‹ Chèref-namehChapitre 16 sur 22 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

De rÉmîr Chèms-o'ddtu, fils de l'Émîr 'HftdJy^Chèref.

Les gouttes (de rosée) tombées du nuage de la plume (du calame) et les lignes instructives tracées par les. doigts des écrivains les plus distingués par leur talent, nous démontrent de la manière la plus péremptoire, qu'à l'époijue où Q'ara louçouf, fils de Q'ara Mouhammed le Turkoman (969), redoutant une collision avec les armées formidables de Témtr Timoûr , prit la fuite et se réfugia (970) à la cour d'Ildérime Bâïézid Khàn (Bajazet), souverain ^\j du Roûm (de Tancien empire romain d'Orient), Témîr Timoûr envoya à l'empereur (au César ^/-^î) un ambassadeur chargé de lui demander l'extradition de Q'ara louçouf. Il inséra dans sa dépèche les vers suivants, qu'il lui adressa par le dit ambassadeur (971):

(Vers.) Je ne veux pas qu'un pays musulman tel que le Boûm (l'Asie mineure soit) bouleversé par mon invasion. Remets à mes serviteurs la clef de Gamâkh (972), et ne rétrécis pas pour toi le monde, qui est si vaste. Q'ara louçouf, cet infâme brigand, qui intercepte aux pieux pèlerins le chemin du pèlerinage et qui infeste toutes les autres voies publiques, s'est réfugié à ta cour. Que ton glaive vengeur lui inflige le châtiment qui lui est dû. Il le mérite : rends-lui donc justice.

Lorsque l'ambassadeur du fortuné monarque arriva dans le pays de Roûm, et que l'esprit éclairé du sulthân de cet empire fat instruit de son arrivée , il répondit à la dépèche de Timoûr, et congédia Q'ara louçouf, en lui laissant la faculté de se

rendre à la cour du sulthàn Ferroukh %>, qui, à cette époque,

régnait Jl^ en Egypte. Gomme ce souverain Jj (gouverneur) ne respirait alors qu'amitié et affection pour l'auguste et fortuné émir (973), il fit prisonnier Q'ara louçouf avec Soulthân Ahmed le Djélaire, gouverneur (prince) de Bag'dàd, qui s'était réfugié chez lui, et fit enfermer chacun d'eux dans une des tours de la place de JkRsar (Vieux-Caire).

n les relâcha l'un et l'autre, dès qu'il eut appris (en 807 de l'hégire) la mort de l'émir Timoûr,. et il fut convenu, que chagS!in, cun d'eux conserverait à son service cinq cents gardes (^y, ser- ' vitenrs), qu'il serait admis au nombre des émtrs (généraux) égyptiens , et entrerait au service du souverain , qui leur fournirait, de son côté, tout ce qui serait nécessaire à l'équipement de mille hommes, en fait de chevaux, d'armes et du numéraire. Les serviteurs du soulthân A'hmed qui se trouvaient alors en Egypte se composaient de muletiers ou d'écuyers(974)|jlCLo^^U de Bagdad , tandis que Qf ara louçouf avait à sa suite une multitude

d'hommes d'action ^Jju) J^ arrivés dans ce pays et appartenant à la nation (race) des Tnrkomans du Mouton noir, qui s'étaient rassemblés sous son drapeau (975). Les Egyptiens se méfiant extrêmement de ce nombreux rassemblement de Turkomans exposèrent au sulthân Ferroukh, que, si l'on ne prenait pas le parti de se défaire de Q'ara louçouf et des Turkomans du Mouton noir, il éclaterait malheureusement une révolte et des désordres dans ce pays; ce dont ils priaient Dieu de les préserver. Après avoir tenu conseil, les émîrs et les «notables du Vieux-Caire (976) furent d'avis que, le jour où le sulthân Ferroukh jouerait au mail, il donnerait à Q'ara louçouf l'ordre de mettre pied â terre avec toute sa suite, afin de ramasser le cailloux (le gravier) de l'hippodrome, et qu'au même instant la milice égyptienne exterminerait cette troupe innocente sous les coups de son glaive implacable; Q'ara louçouf, ayant eu connaissance de ce complot^ fit armer de pied en cap (jusqu'aux dents) les hommes de sa suite,

et les amena à rhippodrome* Lorsque le salthân ordonna, comme on en était convenu, à Q'ara louçouf de descendre de cheval avec sa garde et d'enlever les petites pierres de la lice, Q'ara louçonf, restant tonjonrs à cheval, vint se placer en face du sulthân, et lui dit: Souverain maître du monde! tant que le sulthân s'est montré débonnaire et clément envers ses serviteurs, nous l'avons servi, de notre côté, avec fidélité et dévouement. Maintenant qu'il prête l'oreille aux suggestions d'hommes haineux et intéressés, an point d'attenter à notre sang et à notre honneur, nous ne pouvons plus dorénavant rester dans ce pays. Il salua alors le souverain du haut {j>^ j3 sur la tète) de son cheval, se pencha sur

