de la rebâtir avec une poignée d'argile.

^«<« Quel que soit le lieu oîi l'on fouille actuellement le sol (818) jr, 858. ^g 1^ vieille ville , on y découvre des ruines de quelque ancien édifice OjLc, tel que palais, caravansépal, ou bains en pierres de taille et en marbre artistement travaillé.

Un autre canton de Bidlis est celui de Mouche ^^ (8 1 9). C'est une ville dont la construction est ancienne (820), et l'on

1) Hammer Geschkhte des osmanischen Reiehêft^ T. III, p. 285—286.

y aperçoit les vestiges de son ancien château et de sa citadelle ^L». A l'époque où elle était au pouvoir des pères et des aïeux du malheureux auteur de ce volume , ils fondèrent le château de Mouche sur la cime d'aune montagne, située à une pharasange à peu près, au sud de la ville: elle fut longtemps florissante (821). L'héroïque ^jU sulthân (Souleïmân) détruisit postérieurement '

Jli) ^iJ jji ce château et fit restaurer la moitié de l'ancien, qui était situé au sommet d'une colline, à l'ouest de la ville. On y mit environ cinquante hommes de garnison, avec le commandant Jl^y^, un économe <j«v^ (822) Nèwbètdjy et tout le matériel nécessaire (823). On donne, dans l'idiome des Arméniens, le nom de Mouche au brouillard {doumân ù^^) (824). C'est à cause des * brouillards qui y régnent fréquemment que les arbres fruitiers y sont plus rares, mais il y a des vignobles j^l vI*LcL aUx alentours de la ville On y a planté de la vigne au sommet de la montagne et de la colline (?) (825), car on ne l'élève pas au-dessus du niveau du sol. Si on la renverse sur du bois (c'est à dire si on l'échalasse ou la met en treilles) (826), ou si on la plante dans un terrain plat, elle ne donne point de fruits. Ce terroir produit beaucoup de grains , et surtout du millet en très-grande quantité. Cette ville a une belle plaine et de riants pâturages (ou de riantes prairies ^Ijilc). Les ra'ïas (agriculteurs) de ce pays nourissent un grand nombre de vaches (ou bœufs), de moutons et de bufles, de façon qu'ils attachent à chaque paire de bœufs (?) qu'ils désignent sous le nom de (jij^ {Ooutân ou Oaîvtân) vingt quatre vaches Ji^et bufles (827).

La plaine de Mouche est désignée par les Turks sous le nom de Mouche Owacy (828): elle peut avoir approximativement dix à douze (829) pharasanges de longueur sur quatre à cinq (830) de largeur. C'est un terrain plat et uni émaillé de fleurs et d'herbes odoriférantes, entouré (831), de tous côtés, démontagnes couvertes de vertes et riantes forêts. On y trouve , . en toute saison, des slpes {Cj\i%i jcMdqs ou plateaux) couvertes ^

de neige, des sources d'une grande fraîcheur et une multitude de rivières, si bien que l'Euphrate venant du côté nord de cette plaine (en allemand Aue), en traverse le tiers et coule vers le midi. Une rivière nommée Qarorszau (eau noire) (832), venant du mont Nîmraûd (Némrod) situé à Test, passe au milieu de la plaine (833), et va se jeter dans l'Euphrate. On prend dans ses montagnes des faucons blancs d'un haut prix et sans pareils: cette plaine semblable au paradis et ces prairies aussi riantes que le jardin de l'éternité (834) produisent toutes sortes de gibier et de poissons (835).

(Vers.) Le bois qui l'environne est un vrai paradis, au pied duquel est attaché un second Kaiitzèr (836). Le parfum qu'on y respire invite au repos. Le sol y est exempt de toute souillure; le basilic jUfj (837) s'y couvre, chaque année, d'une nouvelle verdure. C'est un lieu toujours délicieux et plein de charmes, qui sert de pâturage aux oiseaux de ces parages. Fallût-il te procurer du lait d'meau^ c'est là que tu en trouverais. On en a pétri la terre avec le jus de la vigne (838): on dirait qu'on y a semé du safran.

Des villages arméniens de cent feux à peu près se trouvent côte à côte dans cette plaine verdoyante. Le pied de la montagne qui l'entoure est couvert de villages musulmans. Les droits qu'y percevait le fisc du temps des monarques Tchinguizîdes se montaient, au dire de 'Hamd-uUah le Moustaâfy, à soixante neuf mille cinq cents dinars (deniers d'or). Lorsqu'on procéda, sous le règne de l'héroïqne sulthàu' Souleîmân Ehân , au cadastre ^j^ et à la révision j^^jL de la province (principauté) de Bidlis, il constata, qu'abstraction faite des villages affectés aux legs pieux et aux domaines impériaux, mais en tenant compte du tribut (âéi^) et de la capitation (kharâdô) de quatre mille infidèles payant chacun, sur le pied de l'ancienne taxe, un tribut de soixante-dix aspres par tète, la somme totale se montait à quinze cent trente-trots mille trois cent vingt-qtMtre (1.533,325) aspres

