‹ Chèref-namehChapitre 15 sur 22 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Da Prince Hélik ieheref.

L'image du récit qui va suivre se reflète dans le miroir du génie sublime des orateurs au gracieux langage et du brillant esprit des narrateurs distingués par leur éloquence, qui nous apprennent que Mélik Âcheref, qui posa, le premier, le pied sur le tr6ne de la principauté de Bidlis, était le lieutenant des sulthâns d'Egypte et de Syrie , il était même le contemporain de Mélik JL[iheref (grince Aïoubide) (929). Ces souverains prirent à tâche de lui témoigner toute la bienveillance et les égards qui lui étaient dûs, jusqu'à Tannée 625 de l'hégire — 1228 de Père chrétienne, époque où le sulthân Djélâl-u'ddin, fils du sulthân Mouhammed le Khaurizm-châh, redoutant le choc de l'armée formidable de Tchinguîz-Ehân, renonça à la souveraineté de l'Iran, et se réfugia dans l'Inde. Dès que la nouvelle du décès du* conquérant mongol lui fut parvenue sur les frontières les plus reculées de l'Hindoustân, il revint, par le chemin de Eidj ^ et

du Mokrân ûl/^ (930), avec l'intention de soumettre l'Iran, et arriva à sa capitale d'Iszphahàn, comme le dit Kêmâl Isma'il Iszphahàny, surnommé le créateur des allégories ^l«lj (ou de la rhétorique appelée ^'l«il Je la science des allégories) , dans les vers suivants (931):

1a «uiftcé de la terre est redevenue florissante à l'ombre

du parasol dn souverain maître do monde. Ceux qui se sont sauvés, en fait d'hommes et d'animaux, se félicitent mutuellement de leur conservation (932). On voit reparaître les indices de la culture, de la reproduction et de l'existence (933), après j^^ s'être vu privé de tout par la violence et les tempêtes. C'est ÎTîSî! pour se vouer au service de ta cour, que la nature humaine a recommencé à se régénérer. Tu obtiendras la longévité de Noé, car c'est gr&ce à toi que le monde s'est repeuplé après le déluge. C'est toi qui as rendu justice à la chaire sacrée (934) en la vengeant de la croix; c'est encore toi qui as fait disparaître les cloches du lieu où s'annonçait l'heure de la prière (935): C'est toi, qui as enlevé le voile de l'iniquité qui couvrait la face de la justice, c'est toi qui as fait tomber celui de l'infidélité de la joue de la foi.

n purgea en* fort' peu de temps, sans être entaché d'hypocrisie, tout ce pays de l'existence impure des impies souillés d'infidélité. Mais, au bout de deux ans, Âugotal q'aân, instruit de ce qui se passait dans l'Iran , fit partir pour ces parages Soutoi'^ Bahadour (936) et Tchormagoûti Noiân (937) à la tête d'une formidable grmée de trente mille Mongols altérés de sang, destinée à repousser le sulthftn Djélftl-u'ddîn. Celui-ci, se voyant hors d'état de leur tenir tête, se mit en marche vers l'Ârràn et l'Arménie, et se rendit maître de la ville de Tiflis (938). Kémal Iszphahàny dit à ce sujet (939):

(Vers.) Hormis toi, quel est le monarque du monde, dont le coursier s'est repu d'orge de Tiflis et a bu de l'eau de la mer de 'Omm&n (l'océan indien)?

L'auteur de l'histoire intitulée Jardin de la Pureté (ou de la OaUé MÎT Khaund) rapporte que le sulthàn se rendit d'abord de l'Iraq' à Âkhlàth. Mélik Âcheref était alors prince J^L de Bid-

lis. Son frère Mélik Medjd-u'ddîn était chargé de veiller, en son nom , à la garde et à la défense d'Âkhlâth. Le cerveau de cette