TêxU

son arx;on (977), piqua de l'éperon, donna l'alerte à ses gardes j^tm», (978) et se retira du champ de bataille. On rapporte que les troupes (de Ferroukh) lui interceptèrent cent quatre-vingts fois le passage jusqu'au .Diârbekir , que chaque fois il vainquit ses ennemis grâce à la vigueur de son bras, à la présence d'esprit et au talent stratégique qu'il déploya dans (979) les combats héroïques qu'il leur livra, et qu'il arriva heureusement du Diârbekir & Bidlîs, où il demanda un asyle à Chèms-u ddîn, prince de cette ville. Il donna sa fille au mSiïk^ qui lui céda le territoire pl^) de Pâcîne et le château fort d'Awnik (ou Awnig), Q*ara louçouf y établit sa résidence d'hiver; et dans le courant de l'été de Tannée 809 de l'hégire (1406 de J. C.)? îl livra, avec le secours et l'assistence de Mélik Ghèms-u ddîn , dans la contrée nommée I)jokhor Sdd (ou Djoqor ^ Sdd)j une bataille à Mirza Aboubekr, fils de Mirza Mirân-châh ^), fils de l'émîr Timoûr, qui fut mis en déroute. 11 se rendit maître du Djokhoj-Sa'd, de Mèrènd (Marand), de Nakhidjéwân, de Charoûr {on de Serderoûd) (980) et de Magou. U passa'l'hiver de la mètne année à Mèrènd (Marand), et en 810, Mirza Aboubekr et son père Mirza Mirânchâh se dirigèrent, à la tête d'une armée innombrable de l'Iraq^ (persique) et du Ehoraçân vers f Adzèrbaldjân pour en expulser ^

1) Hist. univeraéOe, T. XVIII p. 134; Hammer, Gesch. des Oman. Sekhea T. I, p. 683. Mirza Aboabèkre était le fils aîné de Mirza Mir&achàh.

Q'ara loaçoaf (le Turkoman). Les deux armées en vinrent aax mains à CSiènib'i'ffaaûn-lejS'Tëbrijs (981), et celle du Djag'atal fut taillée en pièces ^). Mirza Miràn-^châb fat taé, et TAdzerbaldjân tumba tout entier entre les mains de (^ara louçouf. Son heureuse étoile progressa de jour en jour. La bonne harmonie et runion la plus intime ne cessèrent de régner entre lui et l'émir Chèms-u ddin, à qui il donnait le nom de fils. Après qu'il se fut afifermi sur le trône du sulthànat, il lui octroya la principauté de Bidlls, à titre d'apanage héréditaire, avec ses appartenances et dépendances. Nous soumettons au lecteur le texte même des lettres patentes qui furent délivrées, à cette occasion, à l'émîr Chèms-u'ddin.

Formule du diplôme.

Nos bîen-aimés fils (que le Très-Haut les conserve!), les chefs* (émirs) des divers idoûs^ totMnâns (myriades), chUiades {CÀ^Jj^ milliers) et centuries ûUo^, ainsi que les serdârs (généraux en chef, les gouverneurs J^^ les agents du fisc jLc, les seigneurs

(ou propriétaires ?) v^U , les maires {kèlânters) les kèOchoudas (chefs de maison ij\^^\ji^j^ ei les MMiks (grands tenanciers)'), du Kourdistân, en général, de même que les princes (ou les magistrats J^i), les notables ^jj^^ les personnages les plus illustres^LLo, les citoyens domiciliés «jUTL et les simples habitants (jULyu de Bidlîs, d'Akhlâth, de Mouche et de Ehnoûs ij^y^ avec leurs appartenances et dépendances, sauront, qu'après nous être convaincu et après avoir acquis les preuves les plus irrécusables du parfait attachement, de la sympathie, de l'affection et du dévouement sans bornes de notre bien aimé fils, son Altesse le Très-grand, Très-juste, Très-sensé et Très-généreux émir Chèms-uddîn Aboul-mè'âly, généralissime persan (? ^^hf^^\j^\)^ que Dieu prolonge (maintienne) les jours de

1) Hist. universéOe, T. XVni, p. 881.