(839); et chaqae douzaine d'otemâny vaut on mUeqâl d'argent pur «>i (840). ' • ■

On rapporte qu'antérieurement à l'introduction de Tisla- p*rs<tn, misme, et dn temps des gouverneurs (ou princes ^Is^) arméniens, un certain personnage, qui était alors gouverneur (ou prince) de Mouche, passa un jour ses troupes en revue, et il se trouva dans son armée six cents chevaux pies (<u^l bigarrés où truites) ^ et il témoignait encore le regret que Mouche n'eût point de gouverneur ni de maître ,^»Lo qui fût bon administrateur ^^jj L (?).

Khnom (Ehonos) (841) est un autra canton notable de Bidlîs, qui possède des alpes (jaUâqs ou pâturages d'été) d'une grande étendue, entre autres ceux de Szou-Chehry (ville de l'eau?), de Bîne-gueul (ou des mille lacs) et un autre nommé

j»j\\ ^jL Ja» Djèèèl-i'Chèref'Uddin (842) (ou montagne de Cbèref-u'ddîn), qui servait de quartiers d'été aux uloûs kourdes du temps des aïeux et des ancêtres de l'auteur de ces pages, et dont ils tiraient un grand revenu. H y a encore dans ces parages deux sources, dont l'une produit du sel blanc et l'autre du sel rouge. On en tire, chaque année, quatre cent mille 'otzmàny(?) (843). Quant aux droits qu'y perçoit le fisc, ils sont égaux à ceux de Mouche , quoique les ra lâs arméniens y soient moins nombreux; mais la plupart des villages et des terres, labourables y ont été . concédés à des feudataires cliil et à des Timariotes: il s'y

trouve actuellement près de quatre cents feudataire^

Le canton de Ehnous produit des chevaux de race arabe (ou des chevaux de course ^jU); mais les terres de cette contrée ne produisent rien d^aulxe que du grain ait.

On compte au nomt|re de ses curiosités oL)^ un lac nommé Botdâniq guetd (lac trouble), qui peut avoir approximativement une pharasange de tour, et dont l'eau est continuellement bourbeuse et rougeàtre. 11 en est de même de la rivière qui sort de ce lac et qui est teUement limoneuse qu'il est impos* sible de la clarifier. Il y a entre le Bonlâniq gueut et Âkhlâth,

2tt

un autre lac que l'on aj^elle Nâeuk (Joli), et dont l'eau est ex-

trêmement pure, facile à digérer et limpide (844). EUe se gèle à

un tel point en hiver, que les caravans peuvent, pendant quatre

persan, uiois , j circuler sur la glace. A rapproche du moment où il

porte la charge qui rompt la glace (845), on en entend la détonation (le fracas) à environ trois pharasanges de distance. Lorsque le lac s'est débarrassé de sa glace, l'air devient plus tempéré, et il sort du lac une multitude de poissons qui entrent dans les petites rivières, dont l'eau entraînée par le courant va «'y jeter (846). Les habitants du pays viennent alors tous y pécher autant de poissons qu'ils en veulent, de sorte qu'un seul homme en prend facilement quelques charges (kkèrtvârs) dans^ l'espace d'une journée. La chair de ce poisson est délicieuse et il a plus d'une demi-coudée de longueur. Ce qu'il y a de curieux (de singulier), c'est qu'il a dans le ventre un oeuf de poisson qui produit le même effet que le poison sur tout homme ou tout animal qui en mange. Plusieurs personnes qui en ont un peu goûté o^^JjUJen présence de l'humble auteur de ces lignes, sont restées évanouies pendant vingt-quatre heures. Elles prirent enfin des antidotes (thériaques) et furent soulagées à la suite de nombreux vomissements. Les employés du divan impérial (847) ont plusieurs fois voulu louer au affermer la pèche de ce lac: ils l'ont même louée de notre temps, dans l'espoir d'en tirer un revenu considérable au profit du fisc; mais il n'y eut, par un effet du hasard, aucun produit ces années-là,, car le poisson ne sortit pas du lac (848).