population il^L**\ était tellement dérangé par les vapeurs d'Akh-

l&th (940) et infatué de la solidité de ses fortifications, de l'abondance de ses vivres et du grand nombre de ses défenseurs çt de ses troupes auxiliaires', qu'elle ne fit aucune attention au sulthftn. Elle se permit même de l'injurier £t de l'insulter (outrager) de la manière la plus infâme ^^;^. Le sulthân, de son côté, donna l'ordre qu'on lui amenât des troupes de siég^, et que l'on^ ifivesttt la place. Le feu du combat et l'incendie de la guerre s'enflammèrent de part et d'autre. Lorsque le siège se fut prolongé pendant quelque temps, les habitants de la ville furent épuisés par suite du manque de nourriture (941); et les troupes i^»^ du sulthân, exaltées par cette circonstance, prirent d'assaut les ''^^• remparts de la ville j^^. Mélik Mejd-uddtn se jeta dans la citadelle qui se trouvait au centre de la place, et qui avait pour commandant 'Izz-uddin, Mamelouk de Mélik Âcheref. Les assiégés réduits à la dernière extrémité et les habitants sentant leurs forces épuisées par l'inanition, entamèrent des négociations (942) avec le sulthân. Le même jour, Mélik Medjd-uddin , se résignant à la volonté de la Providence, vint rendre hommage à ce souverain, qui lui pardonna ses torts ^L^, et l'honora de nombreux témoignages de son auguste bienveillance. Mais lorsqu'il se présenta à l'audience du sulthân, il resta debout, et loi demanda le sang de 'Izz-uddîn. Le sulthân lui répondit: ^Lorsqu'on prétend à la monarchie, à la principauté et au droit d'ambassade (?) (943), il ne sied pas de réclamer le sang de son serf {Mamâùuk il^L« >'^). Au bout de deux jours, 'Izz-u ddtn sortit également du château pour venir faire sa soumission. Il ordonna à quelques personnes de la suite de s'armer de cottes de mailles et de cuirasses sous leurs cafetans , dans l'intention de terrasser le sulthân, en le blessant (944), lorsqu'il entrerait dans la salle d'audience. Les serviteurs intimes du sulthân ayant été instruits de la perfidie que tramait cet esclave , l'amenèrent en présence du sulthân, qui le fit mettre aux fers. On incarcéra également Mélik Medjd-u ddin, qu'on emmena avec lui.

Pendant le siège d'Âkhlâth, Mélik Âcheref avait adressé à

la cour du roi de Syrie (ou de Damas) (945) des envoyés chargés de dépêches, et avait réclamé son assistance. L'armée de Syrie et d'Egypte était venue, dans cet intervalle, à son secours. Mélik Âcheref, de soi^ côté, avait été à sa rencontre à la tête des troupe'fe (946) du Kourdistân placées sous ses ordres. Il les re- ' joignit dans la plaine (la stépe) de Mouche, et les deux armées p4mn, coalisées allèrent ensemble livrer bataille à Djélâl-u ddin. CeluD-

ci, étant, par hasard, atteint d'une maladie accidenteUe, resta assis dans son palanquin «â^, et rangea ses troupes en bataille. Les deux armées en vinrent aux mains dans la plaine de Mouche, et se livrèrent, pendant trois jours et trois nuits, une grande bataille, à la suite de laquelle l'armée du sulthân fut mise en dé* route. Mais la crainte et la terreur qu'inspirait le sulthân dominaient tellement tous les esprits, que les vainqueurs se retirèrent sans oser poursuivre l'armée vaincue. Le sulth&n, de son côté, s'en retourna à Âkhlâth. Le bruit de l'arrivée de l'armée monjgole se répandit, par un effet du hasard, le mèine jour, dans tout l'Arràn, et l'on annonça itérativement de Tébrîz au sulthâa la nouveUe de l'approche de Soutaï ^j^^ (lisez ^^Ui^ Sounataï) Bahadour et de Tchormagoun Noïân. En apprenant cette nouvelle désastreuse, le sulthân se trouva dans une position plus critique. Il fit aussitôt remettre en liberté Medjd-uddin et 'Tzz-u'ddin, jeta les foudements de la paix et de la réconciliation entre lui et Mélik Âcheref, protesta de son amitié, de son affection et de son attachement, et demanda en mariage la fille de Mélik Âcheref, à laquelle il s'unit par les liens conjugaux (947). Ce prince,- après avoir licencié et dispersé sa tribu J^ et sa suite ^ particulière, se tint caché à Bidlis, où il se livra, pendant quelque temps, aux jeux, à la gaieté, à la volupté et aux plaisirs.