2) Hammer, Oeâch, der Ilehamf T. II, p. 854.

sa puissance, de son triomphe, de sa gloire et de sa prospérité jusqu'au jour du jugement dernier!

Nous avons (en conséquence) considéré comme un devoir indispensable et sacré pour notre conscience de Kbosroès de distinguer le susdit émîr d'entre tous ses égaux (émules), en l'honorant, comme il Tétait précédemment, de toutes sortes de faveurs et de concessions féodales (sutourgâls). Par ce motif, nous avons constaté dans les pages où sont consignés ses faits et gestes, les preuves et les témoignages les plus irrécusables et les plus manifestes de notre bienveillance et de notre affection souveraines, et nous lui conférons de nouveau en ce jour, spontanément et ex abrupto CJ^I iJU^ à Vimpromptu) le titre de prince, d'émîr,

d'administrateur jJU et d'usufruitier jj^ des impôts JL, des fermages provenant des dispositions charitables oL^ et des droits perçus par le fisc dans les villes de Bidlîs , d'Akhlâth , de Khnous, de Mouche et dans les autres châteaux forts et annexes avec toutes leurs appartenances et dépendances qui- se trouvaient précédemment entre les mains du susnommé, afin qu'il en jouisse sans partage et sans la moindre ingérence de la part de qui que ce soit. A cet effet (982), le présent ordre et décret émané de la faveur divine (983) a été promulgué «I-iL j)ju»l dans tous les parages jUjI, afin qu'on ne mette aucun obstacle au maintien du susdit émir en qualité d'émîr, de prince J^U et de possesseurs

ijiy'tM des divers cantons cJ^^ et localités, des campements ou quartiers d'hiver j^il-i^î et des guérets pj!>« qui se trouvaient

jusqu'ici, sous sa dépendance qu'on n'empiète pas (qu'on ne tourne pas à l'entoùr de) sur son territoire, et qu'on n'inquiète, en aucune façon, ses rdîaSj ni ses hommes et ses gens. Quiconque . contreviendra à ce firman s'en rendra responsable et s'exposera ^^^ à une enquête des plus sévères. Le devoir des émirs , des ser- ^f^i dârs , des magistrats J^l , des notables, des citoyens domiciliés et des habitants de Bidlîs, d'Akhlâth, de Mouche, de Khnoûs, des diverses localités et campagnes; celui des commandants

Cjily^ et des garnisons O^^ (sédentaires) des châteaux dépendants de cette principauté sera de considérer toujours comme leur émîr et leur prince (en personne) les fonctionnaires in?estis des pleins pouvoirs ^j^liLT (les commissaires) de son Altesse l'émir, notre auguste fils , de ne jamais contrevenir à leurs conjonctions verbales (j*^)y à leurs avis ni à leur bon plaisir, de suivre, sans relâche, le chemin de Tobéissance, de la soumission et du dévouement le plus absolu, de confier et de soumettre tous leurs incidents , leurs affaires et leurs transactions (opérations) aux délégués du susdit émir, d'obtempérer et de se conformer à tout ce qu'il leur enjoindra, de prendre, de tous côtés, toutes ces prescriptions pour leur règle de conduite et d'ajouter foi au présent diplôme, dès . qu'il sera muni et orné de notre auguste et glorieux monogramme juy . Délivré le dix du premier mois

de Rèbf de l'année huit cent vingt (=28 avril 1417 de l'ère chrétiehne)».

L'auteur du Mathld-usscldéin fÂbd-u r Rezzâq' Samarq'andy) rapporte que, quarante jours après le décès de Qara louçouf(984), l'émîr Chèms-u'ddîn adressa le 18 du mois de DzyThiddjé de l'année 823 (le 21 décembre 1420), par un des officiers investis de sa confiance, à la cour de Mirza Châhrokh, qui se trouvait alors dans le Q'arabàg' d'Arrân, un placet, dans lequel il lui exprimait les voeux qu'il formait pour son bonheur et sa prospérité.