Il se trouve, au nord de Bidlts, entre Moftche et Akhiâth, nne grande montagne connue sous le nom de LjëbH'i-Nifnroud {TAont- Nemrod) (849). On prétend que Nemrod passait i'hiver à Bdha (Ëde8se)L^(850)^) et prenait ses quartiers d'été sur cette montagne, n fit bâtir au sommet de cette montagne un château fort, un 'imdrèf (édifice?) et un palais dignes d'un monarque (851), où il

1) Petis de Lacroix, Histoire de Tiaumrhee par Chérefeddin, Liv. m, ch. 86, p. 263, Hammer^ Oeaèh. des Oswum. Beiehes, T. I, p. 280.

passait la plas grande partie de son temps. Lorsque Nemrod fat en batte au eourroux divin, le sommet du mont fut renversé (s'écroula et fut) tellement rabaissé au niveau du sol (environnant), que le château et Vimârèt (édifice) furent engloutis par nxte l'eau, quoique la montagne s'élevât de deux mille coudées au- p«^^dessus du niveau du sol (adjacent). Celui-ci s'est effondré, au milieu de la montagne, à environ 1500 coudées de profondeur, et il s'y est formé un grand lac, dont le diamètre occupe une superficie de cinq mille coudées légales (852) et même davantage. A cause du grand nombre de rochers, de bois et d'arbres qui l'environnent, les hommes ne peuvent y circuler que par deux ou trois chemins différents; ceux que suivent les bèteg de somme (Ljl» quadrupèdes) se réduisent au nombre de deux (853). L'eau du bassin ^t extrêmement pure et fraîche, mais si l'on parvient à en fouiller le bord, il en sort de l'eau chaude, n y a fort peu de terre, car ce n'est que pierres à côté l'une de l'autre (854). Elles appartiennent toutes à l'espèce du charbon de pierre (pierre noire); d'autres (lisez ^y^j) sont une espèce de pierre noire que les Turks nomment déveh guenty ( cul de chametfu (ou déveh gueuzy^ oeil de chameau). Les trous (pores) en sont remplis d'une matière semblable à du miel en rayons, qui &'y est endurcie, d'autres sont légères comme de la pierre noire (du charbon de pifrre (855). On voit au dos (au versant «Z^ j>) de la montagne, du côté du nord, sourdre, en bouillonnant, des eaux courantes (wl ^^^l^ des courants d'eaux) chaudes >^ (?) , noires et épaisses comme la gueuse ou le mâchefer (?), qui' sort du fourneau de fusion des|^rgêrons. Elles l'emportent sur le fer en pesanteur et en dureté, et s'écoulent au milieu de la montagne, dès qu'elles ont jailli de terre. Cette matière parait s'accroître et augmenter d'une année à l'autre, comme le croit l'auteur de ces lignes. Elle a plus de trente gmz de hauteur sur à-peu-près cinq à six cents coudées de longueur . ^e sort de terre en plusieurs endroits différents; et si quelqu'un veut en détacher des morceaux (ou fragments qui aient le

le poida d'un menn (une mine), il n'y parvient qu'avec infiniment de peine: Le Très-Haut est tout puissant (856) qu'il soit béni et glorifié!

PKEllÈltE SEGTIOil OU LICIE JL..

Détails sur la grande tribu Eouzéguy: motif pour lequel

elle a reçu ce nom.

\ Il n'est pas resté caché à l'esprit éclairé des cavaliers qui

Texu parcourent l'hippodrome de l'éloquence, ni au génie scrutateur ^' ^^^ des champions de l'arène de l'élégance, que Roueiguy est un mot appartenant à l'ancien dialecte Déry. Quelques auteurs l'orthographient aussi f^jj Boudjégwy et ^^J^jj Boûchéky avec un djime (Dj) et un chine (Gh) (857). Qttand à Bouzéguy^ ce mot signifie, dans le principe, un jour \ et les deux lettres ^^ guy placées à la fin du mot jyj roûze (jours), ne sont autre chose que le gaf et le ja d'unité, de même que l'on dit Khaudjaguy, (per-^ déguy) et d'autres mots semblables (858). Quelques éloquents rhéteurs soutiennent que les lettres kâf et ja (ky) s'emploient aussi dans le dialecte Farsy (de la Perse proprement dite) comme signe du diminutif. Il est possible que l'orthographe de ce mot, en récrivant avec un djime ^ soit conforme à la règle adoptée par les hommes de lettres arabes, qifl, toutes les fois qu'il se présente un J {j) dans un mot dèry^ le changent en un djime: la lettre chine {ch) s'accorde avec le génie des écrivains kourdes (859). Les auteurs les plus dignes de foi constatent, et^il est effectivement consigné dans le texte épuré des annales «t des histoires (860), que la grande tribu (861) Boujêguy s'est formée en un seul jour de vingt-quatre petites tribus (qabUeh) kourdes au lieu nommé Thûb ^U>, qui est une des dépendances du canton de C^y> Khoite (862). Elle se partagea en deux sections ô^: douze branches de cette peuplade reçurent le nom de BitMcy^ et les douze autres, celui de Qawâlicy BilbHs ^j*^ (863) et Çfawâlis sont deux villages de la principauté i!^^^ 'Hakkâry.

