CHAPITRE VL
De rÉmtr Ibrahtm, (ils de l'Émir HâQy Mod hanmed.
La plume (vîUT le pinceau), qui sait orner le sujet qu'elle traite, a exposé sur les tablettes de l'élocution, qu'il exista toujours entre les princes de Bidlis et Q'ara louçouf le Qarog oiotmlou (de la dynastie du Mouton noir) des relations de père à fils et des liens de parenté. Lorsqn^ Ouzune'Haçane ("Haçane le long) VJqqùkmnlou (du Mouton blanc) eut fait mourir Djéhàn-châh, fils de Q'ara louçouf, par suite de Finimitié invétérée qui régnait entre les deux peuplades (1030), et lorsqu'il se rendit maître de tout le Dlârbekr, de l'Arménie et de l'Adzèrbaldjân, tous ses pensers et ses projets eurent uniquement pour objet l'extirpa-* nxtê tion de la race des Qfaraq'olounlou et l'extermination des fa- F. 888. milles de leurs proches et de leurs amis. Il donna d'abord à Soulelmân-big Bijèn-og'lou, qui était un de ses plus grands généraux, l'ordre de soumettre, avec une année innombrable et incalculable, la principauté de Bidlis, et de se rendre maître des princes de cette ville.
Souldman-bîg partit pour le Kourdistân à la tête d'une immense armée ; et lorsque les troupes turkomanes vinrent dresser
leurs tentes souis les mars du château de Bidlis, l'émîr Ibraihim, fils de'H&djy Mouhammed, qui régnait à cette époque, fit fermer les portes des châteaux Qt des forteresses, et résolut de s'y retrancher.
SouleImân*big commença aussitôt le siégé du château de Bidliô et fit préparer, à cet effet, tous les instruments et les ustensiles de siège.
U bloqua pendant trois années consécutives, le château de Bidlis, et chaque année, dès que le soleil qui éclaire le monde dépassait le point qui se trouve en face de la ligne équinoxiale d'automne ^), dès que le monarque (Djèmchid) du ciel, redoutant les frimas et la froidure de l'atmosphère, retirait (rentrait) sa tète sous la fourrure de petit-gris des nuages (1031); aussitôt que la pelouse verdoyante était dépouillée de l'ornement de ses fleurs jlyl (1032), et que le parterre restait privé de sa pamre diaprée; lorsque les arbres se dépouillaient de leur manteau de fruits et perdaient leur robe de feuillage; à l'époque enfin, où le rosier restait à nu après avoir laissé tomber son vêtement d'emprunt et son costume doré , Souleïmân-big , après avoir apaisé le démon (dive) de son courroux veugeur en lui persuadant qu'ilse rendrait maître de l'objet de ses désirs, se dirigeait vers ses quartiers d'hiver de Mârdin et de Bèchiry. Au retour du printemps, dès que la brise équinoxiale faisait épanouir les herbes odoriférantes (les basilics) et les fleurs dans l'enceinte des jardins de ce monde composé de poussière, et en faisait un objet de jalousie pour la pelouse émaillée des cieux, Bijèn-oglou sortait, comme un second Bîjèn (1033) du fond de son puits obscur, et se dirigeait vers Bidlis dans l'intention d'y combattre les braves de l'armée kourde et ses héros aussi vaillants que Roustèm. On s'appliquait alors à se rendre maître de la forte^ resse, et l'on cernait le château de toutes parts. Le tonnerre et les machines de guerre dressées contre la place se* faisaient en-
1) L'aatear vent dire : „dès que la saison de l'éqainoxe d'aatomne était arriréc**.
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tendre des deux côtés, et lançaient du haut des murs et du pied des remparts une grêle de pierres et de traits qui faisaient jaillir la cervelle (1034) du crâne des asssiégeants et arrachaient l'âme du corps de ces preux guerriers (1035).
(Metznéwy.) Les armées rangées sur deux lignes combattaient comme les cils (meurtriers) des jeunes beautés : l'une était au haut des murs et l'autre à leur pied. Lorsqu'une pierre tombait des remparts , le boeuf qui soutient la terre (sur ses cornes) rugissait comme un lion. Quand une flèche lancée du pied des murailles arrivait à la cime, elle s'entortiUait dans cette sphère (voûte) élevée. Pour se présenter au combat, le ciel avait emprunté à la lune son disque (anneau) et au brillant Soleil son radieux lacet Le mousquet, semblable aux coeurs endurcis ,\ avait battu en brèche la paix et le repos. Les tours de la forteresse teintes du sang des braves avaient pris la couleur de la tulipe, comme les fleurs du grenadier (1036) Ce siège ayant été de longue durée, la &mine, le manque de vivres et les nombreuses maladies réduisirent les assiégés à la dernière extrémité (1037). Il en périt un si grand nombre, qui succombèrent à la peste et à l'épidémie régnante, qu'il ne resta en vie que sept hommes avec l'émtr Ibrahim. Ce fut alors que le poète Ma hmoùd 'Og^ Uou, qui était le panégyriste de Soulelmân-big, composa une goséUe (ode erotique) turke où il inséra ce vers, qu'il envoya à 'Haçane-big(1038).
(Vers.) Grand Roi! Ce Kourde de Bidlis ne se soumettra pas à Soulelmân (Salomon). Fidèles à leur antique coutume, ils combattront sans relâche pour la défense de leurs foyers (1039).
En un mot, après que la détresse, les maladies et l'abstinence eurent atteint, de part et d'autre, leur plus haut période, et que, des deux côtés, les peines C^ (la gène) et les souffrances furent parvenues à leur comble, on répéta d'un commun accord que la jMiir était préférable ^ UiJI (1039*).
Des négociateurs intervinrent entre les deux parties belligérantes pour traiter de la paix, et il fut convenu que Soulelmân-
big n'attenterait ni à la vie ni à la fortune (1040) de l'émir Ibrahim, et que celni-ci, de son côté, (1041) renoncerait à la possession dn château et de la principauté, qu'il Remettrait entre les mains tle l'autre. Ils furent Tnn et l'autre satisfaits de cette transaction (de ce traité aULu), et l'on fit, à cet égard, un rapport à ^Haçane-big (Ouzune 'Haçane), qui envoya, comme sauve-garde, son anneau à cacheter (1042); et le traité obtint l'honneur d'être conclu (ratifié ^Un^l). L'émir Ibrahim* évacua i^ la place, et partit pour Tébrtz afin d'y rendre hommage à 'Haçane-big. Soulelmân-big prit possession des châteaux forts de la principauté de Bidlis. On raconte que l'on envoya alors dans l'Âdzèrbaldjân l'émir Ibrahim avec douze familles de la grande tribu Rouzéguy, au nombre desquelles se trouvait celle de (j^\^ Chèms-i-ûqUân (soleil des hommes sensés).
Après son arrivée à Tébriz 'Haçane-big lui assigna une pension dans la ville de Q'oum, et le fit partir pour l'Iraq'. Tant que tHaçane-big vécut, il prit à- tâche de traiter convenablement et de protéger l'émtr Ibrahim.
Lorsqu'il eut atteint le terme de sa carrière et bu le sorbet 4^^ de la mort que lui présenta Téchanson du destin J»l, le bout du fil de la direction des affaires du royaume tomba entre les mains habiles et capables de son fils Jaq'oûb-big (1043). Celui-ci condamna à mort l'émtr Ibrahim à cause de l'insurrection de la peuplade Rouzéguy et des troubles qui avaient éclaté dans la principauté de Bidlis. Cet arrêt fut exécuté dans la ville de Q'oûm. Il resta après ce prince trois fils nommés 'Haçane 'Aly, 'Hoùcein 'Aly et Chah Mouhammed, qu'il avait eus de l'humble fille aîam d'un des principaux personnages de la dite ville de Q'oûm, avec laquelle il s'était u&i par les liens du mariage. La principauté de Bidlis resta , pendant vingt-neuf ans, soumise à* la domination des Â'q q olounlou (de la dynastie du Mouton blanc). Le désordre et la confusion se mirent dans les .affaires de la peuplade Rouzéguy. Les hommes les plus marquants de cette tribu allèrent chacun de son côté; quel4ue8-uns
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d'entre eux se dérobèrent dans le réduit de la solitude et retirèrent le pied de l'abnégation (1044) sous le pan de la patience et de la résignation, après avoir fermé sur eux-mêmes les portes d'entrée et de sortie. Mou hammed Ag'a le Guelhouky, qui était l'élite des partisans les plus dévoués, de la famille de Zïa-u'ddin et la colonne des grandes et des petites tribus Rouzéguy» se vit forcé d'entrer au service (de fréquenter la cour) des émirs tur- ^,^ komans du Mouton blanc. U s'était fixé dans Tlràq' et venait, V^gi, la plupart du temps, faire sa cour aux fils de son bienfaiteur, qui résidaient dans la ville de Q'oûm. II faisait tout son possible pour leur prouver sa soumission et son dévouement absolu et pour leur témoigner son amitié et son sincère attachement. Comme c'était un homme qui connaissait le monde, qui y avait acquis de l'expérience et qui en avait éprouvé (goûté) le chaud et le froid, il faisait parfois le cs^cul approximatif cJ^^ul du grand nombre des défenseurs et des soutiens de la peuplade Bouzéguy, et vantait la haute noblesse de la famille de ces jeu-^ nés princes, qui, dans tout le Kourdist&n, avait le pas sur toutea les lignées oUu^l et les maisons princières les plus illustres. U se plaisait, à faire, à chaque instant, le plus brillant éloge (1045) de la bonté de l'eau, de la pureté de l'atmosphère, de l'aspect riant et enchanteur des jardins et des guérets de la principauté de Bidlts. U étalait en outre, .à toute heure, à leurs yeux , l'extrême focilité avec laquelle ils parviendraient à reconquérir les châteaux forts avec la principauté de Bidlis, et à en expulser leurs rivaux et leurs ennemis. Il poussa enfin, petit à petit, la hardiesse du langage au point de dire: «Si toutefois ^\u^ le désir de retourner dans le Kourdistân se présente à l'esprit éclairé d'un de nos jeunes princes {Émir-'eûdéh)^ son arrivée dans ces parages suffira pour attirer autour de lui un si grand nombre de partisans et de défenseurs appartenant aux diverses peuplades et qabiles kourdes, qu'il lui sera on ne peut plus, facile de reconquérir, avec l'assistance du Très-Haut, les places fortes et toute la province : la restauration <»L*I (la vivifi-
cation) de l'antique race de nos princes se réalisera alors avec le pins grand succès». Il oommuniqna enfin ce setret à la mère du jeune prince, et lui tint «e langage: aSi vous daignez consen-* tir à' faire accompagner votre 4out dévoué et affectionné serviteur par un de' vos fils, et à l'envoyer dans .le Koûrdistân, il rassemblera, avec l'assistance divine (1046), autour de son jeune maître la grande tribu Rouzéguy, et nous arracherons, de vive force, à la domination des fonctionnaires ^.IXLiU^ turkomans du Mouton blanc tous les châteaux forts et les cantons de la principauté de Bîdlls. Le bon droit étant alors raffermi sur sa base centrale ^^ jC^/ks diverses grandes tribus et q'abiles Hpuzéguy, qui depuis un siècle {,j^t*^ un âge d'homme) errent de porte en porte, reviendront dans leur patrie et passeront leur tête dans le licol de l'obéissance et de la soumission. En un mot, il ^^i inculqua ses assertions dans l'esprit de la princesse , en faisant '* ^^^' valoir à leur appui les arguroenl/s les plus péremptoires, et in-^ sista tellement sur ce point, que la malheureuse mère résigna, bon gré mal gré, son coeur à l'absence de ses fils. Elle cofifia, en conséquence, 'Haçane 'Aly et'Houceln'Âly i Mou'hammed Âga. Celui-ci se chargea des deux jeunes princes et les emmena dans la principauté 'Hakkâry, où il les laissa au sein de la peuplade (grande tribu) Açaury ijjy^^ (1047) que Ton nomme o'^^J^ Sëbedbâfân (les Vaimiersy dans le dialecte de ce peuple. Là il les remit à des hommes dignes de confiance, et leur dit: «Ce sont mes enfants. Il faut les garder soigneusement sans vous permettre la moindre négligence ou nonchalance. Il se rendit ensuite personnellement dans la principauté de Bidlls, où il annonça aux partisans les plus dévoués et les plus fidèles de la famille de Zia-u ddin l'arrivée des fils de leur bienfaiteur. D réclama leur assistance et leurs secours, en les priant de déployer tout leur zèle pour réconquérir la principauté. Par un heureux effet du hasard, la peuplade Açoury s'était alors soulevée contre son prince ^Izz-uddin Ghîr, avec qui elle avait eu des discussions. Elle avait posé le pied hors du sentier de l'obéissance et de la
BubordinatioD, et s'était écartée de la voie de la discipline et du dévouement pour prendre le chemin de la rébellion. Izz-n'ddîn Ghir, décidé à les châtier et les punir, marcha à la tète de son armée contre cette nation rebelle. Cette indigne peuplade fit, de son côté, ses préparatife de guerre, et s'apprêta à la lutte et au combat, comme il est dit dans le vers suivant: (1048)
(Vers.) Lorsqu'il n'y a plus d'autre moyen de salut, la main saisit, en cas de nécessité, la poignée du tranchant cimeterre.