Lorsque le susdit mirza quitta, au commencement du printemps, ses quartiers d'hiver du Q'arabâg , et se mit en marche pour aller combattre, aux environs (TArzèndjân, les fils de Q'ara louçouf le Turkoman (985), le Q'âzy Mou hammed, vint, au commencement du premier mois deDjoumâda de l'année 824 (ômai 1421) lui offrir, au lieu nommé ^l^^u^(?) OuUmeh gcAûtjsy (986), quantité de présents et de cadeaux de la part de Témir Chèms-u'ddin, wâly (prmce) de Bidlià. Il obtint la permission de s'asseoir dans la salle d'audience (du divan impérial), et s'en retourna content et satisfait. Quand les armées victorieuses de

Gbâhrokh vinrent camper à la station de ^T^ Mergou (on Marco?) (987) située aux environs d'Âkhlâth , où il y avait de riantes et j^^ verdoyantes prairies, Témlr GhèmS'uMdin vint au devant de JTwS* Tauguste cortège (4^..^ état-major?) de ce prince avec quelques émirs du Kourdistàn. Il obtint, au commencement du second mois de Djoumâda de la même année (4 juin 1421), Thonneur de baiser ses doigts, qui semaient les bienfaits et d'attirer ses regards, qui produisaient le même effet que la pierre philosophale. n fut comblé de caresses et de présents de la part de cet auguste monarque, qui lui délivra, après les avoir visés, de nouveaux diplômes d'investiture de la principauté de Bidlis. Il obtint son audience de congé le seize du mois précité (20 juin 1421), et revint dans sa principauté (988). On peut dire, sans être taxé d'exagération et d'hyperbole, et sans être suspecté de partialité et d'adulation, que l'émir Ghèms-u'ddîn était un homme on ne peut plus fidèle au dogme de Ptmité de Dieu (989) et extrèmement instruit, habile et versé dans les affaires politiques 4!^^. Les habitants de ce pays lui témoignaient et ont conservé pour lui une «vénération inénarrable.

On eût dit qu'il avait franchi à la fois tous les sept degrés de la ville spirituelle, et qu'il était presque parvenu au point de jouir de la société intime et familière ^1 de la divinité (990), car on dit généralement qu'il est écrit dans plusieurs traités sur la doctrine des szoûfis <ui^ Ji^jy Que les animaux sauvages et les oiseaux mêmes s'étaient extrêmement apprivoisés avec lui, et qn'au moment de ses ablutions (991), les bêtes féroces ^IjyL ^Ji^J venaient boire de l'eau dans le creux de la main bénie de ce saint personnage. , On lui attribue encore beaucoup d'autres prodiges et actions surnaturelles (992) que nous ne pourrions raconter ici sans qu'on l'attribuât à quelque autre mobile (993). Mais il consacrait ses précieux instants à la société et à la conversation salutaire de la classe illustres des savants et des hommes de lettres et de la caste éminente des saoufis (mystiques) et des derviches (994). Il est devenu célèbre parmi ses coinpa-

TKtU ptr9an, p, 880.

triotes'^ous le nom d*éintr Chènis-addin le Grand. Les gens de ce pays ont coutume d'implorer les prières et la protection tutélaires de Tàme {JjJ ?) pieuse et pure de ce saint personnage

(995). Lors des troubles suscités par lea Turkomans, il fit battre monnaie et réciter la Khouthbeh en son nom. Il y a encore au-

jourd'hui dans le Kourdîstân une monnaie d'or pur (? ^^iâi peutêtre argenté ?) pesant un mitzq^âl^ qui est connue sous le nom de C)%^sVe2(2m^(996)etqueles hommes de la haute classe O^V*

^^U ont conservé pour qu'elle leur porte bonheur et leur attire les bénédictions célestes: il en à passé sous les yeux de l'humble auteur de ces pages. U a vu également trois espèces de dirhèms (drachmes) monnayés et poinçonnés au nom de trois (antres) princes de Bidlîs, savoir: l"". l'une au nom de Mouhammed bèn Chèref; la seconde portant celui de Chèref-bèn Mou hammed, et l'autre celui de Ghèms-u'ddin-bèn 'Izz-u'ddîn.

On doit à ce souverain la fondation d'une cénobie ^^ij, d'un hôpital pour les aliénés, 4iLûJ), d'une hôtellerie ou hospice çl««2Jljb (997) et de la mosquée cathédrale mL du Gueuk-

méidàn (hippodrome céleste) qu'il a fait bâtir dans le courant de l'année 810 (1407— 8 de J. C.)et qui est connue sous le nom de Chèmsyiéh. Le village de Termite C^^J*^ une des dépendances de Mouche, celui de fu/oMyT dépendant dn canton ;Ji^^ Kardjîgûn (998), et celui de ^jji Kazoukh situé entre Ardjiche et

' Adildjuwâz, avec quatre pièces de terre ^>», sept boutiques

ou ateliers j^^ v^ *^^> ^^ caravanséraï ^ [^ Cj^jj^ vjJ^ et vingt feux Jj^iL arméniens à Bidlîs même et aux environs, subsistent encore et sont des biens affectés aux fondations pienses de son Altesse (999). Toutes ses autres se sont perdues par le laps da temps (jLj sLi^j\. La cénobie âj^l j est encore habitée (florissante) de nos jours. On y distribue du pain et du ra-

goût ^J aux faq'irs et aux pauvres. Le vUlage de Kazoukh est aussi un domaine affecté à une fondation pieuse en faveur des

musulmans de toutes les classes Jsij ^joU cm>: on y donne à

manger et da pain aux voyageurs (allants et venants).