Ce sonfr, d'après tine autre versioiL, les noms de deux grandes tribus faisant partie des peuplades <Je'^4 Sàbân, En résumé, lorsqu'elles se furent rassemblées, dans le principe, à Thàb, et qu'elles eurent partagé entre* elles, pièce par pièce, les terres de cette contrée, elles restèrent très-unies, et vécurent en bonne harmonie et en bonne intelligence {mot-k-motieUesn^eurepiqu^îm setd coeur) j ne formèrent qu'un parti et tinrent toutes le même langage. Elles se donnèrent un prince ^^^ pour les gouverner et commencèrent à s'emparer de tout le pays.

n est reconnu aujourd'hui, .que tout individu, qui n'obtint pas un ^ lot de ces mêmes terres lors du partage opéré dans le village de Thâb, n'est pas Rouzéguy d'origine. Après avoir passé leur tête dans le licol de l'obéissance à leur prince, elles se mirent à faire des conquêtes. On rapporte qu'à cette époque, le

prince de Bidlis et de Huzzou jj» (ou Hzou) (864) était un prince du Gourdjistân (de la Géorgie) nommé Tavit (David) (865). Les grandes tribus Roujéguy (866) lui enlevèrent, par conquête, nxu le pays de Bidlîs et de 'Hzou. D'après une autre version, elles p- ^^^l prirent Bidlîs à la grande tribu Kourdéky ^^^ et 'Hzou au Géorgien. D'autres prétendent (867) qu'elles ravirent Bidlîs à la grande tribu Dzouqîcy (868). C'est à l'auteur de garantir l'ex-

actitude de ce qu'il avance ^j\J\ ic qJ^\. Bref, lorsqu'elles eurent pris possession et fait la conquête du pays de Bidlîs et de 'Hzou (Huzzou), et qu'il se fut écoulé quelque temps souslegouvemement de leur prince, celui qui était investi de la principauté Rouzéguy et qui s'était chargé d'en régir les affaires , vint à mourir s^ns postérité. La grande tribu Rouzéguy (A. Roûdjéguy), ayant perdu son prince, (969), en fut toute bouleversée, et refusa soumission et obéissance à l'un des siens, de sorte qu on vit se réaliser la teneur de ces vers^du Maulla Hâtify (870):

(Vers.) n faut déplorer amèrement le sort d'un état (871), quand on ignore quel sera son protecteur (872). La fille de joie plongée dans l'ivresse se permet de vomi^ dans la Kdàba (873),

si elle ne se voit pas menacée de la canne dn magistrat J^U (gouverneur).

Après être restés pendant quelque temps dans le même état, les chefs des grandes et des petites tribus {qàbUeh) tinrent conseU entre eux et adoptèrent d'un commun accord l'avis suivant: «Nous appellerons au milieu de nous deux frères nommés 'Lfjsuddîn (honneur de la religion) et Zia-a^ddin (splendeur de la religion), qui appartiennent* à la lignée des souverain de la race Chosroès, et qui se sont fixés dans la ville d'Akhlâth (874).

Nous confierons la principauté et Tautorité souveraine à celui

des deux qui sera le plus .digne et le plus capable de nous gouverner, et nous abandonnerons à son puissant poignet les rênes du pouvoir absolu, afin que les affaires de l'état redeviennent plus prospères et qu'elles récupèrent leur ancienne splendeur, de façon que les rebelles n'osent plus se soulever ni s'insurger, et que les petits et les grands de la tribu, satisfaits de cette transaction ne s'écartent plus de la pointe d'un cheveu, de la ligne du devoir». Quelques notables de la peuplade se rendirent dans la ville d'Akhlâth, Tixtê d'où ils amenèrent les deux princes à Bidlis avec les plus grands '• *^* honneurs et le plus profond respect. Une partie de cette grande tribu promut 'Izz-uddln à la principauté de la ville de Bidlis; l'autre nomma Zia-uddîn, prince de 'Hzou ('Huzzou). Us passèrent tous leur tête dams le licou de l'obéissance , remirent aux ' mains capables de ces deux princes le soin de nouer et de résoudre les affaires temporelles et spirituelles, et abandonnèrent à leur poignet (875) plein de fermeté les rênes de l'autorité absolue. Mîr 'Izz-uddîn, de son côté, s'étant acquitté, de la manière la plus convenable, des devoirs que lui imposait la souveraineté, réalisa les espérances et se concilia l'affection de toutes les grandes tribus , les q abiles {qabîleh) et les peuplades {goûmà),