Elle déploya dans ce combat toute sa bravoure et sa valeur. ^Haçane ' Aly et son frère y périrent au milieu de la peuplade Açowry (assyrienne) (1049)^). Au moment où Mouhammed Aga le Guelhouky venait de ranimer l'espoir et de se concilier l'affection de la grande tribu Rouzéguy en lui annonçant l'heureuse nouvelle de l'arrivée de ses jeunes princes; à l'instant où il s'était préalablement entendu avec les plus illustres émirs (chefs) j^^ du Eourdistân (1050), on apprit soudain la nouvelle de la terri* ^r»M. ble et douloureuse catastrophe, de l'aflSigeant et angoissant désastre survenu aux malheureux et infortunés princes. La fumée de la douleur et des regrets (1051), qui s'échappa du cerveaa des vieillards et des jeunes gens de' cette peuplade condamnée à l'adversité, s'éleva de ce foyer jusqu'à la sphère céleste. Ses cris et ses gémissements montèrent jusqu'à l'apogée des cieux. Un torrent de larmes de sang jaillit de la source de ses yeux. Abattus et accablés, ils se roulèrent dans la poussière et le sang, jetèrent sur leur cou des lambeaux de feutre noir, se couvrirent le dos de manteaux de deuil (1052) et lacérèrent les vêtements de leur âme au lieu de se déchirer le collet (1053).
(Vers.) U ne resta pas un seul oeil, qui, à la nouvelle de cette
1) Le XIXe chapitre des Praines d^or de Maçauài (T. II, p. 92—95) est intitulé: «Bois de Moçool et de Niniye «c^âJ nommés aussi rois oMyrisM
j Jl) aUfùuff/kmn).
catastrophe, ne yersàt des larmes de saag; il n'y eut pas un seul coeur qui ne devint soucieux par suite de ce désastre.
Car ^] , il ne se leva jamais à rhorizon de la nouveauté cij>ji» une seule dynastie ^^^ dont Tastre ne parvint aussitôt à Textréme limite de son déclin ; jamais il ne parut dans le champ (Faire) de la gloire j^ une seule puissance ^^y^J^, dont le palais perdit sa cime dans les cieux, sans qu'il fût ébranlé par le tremblement de terre du néant (1054).
(yers.)Il n'a poussé dans la roseraie du monde (1055) aucun arbre, qui soit resté à l'abri des injures de la cognée. Dans ce jardin émaiUé comme le plumage diapré du faisan (1056), il ne ^ restera sur la pelouse ni fleur ni cyprès.
Bref, Mouhammed Ag'a tomba, à la suite de ce désastre, dans la mer de la consternation: cet infortuné devint le jouet des vagues de la désolation; le typhon (le déluge O^^) ^^ chagrin et les flots de l'affliction , ayant ravi au vaisseau de sa patience l^cre (lo57) de la longanimité et dé la résignation, il fut englouti dans le gouffre de l'adversité et des peines, et devint la proie du crocodile de l'anéantissement. Étourdi par l'excès du chagrin, il cârgua la voile du courage (1058), et se dit: cPleurons ces deux boutons de rose du parterre de la principauté, qui, après s'être formés et développés dans la roseraie de l'émtrat, ont été flétris par le vent pestilentiel {SomoûmCj du désert de la mort avant même d'avoir respiré le doux parfum du zéphir ambré de la primatie. Combien je regrette ces deux cyprès ^^^ aussi sveltes, qu'élancés, qui levaient leur tète migestueuse au ^;[^ bord du ruisseau de la souveraineté, et qui ont été terfassés par les flammes de l'incendie des revers, sans avoir goûté l'eau des canaux 'de la suprématie!»
Un des amis de Mou hammed aq'a lui apprit, dans cette rirconstance désespérante, que l'émtr Ghèms-uddln, frère de l'émir Ibrahim , se trouvait dans le canton d'Aroukh kjj . A l'époque, dit-il, où Soulelmàn-big Bijèn-og'lou tenait l'émir Ibra-
him assiégé dans le château de Bidlis, le frère. de ce prince s'enfuit à Taventure ix*\ jl |C*si» de ce château, et se rendit au sein de la peuplade Bokhty. Là il épousa la fille de Témir Mouhammed Aroukhy, dont il eut un fils nommé Chéref-bîg. Le père et le fils demeurent, en ce moment, l'un et l'autre, au sein de la tribu Bokhty. En apprenant cette heureuse nouvelle, Mou hammed ag a futaucombledelajoiectde l'allégresse. Il se rendit aussitôt dans cette contrée, et eut le bonheur de faire sa cour à l'émîr Chèmsu ddîn. Dès qu'il fut en sa présence, il remarqua sur sa physionomie les pronostics de sa grandeur (future) et distingua sur le front de ses espérances les indices de la perspicacité (de la finesse). Ses bonnes manières et ses procédés affectueux plurent à l'esprit sagace de Mou hammed ag'a qui lui raconta sa désastreuse aventure d'un bout à Vautre, et qui le fit d'un ton si pathétique que l'émtr Chèms-uddîn en fut attendri, et lui dit: Quel est maintenant votre projet et le but au quel vous aspirez? Il répondit: «La prière que Votre serviteur ose adresser aux personnes attachées à Votre service, c'est de sortir leur main tutélaire de la manche de la vaillance , de porter le pied du bonheur à l'étrier de la bravoure et de se mettre en marche pour aller reconquérir la principauté de Bidlîs. L'émtr Chèms-u ddîn agréa sa demande, et ils partirent tous ensemble pour la province de Btdlis. Dès qu'ils arrivèrent dans ces parages, quinze cents hommes déîk«<« terminés de la grande tribu Rouzéguy vinrent se ranger sous ses p. 805. ordres, et ils commencèrent aussitôt le siège du château. A cette époque le gouvernement de Bârgutry , de ' Adildjuwâz et à Ardjiche était entre les mains de la grande tribu de Mou hammed Chalouwy le Turkoman. Dès qu'il apprit l'arrivée de l'émîr Chèms-u ddyi sous les murs du château de Bidlîs, il se mit en marche à la tête d'une nombreuse armée. L'émir Ghèms-u'ddin, de son côté, alla à la rencontre de l'armée turkomane, et ies deux parties belligérantes en vinrent aux mains à ïlahwa. On se battit de part et d'autre avec le plus grand acharnement, et les héros kour-
des déployèrent toute lear bravonre et leur valeur, mais sans succès, car il est dit: (1059)
(Vers.) Lorsque le ciel (antique) ne nous octroie pas le bon^ heur, il ne vient pas se jeter, de vive force, dans nos lacets.
L'armée Rouzéguy fut enfin mise en déroute ; et avant même que rémîr Chèms-u ddîn ne prit les rênes du gouvernement de , Bidlis, l'ange chargé de saisir les âmes (à la sortie du corps) biffa son nom du rôle de l'existence. Il n'avait pas encore cueilli une seule rose du parterre de la principauté, que déjà l'aquilott de la mort brisait dans son coeur l'épine du désespoir. Quant à Mou hàmmed ag'a ce fut avec cent mille peines et difficultés qu'il sauva sou âme de ce gouffre de destruction. II renonça tout d'un coup à la vie et au monde, rentra sa tète dans son collet et son pied sous le pan de la frustration (1060), se disant:
(Vers.) Seigneur! Quel est donoPastre qui préside aux destinées d'Un malheureux tel que moi , qui ne vois aucun de mes souhaits s'accomplir?
Au moment où il avait retiré sa tète dans le sein de la mé^ ditation (des sombres pensers) et choisi bénévolement le réduit solitaire de la retraite, lorsqu'il avait banni de son coeur lé dé*sir ambitienx de la grandeur et s'accoudait sur les genoux du désespoir, {1061) un chant divin, une voix mystérieuse frappa son oreille attentive en lui disant; (1062)
(Vers.) Viens donc, homme faible d'esprit! quel est cet accablement? La devise des voyageurs est: ardeur et célérité Le grain commence par geitmer sous la terre ; lorsqu'il a de l^ner-
gie iL^^ il finit par lever la tête. C'est à l'énergie (#1-^) que le succin est redevable de sa force attractive et attire la {(aille sans que la main le seconde. Est-il à pr.ôpos de citer le succin >«»«».
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et l'effet qu'il produit sur la paille, quand le courage et l'énergie parviennent à enlever la montagne qui gène la circulation. Lève-toi donc! Stimule le coursier de l'énergie (de la résolution) avec le fouet du zèle (de l'amour-propre); prend le chemin de rirâq', amène au sein de la peuplade Rouzéguy l'émir
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chah Monhammed, fils de Mîr Ibrahim -big, qui est resté à Q'oum, car c'est à lui qu'est réservé ce lot». Encouragé par cette heureuse nouvelle , qui/ n'était pas entachée de mensonge ni d'hypocrisie (perfidie), et qui était, au contraire, ornée du bijou de la franchise et de la loyauté Lo, Mon hammed Ag a se leva aussitôt, et prit le chemin de l'Iraq".
Lorsqu'il y fut arrivé, il grava dans l'esprit de la mère des jeunes princes, sans rien y ajouter ni en retrancher, l'aventure désastreuse de 'Haçane et de Houcein, qui rappelait parfaitement le souvenir de la catastrophe dé Eerbâa (1063); il lui exposa ^aleiçent le meurtre de l'émtr Ghèms-u ddtn et la prière adressée <par la nation kourde) à son Altesse «I^j» l'émtr chah Mou hammed de se rendre dans le Kourdistàn, oii il était (impatiemment) attendu par la grande tribu Rouzéguy. La malheureuse mère se prit à sangloter et à gémir. U eut beau s'excuser et alléguer toutes sortes de prétextes ; tout fut inutile. Bouleversée par cette nouvelle demande (exigence) de Mou hammed Aga, elle finit par lui adresser quelques paroles dures et grossières. Celui-ci insista, la pressa et chercha à la consoler en la sollicitant du ton le plus insinuant: «La peuplade Rouzéguy, lui dit- il, baissant jusqu'à terre son front, suppliant et levant vers le ciel la main de la prière, conjure le souverain dispensateur des grâces (que sa gldire soit exaltée et que ses bienfaits se répandent sur; l'univers entier!) de rendre la lumière à ses yeux frappés d'ophthalmie, en y passant, comme le collyre le plus efficace , la poussière que soulèvera , à son arrivée, le (glorieux) cortège v*^ de l'émir chah Mou hammed>». La malheureuse mère se vit alors contrainte de livrer son fils unique, son enfant chéri à Mou hammed Ag'a, et de le laisser partir pour le Kourdistftn. D'après une autre version (1064), on Réduisit (ou gagna) l'émtr chah Mou hammed, que l'on décida à prendre la fuite sans le consentement de sa mère, et on l'amena à Bidlts. GettQ version est la plus exacte.
Quoi qu'il en soit, l'émtr Chah Mou hammed honora cette
TêxU perêan.
ville de son auguste arrivée dans le courant de l'année 900 de l'hégire (A. D. 1494 — 5). Une nombreuse multitude se rassembla sous son drapeau et battit le tambour de la joie et de l'allégresse.
Toute la peuplade Rouzéguy rendit des actions de grâces à son divin créateur (que son saint nom soit glorifié!) et elle distribua aux indigents et aux nécessiteux les aumônes et les charités qu'elle avait promises à Dieu.. On se conforma, à l'instant même) à cette prescription du verset sacré: «Consulte-les sur l'affaire (que tu veux entreprendre)» (1065), et l'on tint conseil sur l'opportunité de la prise du château de Bidlîs et de la conquête de toute la principauté. Il fut résolu à l'unanimité, que, comme on avait déjà tenté à plusieurs reprises, de s'emparer en plein jour (ouvertement) ISJxi du château de Bidlîs, et comme l'émir Chèms-u'ddin y avait déjà succombé avec les fils des ag'as de la peuplade Rouzéguy (106 6), le salut et le bien de l'état et les circonstances actuelles exigeaient, pour le moment (1067); que Ton découvrit quelques habiles /jfrwwpeMrs (ou escaladeurs) (1068), et que ceux-là escaladassent les remparts à l'heure de la prière du soir, dès que le ciel se couvrirait de son manteau de deuil, et que la planète de Mars altérée de sang se déciderait à s'emparer de la voûte éthérée, en jetant son lacet sur les créneaux de cette citadelle azurée, que ces escaladeurs allassent enfin attacher le bout du fil de leur désireux créneaux du château; attendu que ce serait le seul et unique moyen de s'en rendre maître.
Lorsque la volonté de l'éternel a résolu la prospérité de quelque heureux mortel, tout ce qu'il projette s'élance infailliblement de l'embuscade du mystère sur le théâtre de la réalisa* tien, conformément à ce principe: «Lorsque Dieu a décidé une chose, il en prépare les moyens» (1069). On trouva effectivement quelques individus de la grande tribu Bâiéguy et Moudéguy qui se chargèrent de mettre ce plan à exécution , et on les amena devant l'émir Chah Mou hammed , dont ils soulagèrent le
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coeur par les promesses les plus solennelles. Ils s^ngagèreut, en conséquence , à jeter le lacet de leur désir sur les créneaux de la place et à poser le pied de la résolution 8urlacîmej[/fl(?) du but qu'ils se proposaient d'atteindre; ou, dans le cas contraire, d'abandonner leur âme pleine de douceur aux tourments et aux tortures qui tenaient lieu de défenseurs à la forteresse, de livrer enfin leur corps en pâture aux chiens et aux corneilles ;; (1070). Lorsque la chose eut été décidée et arrêtée, on com- '• ***• mença à préparer tous les appareils et instruments nécessaires, tels que les échelles et les lacets. Par un heureux effet du hasard, Abou bekr Ag'a le Bâïéguy (1071), qui avait parcouru le monde et qui y avait acquis de l'expérience; cet homme doué d'une foi pure et d'un heureux naturel, quijoignait la prévoyance à la persi icacité , s'empressa de venir rendre hommage à Témlr Chah Mouhammed et lui dit: «Depuis que Bidlis est soumise à la domination des Turkomans, votre serviteur s'est occupé à faire des échelles, dans l'espoir qu'un jour Théritier du trône reparaîtrait, et que je parviendrais à lui rendre service. J'ai donc confectionné avec du bois et des cordes de lin (1072) la quantité d'échelles qui vous est nécessaire: elles sont déposées au milieu de plusieurs jarres U«^, et je les ai enfouies sous terre dans l'attente d'un jour tel que celui-ci. Grâces à Dieu, mon travail réalisera les désirs de vos serviteurs (1073).