L*émîr Chèms-u'ddîn obtint enfin, dans la ville d'AkWâth, rhonneur du martyre de la main du Mirza Iskèndèr, fils de Q'ara louçouf le Turkoman, qui était, un homme extrêmement ignorant et dépourvn d'instruction. D'après une certaine version, le corps de ce grand prince fut transféré d' Akhlâth à Bidlîs, oïl il fut inhumé enface^il^^^dela cénobie par lui fondée à l'est du Otteuk'fneidân. Suivant une autre version, il se trouve à Akhlâtb ; mais on n'est pas d'accord sur le lieu où il a été enseveli. Voici ce que l'on raconte vulgairement (1000) sur le motif pour lequel il fut mis à mort. Son épouse, qui était la soeur d'Iskèndèr, étant une princesse turkomane (mot-à-mot la fille des TurîcomanSj une fille de Turkoman), était, naturellement passionnée pour les courses de chevaux, le jeu de mail et le tir de l'arc. '^*}' Elle voulait consacrer, de temps en temps , à Bidlîs , comme elle en avait l'habitude, quelques instants (de loisir) à ce genre d'exercice. Le grand émir avait beau la dissuader de se livrer à ce périlleux passe- temps en lui disant: Nous appartenons à la nation kourde, à laquelle les habitudes des Turkomans sont antipathiques et paraissent choquantes: il vaut donc mieux y renoncer»; ces objections ne l'arrêtèrent pas (1001).

(Vers.) Lorsqu'une affaire ne réussit point par la douceur: elle aboutit infailliblement à quelque a&ont (1002).

On en vint nécessairement aux altercations et à la rudesse,

et Chèms-u'ddîn, poussé à bout par la loquacité ^jj^û^ jC^^ô et reffironterie de la jeune princesse (de la fiUe), lui donna un coup de poing sur la. bouche et lui cassa une dent. Elle la roula dans un papier, et l'adressa à son frère, qui se trouvait à Ardjiche, avec une lettre, où elle exhalait ses plaintes et ses griefs. Cet effironté tyran, que l'on avait surnommé Délu Iskèndèr (Alexandre le forcené) tua, pour cette raison, l'Émir Chèms-u'ddln, lorsque celui-ci alla le voir à Akhlâth. Mais cette version

paraît extrêmement invraisemblable aux yeux de Tanteur de ces lignes, n est probable que ce meurtre a eu pour cause le grand attachement et la sympathie que le' grand émir avait témoignés à la cour de Mirza Châhrokh. Quoi qu'il en soit, après le meur- ^ tre de ce grand émir, ce fut son successeur légitime, l'émtr Cbèref, qui devint prince du pays de Bidlîs, et qui prit les rênes du gouvernement (1003). C'était un homme idiot (1004) et maniaque, qui passait les nuits dans le fourneau des bains, et qui s'était fait faire une cage (1005) de fer, où il restait accroupi pendant le jour, répétant sans cesse ces mots: «La place du garbon (mâle de la perdrix) est dans la cage. Son existence ne fat, par conséquent , pas plus longue que la saison des roses épanouies, et il n'en resta aucun vestige sur la surface de la terre

j^jjj \^^j> (1006).

(Vers.) Que tu sois gai ou soucieux dans cette hôtellerie ^>

jMrwm. (passagère), tu n'es jamais en sûreté dans cet antique hôtel.

Comme nous ne pouvons nous dispenser de le quitter un jour, il

vaut mieux s*y livrer à la gaieté qu'au chagrin , et le plaisir est

préférable à la tristesse. '