La grande tribu Roujéguy est effectivement renommée parmi les peuplades et les tribus (qabîleh) du Kourdistàn pour sa grande libéralité, sa valeur, son extrême bravoure et son patriotisme elle est devenue célèbre par ses sentiments d'honneur, sa

droiture y sa* loyauté, sa piété et sa fidélité. Toutes les fois que rafflictiou il^jyic (le châtiment céleste) et l'adversité ont frappé ses princes , elle n'a jamais cessé de leur donner les preuves les plus irrécusables de son constant attachement ni de remplir, avec l'exactitude la plus scrupuleuse, les devoirs que lui imposaient la sympathie et le dévouement. Tontes les fois que le gouvernement du pays de Bidtts leur a été ravi , et que les princes de cette peuplade ont été mis de côté, ils sont parvenus à recouvrer leur principauté, grâce à leur bonne politique et à leur esprit de conduite, sans aucune assistance et sans aucun secours étrangers, en se reposant et comptant uniquement sur la protection divine. C'est un fait notaire parmi tous les Eourdes, que la tète de la tribu Roujéguy a été en péril (876) autant de fois qu'il a fallu de pierres pour bâtir les murs du château de Bidlîs, et toutes les fois que de puissants monarques conçoivent le plan de soumettre le Eourdistân, il est notoire que les hostilités s'engagent d'abord avec les princes de Bidlîs et la grande tribu Rouzéguy : tant que celle-ci ne se soumet pas, les autres grandes tribus du Kourdistân ne courbent pas la tête sous le joug de l'obéissance et de la soumission. C'est pour cette raison que, à l'époque où l'héroïque champion de la foi enleva le pays de Bid-^p*^'»

n Util

lis à Chèms-uddîn Ehân, prince de cette ville, ce dernier, redoutant le courroux de ce sulthân,«se réfugia en Perse. Les peuplades Bâïéguy (877), Moudéguy, Zeïdâny et .Bilbâcy refusèrent, pendant, trois ans, de se soumettre aux fonctionnaires (JèljXS de la dynastie othomane. Tous les émirs (chefs) kourdes, se conformant aux ordres de Souleïmân (Salomon) vinrent même attaquer cette peuplade (Rouzéguy) comme les mauvais génies {dives) de la montagne de Q'âf {878)^ sans pouvoir la soumettre. Tant que ce monarque, dont le rang égalait celui du sage Salomon, n'exempta et n'affranchit pas de tout impôt les habitants de la vallée de Kifèndour et les diverses peuplades <Jjl^ Baléguy, à la médiation de Bèha-uddîn-big, prince de 'Huzzou (Ezoxl)\ tant qu'il ne réalisa pas les espérances et ne se

Ttxie

concilia pas l'affection d'Ibrahtm-big et de Q'&cime-big, fils de Cheikh Émir le Bilbàcy, il fat impossible de soumettre , de vive force, la principauté (le pays C^'^j) de Bidlis. La plupart du temps, les mirzas (fils d'émirs) du Kourdistân viennent dans cette viUe pour s'y livrer au repos C^\j et à la tranquillité, (tandis que) ceux des émîrs et des ag'as Roujéguy ne vont jamais à la porte de la résidence des autres émirs (chefs) du Kourdistân. Cette grande tribu parvient aux grades les plus élevés après avoir bravé, de pied ferme, en pays étranger, les peines et les rudes épreuves de l'absence et de l'expatriation, et après s'y \ être montrée valeureuse et inébranlable, en prenant pour devise

la patience et la résignation (la souf^ance J^). Ce sont les qua- 4ités (879) qui les distinguent des autres grandes tribus du Kourdistân (880).

Cette peuplade se partage en vingt-quatre branches «^ (881), entre autres les cinq nommées Q'içâny (882), Bé&éguy (883), Moudégfuy^ Dzouqicy {^j^y^ iJ^j^) ^t Zidâny (884), qui composent la grande tribu aborigène du pays de Bidlis ; les quinze {sic) autres (885) sont (nommés) BïMcy et Qawâlicy (886). Les premières sont appelées KelkhrDjîry ^j^;^ aK, Khèrbily (887), Bâliguy JJL (888) ou Bâléguy; Khîâréthy ^L^U (889), Oùûry ijj/^j Bérichy ,^^, Sékirry ou Sokorry ^^Ji^ (890), Kàrky ^j^j^ (891), Bidoûry ^jjj^ (892) et Bêla Kourdy

(jV"^ (893),

Les tribus Çfawaltcy sont nommés ^jjj^jj Zèrdouey^ Ef^ ààky ^\j^\\ Çfatvâlicy ^j-*J'y> Pèrtâfy ,jl4^, Kourdéky ou Ouirdéky ^^, Sohréwerdy ^j^fj^è^ (894), Kachâkky ^Ul^ (895), Khûlidy ^jJU, Ustourguy [Jjy-^y et AAzàn o'Ji> ^^ 'I^tedn (896)^).

1) Mr. de Hammer, dans sa G^esdi. au Omian. B^fù^yu T. II. p. 680, a mal à

propos confondu la grande tribu Roujéguy avec celle dite Bouchâny ^vi;, car

il dit: der Stamm Buachegi (dieselben mit den Buschani des Dschihannama, wo Pococke'B Buchwan, IV. p. 24 ch.).

SECIIN SEGTIM J^ (LlfillK)

pêrêan.

qui expliqua à qui remonte la généalogie des Princes de «" ***•

Bidlîs.