(Vers.) Dieu soit loué! tout ce que je lui ai demandé m'a été accordé au gré de mes voeux.
Au même instant Abou-bekr Aga amena les échelles. Son sincère attachement, son affection, sa fidélité et son dévouement obtinrent l'approbation de l'émir Chah Mouhammed, qui le récompensa de ce service, en lui allouant, à titre d'apanage héréditaire, le village de Khzounikîn -jJjjji. (1074), une des dépendances de Tatwân, et celui d'/A:çoôr j^-XI (1075). Bref, les escaladeurs, profitant d'une nuit obscure, où le soleil et la lune (1076) s'étaient égarés en route, et où le ciel était plongé dans la stupeur, malgré ses milliers d'yeux (d'étoiles), escaladèrent
les murs avec l'a^lité dd zéphir(1077), du côté de la tour noire située au nord du château, et en descendirent après avoir solidement attaché le bout de la corde de leur échelle à la fenêtre d^une maison inhabitée (1078).
(Vers.) Leur lacet leva la tête comme un dragon pour blesser le lion céleste.
Les Kourdes (braves) empoignèrent leurs boucliers et ouvrirent, de toutes parts, les portes du .combat. On voyait, de p^san, tous côtés, la stature d'un homme (dressé), à qui le dos et les épaules (des autres) tenaient lieu d'échelle.
Ce fut ainsi que les Kourdes avides de combats et ces braves pleins d'ardeur escaladèrent les remparts en se résignant à la perte de leur âme et du monde entier, et en saisissant d'une main ferme le câble (1079) solide de ce précepte:
«Ne désespérez jamais de l'esprit divin» (1080). Au moment où les sentineUes se livraient au sommeil sur l'oreiller (1081) de l'incurie, et où la garnison était endormie sur la couche du repos, ils vinrent fondre sur elles, et en précipitèrent une partie encore assoupie de l'apogée céleste au fond des abîmes. Ils fermèrent (barricadèrent) extérieurement la porte du logis de quelques autres (gardes) et coururent, en toute hâte, à la porte de la résidence du gouverneur du château, qu'ils trainèrent hors de la maison.
Us firent en suite sortir de leurs demeures ses officiers (agents) et ses fonctionnaires (subalternes) après leur avoir lié les mains et attaché la corde au cou, et leur infligèrent le châtiment qu'ils avaient mérité par leur conduite antérieure. Ils chassèrent leurs femmes et leurs enfants du château et de la principauté , purgèrent de la sorte la roseraie de leur patrie des épines des étrangers et le parterre de leurs foyers du hallier de
l'oppression Jjl. On plaça l'émir Chah Mouhammed sur le trône de sa principauté héréditaire de même que ses illustres pères et ses augustes * aïeux l'avaient jadis occupé. Il fit égale-
tnent déployer le tapis de la justice et de la clémence, et ouvrit aux vieillards et à la jeunesse les portes de la bienfaisance et de la bonté, mais le temps de sa puissance s'écoula aussi rapidement que la fleur de la jeunesse, et son règne fut d'aussi courte durée que la saison de la rose (1082), qui sourit (à ses admirateurs). Après avoir passé trois années entières sur le trône de la principauté, il partit pour la vie future (1083). C'était réellement un jeune prince renommé pour sa libéralité et sa bravoure et illustré par sa valeur et sa noblesse.
Il fut admis, en 903 de l'hégire (A. D. 1497—8), dans le
sein de la miséricorde divine, et inhumé sur la place dite Gueuk
meldân à proximité du tombeau resplendissant de lumière de
j,^^ l'émir Chèms-u'ddin W&y (que Dieu lui fasse miséricorde!). Il
^Tw. laissa après lui dans ce monde un fils en bas âge nommé Émir
Ibrahim.
Quatrième seotion on ligne JLm.
ui fait connaître comment la principauté de Bidlîs sortit es mains de ses princes : cette section est divisée en quatre
paragraphes ^j.
PAlAGKiPU PKElin
De riniir Ibrahim et de ses différends avee rÊmtr Chéref.
(que Dieu lui fasse miséricorde (I).
(Vers.) Lorsque (1084) Tesprit d'un souverain (d'un chef) est éclairé par les rayons de la grâce du Dieu vivant et suprême, il avise aux moyens les plus efficaces dans toutes ses affaires, et l'emporte sur tous les sages. Grâce à son parfait jugement et à son habile politique «^U^^jJ, la victoire et le triomphe l'ac-
compagûent saos cesse: Son ennemi (au contraire) perd Tesprit et rintelligence : la face du bien-être ^y^ se dérobe à ses yeux; il tombe, au moment du combat et sur le champ de bataille, de Tapogée de la grandeur au fond du puits de la spoliation O^Ji (1086).
La coiffeuse qui s'applique à embellir nos riantes prairies comme de jeunes fiancées, et la courtière de mariage qui fait briller à nos yeux la beauté de ce charmant parterre, pare la vierge de notre narration et relève Téclat de cette ancienne histoire, en nous apprenant qu'à l'époque oii l'émîr Ibrahim, encore en bas âge, prit, après le décès de son père, les rênes du gouvernement, et se chargea de l'administration de la principauté, la gestion des affaires (1087) temporelles et spirituelles fut confiée aux mains aussi capables qu'habiles de 'Abd-u'r-Ra'hmân aga le Q'awâlicy et des (autres) agas de cette grande tribu. Il nomma, avec l'assentiment des notables de la peuplade Rouzéguy, son lieutenant dans le canton de Mouche, l'émîr Chèrefuddîn, fils de l'émîr Chèms-uddîn (1088), que l'émîr Chah Mou^^hammed avait, pendant son règne, amené d'Âroukh, une des dépendances de la principauté Bokhty. Peu de temps après, Cheikh Émir le Bilbâcy s'empressa d'aller, avec sa grande tribu, rendre hommage à Fémîr Chèref, en dépit de 'Abd-ur-Ra'hmân et de la communauté 4l.cL» Q'awalîcy. Par suite des suggestions perfides de quelques fauteurs de troubles et des instigations de quelques sycophantes, l'amitié et la bonne intelligence qui régnaient entre les deux cousins, dégénérèrent en inimitié et J^^^^l; mésintelligence. L'émîr Ibrahim et 'Abd-u r-Ra'hmân ag'a résolurent alors de faire venir l'émîr Chèref de Mouche à Bidlîs et de priver de la vue sa clairvoyante pupille.
Sîdy ag^a le Trésorier de la peuplade Q'awalîcy connu sous le nom de Seïd le Trésorier fut instruit de cette trame, et alla, en toute hâte, donner avis à l'émir Chèref de l'artifice et de la perfidie de l'émîr Ibrahim. Celui-ci rédigea une lettre pleine de témoignages d'affection et d'amitié(1089)^ qu'il envoya à Mouche
à rémir Chèref par ud de ses serviteurs (officiers) investis de sa confiance.
Cette dépèche était ainsi conçue: «Votre humble (^^ pauvre) serviteur désirant ardemment d'avoir le bonheur de vous voir, attend avec impatience que vous veniez passer à fiidlis quelques journées, dont nous consacrerons tous les instants au plaisir et à la gaité, à des fêtes et à des parties d'agrément 4l-A«-»^ jL*j, afin de dissiper, grâce à votre auguste compagnie, la tristesse et l'ennui qui se sont emparés des esprits pendant votre longue absence».
L'émir Chèref, ayant été prévenu dé cette menée, retarda et différa son départ et s'en excusa. Ces dépêches et ces correspondances se succédèrent à de courts intervalles, et les protestations d'amitié firent place, de part et d'autre, à des apostrophes, des coups de langue OL^Iâo et des reproches.
L'émtr Ibrahim leva alors une armée, et marcha contre l'émîr Chèref conjointement avec quelques émîrs du Kourdistân: le glaive acéré fut chargé de trancher leur difl^érend. L'émîr Chèref rassembla, de son côté, sous sa bannière, tous ses amis les plus dévoués (ses partisans ^U^*^) tels que Souvâr-big le Pazouky, qui, à cette époque, était le mentor ou tuteur ilala) de l'émîr Chèref, Cheïkh Émir le Bilbâcy de concert avec ses subordonnés (ou subalternes) (1090), Sîdy 'Aly aga le Pertafy (ou Pertâby), Seïd le Trésorier avec son frère Djélâl ag'a, Cheïkhy ag a le Djilguy et une foule d'autres. Il fortifia le château Téjcu de Mouche et se prépara à la guerre et à la lutte. Les deux ar-
ptrsan ,
p. 40g. mées se rangèrent comme des montagnes (1091) en face l'une de l'autre (1092).
(Vers.) C'étaient des guerriers 'couverts de cottes de mailles (1093) et armés de glaives de trempe indienne, deux, mers de fer qui regorgeaient 4e crocodiles. C'étaient, d'un bout à l'autre, des -héros dont les ceinturons avaient la couleur de la rose (?): chacun d'eux avait trempé sa ceinture dans le sang d'un autre ^ô!^* ^ tambour fit entendre
son chant funèbre; le son de la trompette ^U (de la flûte) donna le signal du trépas. La flèche s'élança de Tare pour voler au pillage, le tumulte du combat se fit entendre de toutes parts. Ces habiles combattants %e précipitèrent Tun sur Tautre avec la plus brillante valeur Sj^x/à j^ à l'instar des lions et des tigres.
Gomme les guerriers de l'émîr Ibrahim étaient nombreux, tandis que les partisans de l'émir Chèref étaient en minorité, le zéphir du triomphe et de la victoire agita,. le premier jour, de sa douce haleine, la touffe de crins (1094) qui ornait le drapeau de l'émir Ibrahim. Mais comme la plupart des notables et des hommes les plus distingués (jLuaJU?) de la peuplade Rouzéguy penchaient (avaient plus d'inclination) pour l'émîr Chèref, ils lui adressèrent en secret, dans l'intérieur du château (de Mouche), des dépèches où ils lui exprimaient leur sincère dévouement et leur sympathie. Tcholâq Kiiâled (Khâled le manchot), fils de Souvâr-biglePazouky,étant du parti opposé à celui de son père, était attaché au service de l'émir Ibrahim. Son oncle Émir Cheïkh le Bilbâcy lui envoya un jour, de concert avec son père, Souvârbigy un message ainsi conçu: «Nous sommes dévoués l'un et l'autre à l'émir Chèref, et la plupart des notables Rouzéguy inclinent également pour cet émîr. Que gagnes-tu, de ton côté, à rester avec l'émir Ibrahim et à combattre pour sa cause? Les relations de père à fils ^J^j^j^ , qui subsistent entre nous , te font un deyoir d'abandonner le service de l'émir Ibrahim pour te soumettre et obéir à l'émir Chèref en jetant sur ton dos la housse du service (en prenant la livrée de la servitude) et en passant dans, ton oreille l'anneau de l'obéissance». Khâled-big, de son côté^ suivit ce conseil, et adressa à son père ainsi qu'à son oncle un émissaire chargé de leur dire: „Demain l'armée de l'émir Ibrahim doit livrer un assaut au château. Ouvrez-en la porte, afin que j'y pénètre avec mes troupes et les personnes de ma J^^J; suite jliiibU".
Le lendemain, dès que le souverain maître (le Chosroès) des
planètes (le soleil) armé de son glaive (étincelant), qui soumet l'univers entier, escalada le château aux remparts de turquoise *), et y arbora sa bannière triomphante (1095); lorsqu'il eut dispersé et mis en déroute les légions innombrables des étoiles, en faisant briller à leurs yeux ses glaives radieux qui fendent le granit (1096), Témir Ibrahim, suivi de ses Kourdes altérés de sang (buveurs de sang) et habiles à manier le poignard, se mit en marche pour s'emparer du château et de la citadelle J^a^. Pendant le combat, Khâled-big, fidèle à ses promesses et à son engagement, déserta la cause de l'émir Ibrahim, et se joignit aux troupes de l'émîr Chèref. A cet aspect, l'émîr Ibrahîm, consterné (1097) et saisi d'une terreur panique, abandonna le siège, renonça au combat et s'en retourna à Bidiis. L'émtr Chèref le poursuivit, à la tète de ses amis et de ses partisans, et vint assiéger le château de Bidlts. Les agas Rouzéguy, délaissant chaque jour l'émir Ibrahim par détachement et par bandes, s'empressèrent d'entrer au service de l'émir Chèref. On remarquait, d'un instant à l'autre, de la manière la plus évidente, sur le front de la situation des assiégés et sur la face de leurs espérances, les indices de la faiblesse et du découragement, ainsi que les marques distinctives de l'abattement et de la défaillance. Les choses en vinrent à un tel point que l'émir Ibrahîm et ^Abd-u r Ha'hmân aga firent intervenir des conciliateurs (pacificateurs) chargés d'exposer (à l'émir Chèref) leur soumission et leur résipiscence, et de proposer les conditions suivantes: „Puisque cette principauté revient, par droit d'hérédité, aux deux cousins, Bidlls, où s'est levé l'astre de la félicité), et qui a été le berceau de la puissance de cette famille princière, pourra rester, avec Akhlâth, an pouvoir de l'émir Chèref: Mouche et Kbnous dé-
1) Ssr^ la twrqyMiu<i que )^|| Persans nomment ojj^ firauMih, les Arabea jfj^j^ firou^eé^, les Russes Bupiasa (biruza), et sur son origine, royea la
UhreHomathie arabe de Mr. le Baron Sily. de Sacy, première édition, Tome n, p. 142 — 148. Sur la gemme on pierre préeieuâe nommée iurquoiêe consaltes 6. DjBlafbsse, Préc%8 éUmentaire (Phiêtoire naturéBe, 7e édition, p. 648.