Des auteurs dignes de foi rapportent que Châhflme Ehatoune, épouse de l'émtr Chèref, qui était une des filles (des descendantes) des m&Aks (ou princes) àe'Haçane KéiftLVsit obtenu, du vivant de son mari, un fètwa (une décision légale) (1007) des 'ouléma (docteurs de la loi, qui l'autorisèrent à convoler en secondes noces), et qu'elle s'unit par les liens du ma- ^ nage avec Mîr Sidy A'hmed Nâszir-u'ddîny. Après que l'émîr Chèref eut pris son essor vers les bosquets (jardins) du Paradis, ne laissant après lui qu'un fils en bas âge nommé Chèms-u'ddtn, qui n'était pas encore capable de gouverner ni de régner, les rênes des affaires temporelles de la principauté de Bidlîs tombèrent, pour cette raison, jsntre les mains capables de Mlr Stdy A'hmed et de ChâhQme Khâtoune. Par suite de cet événement, les ag'as Rouzéguy commencèrent à se soulever. Chacun d'eux s'empara sans discrétion ^^^tUl^^iAi d'un des cantons de Bidlîs, de

sorte que Mir Mott'hammed Nftszir-u^dtn y prit possession <f Ak- M, et 'Abd-u r Ra'hman ag'a le Q'aw&licy se rendit maître de Tchaq'our jyu et de Mouche: il surgit, en conséquence, des troubles et du désordre au sein des peuplades Rouzéguy: chacun prétendit devenir prince et voulut être émir (1008).

(Vers.) Lorsque Tanarchie règne dana un pays, chaque rëis (maire) se fait toûly (prince souverain) de son village.

Les affaires de la principauté de Bidlis restèrent dans le même état jusqu'à ce qu'un jour l'épiîr Ghèms-u'ddin sortit de la qasaaba (bourgade) de Bidlis pour aller à la chasse. Un individu de la grande tribu Bâïeguy nommé 'Omar lâdikàràn, qui avait chargé de bois quelques ânes de louage p^(> (1009), se

rendait du canton de Kifèndour en ville, par le chemin ordinaire, afin d'y vendre son bois (1010): ils se rencontrèrent l'un l'autre à l'entrée du pont nommé Poul-i- arabe (le pont des Arabes). Omar, contrevenant aux lois de la politesse (1011), ne détourna pas du chemin ses ânes de louage, et les fit tellement courir que le bois dont ils étaient chargés vint heurter le genou de l'émir Chèms-u'ddin. Celui-ci lui dit: «Imbécille d'âne que tu es! On . dirait que tu ne vois pas passer le monde». 'Omar, de son côté, J^; se hâta de lui répondre insolemment, et lui dit d'un ton grossier: «C'est celui qui n'ap'erçoit pas ses défauts, qui ne voit pas clair». L'émîr Chèms-u'ddin fut outré et indigné ^[>^l dé ce propos: il était même sur le point de l'invectiver et de l'affronter 4^Ulj jljT; mais il eut ensuite pitié et compassion de lui, prit pour devise le cabne et la patience, et poussa l'indulgence aa point de lui pardonner (1012).

(Vers.) Si tu te montres patient, il n'y a point de doute que la patience ne contribue peu à peu à ton bonheur.

Après que cet accès de colère se fut calmé, et que son irri^tation momentanée se fut appaisée, il se mit à réfléchir et se dit à lui-même: «A Dieu ne plaise que l'audace de cet homme du peuple n'ait pas été sans oiotif! H vit, à son retour de la chasse,

*Omar làdikâràn^ qui atait vendu son bois, et qui regagnait son logis (1013). Il le fit appeler et lui dit. «Ignorant Kourde! les pr(^os que tu as tenus étaient vains et inconsidérés et tu f es écarté, à mon égard, du sentier de la politesse» (1014). 'Omar prit humblement la parole, et se confondit en excuses. c<0 véritable fils de mon seigneur et maître! Toi> qui es, en réalité, la lumière de mes yeux, lui dit-il, ce n'est nullement par impolitesse que ton serviteur t'a tenu ce langage; c'est, au contraire, f par un pur'eflFet de son dévouement et des voeux qu'il forme pour ton bonheur qu'il s'est permis de t'adresser quelques paroles du ton d'un vrai Eoui*de et avec la plus grande franchise. Si tu daignes toutefois lui prêter une oreille attentive, maintenant que tu lui as fait l'honnenr de l'appeler secrètement chez toi, nous t'exposerons les choses d'une manière plus explicite». Lorsque l'émîr l'interrogea de point en point sur ce qu'il venait de lui dire sommairement, 'Omar rappela à son souvenir, d'un bout à l'autre, et sans rien y ajouter ni retrancher, l'aventure de sa mère avec Sîdy A'hmed Nâszir-u*ddîn, et lui raconta, que, da vivant même de son père, elle avait obtenu des ^ ouléma uja fetwa^ en vertu duquel elle avait convolé en secondes noces avec cet émir, et qu'ils avaient ensuite pris le maniement des T^^^ affaires importantes de la principauté. L'émîr Chèms-u'ddîn ap- V- *«^- plaudit aux sages et salutaires conseils de 'Omar, et lui demanda: «Comment est-il possible de remédier à cette spoliation et de réparer cette perte?» 'Omar lui répliqua: «Il faut attirer chez toi, Vnn après l'autre, tels et tels jeunes guerriers des plus déterminés de la peuplade Rouzéguy, tâcher de les gagner par tes promesses et t'entendre avec eux. Ton serviteur t'indiquera ensuite ce qu'il faudra faire». L'émir Chèms-u'ddin mit ce plan à exécution, comme le lui prescrivait son bien-être (futur). Il fit donc venir, chaque jour, chez lui un ou deux jeunes guerriers Rouzéguy, et se fit reconnaître par eux. Mîr Seld (Sîdy) A'hmed ayant eu vent de cette conspiration â«jim, prit le chemin de la fuite et se réfugia chez le prince Bokhty Mîr Abdàl. L'émir