Toutes les fois qu'il s'y était abandonné pendant plusieurs jours, Mélik Âcheref le lui reprochait d'un ton affectueux, et loi disait: «La manière dont vous passez votre temps à Bidlis ne saurait vous porter bonheur. U faut donc que vous preniez quel-

que autre directioa, de peur que les Mongols n'aient connaissance d& ce qui se passe, qu'ils ne viennent dans nos parages, qu'ils ne dévastent le pays de vos amis les plus dévoués et n'attentent même à l'auguste personne du sulthân. En vain Mélik Acheref insistait sur ce chapitre: le sulthân attribuant ce conseil à l'esprit d'intérêt se disait de son côté: «Le Mélik est lassé de nos dépenses, et veut nous décider à quitter son pays». Enfin Texte

peraan,

une certaine nuit que le sulthân était plongé dans le sommeil de p- ^'^^' l'ivresse, l'armée mongole placée sous les ordres à^Oimâs (ou douTnAs) Bahadour arriva à la porte de la forteresse de Bidlts pour y chercher le sulthân. On eut beau le réveiller de son profond sommeil: il avait été tellement étourdi par les fumets du vin, qu'il fut absolument (948) impossible de le faire revenir. Pour le rappeler à lui, on fut forcé de lui verser sur la tête une aiguière pleine d'eau froide, qui le réveilla. On lui annonça alors l'arrivée de l'armée mongole, et lui amena quelques chevaux sellés. Le sulthân dit à la fille du mélik: aC'est en vain que ton père nous admonestait à ce sujet; nous regardions toujours ^es ' sages avis comme dictés par l'esprit d'intérêt. Consens-tu maintenant à nous accompagner, ou non?» La jeune princesse se décida volontairement et de plein gré à suivre le sulthân , et ils sortirent de la ville à la faveur des ténèbres. Les historiens ne sont jamais parvenus à apprendre avec certitude de quelle manière le sulthân termina ensuite sa carrière (949). Mais l'illustre cheikh Rokn-u'ddin 'Ala-^u'ddafilèt Simn&ny (950), que Dieu

sanctifie son glorieux tombeau! rapporte dans son traité aJLj in-

titulé aJLsI (Iqbûlyiéh)^ d'après ce que lui avait raconté son supérieur^ Noûr-u'ddîn *Abd-u'r-Rahmân Kèsréfy Ç) (951), que le sulthân entra dans l'ordre des derviches (des hommes de Dieu) (952), et^exerça pendant quelque temps, le métier de cou-verturier ou ouateur jj^àjj^ dans une des villages de la banlieue de Bag dâd , jusqu^à ce qu^enfin il fut admis dans le sein de la miséricorde divine. Le Tarîkh - j - guisideJi (chronique choisie)

(952'') nous apprend qu'un Eourde, dont le frère avait été tué à la bataille d'Âkhlâth, rencontra le sulthàn et le terrassa pour venger la mort de son frère. Au dire de DaQlèt*cbâb, auteur du Mémorial àes poètes , des Eourdes , convoitant son cbeval et ses vêtements , lui donnèrent la mort. Dieu seul sait ce qui en est. Quoi qu'il en soit, Mélik Âcheref se voua fort longtemps , à dater de cette époque, au gouvernement de sa principauté sans se soumettre à aucun autre monarque, et passa ensuite de ce nxu monde dans celui de l'éternité. Après son décès, son frère Mép. 978*. lik Medjd-u'ddin monte sur le trône, comme il a été dit plus baut; et après celui-ci, leurs fils et petits-fils administrèrent tour à tour cette principauté, sans que personne osât (953) y mettre le moindre obstacle, jusqu'à ce que l'empire du monde fut dévolu à l'auguste et glorieux émir Timoûr le Gourgân (ou Gour€kân)j que. Dieu lui fasse paix et miséricorde!

CHAPITBE EL

'HaïUT-Chèref, fils de Zla-o ddÎD.

L'esprit éclairé, inspiré , et doué des mêmes vertus que la pierre pbilosophale, des littérateurs les plus distingués n'ignore pas que les ouvrages des historiens et les productions des écrivains les plus illustres (954) (que le Très-Haut leur fasse miséricorde)

nous apprennent que, dans le courant de l'année 796 de l'hégire (A. D. 1394), qui correspondait au mois de Ferwerdîn (mars — avril) dé l'année de Djélâl-uddîn (Gélaléenne), et à l'année du singe (du cycle solaire mongol), le monarque le plus fortuné de son siècle, l'émtr Timoûr le Gourgân (ou Gourekàn), se dirigea, par la route de Siwfts (Sébaste) (955), vers les alpes (le campement d'été) à^Alàh-thâq (montagne diaprée) (956), après avoir terminé la conquête de Bag dàd, séjour du salut, et des villes de

