‹ Chèref-namehChapitre 4 sur 22 · PARAGRAPHE «^ PREMIER · texte numérisé non relu

PARAGRAPHE «^ PREMIER

Des Princes de HèiyèiigDerde (en Héjèn^erde) (27').

Le canton de Mèdjènguerde ou Méjènguerde fut accordé par un généreux diplôme du Sulthan Soulelmân-Khàn, à titre de Sandjàq" (ou district militaire) à Mou hammed-big, fils aîné de de Pir 'Houceïn-big. Il mourut après un règne d'un an et laissa quatre fils; mais ils étaient encore en bas âge, et aucun d'eux n'était capable de gouverner. Ce Lîva ou Sandjàq' fut donc confié par le Divan du Sulthan Soulelmàn à son frère Ferroukh-chftdr (28) big. Au bout de quelques années, ses frères, égarés par la haine et la jalousie, l'accusèrent de malversation (29) et la chose fut rapportée au pied- du trône du monarque, qui était l'asile de la justice. Il fut donc supplicié conformément à un firman (arrêt) du Sulthan Souleïmàn , et laissa en mourant , deux fils nommés £halil-big et 'Houceln-big. Un grand fief ou bénéfice jnili- . taire {Ziâmèt) détaché du Sandj&q' de Mèdjènguerde fut alloué à ces deux fils conjointement, et le Sandjàq' même fut confié à Q'acime beg, frère de Sinân-Pacha l'Albanais (l'Amatite), Jfiri-minrân (gouverneur -général) d'Ârze-roûm. Pour satisfaire et indemniser, d'autre part, les quatre fils de Mou hammed-big, on leur accorda des Ztâmèts et des Timârs. Plus tard, Roustèmbig, prince de Portok, soumit au Sulthan, qui était l'émule du sage Salomon, une requête ainsi conçue: a Si Ferroukh-châd-big (30) s'est rendu coupable d'actions honteuses, il s'est attiré le courroux et le châtiment de son souverain. Votre serviteur ose, en conséquence, soumettre aujourd'hui à la céleste cour du Sulthan une requête, par laquelle il supplie sa Hautesse d'octroyer,

en vertu des capitulations Impériales, à Pîltèn-big, fils de Pir- 'Houceïn big, son Odjàq (domaine patrimonial) héréditaire, et

7««<t de ne pas le remettre à des mains étrangères».

9' ifo'. Le Sandjâq de Mèjènguerde fut donc accordé à Piltèn-big conformément à la demande de Roustèm-big. Lors du retour du Serdâr - Mouszthafa - Pacha de la campagne du Chîrwân, il obtint de ce pacha la permission de retourner dans ses foyers, et partit pour Mèdjènguerde. Arrivé dans le canton de Terdjân (31), il remit son âme à Tange chargé de la reprendre, et laissa, en mourant, quatre fils nommés 'Aly-big, Djéh&n guir, 'Otzmàn et Kd (32) A'hmed-big. Le Sandjaq de Mèdjènguerde fut accordé, en vertu d'un diplôme de sa Hautesse le Sulthan Mouràd Khân, à son fils atné 'Aly*big de la part du Serd&r Mouszthafa- Pacha, et ses frères se contentèrent des grands et des petits fiefs qui leur furent accordés. Après avoir gouverné et administré ces fiefs pendant quelques jours, 'Aly-big répondit à Tappel deâ habitants du royaume céleste qui lui criaient: «Âme paisible, reviens contente et satisfaite dans le sein de ton Seigneur!» (33), et passa dans la vie future laissant après lui trois fils nommés 'Halder-big, Allah *werdy*big et Ptltèn. Le Sandjâq' fut conféré à son fils aîné 'Haldèr-big par le Divan du Sulthan Mourâd- Khân. Il n'avait pas encore pris possession de ce Sandjâq , que déjà l'ange de la mort avait soustrait à sa domination la citadelle de son corps: il passa, en conséquence de ce monde continuellement agité dans la demeure du repos. Le Sandjâq' de Mèdjènguerde resta, de la manière convenue, entre les mains de son frère Allah -werdy-big (Dieu-donné), qui le possède encore aujourd'hui, lundi, 18 du mois de Ramazân de l'année 1005 (23 avril 1597 de J.-C).

PARAGRAPHE d^ SEGORB.