Texte
pendront de rémtr Ibrahim. Ils se roueront l'un et llantre, simultanément et de compagnie , an gouvernement de leur principauté héréditaire; car il serait contraire à la raison, à la sagesse, au bon sens (^ à l'intelligence) et au savoir-vivre d'attenter
à la vie l'un de l'autre par amour pour une existence et une puissance éphémères, qui ne dureront pas plus de deux jours.
L!émîr Chèref et ses subordonnées , considérant ce tour de ptrâ^n,
renard comme un grand âuccès pour eux, accédèrent aux propositions des négociateiirs ; et il fut convenu que l'émîr Ibrahim ferait préparer un grand festin et un banquet, qu'il admettrait l'émîr Chèref en qualité d'hôte, dans l'intérieur du château, que le pacte et le traité conclus entre le deux cousins seraient cimentés et confirmés par lès serments (1098) les plus solennels et les plus sacrés; (qu'ils se jureraient l'un à l'autre) que, tant qn^ils vivraient, chacun d'eux se contenterait de son lot, et qu'ils n'empiéteraient jamais sur leur territoire respectif. L'émîr Ibrahim procéda aussitôt aux préparatifs du banquet, et y fit inviter l'émîr Chèref. Celui-ci se rendit dans l'intérieur du château de Bidlis, avec une foule d'intimes et d'amis dévoués. Les deux cousins s'embrassèrent , se témoignèrent l'un à l'autre le plaisir et le bonheur qu'ils éprouvaient de se voir, et déployèrent le tapis de la joie et de j'aUégresse. Des échansons dont la jambe avait la blancheur de l'argent, et dont le front avait l'éclat de la planète de Vénus, couverts de vêtements dé toutes les couleurs, de jeunes esclaves aux beaux yeux noirs comme ceux des vierges célestes (1099) du paradis, dont la peau avait la couleur de la perle encore cachée dans sa nacre (1 100), distribuèrent à la ronde des vêtements de drap d'or /hjJ (d'or). Les convives virent deieurs propres yeux se réaliser ces paroles divines: «On circulera autour d'eux (des élus) avec une coupé remplie d'une liqueur limpide et blanche, qui fera les délices des buveurs (1101)». Des chanteurs harmonieux dont la voix était aussi douce que mélodieuse, des musiciens, dont les accents enchanteurs se mariaient agréablement au son de leurs instruments.
s'étant mis à chanter et à exécuter des airs composés d'après le mode musicale Oy^^j^^ ^^^ Kourdes, le système des Arabes, la théorie des anciens Perses ^^^ (du Farsistân) et le canon des Persans modernes ^ (adjème)^ firent parvenir jusqu'à la sphère de Saturne leurs chants d'allégresse et leurs accents qui dilataient les coeurs (1 102).
(Vers.) On fit circuler dans cette assemblée du vin qui avait la couleur de la tulipe: la harpe (ou la guitare i^ii») se plia en deux pour témoigner sa soumission. On voyait assis en rang dans ce banquet des chanteurs de g'azels (odes erotiques), des rapsodes et des joueurs d'instruments. Les chanteurs de g azels ne se contentaient pas de captiver les auditeurs par leurs voixmélodieuses, car ils ravissaient, en même temps, des centaines de coeurs par une seule de leurs oeillades. De jeunes idoles, dont lataille séduisante s'était parée pour servir les convives, exerçaient de tous côtés leur cruels ravages.
?!lo5! Lorsque la taille de la convoitise de chaque ambitieux et cupide convive ^y?^ eut été ornée, dans ce banquet enchanteur, du cafetan de ses, désirs et de ses souhaits de toute espèce, et que le fiancé plein d'espoir eut joui, dans la chambre nuptiale des esprits et des coeurs des grands et des petits, des tendres embrassements de la jeune épouse à la quelle il aspirait de tous ses voeux, les jeunes princes (les mimas) donnèrent aux ag'as Rouzéguy l'ordre de se retirer, chacun* de son côté, de ce voluptueux festin, pour se délasser dans un coin solitaire, sur la couche du repos, en compagnie de son ami. Il (l'émîr Ibrahim) était luimême resté seul dans sa demeure jU, avec quelques charmants esclaves (1103). Dans le même instant Cheïkh Émîr le Bilbâcy pénétra dans l'intérieur de la tente jlîjl avec une troupe de rebelles, et tira Ibrahim en bas du trône, en lui disant: (1 104)
(Vers.) On ne peut compter, par jactance, sur la place des grands, tant que l'on n'avise pas à tous les moyens de jouir de la grandeur.
Texte
Il prit alorâ l'émir Chèref par la main, le mena sur le trône, et lui adressa ce discours: (1 105):
(Vers.) C'est fort à propos que vient d'avoir lieu cet ^.vénement de notr« Chosroès (souverain), afin que chacun reprenne désormais sa place.
Les secrétaires (mounchis) du divan de l'Étemel, à qui s'adresse ce verset sacré! «Tu accordes l'empire à qui tu veux». (1106) expédièrent les lettres patentes de la principauté et le firman d'investiture de l'autorité suprême au nom de ce prince favorisé de la fortune , et les ferrâches (valets de chambre) du palais du monarque, dont il est dit: «Tu ravis Tempire à qui tu veux», plièrent le tapis de la souveraineté de cet infortuné (1 1 07).
Au même iûstant les exécuteurs mandés pour le punir lui chargèrent les mains et les pieds de chaînes et de fers, et le jetèrent au fond d'un cachot (1 108^.
(Vers.) C'est à Lui (à Dieu seul) que siéent l'orgueil et l'amour propre (Végoisme ^^) ; car son essence ^st éternelle (antique), et son empire est absolu. 11 pose sur la tête de l'un la couronne de la félicité, et précipite l'autre du haut du trône dans la poussière (1 109).
Les choses n'en étaient pas encore venues au point de frapper du cimeterre et de percer de la lance, que déjà 'Abd-u r- Rahmân le Q'awalîcj^ et quelques autres partisans de l'émir Ibrahim, qui jusqu'alors s'étaient groupés autour de lui, comme les Pléiades *) , se dispersèrent et se disséminèrent comme les con- * stellations des Pleureuses^). Quant à l'émîr Ibrahim, il resta pendant sept années entières enfermé dans sa prison.
Lorsque le bruit de la captivité de l'émir Cheref se fut ré- j^'^^j; pendu dans tout le Kourdistân, comme nous le raconterons prochainement d'une manière circonstanciée en décrivant la fin
Texiê
1) Voyez Monsieur le Docteur Bern. Dorn, dans sa Description qf an arabic edestùd globe^i^. 17, J^ 22, Signe de Taureau.
2) Ibidem, p. U et 12, J^ 1 et 2, ConsteUatùm de la Petite et de la Gravide Oaree,
de sa carrière et en fixant des rayons de notre attention sur la description de la marche ascendante de sa puissance et du renversement du drapeau de sa souveraineté, l'émir Ibrahim fut délivré de sa captivité , grâce aux généreux efforts de la peuplade Rouzéguy, et il reprit les rênes du gouvernement. Il livra au vent du pillage et de la spoliation les trésors et les richesses qu'avait accumulés Témîr Chèref, et résolut de faire périr Témir Chèms-u'ddin. fils de ce prince, qui, à cette époque, était âgé de deux ans et dont la mère était la fille de 'Âly-big de Szâszoun. ^Imâd fEmâd) Aga le Bâïéguy, ayant reçu le fils et la mère des mains de Témir Ibrahim, eut recours, à un, strati^ème (pour les sauver). L'émîr Chèref, dit-il, a fait périr injustement (1110) et contrairement à notre Sainte Loi, mon oncle Zeïn-u'ddîn Aga. Veuillez donc aujourd'hui me les livrer conformément à la même loi, pour que je mette fin à son existence, et que nous lui infligions même la peine du talion, comme le veut notre Sainte Loi, en le remettant entre les mains des héritiers mineurs du défunt. A l'aide de ce stratagème et sous ce prétexte, il parvint à sauver l'émir Chèms-u ddîn des griffes Sû^ de l'émîr Ibrahim, et l'emmena, avec sa mère et ses adhérents, au château deKifendour jjj^j oh il prit à tâche de les garder et de les protéger convenablement. Nous nous bornerons à dire, quand l'émîr Chèref fut incarcéré à Tébrtz, Tchaïân Soulthân l'Oustâdjlou reçut du chah Szèfide Isma'U l'ordre de soumettre la principauté de Bidlis. Il assiégea ce château et livra, pendant deux années consécutives, de fréquents combats à Témir Ibrahim. Celui-ci, ne se sentant plus la force de résister aux Q'izilbâches, se vit enfin contraint d'attacher la cédule d'une triple répudiation à un coin du voile de la fiancée de la souveraineté (1 1 1 1), et se retira du côté à'Isird (Es'erd) (1112), d'où il emporta le bagage du néant dans le monde de l'éternité.
n laissa en mourant un fils nommé Soulthân Mourâd, à qui
TuUê une jeune esclave avait donné le jour pendant la captivité de
p- 407, son père. Lorsque l'émîr Chèref se fut affermi sur le trône de
la principauté, Soalthân Mouràd s'empressa de lai rendre hommage, et rémlr Chèref, l'ayant fait prisonnier, le condamna à la détention. Il passa toute sa vie détenur(1113) dans le château de Bidlîs. Arrivé au terme qui lui av^it été fixé par la divine Providence, il prit enfin congé de ce monde périssable, et la grande tribu Rouzéguy garda encore le château pendant six mois après la fuite de l'émir Ibrahim. Désespérant de voir revenir l'émir Chèref, elle livra forcément, en 913 de l'hégire (A. D. 1 507 — 8), le château et la principauté à Tchalân Soulthân. Celui-ci préposa Kourd-big Charq'lou (1114) l'Oustâdjlou à la garde du château fort de Bidlîs, et s'en retourna à Tébriz (1115).
PARAGRAPHE SECOID,
où rauteur expose, comment l'émir Cîlièref s'affermît à la place de l'émir Ibrahim sur le trône de la principauté de
Bidlîs.
Il est aussi clair et évident que la lumière de la véritable aurore aux yeux des hommes instruits et perspicaces, dont l'esprit joint aux vertus prodigieuses de la pierre philosophale le brillant éclat de l'astre du jour, et dont le génie spéculatif est aussi élevé que la sphère céleste, que tout homme favorisé de la fortune, qui lève, avec un coeur sincère et des intentions pures, sa face suppliante vers le créateur, qui se plaît à choyer ses serviteurs, voit un jour, conformément à ces paroles sacrées: «Dieu guide qui U veut vers le droit chemin» (1116), et grâce aux rayons vivifiants de la faveur divine, (voit, disons -nous) Parbuste de ses espérances répandre son ombre sur la roseraie de la prospérité et le bouton de rose de ses souhaits s'épanouir sur la pelouse du succès, grâce au zéphir de la grandeur.
Tout homme investi du pouvoir, qui, ébloui par ses nombreuses ressources et par sa puissance , ne passe paa le cou de
la servitude (1117) dans Panneau (le collier) de l'obéissance aux décrets divins, ne tarde pas, au contraire, de voir le foyer de sa grandeur détruit (renversé) par Touragan de l'adversité, et les bosquets (les jardins) de sa puissance (de sa félicité âJ^^) se mé*tamorphoser en une vaUéè complètement inculte* (1118).
(Vers.) La tète qui, grâce à Toi, est destinée à Télévation, ne peut être renversée (abattue) par qui que ce soit. L'homme, ïrsa'n ^^ coutralre, que Ton courroux vengeur a renversé, ne pourra '• *^*- jamais être relevé par aucune assistance humaine. Qu'il s'agisse de la patte de l'éléphant ou de l'aile de la fourmi (1119), c'est à Toi que l'une est redevable de sa vigueur, et l'autre de sa faiblesse. Tu fais briller le coeur de l'un comme un flambeau, et Tu imprimes sur le coeur de l'autre le stigmate de la douleur.
Le but que nous nous sommes proposé dans ce préambule et en avançant ce qui précède, a été d'expliquer les heureuses destinées de l'émîr Chèref ; car il était resté à Âroukh au seia de la grande tribu Bokhty comme un orphelin en bas âge, comme le prouvent le récit qui précède et les faits racontés plus haut, qui nous démontrent (1120), qu'il fut amené de là par l'émir Chah-Mou hammed, qui se chargea de son éducation; et lorsque le susdit émir retira sa joue sous le sombre voile de poussière du tombeau (1121), il gouverna, pendant quelques jours, au nom de l'émîr Ibrahim, plusieurs cantons de la principauté de Bidlis. Il devint ensuite prince de cette ville avec le secours et l'assistence de la grande tribu Rouzéguy. Lorsqu'il l'eut gouvernée pendant quelque temps, le chah Isma'ïl le Szèfide {Szaféwy) se mit en marche dans l'intention d'aller conquérir Mèrache. 'Alauddaûlèt le Dzoùlqadr^ prince de ce pays, vint ranger son armée en bataille vis-à-vis de lui, et fut battu.