Chèms-u'âdin se hâta de tuer sa mère, et s'empressa de se rendre anssi promptement que possible dans le pays des Bokhtis, à la poursuite de Mir Seïd A'hmed. Lorsque l'émir Abdâl le Bokhty apprit l'entrée en campagne de Témîr Chèms-û'ddtn, il rassembla également ses troupes , vint au bord de la rivière de Zèlèm (1015), où il se. prépara à la lutte et s'apprêta au com* bat; il alla ensuite à la rencontre de l'émir Chèms-u'ddîn.

A l'approche du moment où lès deux aimées allaient en venir aux mains, l'émir Chèms-u'ddin expédia un courrier à l'émir Abdâl, et lui demanda l'extradition de Mir Seïd A'hmed. L'émir Abdâl lui répondit: «Il sera fait droit à cette réclamation (1056), dès que vous nous livrerez Mir 'Haçane le Chiréwy, qui, depuis longtemps, a tué un des princes Bokhty, a pris la fuite et s'est réfugié à votre cour. Livrez-le-nous, et nous vous remettrons pareillement Mir Seïd A'hmed». En somme, après qu^ou se fut adressé réciproquement plusieurs messagers chargés de dépêches, il fut convenu que l'émir Chèms-u'ddin enverrait à Mir 3^^ Abdâl, comme otages, plusieurs aq'as Rouzéguy, en échange de ^aak Mir 'Haçane le Chiréwy, et que Mir Abdâl, de son côté, lui ren* verrait Mir Seïd (0. Sîdy) A'hmed; qu'ensuite l'émir Chèmsuddin enverrait l'émir Haçane à l'émir. Abdâl, qui lui rendrait les ag'as (livrés en qualité d'otages). L'émir Chèms-u ddin choisit, en conséquence, quelques-uns de ses plus vaillants guerriers, qui étaient, en même temps, d'habiles nageurs et d'intrépides combattants, et il les envoya, comme otages de Mir Seïd (ou Stdy) A'hmed. Il leur donna les instructions suivantes: «H faut que vous vous postiez au bord de la rivière : dès que vous entendrez du bruit dans notre camp {ord(ni)\ et que vous vous apercevrez que l'on s'y prépare à une attaque nocturne, il faudra que vous, de votre côté, vous abandonniez vas chevaux et quittiez vos armes (1017), que vous vous jetiez tout nus à l'eau, que* vous traversiez la rivière à la nage et veniez rejoindre notre armée; car je ne veux, en aucune manière, livrer Mir 'Haçane entre les mains de la peuplade Bokh- * ty». Les aq as Rouzéguy, se conformant à cet ordre, se rendirent à la