Des Princes de Portok (34).

Après le décès de Pîr 'Houseïn-big, la principauté de Tchèmècheguézek (Tchimicheguizk) fut partagée, comme il a été dit

pins hant, en denx Sandjàq's et quelques SXdméts répartis entre ses frères. Le canton de Portok, entre autres, fut accordé par t^xu

pertam,

le Divan du Sulthan Soulelmân-Ehân, à Roustèm-big, second fils p- '7'de Pir 'Houceln-big. Après avoir gouverné ce Sandjàq^ pendant quelque temps avec justice et équité , 11 préféra le titre d'Émir dans la vie fiiture aux dignités de ce monde éphémère, et battit le tambour du départ, laissant ici bas ses trois fils Bal Sanq'ar, Mon hammed et ' Aly. Bal Sanq^ar fut investi du gouvernement, en qualité d'héritier et en vertu de ses droits, et succéda à son père, conformément à ses dernières volontés. C'est effectivement un homme orné du joyau de l'intelligence et de la sagacité et paré du vêtement de la perspicacité et de l'esprit Jio. Il se distingue d'entre tous ses émules et ses égaux par la sollicitude avec laquelle il veille à la garde et à la défense de sa principauté et maintient la police et le bon ordre dans sa tribu. Il l'emporte en outre sur tous les princes du Eourdistan par l'habileté avec laquelle il fait traiter les affidres d'état et exercer l'autorité temporelle. En fait de talents naturels, (on peut dire de lui que) c'est un guide infaillible dans l'art musical, tant sous le rapport de la théorie que de la pratique (85); et il est le coryphée des amateurs du cercle des échelles diatoniques (36). C'est le Phénix des siècles pour tout ce qui se rattache aux di* verses branches de la générosité et aux différents genres de libéralité, d'humanité et de bravoure. C'est un second Hàtèm et un nouvel Esfèndiâr. H marche de pied ferme dans la voie de la conciUation et de la bienveillance avec les petits comme avec les grands , sans distinction ; et il possède tous les appareils , les instruments, les ustensiles, les vases et les récipients de l'art de gouverner.

n administre aujourd'hui , d^une manière absolue , la principauté de Portok avec ses dépendances, et il est considéré comme le guide et le modèle de ses cousins, de sa grande tribu et des peuplades de Tchèmècheguézek (Tchimichguizk) , qui ont toutes courbé devant lui leur tête soumise, et qui se gardent bien de

transgresser ses ordres ou de trahir ses intérêts. H est à espérer que Dieu lui fera la grâce de parvenir, comme ses augustes pères et aïeux, à Tautorité suprême et au souverain pouvoir.

PiRiUiPHE (4^) nOISIKH.

Des Princes de Szag'mân on Saq'man û^ (^3*).

A l'époque où la principauté de Tchèmècheguézek (Tchimicheguizk) fut partagée sous le règne du Sultban Soulelmân-Eliâny ce vaillant t^hampion de Tislamisme, et sur la demande des tils 'Axu (enfants) de Pir 'Houceln-big, en deux Sandjàq'Si et quatorze p, m, 2a ^mêts, le canton de Saq mân (Szag mân) avait été enclavé dans les domaines Impériaux avec la bourgade de Tchèmècheguézek (Tchimicbeguizk), comme nous Pavons exposé précédemment. Postérieurement à ce partage jUl ^1j j^ Keï*Khosrew-big, EeIka,wous-big et Pèrwlz-big, fils de Plr 'HouceSn*big, nés tous les trois de la même mère et restés en bas âge à la mort de leur père, se contentèrent du modique Zf âmèt et Timàr qui leur fut alloué. Mais, lorsqu'ils eurent atteint Tàge de maturité et du discernement, les trois frères partirent tous^, d'un commun accord, pour aller baiser le seuil de sa Bautesse et réclamer leur principauté héréditaire (37),

(Vers.) Le lionceau se montre aussi soumis, tant que les griffes et les dents ne lui ont pas poussé.