Après la déroute de la peuplade de Dzoulq'adre le monarque persan tourna la bride du départ vers le Dïârbekr, dont le wâly (prince souverain) Ëmîr-big Maûszulân, qui était l'aïeul maternel (le père de la mère oJ^\j jjS) (1122) du collecteur de ces feuilles , vint se présenter à lui pour lui faire sa soumission et
Texte
lui rendre hommage, en lui offrant de beaux présents et de jolis ^yôj^ cadeaux. Il lui donna entre autres un rubis en rognon Éj^yj^ qui avait la forme d'un rognon de mouton (1123) ^), et qui avait passé des trésors des anciens sulthàns dans celui des monarques (padichâhs) Baièndoury (du Mouton Blanc), d'où il était venu jusqu'à lui. Il était tellement rare, que depuis l'époque où la montagne de Khottân (1124) avait été fendue (ou crevassée) par un tremblement de terre sous le règne des Khalifes 'Abbâcides, et pendant le long espace de temps qu'avait mis la pierre nommée Dda (1 1 25) pour nourrir ce rubis du sang de ses entrailles, jamais Toeil des essayeurs du monde entier ni celai des joailliers du siècle n'en avaient vu ni contemplé le pareil, fi^âàn, en fait de rubis, sous le rapport de la grosseur, de la pureté, de la nuance et de la beauté.
Après l'avoir offert au monarque, Emir-big attira sur lui un regard de bienveillance de ce souverain, dont l'effet était aussi prodigieux que celui de la pierre philosopbale, et il reçut le titre d^ÊmîT-Khân, Les fonctions de garde des sceaux {jl:>j^ muhurdâr) celles de Icda ou gouverneur du Ghûhzâdeh (prince royal) Thahmasp (1126), ainsi que le gouvernement de VliâlH (province ou préfecture) de Herâte dans le Khoraçan, lui furent gracieusement conférées, de sorte que son rang et sa dignité furent rehaussés jusqu'à l'apogée du point culminant desastres (1127). Le gouvernement et l'administration de la province de Dïârbekr furent confiés à Mouhammed-Khân Oustâdjlou, fils de Mirza^big (1 128). Une partie de la peuplade de Dzoulqadr, qui s'était retranchée dans le château fort de Kharperte Cjji^ (1 1 29), refusait de se soumettre. Le chah Isma'ïl, ayant investi cette
1) On i^pelle mine en rognons celle qui se trouve sans suite et sans continuité, et qui est par fragments détachés et répandus dans la roche ou dans les couches de la terre. On nomme rognons les masses métalliques ou minérales qui ne sont ni en couches, ùî en filons, et qui se* rencontrent, au contraire, au milieu des couches et des- filons de nature différente. Hs appartiennent aux formes irrégu- Itères nommées nodulaires (Delafosse, Précis élémentaire d'histoire natureOe, 7e. édition p. 480.
place, s'en rendit maître, par la force des armes, dans Pespace d'une semaine: de là il tourna bride vers Âkhlâth. Lorsque sou armée vint camper sous les murs de cette ville l'émir Cbèref eut le bonheur de faire sa cour au chah. II résolut de faire préparer un festin et un banquet en l'honneur de ce monarque, et fit dresser, à cet effet, des tentes de diverses couleurs qui s'élevaient jusqu'à la voûte céleste et des parasols (ou dais U^l^L) soutenus par des cordons de soie, qui se perdaient dans les nues et qui étaient serrés l'un contre l'autre comme les nuages amon* celésdu mois de Niçân (mars — avril) (1130), car leurs cordons étaient entrelacés ^^j^ <^LL. Us étaient rangés dans le même ordre qu'un écrin rempli de pierreries et un signe du zodiaque parsemé d'étoiles. Des échansons, dont la jambe avait la blancheur de l'argent, dont le bras avait la transparence du cristal, et dont le front avait l'éclat de la planète de Vénus, de jeunes adolescents couverts de drap d'or, aux mouvements gracieux et imposants, portant à la main du vin aussi pur que l'eau limpide réservé aux Élus (1131), donnaient le signal du plaisir et invitaient les convives à de fréquentes libations. Des chanteurs à voix mélodieuse et aux doux accents, d'accord avec des musiciens qui mariaient les sons harmonieux de leurs voix à ceux de leurs instruments, firent entendre, sur le ton àe^OtuMq^ des airs de soprano et de basse* taille (1132): les sons plaintifs du luth et de la guitare (de la harpe ^;u) ravirent l'esprit et la raison aux grands comme aux petits (1 133):
(Vers.) On voyait de toutes parts des échansons à moitié ivres tenant à la main, comme les rameaux du rosier, un calice (de vin) rosé. Ils étaient tous couverts de tissus d'or comme le soleil, faisaient perdre la raison aux convives et leur troublaient l'esj^^ prit. Les gracieuses gazelles qui chantaient des gazels (odes fTiiA erotiques) en langue arabe faisaient tomber, par leur douces mélopées, le sucre de leurs lèvres. Les ravissantes idoles de TchikH (1134), grâce à leurs accords turks, captivaient les coeurs par leurs (langoureux) andante. La harpe (ou la guitare), semblable
aux boucles des jeunes idoles à face de Péry, ne tarda pas à é* garer le coeur des amants (1135).
Les officiers de la bouche avaient préparé, accomodé et servi les mets les plus variés et des plats de toute espèce, en si
grande quantité que l'estomac de Timagination (la plus fantasque) n'eût pu les contenir. Après avoir rempli les devoirs que lui imposait l'hospitalité, l'émir Chèref offrit, à titre de présents, toute une écurie de haquenées, des moutons par troupeaux, de longues files de chameaux et de mulets. Il fut par conséquent, honoré des regards de bienvieillance du monarque et comblé de témoignages innombrables de sa munificence royale: il eut enfin l'honneur d'obtenir des lettres patentes qui l'investirent de la principauté de Bidlis, ainsi que de riches et précieux vêtements de gala (1 136).
La seconde fois que le chah Isma'ïl vint passer l'hiver à Khoï, rémîr Chèref vint y baiser le seuil de ce monarque, de concert avec les émirs et les princes du Kourdîstân, principalement Mélik Khalîl, de Hiszn-Keïfa, Chah'Aly-big de Bokhty, wôiy de Djézîreh, Mîr Davoûd de Khizân, *Aly-big de Szaszoun et onze autres émirs. Lorsqu'ils eurent obtenu cet honneur, on leur témoigna d'abord de grands égards et une haute considéra-
tien; mais plus tard aT^^^L (1137) Mouhammed-khàn, w6Xy du Dïâr-békir, s'était vu en butte à de nombreux, outrages et à des affronts multipliés de la part des émirs kourdes. On raconte, entre autres, qu'un jour que Mou hammed-khân se rendait dans le Diàrbékir, il sVrèta dans le village de PâmVAIne (1 138) dépendant de Bidlts. Cheïkh-Émîr le Bilbâcy, qui était le ministre (JJ^ intendant) de l'émîr Chèref, alla lui faire une visite. Au moment où il se levait, il donna deux coups de sa massue d'armes jLy^par terre au bord de son petit tapis «t^Jl*, et lui dit d'un ton brusque: «Mouhammed-big! malheur à toi et à tes soldats, si, à leur passage par la principauté de Bidlis, ils se permettent ^„ de convoiter et d'enlever, de vive force, un seul chevreau (on
3Vs<«
veau à}[tjj) de la peuplade Rouzéguy». Chah q'ouly - Soulthin Oustàdjelou le TchaouchdoUy qui, à la fin, était devenu tcàly de Hérâte, a également raconté ce qui suit à l'auteur de ces lignes: «Mon père était attaché au service (jf^i serviteur) de Mou hammed khân (1139), et l'accompagna, lorsqu'il se rendit dans le Diârbékir. Pendant leur voyage , principalement dans la principauté de Bidlis , le manque- de vivres se fit tellement sentir que chacun vendait son cheval et ses armes pour se procurer des comestibles. Mon père vendit le sien dans la vallée ^j:> de Ki* fèndour pour quatre pains de millet. Personne n'osait se per* mettre de prendre sans or (gratis), chez les radias de ce pays, un seul menn (une seul mine) d'orge, ni un seul aJvîL pain (1140). Il avait en outre essuyé de la part des émirs kourdes une multitude de mauvais procédés de ce genre qu'il serait troj) long de rapporter. En un mot ^^ô/c, lorsque tous les émirs kourdes se rendirent, de nos jours, à la cour du chah, Khân Mouhammed adressa du Dïârbékir à ce monarque une requête ainsi conçue: «Si toute fois ojhL»^) il émane de la part de votre majesté un firman aussi inviolable que les arrêts de la divine Providence, par lequel elle ordonne à son serviteur d'arrêter et d'emprisonner les émirs du Kourdistàn, il promet à votre majesté, qu'à la moindre injonction de sa part, il parviendra à se rendre mattre d'une grande partie du Kourdistàn, sur le quel les sulthans sont depuis longtemps incapables de jeter le lacet de la conquête».
Lorsque sa requête fut soumise à la lecture du chah , il ac-
cepta la proposition de cet infidèle sans retenue ^j&JaiuU ^^I, et fit charger de chaînes et de fers tous les émirs, qui s'étaient présentés à sa cour, à l'exception de l'émir Chah Mou hammed le Chirèwy et de 'Âly-big de Szas^oun. Il livra chacun des émirs kourdes à un émîr q izilhàcbe. L'émîr Chèref fut remis à l'émir khân Maflszoûllu. Tchalàn Soulthàn fut en outre chargé de soumettre la principauté de Bidlis. Diw-Soultbàn le Roûmlou reçut l'ordre de faire la conquête dé la principauté 'Hakkàry, Je-
Ml
gàn-big le Têkélu yXj, commaDdant des Qoroudjis (gardes du corps), fut chargé de s'emparer du pays de Djézîreh (o/jJ»jL^ la Mésopotamie?) avec une armée aussi innombrable que les ^^^ gouttes de pluie. L'arrestation des émîrs et la mise en '^liberté '• ^^^' de quelques-uns d'entre eux seront racontées, en leur lieu et place, avec le secours du Très-Haut (1141).
Lorsqu'il se fut écoulé quelque temps depuis la captivité des émirs, on reçut tout- à -coup du Ehoraçàn la nouvelle que le prince Ouzbeg Chelbeg-Ehàn avait passé le Djf houn (Oxus) dans
. l'intention de faire la conquête de la province du Khoraçân ^L)^ d .1,4» (1142). A cette nouvelle, le chah Isma'ïl regretta amèrement et se repentit vivement d'avoir fait incarcérer les émirs du Eourdistân. Il relâcha quelques-uns d'entre eux et leur demanda: «Qui est votre chef et votre capitaine?» Ilô répondirent tous d'une voix unanime et d'un commun accord: «C'est rémfr Chèref et Mélik Khalil». On les laissa l'un et l'autre en
* prison, et l'on relâcha les autres.
On les emmena tous les deux en état de détention , et l'on se dirigea vers le Khoraçân. Mou hammed Ag'a le Guelhouky (1143), qui, de l'avis du collecteur de ces feuilles, n'eut peutêtre jamais son pareil dans la peuplade Rouzéguy, ni même dans tout le Kourdistân , sous le rapport de l'affection et du dévouement (1144), accompagnait le camp royal qui se rendait dans rirâq', sans que personne sût à quel titre et ne connût sa véritable position, n prenait avec lui, tous les deux ou trois jours, des fruits et d'autre nourriture, et se rendait à la tente des Turkomans pour- y faire sa cour à l'émir Chèref (s'informer de la santé de l'émir Chèref), s'entendre et se concerter avec lui au sujet de son évasion , jusqu'à ce qu'un jour le camp du chah s'arrêta en un lieu nommé ^J^^W Tchûly-gueuly (Lac ou étang du buûson) dépendant du pays de Bûz (? peut-être ^Ij Bâjsy de Rel?). Mou hammed Ag'a, saisissant cette occasion, amena quelques chevaux sellés et bridés sur la lisière du camp. L'écuyer {jy>^^f^ mlr-i-akhour) Mou hammed le Pertâfy, (1145) qui
finan
servait l'émir Ghèref soqs le costume des Q*alènders (1146), et à qui Ton avait fait passer la nuit dans la robe de chambre du , prince, fit sortir l'émir Chéref de la tente qui lui servait de pri- '* *'*' son , le mit en selle , et ils prirent la route du Kourdistân avec quelques hommes déterminés. Le lendemain, à l'heure de midi, lesTurkomans s'aperçoivent de ce' qui vient de se passer, applaudissent à la hardiesse et à la bravoure de l'écuyer Mou hammed , sans l'inquiéter en aucune manière. Mou hanimed Âg'a et rémîr Chèref (1147) arrivent d'abord dans la principauté Hakkàry; ils s'arrêtent dans un village où Cheikh Émir le Bilbâcy s'était réfugié, lorsqu'il s'était expatrié pour échapper aux désastres suscités par les Q'izilbàches ( 1 1 48), et où il se livrait mcognito (en secret) à la culture du millet. Au moment où Cheïkh Émir, tenant une pelle, (1149), arrosait son millet, Mouhammed Âg a et Derviche Ma hmoûd le Kellédjiry arrivent à cheval sur la lisière du champ de millet, l'appellent et lui annoncent la bonne nouvelle de l'arrivée de l'émir Chèref. Il ne veut pas y ajouter foi, et dit: «Pourquoi me tenez- vous des discours frivoles?» (ou me faites-vous des contes en l'air?) Us lui répliquèrent: «Le Très-Haut nous a fait la grâce de nous fournir une occasion favorable (1150): nous l'avons, en conséquence, délivré de ses fers, et l'avons amené (dans ces parages)» 11 se prosterne aussitôt, à plusieurs reprises (11 51), pour rendre des actions de grâces à Dieu, jette la pelle. d'arrosage qu'il tenait à la main, court, à toutes jambes, (1152) baiser les pieds de son véritable bienfaiteur; et grâce à la poussière de ses pieds (qui lui tient lieu de collyre) il rend la lumière à ses yeux, qui, de même que ceux de Jacob, en l'absence de son fils Joseph, avaient blanchi (s'étaient obscurcis) dans son séjour de douleur, comme il est dit dans le texte sacré : «Ses yeux se couvrirent d'une taie blanche, par suite de sa profonde tristesse» (1153). Quelques larmes de joie et d'allégresse jaillirent de ses yeux comme d'un jet d'eau pour célébrer l'heureuse arrivée de son prince. Il loua Dieu, et lui rendit grâces en ces termes: (11*54)
(Yers.) Diea soit loué de ce que le bonheur me sourit de nouveau, et de ce que la fortune a cessé d'affliger mon ftme! li'aurore du triomphe a succédé à mes tristes nuits, les peines et les soucis auxquels j'étais en proie nuit et jour, ont enfin atteint leur terme^
Lorsqu'ils eurent passé vingt- quatre heures dans ce village, ils se remirent en route, le lendemain, à l'aube du jour, dès que le sulthan de la quatrième sphère céleste releva, au comble de j^^ la splendeur et de la gloire, sa tète radieuse au dessus de la cime ^Tu. des montagnes, et ils se rendirent au sein de la grande tribu à'Ad>aîrd ^^L^\ (1155). L'émîr Chèref Asbaïrdy (1156) se fit un honneur de les recevoir à leur arrivée, et ils déposèrent (déchargèrent) dans cette tribu les bagages du séjour, pour s'y reposer pendant quelques jours (1157). Cheïkh Émir se rendit dans la principauté de Bidlis avec une suite peu nombreuse. Il y réclama l'appui, et chercha à se ménager l'affection de la grande tribu Rouzéguy, dont il s'était concilié une partie avant l'arri* vée de l'émir Chèref. Il s'y rassembla autour de lui, immédiatement après, une foule nombreuse avec laquelle ou résolut de s'emparer du château de Bidli^. Dès que Kourde-big le Charq'lou (1158), qui était chargé, au nom du chah Ismà'ïl, de la défense do Bidlis, de 'Adildjuwâz et d'Ardjiche, eut appris l'arrivée de Cbeikh Émîr, qui assiégeait la place avec environ deux mille hommes, il vint attaquer Cheïkh Émîr de concert avec les émirs (chefs) q'izilbâches, qui se trouvaient à Barguiry (1158') et à Ardjiche. Cheikh Émir, de son côte, forma ses rangs en face de lui avec les troupes qu'il avait à sa disposition, en un lieu nommé Gueuh-me^ân de Bidlîs.