Il a été successivement constaté, et nous avons vu dans quelques chroniques manuscrites, que la généalogie des princes de Bidlts remonte à la dynastie des rois Ghosroès (Ekâdreh); et ils sont généralement considérés comme des descendants d^Ânouckiréwan o'^-r-^y' (^^ Ânottchirwân); mais ce qu'il y a de plus positif, c'est que, sous le règne de ce monarque, Djamasp, fils de Firouz (ou Perozes) (897), qui était le cinquième souverain (Chosroès)(?) (898) était investi de la principauté et du gouvernement de l'Arménie et du Chii'wân (?) en qualité de lieutenant de Çfobâd (Cavadès)'(899). Il laissa en mourant trois fils nommés Narsy (Narsès) , Bahwâth et Sourkhàb. Narsy succéda à son père, et Nouchiréwân prit également à tâche de le protéger, de sorte qu'il montait joumellemçnt de grade en grade, et marcha enfin, à la tète d'une armée, contre le Guilân, qu'il soumit, par la force des armes*). Il épousa la fille d'un roi du Guilân , qui donna le jour à un fils , à qui il donna le titre de DjUân-châh: c'est de lui que descendent les rois É^ du Roustèmdâr (900). Sourkhàb consacra ses soins au gouvernement du Chirwân: c'est à lui que remonte la chaîne généalogique des princes (Hâkimes) du Chirwân. Bahwâth aima mieux se fixer à Akhlâth(901), où il se contenta d'un modique revenu, et ne chercha pas à agrandir ses états, comme l'avaient fait ses . pères et ses aïeux. C'est à lui que remonte la généalogie des princes de Bidlis, qui sont (par conséquent) des cousins des rois du Roustèmdâr et du Chirwân. D'après une velTsion authentique,

1) Sur Kcibâdy l^amMp et Anauchirwân vojez les Prairies éPor de Maçoudi, traduites en français par MM. G. Barbier de Meynard et Pa?et de Conrteille et pubUées aaz frais de la liociétô asiatique de Paris. Tome n, p. 196 à 211.

il y a aujourd'hui (c'est-à-dire à la fin du mois sacré de Dzy 1- 'hiddjeh de l'année 1005 de l'hégire (3 août 1597) (902) sept cent soixante ans que la principauté et la souveraineté de la ville de Bidlis, avec ses appartenances, dépendances, annexes et finages sont au pouvoir des princes de cette ville. Il faut en déduire à -peu -près cent dix années, pendant lesquelles ils en avaient perdu la possession, qui était tombée en des mains éti:angères. L'histoire de chacun des princes appartenant aux quatre j^^ classes (alX) de souverains qui ont allongé le bras de l'usurpar^8«S! tion sur leur pays, sera racontée plus loin, en temps et lieu, d'une manière circonstanciée.

En un mot, la grande tribu Roujéguy, comme l'a exposé précédemment dans ces pages notre plume inhabile (903), promut 'Izz-uMdin à la principauté de Bidlis) et Zïa-u ddin à celle âe 'Huzzou (ou'Hzou). Ces deux frères gouvernèrent pendant quelque temps, et l'affection (la prédilection) des habitants de Bidlis. pour Zïa-u ddîn s'accrût de jour en jour, tandis qu'ils ne témoignaient plus autant d'inclination (904] à 'Izz-u ddîn. Lorsque Zlau ddîn s'aperçut de cette circonstance, et qu'il remarqua que la prédilection des habitants de Bidlis pour sa personne était parvenue à son plus haut période, il vint un jour (905) de'Huzzou (^Hzou) à Bidlîs faire une visite à son frère. Après avoir eu l'honneur de se revoir, les deux frères déployèrent le tapis du plaisir et de l'allégresse, et s'abandonnèrent à la joie (906). Zla-uddîn, trouvant que l'eau et l'air de Bidlîs convenaient beaucoup à son tempérament, et s'étant en outre convaincu que l'esprit des habitants de cette ville, grands et petits , se prononçait en sa faveur et lui était dévoué, conçut, au fond de son coeur, le désir d'en devenir le prince.

Il s'entendit, .en conséquence, dans le plus grand secret, avec la garnison (les hommes ^^) du château et lui fit l'ouverture suivant: «Au moment de mon départ, mon frère sortira de la place pour m'accompagner ; et moi, de mon côté, j'alléguerai quelque prétexte, et j'y reviendrai». Lorsque Zla-u'ddln eut pris