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Djéztreh, de Maliszul, de Tékrite, de MàrdtnAt d'Amide ^). Lorsqu'il daigna venir camper dans la plaine de Mouche (957) le samedi 15 dn mois de Rèdjeb de la dite année (18 mai 1394), 'H&djy Ghèref, qui, au dire de l'auteur du Zafèr-nâmehj n'avait pas alors, son pareil dans tout le Kourdist&n pour la droiture, la loyauté et la bonté, et qui, après s'être mis en relations avec les serviteurs de ce glorieux monarque, s'était soumis à lui et lui était sincèrement dévoué , prit aussitôt la clef des châteaux forts de Bidlîs , d' Akhlath , de Mouche et des autres places fortes soumises à sa domination, et eut le bonheur et l'honneur de baiser les doigts généreux de ce grand conquérant. Il lui offrit de magnifiques cadeaux et de riches présents consistant en chevaux de race arabe (ou de course ^^^b) et en mulets (958) de Bérda'a qui allongeaient le pas jl^lj. Dans ce nombre se trouvait un coursier dont la démarche était semblable à celle des gazelles, et l'aspect pareil à celui du soleil en plein midi (959). Il avait l'oeil brillant comme l'étoile de Ganope^) (960), l'irritabilité de satume, le front semblable à la lune, la majesté de Jupiter (961), le courroux {jS la vengeance) de Mars, la perspicacité CjXi de Mercure, la marche rapide de la pleine lune, l'expansion des rayons du soleil, et la gaieté de Vénus. Son sabot était semblable à la cornaline, sa queue, soyeuse, ses dents, blanches comme des perles, et sa ferrure était solide comme un mur (962). On le fit courir dans la plaine dé Mouche p^^, avec tous les chevaux les plus renommés , que les priùces et les généraux ^jLiT ^j^^ (jU^Lr* avaient amenés de toutes parts à titre de présents: il prit le devant sur tons ses concurrents (993) et aucun coursier ne put même atteindre la poussière qu'il avait soulevée sur son passage (964).

C'était un coursier pie, qui, semblable à la sphère .azurée (965), avait entremêlé à la blancheur du jour des milliers de

TêxU

1) Hammer, Gesch. des Osman. Eeiches, T. I, p. 279—281.

2) Elle fait partie de VArgo, (Dam, description qf an arabic edestiai globe p. 22, J^ 39).

taches noires comniB la noit. Sa queae pouvait servir à lier la gerbe céleste (le signe de la Vierge) *) ; son sabot aurait ébréché la coupe (le disque) de la pleine lune. Si sa ferrure avait pris, dans sa course rapide, son essor vers les cieux, elle y aurait tenu lieu de la nouvelle lune (du croissant). Si l'arène à parcourir s^était étendue de l'orient jusqu'à l'occident, il l'aurait franchie d'un seul bond avec la vélocité de l'éclair. S'il avait entraîné avec ses pieds de devant, la poussière qu'il soulevait dans sa course (966), comment aurait-il été possible à l'ouragan le plus impétueux de l'atteindre?

Le glorieux et fortuné conquérant du monde combla 'Hâdjy Ghèref de ses faveurs impériales et de ses bienfaits sans bornes: il lui fit maintes caresses et le distingua d'entre ses égaux en le gratifiant d'un cafetan d'honneur brodé d'or et d'un ceinturon en or. Il ajouta à son territoire ç)il\ (domaine) et à sa principauté d'autres annexes, telle que Pàcîne, Awnik et Mélâdzgnerde, qu'il lui octroya. Il lui délivra, en conséquence, un jârlig' impérial, à l'appui duquel il lança l'anathème (contre quiconque l'enfreindrait). Il lui remit, en même temps, Aîq (ou Aiaq?) SzQufy ^y^ j^l (967), un dés princes du sang Ouzbegs, qui ' tramait dans son esprit des projets astucieux et perfides contre les serviteurs de ce glorieux monarque, afin qu'il le tînt emprisonné dans le château de Bidiîs. Ce gracieux diplôme se conserva dans cette famille jusqu'à l'année 940 de l'hégire (A. D. 1533 — 4); et à l'époque des troubles ol^Is pendant lesquels Chèref-Khân fut tué (968), et son fils Chèms-u'ddin Eliàn émigra en Perse avec les notables de la grande tribu Rouzéguy, les lettres patentes de Timoûr se perdirent (s'égarèrent) avec d'autres décrets émanés de divers sulthàns.

En somme, après la mort de 'Hâdjy-Chèref, son successeur

1) Sur le signe de la Vierge nommé en arabe âJLâmJI VÉpi^ en grec Dap^évoc et en latin Virgo voyez Mr. B. Dom, Description of an aràbic cdesticA globe, p. 18 J\& 26.

Intime Chèms-uddia, connu sous le nom de Welu, prit les réoes du gouvernement et se chargea de la gestion des affaires de j^^ la principauté. pi?!,*

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