Déjà le zéphir de la victoire et du triomphe était sur le point de favoriser de sa douce haleine les troupes victorieuses de la peuplade Rouzéguy, lorsque Mou hammed-big le Pazouky trahit inopinément Cheïkh Émir et le trompa en prétextant, par ruse et par stratagème , qu'il faisait volte-face aux émirs q'izilbâches et venait au secours de Cheikh Émir en raison des liens de pa-
rente qui subsistaient entre eux. Pendant que le feu du combat jetait ses flammes vers la sphère céleste, il survint, par le chemin à^IskèndèrboîUâqy ^^^ jjjJLI (de la source d'Alexandre), à la tète d'environ cinq cents guerriers Pazouky, dégaina son cimeterre à deux tranchants sur les derrières de la peuplade Roa« zéguy, et dispersa comme la constellation des Pleureuses (de la petite et de la grande Ourse) leurs rangs aussi serrés que le noeud des Pléïades. L'astre du bonheur de Kourde*big s'éleva aussit^jUi tôt au niveau de la planète de Saturne. Il lança contre les troap. éiô! pes Rouzéguy son coursier aussi agile que le vent, dont la marche était aussi rapide que celle de la pleine lune. D'un autre côté Cheikh Émtr le Bilbàcy resta aussi ferme et inébranlable que le pôle (du monde), et il se garda bien d'abandonner le champ de la bataille pour se lancer dans la vallée de la fuite jusqu'à ce qu'il goûta le sorbet du martyre avec son digne fils 'Aly Aga. Les Q'izilbâches, qui avaient donné à Cheïkh Émir le surnom de Q'ara Rzîd (lèzid le noir) brûlèrent son corps sur la place de Queuh-tnéidân avec celui de son fils. Par suite de cette catastrophe et de ce fâcheux événement, les affaires de l'émir Chèref éprouvèrent quelques jours de retard: la face de l'objet de ses désirs resta cachée sous le voile du désespoir, et elle ne se montra plus à découvert sans l'assistance spéciale du grand peintre de l'atelier auquel s'appliquent ces paroles: «C'est Dieu qui vous a formés: il vous a donc donné les plus belles formes» (1159).
PAKAttAPIE TRMSIÈIE.
Prise de la ville de Bidlîs par TÉmîr Chèref, qui TenlèYe
aux Q'izilbâches.
Fin de sa carrière (1160).
Le conquérant du monde, que la fortune a promu au premier rang sera maintenu à jamais par la Providence dans l'exer-
cice de l'aotorité- suprême. La victoire suivra sans cesse son étrier: la gloire fait partie de son victorieux cortège ^^f^* U parcourra maj^tueusement toutes les régions du globe, au comble de la joie et de l'allégresse : le royaume sera redevable de M splendeur à son heureux retour (à son arrivée).
Lorsque l'émir Ghèref vit qu'il ne pouvait, dans l'espace de quelques jours, se rendre maître de la principauté de Bidlls ni en expulser la nation q'izilbâcbe ; lorsqu'il eut connaissance du projet qu'avait conçu le sultban Sélîm-kbàn, qui visait à la conquête de l'univers, de soumettre les provinces de l'Iran, il prit à tâche de se conformer aux sages conseils de 'Hakim Idris (1 165), qui était le champion royal de la lice de la philosophie contemplative (1161^ le chef de file des fortunés mortels, qui
suivent la voie de la grâce divine, le législateur ^Jk^ qui a composé le code de lois ^\^ sur lequel sont basés les fondements et les conséquences pratiques (de la jurisprudence canonique), le
collecteur des Recueils (ou Pandectes) ^jlj^ ù^^^ Q^i traitent des sciences rationelles et traditionnelles,. le lecteur du collège de la sanctification, le (digne) rejeton du contemplatif de Bidlis. n résolut, en conséquence, de suivre la marche que lui tracerait Mon hammed Âg a le Guelbouky, qui était l'élite des partisans les plus dévoués de la glorieuse lignée de Zïa-uddin et le plus louable oûyM^ des affectionnés serviteurs de cette auguste maison, en offrant au seuil de félicité de la Porte othomane l'assurance de son sincère attachement et de son dévouement. Il initia à ce ^^^ projet une vingtaine d'émirs et de princes du Kourdistân, et '* ^^^' adressa à la Porte de Félicité du sulthân son acte de soumission qui lui fut transmis par l'intermédiaire du maulla 'Hakim Idris et de Mou hammed Âg a. Ce monarque, qui se plaisait à choyer ses amis et qui écrasait ses ennemis, accédant à la demande des émirs du Kourdistân, se mit en marche pour l'Arménie et l'Ad* zerbaldjân, avec le projet de soumettre le territoire de VAdjémi' gtân (de la Perse) (1 163); Il livra à Tchaldirân une grande ba-
taille au chah Ismall qui fat vaincu. Lors de cette victoire (1 164) rémfr Chèref était attaché à l'étrier triomphant dji victorieux sulthàn, avec une partie des princes du Kourdist&n. Le khân Mouhammed (l'Oustàdjelou), wâiy de Dïârbékir, ayant goûté, dans cette bataille, le sorbet de la mort, son UâlH (gouvernement) fut confié par le divan du chah (1 165) à son frère Q'arakhàn; la principauté de Bidlis, à'Iwâz-big, frère de ce dernier, et celle de Djézireh, à son frère Oulâche-big. Lorsque le cortège (la garde) du drapeau du sulthan partit de Tébriz pour le pays de Ruûm (l'Asie mineure), 'Hakim Idrîs eut l'honneur de soumettre à ce glorieux monarque une requête ainsi conçue:
«Les émirs (chefs) du Kourdistân osent implorer les grâces et les bontés du maitre du monde, en le priant de daigner leur pays héréditaire et leur préposer, en qualité de primat et de Bèglerbéguy (gouverneur général) un personnage pris dans leurs rangs (1166), afin qu'ils marchent tous d'un commun accord, contre Q'ara-khân, et l'expulsent du Diârbékir». Le conquérant du monde leur répondit: «Quel que soit celui d'entre les émîrs et les princes du Kourdistân qui sera trouvé digne du commandement en chef, il sera investi du pouvoir, afin que les autres émirs kourdes se soumettent bénévolement à lui, obéissent à ses ordres et s'appliquent de toutes leurs facultés à chasser et à exterminer les Q'izilbâches». 'Hakim Idris répliqua: «11 existe, en pareilles circonstances une solidarité naturelle (entre eux), et sv«<« aucun d'eux (1 167) ne baise la tète devant les autres. Si cepen- V' ^"' dant le but qu'on se propose est de s'efforcer de dissoudre l'ensemble et de décomposer la masse de la nation q'izilbâche, il sera nécessaire de confier l'exécution de ce plan à l'un des serviteurs de l'auguste cour impériale, qui sert de refuge (d'asyle) au monde entier, afin que les émirs kourdes se soumettent à lui, qu'ils lui obéissent, et que cette afiaire soit promptement menée à bonne fin.
Le Tchaouche-bûchy (1 168) Mouhammed ag'a, connu sous le nom de Byiqlou Tchaouche^ (Tchaouche à moustaches) fut nommé
fntr-ùmirân (gouverneur général) du Diârbékir et serdâr (général en chef) des troupes du Eourdistàn, et on le fit partir, afin qu il se rendit maître de cette province. Deux armées semblables à de gros nuages chargés d'électricité et deux corps de troupes pareils à une mer courroucée se rangèrent en bataille en présence l'une de Tautre à Qotche-hiseâry ^l«c»»^^, dans les parages de Niszibin (1169). Ce fut la peuplade Rouzéguy, qui, dans cette bataille, attisa le feu du combat et alluma l'incendie de la guerre, de sorte que Tâdj A'hmed, Q'âcime Èndâky, Mîr-châh 'Houceïn Kiçâny,"Mîr Seïf-u'ddîn et'Omer le Djândâr (porte-glaive), qui étaient les héros de leur temps, et les preux les plus renommés de leur siècle, goûtèrent, en ce jour, le sorbet du martyre. La plupart des ag'as Rouzéguy, principalement Mir Mouhammed Nâszir-u ddîny, Q'ara lâdikâr, Seïd Souleïmân le Q'awâlrcy et une multitude d^autres guerriers furent blessés après avoir donné, dans ces luttes sanglantes, des preuves de leur valeur et de leur bravoure. Q'ara-khân fut tué, l'armée q'izilbâche fut taillé en pièces, et il tomba une foule de prisonniers au pouvoir des vainqueurs.
(Vers.) Soutenus par la confiance que leur inspirait l'heureuse (1 170) étoile du sulthan, ils reprirent leur domaine à l'ennemi. Ils dégainèrent, pour le combattre, leur glaive vengeur, et renversèrent de fond en comble l'édifice de Terreur (l'hétérodoxie).
Après que chacun des émtrs kourdes fut parti pour aller reconquérir sa principauté, l'émir Chèref retourna également à Bidiis, dont il ôommençale siège. Mouhammed^big de 'Huzzou (ou'Hzou), MîrDav^oud de Khizân, Mîr Chah Mouhammed le J^'^^S: Chîréwy, ainsi que les émirs de Mèkès et d'Asbaïrd (11 71), s'associèrent à cette entreprise. Lorsque le siège eut duré quelques jours, Ja position des assiégés devint tellement critique que les Qfizilbâches consentirent à ce que Mouhammed-big 'Arzeràny (1172) et Mir Chfth Mouhammed le Chiréwy se rendissent garants de leur sang, de leur fortune et de leurs acquêts jLu, et
TêxU
promirent de livrer la place à l'éintr Chèref , à conditioii que personne ne les inquiéterait. Les émirs susnommés intervinrent comme médiateurs : le château et la principauté furent remis vo» lontairement et bénévolement à leur héritier légitime.