congé de son frère et se mit en route pour 'Hazzoa, 'Izz-u ddln accompagna le cortège {ou la garde t^y^^ en russe Jlpyotcuua) de son frère, et quand ils furent arrivés à une petite distance de la ville, Zla-u'ddîn dit à son frère. «Mon anneau (à cacheter) est resté au château et personne d'autre que moi ne sait où il se trouve. Si vous voulez toutefois (907) vous arrêter un instant pour me laisser le temps d'aller, en toute hâte, au château et d^y prendre mon anneau, ce sera un témoignage d'affection fratemelle que vous me donnerez». 'Izz-u ddin s'arrêta sur le champ, nxtê et se livra au plaisir de la chasse. Zïa-u ddin saisit cette ocea- p^'^m. sion avec le plus vif empressement, et retourna au château. Lorsqu'il y fut rentré (908), il en ferma la porte (909), et adressa à son frère un message ainsi congu: «J'ose compter sur vos bontés fraternelles, et j'espère que vous voudrez bien rester, pendant quelque temps, à' Huzzou ( Hzou), tandis que votre très-humble serviteur séjournera à Bidlîs, dont l'eau et l'air conviennent l)eaucoup à son tempérament. Dès que 'Izz*u ddin s'aperçut de cette menée, il revint à la porte du château; mais il" eut beau presser et solliciter son malhonnête frère, ses sollicitations furent vaines, et il prit forcément le chemin de 'Huzzou ('Hzou) et de Szâszoun, dont la principauté lui fut déférée. Les princes actuels de 'Huzzou connus sous le nom de ;j\jjc^lzizàn ovi'Azizâni^) (910) sont ses petits-fils et ses descendants ^^^1^ ^Li. Les princes de Bidlis, qui (911) appartiennent à la lignée de Zia (ou J?ia) -uddin sont devenus célèbres sous le nom de JM" dîn (912). Ceux dont les noms ont été consignés et ont passé sons nos yeux dans les livres d'histoire (913) sont au nombre de dix-huit. La durée de leur règne dépassa le chiffre de quatre cent cinquante ans, pendant lesquels ils régnèrent dans ce pays sans renoncer à leur liens de famille («ti^Lc ou à leurs droits ?). Nous n'avons pu apprendre le nom du personnage à qui l'atabeg 'Emâd-udd!n, fils del'atabeg Aq Sanqar (ou Sonq'or) (914), enleva la ville de Bidlîs : nous ne l'avons découvert dans aucune des chroniques qui nous ont passé sous les yeux pendant la ré*

daction de ces pages (915). La yersion la pins exacte porte que la ville deBidlisfùt conquise par Q'ml Arslàn^), à l'époque où il se rendit maître de T Arménie. Après les Seldjouqides et vers la fin du règne des souverains du Ehaurizme, c'est-à-dire à l'époque où le sulthân Djélàl-u ddtn, fils du sultli&n Mou hammed le Khâurizm-châh, vint à Bidlîs(916),le prince qui j régnait alors était MélikÂcheref(?).

Il eut pour successeur son frère Mélik Medjd-u*ddin, après «^ lequel vint 'Izz-uddîn, puis Mir Abou-bekr, et après celui-ci ^*^^- l'émir Cheïkh Chèref, à qui succéda l'émîr Zïa-u'ddin, qui fut contemporain de l'émîr Timoùr le OoureMn ou Gourgàn^ avec qai il eut une eutrevue. A dater du règne de ce dernier jusqu'au jour où la principauté a passé, par droit d'héritage, à l'humble rédacteur de ces feuilles, l'histoire des princes de Bid- Us est méthodiquement coordonnée, et les principaux événements du règne de chacun d'eux seront racontés d'une manière détaillée en leur lieu et place. Quelques uns des princes susmentionnés , dont la puissance et la grandeur sont parvenues à l'apogée de l'élévation grâce à l'heureuse influence qu'ont exercée (sur eux) les regards de bienveillance qu'ont jetés sur eux les magnanimes sulthâns, et aux 'bienfaisants rayons de la clémence des fortunés et tout puissants khaq^âns; d'autres, qui ont vu la fumée de l'injustice s'échapper du foyer de leur famille après avoir été brûlés eux-mêmes par l'aquilon délétère, et consumés par la flamme dévorante du courroux vengeur de glorieux potentats et de monarques aussi puissants que le ciel, seront mentionnés approximativement c^^»^, avec l'assistance divine du maître de l'univers, à qui s'adressent nos louanges.

L'histoire rapporte que les premiers conquérants qui enva-

1) Sur Fatabeg {fvnt-arMn (le Lion rouge) ^Otzmàn yoyex St. Martin, Mém. 9ur V Arménie, T. II, 108, 105, 258, '254. C'était le fils atné à^BàigouM (Ildigiiiz). n posséda toas les états de son pèrç après la mort de son frère FMenoàn^ et fat assassiné en 687 de l'hégire on 1191 de J. C.