conr de Mir Abdâl, qui renvoya, de son côté, Mîr Seld A'hmed, à Témir Chèms-Q'ddin avec prière de renvoyer, en échange, Mtr Haçane afin qu'ils fussent l'un et l'autre remis en liberté en vertu de la paix conclue entre les deux parties (1018). Lorsque le monarque de la quatrième sphère céleste (le soleil) eut déposé sa couronne d'or 3^1 jj o^son bonnet doré, et que la nuit eut pris le costume (noir) des' Abbàcides (1019); lorsque le ciel sans amour (1020) eut ouvert l'oeil vigilant (? J^\) des capitaines des gardes de la nuit (des étoiles), l'émtr Chèms-u'ddln fij; trancher par le glaive vengeur le fil de l'existence de Mir Seld (0. SMiy) A'hmed, qui s'était rendu indigne du sel de l'hospitalité (1021), et envoya les braves Rouzéguy au bord de la rivière de .2^2èm (1022) avec l'intention de tenter une attaque nocturne. Les sentinelles {qaraouls) de l'armée Bokhty, stupéfaites de leur attaque jetèrent le cri d'alarme. Pendant ce temps-là, les aq as Rouzéguy j^^ s'étant aperçus de ce qui se passait , se jetèrent à l'eau, passèrent la jTSm! rivière à la nage et rejoignirent leur armée. A l'aube du jour, dès que le Khosroès de l'orient (le soleil) fit déployer les bannières dorées (1023) et resplendissantes des nombreuses légions d'étoiles pour quitter le rivage de la mer d'occident (du Mag rib) et regagner la quatrième sphère céleste; dès que son génie sublime eut pris à tâche (1024) de dissiper les ténèbres de la nuit, les deux armées posèrent le pied de la bravoure dans l'arène des combats pour se li^er bataille, et se disposèrent à la lutte au bord de la rivière (1025). L'émir Ghèms-u'ddin piqua son cheval de l'éperon pour hâter sa course (1026), et s'avançant en face de l'armée ennemie, prit la parole en ces termes: «Mir Abdâl, j'ai terrassé dans la poussière du néant (1027) mon serviteur^^, qui s'était montré hostile et traître à mon égard: je n'ai désormais aucun sentiment de haine ni d'inimitié contre vous. $i cependant ^b^ fl vous avez envie d'en venir aux mains et de commencer les hostilités, voici l'arène et le champion prêt à y entrer». - Lorsque ces paroles furent parvenues aux oreilles de la peuplade Bokhty, Mir Abdâl fit également avancer son cheval, et dit:

Mir Chèms-aMdin! Vos pères et vos illustres aïeux ont été, depuis les temps les plus anciens , lés aînés et les doyens ( juiu« ^j barbe blanche) des nôtres: les portes de Famitié et du plus sincère attachement ont toujours été ouvertes entre eux, et ils n'ont cessé de suivre le chemin de la bonne harmonie et de la concorde (1028).

(Hémistiche.) Que Dieu me préserve de prendre un parti, qui soit contraire à nos anciennes coutumes , qui m'attire le blÂme et la réprobation du créatures, et qui me couvre d'ignominie aux yeux de tous, non seulement dans ce monde, mais encore dans la vie future. Si toutefois ajb^L^I Mir Seïd A'hmed a oublié son devoir (a outrepassé les limites) et a posé le pied hors du • cercle de la morale v^^l , il en a été puni comme il lé méritait. J'espère maintenant que grâce aux qualités généreuses qui vous distinguent, et à votre sincère affection, vous plierez le tapis des hostilités et jetterez les fondements de la concorde et de l'amitié».

Lorsque l'émir Ghèms^u ddin vit que l'émir Abdâl avait pris la parole pour lui faire toutes sortes d'excuses, et qu'il tenait un langage affectueux et conciliant, ils prirent à tâche, de part et d'autre, de cimenter les bases de l'amitié et de la plus franche cordialité (LLm^I de l'épanchement), et l'émir Ghèmsu'ddin daigna se retirer. A dater de ce jour il fut surnommé MirChèms- n^ u'ddin Duchevâr (le Dur ou VInfiexible). Il eut cinq fils nommés '- '^* Sulthân A'hmed, Sulthân Ma hmoùd, Zla-u'ddin, Émir Chèref et Émir Ibrahim. Les trois premiers succombèreut à la peste en 836 (A. D. 1431-^2); l'émir Chèref, dès qu'il eut atteint le terme £e^tal qui lui avait été assigné par la divine Providence, prit congé de ce monde éphémère, lor8qu''il était à la fleur de l'âge et au printemps de la vie.

L'émir Ibrahim succéda à son père après le décès de ce dernier, et régna pendant quelque temps. Quand il eut pris son essor vers le monde de l'éternité, son successeur légitime 'Hâdjy Mouhammed occupa la place de son père, et fonda en 847 (A. D. 1443 — 4), au centre de ta ville des Bidlis et au bord de la

rivière de Roubâth , un collège {médréceh) et un mesdjid (oratoire) (1029), qui furent achevés au bout d'une année. £d 865 (1460 — 61 de J. G.) il fut admis dans le sein de la miséricorde divine, et il est enterré (inhumé) à c6té de son mesdjid. U laissa, comme souvenirs dans ce monde, deux illustres fils nommés Ibrahim et Émitr Chèms-u'ddîn. L'émîr Ibrahim prijt les rênes du gouvernement conformément à la dernière volonté de son père, et nous allons raconter en détail les divers événements de son règne.

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