L'émîr Chèref livra, de son côté (1173), les prisonniers qHzilbâches aux (deux) émirs, qui les menèrent jusqu'aux frontières d'Ârdjiche et de Yân, d'où ils les renvoyèrent dans leurs foyers. La défense^ la garde, Tadministration (la police) et la conservation (le maintien) des limites et des frontières furent longtemps confiés par le divan impérial, et plus tard, de la part du snlth&n Souleïmàn-khân, au zèle de Témtr Chèref, qui s'acquitta de cette mission d'une manière convenable , en ménageant lés deux parties et protégeant les deux nations (1 1 74), jusqu'à ce qn^Oulatnah le Tékélu devint mîr-ùmirân (gouverneur général) de l'Adzèrbaidjân sous le règne du chah Thahmasp, et vint, la plupart du temps, fixer sa résidence à Vân et à Wcmsthân^ où il s'occupait de la garde des frontières , tandis que le maniement (^^^ j^j la gestion) des afiaires de l'empire du chah était abandonné au puissant et vigoureux poignet de Tchouha-Soulthân le Tékélu (1175). Lorsque 'Houceln-khàn le Châmlou, de concert avec d'autres peuplades q izilbàches, fit périr Tchouha-Soulthân dans la résidence d'été de Gtièndumân4ez-Iszphahân^ le^ émirs (chefs) Tékélu se dispersèrent de tous côtés. Oulamah arbora alors à Tébrlz l'étendard de la révolte, s'empara des trésors et des richesses accumulés par le chah Thahmasp, extorqua celles des, capitalistes de Tébriz, amassa, par ses exactions, quantité d'effets mobiliers et d'argent, et partit pour Yân où il fit sa soumission à la Sublime Porte du sulthan Souleïmàn-khân , à qui il adressa, par son serviteur le plus affidé, un placet contenant toutes sortes jMrMH. de promesses et d'engagements (1176). Lorsque ces nouvelles parvinrent aux oreilles du glorieux monarque, il rendit un firman d'uAe exécution aussi prompte que celles des arrêts de la Providence, qui enjoignait à l'émir Chèref de se rendre à Yàn, et de faire partir de là pour la cour impériale Oulamah Sonl-
2tt
tbftn avec sa femme, sa famille et toute sa suite. L'émfr Chèref s'empressa de se conformer à ce firman: il rassembla, en conséquence , toutes ses troupes et son armée O^i ^^ partit pour Yftn. Oulamah, de son côté, vint à sa rencontre jusqu'au lieu nommé EJièrhhoum avec à-peu-près doux cents agas et notables Tékélu, et leur entrevue eut lieu au bord de la rivière du même nom. Onlamah l'invita à entrer dans le cbàteau de Yân pour s'y arrêter pendant quelques jours. Lorsque les devoirs sacrés que nous imposent l'hospitalité et l'urbanité, seront remplis, lui dit il, nous ne ferons plus aucune difficulté, et nous nous rendrons (immédiatement) à Bidlls. Sur ces entrefaites, quelques habitants de Yân et de Yousthân soumirent à l'émir Chèref l'observation suivante: «Oulamah a envoyé à la cour du chah Thahmasp son épouse, qui a été la nourrice de ce souverain, conjointement avec son frère, pour régler entre eux les bases préliminaires de la paix et de la bonne harmonie. Oulamah, étant un homme astucieux, nous craignons qu'il vous attire dans l'intérieur de la place et combine avec ses ag'as, quelque rnse, quelque trame perfide, quelque stratagème et artifice, à l'effet de regagner, par ce moyen, la faveur du chah , de se reconcilier avec ce monarque et de reparer ses torts antérieurs (1177). Ces paroles alarmantes effrayèrent et épouvantèrent l'émîr Chèref. Ce fut en vain qu'Oulamah, insista pour qu'il se rendût àYàn; il répondit à cette invitation en s'excusant (1178), et préféra le repos au mouvement. n fut enfin convenu qu'Oulamah Soulthftn et l'émîr Chèref resteraient au village de Kherkoum, et que l'on enverrait à Yàn ^^^ Émireh-big le Ma hmoûdy avec quelques-uns des agas les plus '' ^^' considérés de la suite d'Oulamah, afin de faire sortir du château de Yân sa femme (ou ses femmes J0I), sa famille, les personnes de sa suite (jiiLu et ses ag'as et de prendre avec eux le chemin de Bidtts. Lorsqu'Emlreh-big et les ag'as arrivèrent à Yân à la tombée de la nuit J^%^j le frère d'Oulamah et quelques-uns de
ses ag'as prirent le chemin de l'insubordination et de la révolte, fermèrent les portes du château, dont ils refusèrent l'entrée à
Émîreh-big de même qu'aux ag'as d'Oulamah, et Us s'opposèrent à ce que l'on fit sortir des murs son équipage nomade (^^diU sa maison nomade) (1 179) et les personnes de sa suite.
£n apprenant cette nouvelle, Témir Chèref reconnut qu'il serait complètement inutile de marcher contre le château et de l'assiéger, attendu que les chefs q izilbàches s'ameuteraient pro* bablement de tous côtés et de toutes parts, et contribueraient même à faire évader Oularoah (1180). Us se vit donc forcé de l'emmener avec à*peu-près deux cents agas qui l'avaient accompagné, lorsqu'il était venu à sa rencontre, et il se tendit ainsi à Bidlis. Ces gens, forcés d'abandonner leurs effets et leur avoir, de délaisser leurs femmes et leurs familles, et réduits aux seuls effets qu'ils portaient sur la tête et sur le corps, accompagnèrent l'émîr Chèref, an coeur de l'automne, avec leurs chevaux nus et dépouillés de tout, ayant les yeux badgnés de larmes et le coeur consumé (par la flamme du chagrin).
L'auteur de ces feuillets tient les détails suivants de la bouche de son ci -devant gouverneur {lala) Moubammed Chahnûn ou Chaknehmàn (jL^ le Q'awàlicy (1181): «Lorsqu'Oulamah et l'émîr Chèref vinrent camper dans le canton de Kerdjigân ou Ouirdjigân û^^» votre très-humble serviteur veillait, pendant la nuit, à la garde de l'émir Chèref avec quelques hommes du Tchuq'our appartenant à la peuplade Q'awalicy (1182). Â minuit (1183) le wékil (ministre ou intendant) d'Oulamah se présenta à l'entrée de la tente avec deux ou trois.de ses principaux ag as, et ils me témoignèrent le désir de voir (ils me demandèrent à voir) l'émir Chèref. Oulamah Soulthàn, me dirent-ils, nous, a adressé plusieurs messages très -pressants, que nous sommes chargés de soumettre à l'émir Chèref. Celui-ci ayant été prévenu de ce qui venait de se passer, leur accorda la permission d'entrer (1184). Lorsqu'il s'informa du message d'Oulamah, ils téxu lui répondirent: «Oulamah Soulthàn vous envoie ses salutations jF. 481. (ses prières) et nous charge de vous dire: «Puisque les frères et les parents (9 ot«m4 ?) de votre très-humble serviteur viennent de
prendre, à son égard, le chemin de l'infidélité et de la révolte au point de s'emparer de nos femmes, de notre famille, de nos effets et de notre fortune, et comme il serait inconvenant de notre part et indigne de votre maison princière {sl^j^ dynastie) que vos dévoués serviteurs se rendissent dans cette triste position (ù'y^ Cji^ ^ ^® titre) à la cour impériale, faites-moi trancher (1185) la tète de même que celle de ines compagnons (d'infortune), et envoyez-les à la cour de votre monarque, ou accordeznous la permission de nous en retourner, afin que nous repreny>ns le chemin de Yân, et qu'après avoir châtié cette bande de rebelles qui a si mal agi envers nous, nous récupérions nos familles et notre fortune.
Nous partirons alors, l'esprit tranquille, pour la cour impériale : cela rehaussera notre crédit et attirera la protection du souverain sur la tète de nos, compagnons, grands et petits». Après de longues réflexions et méditations l'émîr Chèref se décida enfin à' faire la réponse suivante: «Conformément au conseil de la meilleure des créatures (que Dieu répande sur elle ses plus abondantes bénédictions!) et suivant le texte du verset sacré qui porte:»
Consulte-les donc dans les afiaires (1186), nous tiendrons conseil à ce sujet, avec les émîrs et les notables (de notre principauté), et nous transmettrons à la cour du soulthan la réponse que nous jugerons la plus conforme aux circonstances et la plus
susceptible d'amener d'heureux résultats (pour la vie future J L)o. Les ag'as (1187) s'en retournèrent, et l'émîr Chèref convoqua, dans la même nuit, quelques-uns des agas qui jouissaient de sa confiance. Chacun d'eux émit, à cet égard, l'avis qui lui vint à l'esprit, et l'émir Chèref prit enfin la parole en ces termes:
«La vérité est (1188) que, si nous envoyons, de cette ma* nière, cet homme à la cour du sulthan dans une pareille position, ce procédé nous attirera sa haine et son inimitié. Ce que nous avons de. mieux à faire , c'est de les faire devancer sur la route
Tueiê persan
quMIs aaront à suivre, par nn détachement d'à-peu-près trois cents hommes aussi valeureux qu'intrépides composé de jeunes guerriers habiles au combat, de donner ensuite à Oulamah la permission de partir , de répandre , aussitôt qu'il aura parcouru une petite distance, le bruit qu'il a pris la fuite, et de les faire , poursuivre par quelques-uns de nos hommes, que nous charge- '' ^^' rons de tuer Oulamah avec quelques-uns de ses officiers les plus marquants ^Lujû«. Nous enverrons ensuite sa tète à la Sublime Porte du sulthan avec un rapport sur les événements.
Nous délivrerons par là le monde du mal que pourraiept faire ces fauteurs de troubles. Si, au contraire, nous envoyons Oulamah, de cette manière, à la cour impériale, cet envoi entraînera de fâcheuses conséquences, et il ne nous attirera que du repentir et des regrets».
Quelques-uns des assistants approuvèrent cette opinion, et y donnèrent leur assentiment. D'autres la rejetèrent et répliquèrent: «Il y a dans les rangs de notre armée des étrangers, tels que les émirs et les tchaouches de la Porte. A Dieu ne plaise que, le lendemain, ce secret s'ébruite, que cet événement donne lieu à une enquête des plus rigoureuses, et que les plus humbles excuses ne parviennent jamais à nous disculper».
En somme (1 189), on ne se conforma ni à la demande d'Oulamah, ni à la proposition de l'émir Chèref(1190),et l'on amena Oulamah, dans ce piteux état, à Bidlîs. Après avoir terminé les préparatifs de son voyage, on le fit partir, avec les plus grands honneurs et le plus profond respect, pour la cour du sulthan, zélé défenseur de la foi (gâzy).
Dès qu'Oulamah eut franchi la Pierre Pertuis (la roche percée) de Bidlis, il devint semblable à un dragon sorti de son antre (repaire) ou à un dive (génie malfaisant) échappé de sa boateille (1191). Bref, il conçut, au fond de son coeur (dans son sein), (1192) une haine profonde contre l'émir Chèref. Le premier jour qu'il eut le bonheur de baiser le seuil du sulthftn (1193), il commença à se plaindre de l'émir Chèref dans les
termes suivants: «Afin de ménager le parti des Q'îzilbâches, il a pris à tâche d'humilier votre serviteur: il a même conçu le projet de m'assassiner pour se concilier Tesprit du chah Thahmasp. Votre serviteur ose, en conséquence, implorer les grâces infinies de votre Hautesse et la clémence sans bornes de votre Majesté Impériale, en la suppliant de daigner le débarrasser de rémir Chèref et lui accorder à lui-même la principauté de Bid* Us à titre à^Ilûlèt (gouvernement), afin qu'il parvienne, avec l'assistance divine, à conquérir, de la manière la plus heureuse, tout le pays soumis auz Persans (mIm^I barbares ou étrangers) et la province d'Adzèrbeïdjân, qui tomberont (1194), par ce moyen, entre les puissantes mains des fonctionnaires (ou commissaires (j^^Lf) de la dynastie de 'Otzmân.
Or, le succès de cette importante entreprise se réalisera d'une ^^^ manière convenable grâce au zèle (et par les soins) de votre (dé- ^- ^**voué) serviteur)». Il ajouta: «Si Témir Chèref est mandé à la cour impériale, il est probable qu'il n'obtempérera pas à cette sommation». /
Le hasard voulut qu'un individu nommé 'Aly Seïdân, appartenant à la grande tribu Q'awalicy, qui avait escorté Oulamah jusqu'à la Sublime Porte , fût présent à cette audience. On lui demanda, dans la salle du divan impérial (1195): «Si l'on mande votre émir (prince) à la cour du sulthân, y viendra-t-il ou non?» Ce Kourde franc et loyal répondit (sans détour): Son arrivée à la Sublime Porte, en pareille conjoncture, est, en quelque sorte, au nombre des choses impossibles». Les vézirs et les grands dignitaires de l'empire considérèrent cette déposition comme une preuve qui venait à l'appui de l'assertion d'Oulamah, et présentèrent l'afifaire sous l'aspect le plus hideux à l'esprit du sulthân (1196). Us attribuèrent cette réponse du Kourde à l'insubordination et à la révolte de l'émir Chèref (1197) et dirent: «Il pré^ fère le parti des Q'izilbâcfaes au nôtre».
On conféra, en conséquence, le même jour, la principauté de Bidlls à Oulamah, et l'on y envoya une multitude de nou-
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veaux janissaires et de serviteurs de la Porte O^^^ pour prendre possession de Bidlfs et y tenir garnison L^. Le pacha FU laqoûb^ gouverneur général {mir-i-mirûn) du Diârbékir, fut nommé setdâr (général en chef) et reçut Tordre de se mettre en marche à la tête d'environ trente mille hommes des contingents du Diftrbékir, de Mèrache, de'Haleb et du Kourdistân. Il leur fut enjoint d'accompagner Fîl la'q'oûb Pacha, et de déployer tout leur zèle pour se rendre maîtres de la province et en expulser rémîr Chèref (1198). En apprenant ces nouvelles, le prince en fut consterné; mais il eut beau envoyer des cadeaux et des présents à la Sublime Porte en protestant de son sincère attachement et de sa sympathie, on n'agréa aucune de ses excuses, et l'on ne prêta pas la moindre attention à ses potestations. La cause en était que le vézir en fonctions était indisposé (contre lui) à cause d'un cheval qui était tombé entre les mains de l'émir Chèref lors du pillage de la peuplade Pazouky, et que le grand véztr lui avait demandé à plusieurs reprises; mais le prince avait hésité et tardé de le lui remettre, et ne le lui avait pêrtan, même jamais cédé. Chèref-u'ddin, réduit au désespoir, se vit forcé de fortifier encore les châteaux de la principauté de Bidlis et d'en confier la défense au zèle de jeunes guerriers pleins de valeur et d'hommes distingués par leur bravoure. Il fit préparer tous les instruments et les appareils nécessaires pour soutenir un siège, ainsi que les munitions et les vivres indispensables à la subsistance des assiégés. Il remit aux soins d'Ibrabtm Ag*a le Bilbàcy et de Mir Mou hammed Nâszîr-u'ddiny la garde et la défense du château de Bidlis, en plaçant sous leurs ordres, à titre de garnison, à-peu*près trois cents des plus illustres guerriers (1199) de la grande tribu Rouzéguy. Il envoya son fils, l'émir Ghèms-u'ddin, avec ses femmes et sa famille an château d'Akhtamâr, et confia de même aux principaux ag'as Rouzéguy les châteaux de Mouche, d'Âkhlâth, de Kifëndoùr, d'Amourek Éjy\ et de (juelhouk, ceux de Firoûz, de Sèlèm (ou Sulm? JL) de Gulkhâr jUir, de Tâtig(1199?) et de SouI ^^, qui, à cette
époque , étaient encore penpiés et florissants Prenant pour devise eet apophtegme des médecins:
«Le dernier des remèdes c'est la cautérisation ^^^) (1200)» il se réfugia, avec quelques-uns des siens à la cour du chah Thahmasp, qui se trouvait alors à Tèbriz, et dont il implora le secours et Passistance. Ce souverain, de son côté, le combla d'honneurs et d'égards, et ne négligea pas le moindre témoignage d'intérêt. Fîl la'q'oûb et Oulamah vinrent, en 938 de l'hégire (A. D. 1531 — 2), camper, avec une formidable armée, (1201) sous les murs du château de Bidlis , dont ils commencèrent im^ médiatement le siège. La flamme des combats et l'incendie de la guerre s'élevèrent au-dessus de la sphère eéleste.