hirent jadis le territoire des princes du Kourdistân (9 17) furent les Seldjoaq'ides de TAdzerbaldjân. Le fait est qne (918), sons le r^e du sulthàn Mahmoud, fils. du sulthàn Mouhammed, fils du sulthàn Mélik-châh le Seldjouqide (919]r, le gouvernement (^^J^ la préfecture) d'une partie de la province de riràq' arabe fut confié à l'atabeg '£màd-u ddîn, fils d'Aq' Sonq'or (Sanq'ar), et la préfecture de rAdzèrbaldjàn et de TArménie, à l'atabeg Ildiguiz (Eldigouz), qui était l'aïeul (?) de Q'izil-arslàn (920). Us remplirent l'un et l'autre ces fonctions d'une manière convenable, et s'occupèrent, avec tout le zèle possible, de la garde, de l'administration (Lmô de la police) et de la défense de cette province. Le seigneur (i^^L maître) de MaOszul étapt mort en 51 1 (sic) (921), le gouvernement de cette ville fut réuni à la préfecture de 'Emâd-u ddîn Zènguy. Sa puissance {CJj> prospérité) s'accrut de jour en jour à un tel point qu'il marcha,. à la tète de ses troupes, contre la Syrie (ou Da- n^ mas ^Li) et la ville de 'Haleb, qu'il soumit, en peu de temps, à i^ ^^^• son pouvoir. En 534 (A. D. 1139 — 40), il se mit en marche vers le Kourdistân et le Diàrbekir et se rendit maître de Bidlis^ de Djézîreh^ SAdmsle^ de 'Aqràh et d'autres villes. Il fit

démolir le château d^Achoute (je lis O^l au lieu de s^^l Achoûb) (922) et le remplaça par un autre auquel il donna son nom, en l'appelant ^£!mde2ta ('Amadia); c'est aujourd'hui la capitale de ce pays cJ^j. La province du Kourdistân, principalement la qaszàba (bourgade, oppidum) et le château fort de Bidlis restèrent plus de quarante ans au pouvoir des atabegs Seldjouq'ides, jusqu'à ce que le sulthàn Szâlf h-u'ddin {sic\ fils de Noûruddîn, fils (sic) (923) de Selfru'ddîn ffâzy de la dynastie des atabegs ^1^1, fut battu et mis en déroute dans la bataille qu'il Uvra aux Égyptiens en 576 de l'hégire (= 1180 de J. C). On remarqua ensuite Jes taches de l'obscurcissement sur la surface du soleil de leur puissance, et les indices précurseurs de l'éclipsé sur le front de la lune de leur autorité. La grande tribu Roujé-

gny, qui, pendant phisiears années, avait été assombrie par les nuages des soucis, se blottit, comme des bétes féroces, an sein des montagnes et dans les fonrrés (JJo» I^eif^les\ épiant Tocca* sion et attendant un moment aussi favorable pour s'élancer, comme le tigre du désert (924) et comme le lion rugissant, de la cime des montagnes sur les traînards des atabegs. Elle enleva de cette manière, à l'aide de son cimeterre resplendissant qui lui tenait lieu de polissoir, la poussière des étrangers qui souillait la surface de la plaine et des montagnes. Quant au per- . sonnage, qui fut chargé, comme lieutenant de cette, dynastie, de Tadministration ii^ et du gouvernement de Bidiis et de sa principauté, on voit encore (925) dans la ville ^/«i de Bidlls et dans celle ojJL d'AkhIâth, de nombreux vestiges des établissements de bienfaisance (ou d'utilité publique) ^ de la mosquée cathédrale, des ribâths (hôtelleries ou caravansérals) et des ponts qu'il y a fondés *).

Suivant une autre version, la ville de Bidlîs a été soumise à la domination de VAtabéguide ^Ul Q'izil-arslân (926). Quoi qu'il en soit, l'époque où le gouvernement {J^^^ la préfecture) de l'Iraq' arabe fut confié à Aq' Sanq'ar (Ksez à ' Emâd-u^ddtn Zènguy^ fils cCÂq Sonqor) coïncide avec celle où Ildiguiz (Mdigouz) fut investi de la préfecture de rAdzèrbaldj&n; et la durée de ^*j« leur gouvernement s'accorde (927). Les Shrâdjiân^ qui se troup. M7. ^gjj|. encore dans le pays de Bidlls sont des restes de cette race, car le mot Sèrâdjiân (j L»IJ-. est une faute d'orthographe quitient lieu de vjLi^farL. 8eljouq*iân. Les descendants dé Tâdj-Âhmed^ les Qara-goeuteh aJ^ I^ et les 0 ouly-ouzbegs J^jj^ i* (928) etc. font partie de cette race (nation).

1) Il est dit dans le Q^amoûa (édit de GoD8tantmople,Tome II, p. 473: iL^I rtbâth, qui s'écrit avec les mêmes Yojelles que w^Uj hitâb est le nom qui s'applique, d'une mauiàre absolue, à un carayanséral i<}^j*^^j9y à un couyeat dJ^ et à un hospice ilij Ug que Ton construit pour les ToyageurSi afin qu'ils y attachent leurs bétes j I J> .

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