Chaque jour, aussitôt que le Chosroès auquel sont soumises lea légions d'étoiles jetait son lacet doré sur les créneaux de cette forteresse , qui a la nuance de l'indigo , pour se rendre midtre du quatrième ciel, les valeureux guerriers des deux armées et les lions du champ de bataille attisaient le feu du combat. Lorsqu'ensuite la lune, qui fait le tour du monde, montrait sa tète à la lucarne de l'orient pour veiller à la garde du donjon
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de la citadelle azurée, ces belliqueux guerriers et ces preux aussi f^m», impétueux que des tigres, renonçant à la lutte et aux combats, rentraient leurs pieds souâ la robe de la vigilance et de la circonspection. Trois mois entiers s'écoulèrent de la sorte; et les mui^ailles de la forteresse avaient été renversées au niveau de la poussière par les coups (1202) de canon qui ébranlaient le château et par les balistes qui se perdaient dans les nues. .
Les choses en étaient venues à un tel point, que le château allait être pris par les assiégeants , lorsque le chah Thahmasp, prenant à tâche de se condlier l'esprit de l'émir Chèref , quitta aa résidence de Tèbriz pour se rendre à Bidlis. Dès que lit nouvelle de la marche du chah se fut répandue à Akhlâth et à ' Adil- 4juwàz, Fil la q'oftb et Oulamah levèrent le siège sans le terminer, et se précipitèrent dans la vallée de la fuite* Ils étaient 11. »
TéxU pêTêan, p, 489,
tellement consternés qu'ils décampèrent et laissèrent en pkce la plus grande partie de leurs gros bagages ^jb\ et de leurs tentes avec deux pièces de gros calibre qu'ils avaient braquées du côté de Torient, vis-à-vis du talisman de la cour (du palais), et qu'ils avaient même {àSLf) brisées sur place (1203) après avoir renversé, à coups de canon, au niveau du sol, les murs et les remparts du château.
On raconte que Q'ara làdikâr Jk'^L )^, qui, plus tard, fut surnommé Dourek Bj^:> (1204), descendit du château à cheval, et vint anoncer à Âkhlâtb aux habitants du palais du chah ces joyeuses nouvelles, ainsi que la retraite de l'innombrable armée de siège. Il fut comblé de caresses par le monarque et distingué d'entre ses égaux par les insignes faveurs de ce Chosroès. L'émtr Chèref, ayant offert en don au chah Thahmasp, et réparti, à titre de gratification, entre les dignitaires de l'empire le cinquième des sommes provenant des impôts, des dispositions charitables ûU» (et du revenu) des bestiaux et des pacages des infidèles et des musulmans, des uloûs et des tribus nomades vliLU;*! vassales da la principauté de Bidlis et de ses annexes (1205) chargea des exacteurs aussi durs que grossiers d'en percevoir le montant: ils amassèrent, dans l'espace de trois jours, des sommes très-considérables.
Le prince fit, en outre, servir à Akhiâth un banquet vraiment royal et un festin digne d'un monarque , dont la renommée parvint aux oreilles du monde supérieur et dont la réputation se repandit dans toutes les contrées dont se compose le quart habitable du globe terrestre. La lune, qui parcourt les différentes régions célestes et qui visite, dans ses voyages, les diverses maisons et stations du ciel, publia, au son du tambour, ce joyetix baaquet dans toute la voûte céleste. Mercure, l'inventeur des sciences et l'astrologue par excellence, qui combine et déduit de ses observations les pronostics des astres, calcula, par degréa et par minutes, la hauteur de l'écliptique jL^il) ^jmyi et précisa llioroscope du mmnent (du banquet), qui indiquait à la fois le
degré de progression do bonheur (1206) et le lot de prospérité Lk^ M^ (destiné aox convives). Vénus, la cantatrice du concert céleste, fit retentir jusqu'au signe du Cancer les sons mélodieux de sa harpe (1207) et fit parvenir les doux accents de son luth harmonieux au-delà des constellations propices aux mortels (1208). Le soleil qui éclaire le monde semblable à une nuée bienfaisante du mois de Niçân (Mars et Avril) répandit des pierreries , et pareil aux rameaux d'automne , sema des dirèms (drachmes) sur la tête des convives) (12Ô9). Après avoir amassé des cornalines par monceaux, et rempli le pan de sa robe de télésies (1210), 11 épancha les rubis extraits du sein des roches, et les perles tirées (du fond) de la mer. Mars, le généralissime {sipehdâr) des étoiles, le chef de la cinquième sphère (région ^^^iîî^, se leva, comme les tchaoûches (huissiers) pour servir les convives, et forma ses rangs de droite et de gauche.
Le grand astre propice {^IJm^^ le soleil) fit parvenir, du haut de sa chaire à six degrés (de la sixième sphère céleste), aux oreilles attentives des auditeurs du monde intellectuel ces parole^ sacrées ^1^ (j\j (1211) {Peu s^ en faut que les infidèles ne f intimident) y afin de les préserver du funeste regard (du mauvais œil) de EèmÂl. Saturne, ce vieillard renommé poui: sa perspicacité illj:>, qui occupe la citadelle des cieux comme un pieux cénobite, déposa dans la cassolette du soleil de l'aloès de Q'oumâr, jlj ^^ (du cap Gomorin) et imprima (traça j^Lf) le talisman de la félicité CJj^) sur la face de la lune. De grands pavillons de cent et de quatre-vingts personnes (ou cou:verts) (121^), des tentes d'écarlate et des dais (parasols l^LL), à cordons de soie, levaient leur tète altière jusqu'à la constellation de la Chèvre 3^. Des plateaux [^ d'or et d'argent furent décorés et ornés de grappes Ui.^ de rubis et de perles (1213); le tapis du plaisir fut imprégné des suaves parfums de l'aloès et de l'ambre (gris). Des écbantons, dont la jambe avait la blancheur de l'argent, et dont le front égalait celui de Vénus, tenant des coupes d'or entre
leurs mains semblables an cristal, donnaient, de tons cfttés, le signal du plaisir et de la voluptéi qai s'échappait de leurs lèyres, d'où pleuvait le sucre.
Des chanteurs à voix harmonieuse faisaient parvenir à la
sphère azurée le son de leurs instruments à cordes >jj et leurs
^^^ accents mélodieux (1214). Des musiciens aussi habiles que Yé-
71S?; nus ravissaient la raison et Fintelligence au cœur ei au cerveau
des auditeurs par les sons plaintifs des chanterelles et des basses
de leurs harpes (guitares ?) et de leurs luths.
(Vers.) (1215). Quel banquet ! C'était un festin digne des Chosroès, où les convives jouirent de mille délices et voluptés. On y servit des sorbets de toutes les couleurs aussi purs que la lumière, dont le reflet fend les ténèbres. Les calices de crystal étaient remplis à pleins bords et avaient été parfumés d'eau de roses. La terre, grâce à son plateau (j\^ d'or, y reflétait les rayons du soleil. Les coupes d'argent lui donnaient l'aspect d'un signe du zodiaque ^ji parsemé d'étoiles. On y trouvait, en fait de mets, tout ce que le cœur pouvait souhaiter; on y avait servi toutes sortes d'oiseaux et de poissons. Pour en préparer les conserves 1^, de jeunes beautés avaient* prêté le sucre de leurs lèvres et les amandes de leurs dents. Les fruits confits les plus variés, qui y figuraient par plateaux , avaient rempli de douceur les fonde* ments du palais de sa beauté (?) (1216). On avait jonché, en guise de pavé {iju^ ou de tapis), la cour de ce palais de milliers de tablettes de conserves au sucre candi (1217). A force d'y entasser des fruits pleins de saveur et des plus rares, le jardinier avait rempli ses corbeilles de sucs (eau). Jamais aucun amateur de curiosités (raretés ,2;^^U ne se serait imaginé que l'on pouvait, de cette manière, remplir d'eau des corbeiUes entières ( 1 21 8). Lorsque trois journées entières s)e furent écoulées de la sorte, et que la taille de chaque convive favorisé de la fortune j^^> eut été ornée et parée du précieux cafetan de tous ses souhaits et désirs, l'émtr Chèref s'empressa de se conformer aux précepte de l'étiquette en ofirant an monarque les dons et les pFésents
prescrite en pareille circonstanee. Il lui fut hommage de divers objets tellement rares qae, dans le cours des siècles et des âges, Fœil du monde n'en avait jamais contemplé de pareils, et que Toreille du temps n'en avait point entendu citer de semblables par les boncbes et les langues (des mortels); entre autres des oiseaux de chasse, tels que des faucons ordinaires et des faucons royaux, des chevaux arabes (ou de course «^jb) à selles d'or; en fait de fourrures , des nombrils l^L de renards rouges oLui^ (problablement «JjUJj d'écureuils, ecfciuaj on de petit-gris) (12 19) de deux couleurs, du brocard, du drap d'or (tissu d'or C-wjj) de sept nuances différentes, des velours UUf européens (francs). n fut, à son tour, comblé de grâces et de faveurs sans bomes^de la part du monarque, qui l'honora d'un ceinturon orné de pierreries, et d'un cafetan de quatre lés (1220) brodé d'or trait, et ^^ÏÏi, qui lui conféra le titre de chèref-khân avec le poste éminent de ^' ^^* tèmdjy-bâchy (inspecteur général aux revues) (1221) de l'armée et celui à^émir-td-ouméra (gouverneur général ou généralissime) du Kourdistân. Il lui fit expédier, en ^conséquence, un gracieux diplôme, dont nous transcrivons ici la teneur:
Fammle des lettres-patentes:
Comme le but essentiel et Tobjet principal que se proposent les glorieux sulthans en aspirant à l'honneur de parvenir aux degrés les plus élevées de l'échelle hiérarchique, et les monarques (khaqâns) les plus puissants , en ambitionnant la gloire de monter aux plus hauts échelons de l'autorité absolue, çst de choyer et d'honorer une certaine classe d'hommes, qui auront enlevé à leurs pareils et à leurs émules la balle (la palme) de la supériorité et de^Ia prééminence, en luttant avec zèle et bravoure dans la lie de l'affection (du bon vouloir) et de l'attachement , et qui, après avoir pris à tâche de l'emporter sur leurs supérieurs (û^' notables) par l'excellence de leurs services, auront levé le drapeau du dévouement et de l'abnégation la plus absolue en semant l'ar-
gent comptant de leur existenee ^y»^ à la Bobliine eoar de leur souverain qui sert d'asile au monde entier^ et en loi fiiisant hom* mage de ce précieux capital, le glorieux Chèref-^khân, qui est investi de la dignité de toâly «ULI et de prince cX, qni occupe les dômes «^^Lî (coupoles) de la grandeur, et qui est le refuge de l'équité, le pilier des plus illustres princes, voulant
mettre le comble ^UT à la gloire de la dignité princière âJL^ et de sa principauté, à sa prospérité et à celle du pouvoir temporel et
spirituel /hjJI^ I^jJ'^, a recherché, en ce jour, par un effet de son sincère attachement et de sa parfaite confiance jy^, l'amitié
de notre lamille chérie de Dieu (o^' ^^j ^Byle de la sainteté), à l'effet de se débarrasser 1^ (1222) de ses rivaux et de ses compétiteurs en s'accrochant aux pans (du manteau) de notre faveur et de notre bienveillance, de sorte qu'on peut lui appliquer fort à propos le vers suivant (1223):
Ce n'est nullement pour rechercher le pouvoir et la grandeur que nous sommes venus à cette porte: c'est dans l'espoir d'y trouver un asyle contre les vicissitudes de la fortune.
n obtint, en conséquence,^ l'honneur d'être admis dans les glorieuses réunions (intimes) du chfth, dont la générosité et la clémence sans bornes contribuèrent, par conséquent, à le fortifier et à le protéger. D'après le texte plein d'expression des vers suivants (1224):
Quelque soit celui qni craignant pour sa vie et soucieux de sa dignité (1225) se réfugiera sous notre toit pour y chercher un asyle, je ne permettrai jamais qu'on le blesse ni l'offense, lors même que j'exposerais ma tète en prenant sa défense. pi^MH, Nous avons accordé à ce soutien de la principauté ^baCJU une place a l'ombre tutélaire et rassurante de notre protection, et lui avons fait l'honneur de l'élever au rang de kkân^ en lui donnant le titre de chéref-khân. Nous lui avons, en outre, confié le commandement des téwadjis de notre auguste divan, et l'avons admis au nombre des illustres khàns et émtrs de notre sublime