Lorsqu'ils eurent exposé, grâce à la médiation des illustres vézirs, le véritable état des choses aux chambellans de la Porte, asile du Khalifat, et qu'ils en eurent donné connaissance aux habitants du seuil de félicité, refuge de la valeur, le canton de Saq'mân, qui avait été annexé aux domaines Impériaux, fut accordé, à titre de Sandjàq', à Kel-Ehosrew-big, par un effet des faveurs sans bornes du monarque et des bontés infinies du souverain. Il lui fut délivré, en conséquence, un gracieux diplôme du Snlthan, et ses frères obtinrent, à titre d'indemnité un Zi'âmet considérable ]f. Lorsque Keîkhosrew-big eut passé quelque

temps dans ce canton au sein des plaisirs et de la volupté, l'estafette d^lj^ dn trépas vint nbitement le surprendre dans son cabinet solitaire CJ^^j^ et força son âme angéliqne oUo ij^ à évacuer les alentours de la région de son corps.

(Vers.) Quel est le bosquet de félicité dont la cime altière s'est perdue dans les nues, sans que l'aquilon du trépas l'ait ensuite déraciné (38)?

Il laissa, en mourant, trois fils nommés Szàlf h-big, Q'âcimebig et 'Omèr^big dont le premier succéda à son père en qualité d'héritier et par droit de naissance. Son frère Q'àcime-big était un énergumène exalté et un visionnaire incapable d'occuper un poste (quelconque). Il vécut en derviche et s'assoupit dans le ré^ duit solitaire de l'abnégation C^iH; mais son autre frère 'Orner*big ne fut nullement satisfait.de voir Szâif h-big investi de la principauté. Il en conçut, au fond de son coeur, une haine et Aa^ une inimitié secrètes contre son frère. Il résolut même d'at- '•^^' tenter à ses jours , et attendit un moment favorable pour mettre son projet à exécution. Il se présenta enfin , et il terrassa son frère légitime en le frappant de son glaive implacable. Après ce fratricide, il se chargea du soin de gouverner la principauté, et assuma la tâche d'administrer l'état. Il conçut ensuite le projet de demander en mariage l'épouse de Szâlf h-big (39) et de s'unir à elle par les liens conjugaux afin d'usurper ses biens et son mobilier (ses richesses et ses e£Pets). Il en fit donc secrètement part à cette princesse; qui feignit d'y consentir bénévolement et de plein gré, mais qui couva sa haine et son inimitié au fond de son coeur, jusqu'à ce qu'elle pût venger le sang de son mm sur la personne de cet ambitieux plein de patience, en ayant recours à la ruse, à la trahison et à la fourberie. Cette femme, semblable à une lionne communiqua son projet à quelques fidèles et anciens serviteurs (jlJjS^) , qui avaient été les confidents les plus dé* voués du défunt Szâli h-big, et qui prêtèrent une oreille favo* rable à ses propositions (ouvertures). Il fut donc convenu que; le jour de ses épousailles , eUe les cacherait tout armés et com*

plètement équipés dans l'intérieur de sa demeure, et qu'an moment où'Omèr entrerait dans la chambre nuptiale, ils sortiraient de leur embuscade et mettraient fin à ses jours.

Lorsque la nuit des noces qui avait été fixée pour la réalisation de ce projet fut venue, les conjurés qui s'étaient chargés de châtier 'Omèr big se cachèrent dans le lieu convenu; et au moment où celui-ci brûlant d'amour et poussé par le vent de la vanité et de l'orgueil, pénétra dans le gynécée (Harèm)^ les conjurés se précipitèrent sur lui comme des lions rugissants et furieux sortant de leur repaire. Qs dégagèrent aussitôt son corps bouiS de vanité et son cerveau exalté par la terreur jj^»^ du vent de l'orgueil qui les surchargeait, et mirent fin à son existence. Szàlfh-big avait laissé trois fils nommés Ke&hosrewbig, Ma'hmoûd-big et Mouhammed-big. Cette lionne pleine Asif d'honneur emmeua avec elle son fils aîné Eeikhosrew-big, et se ji. 114, rendit à la Porte du Sulthan Mourad Kh&n. EUe fit parvenir, par l'intermédiaire des illustres vézirs, aux oreiUes des chambellans de la Sublime Porte la narration des événements qui lui étaient arrivés. Sa Hautesse, guidée par sa clémence infinie, accorda à son fils le Sandjàq de son père, et il lui fut délivré un diplôme Impérial, avec lequel il s'en retourna au comble de ses voeux. Dans la présente année 1005 (1597 de J.-C.) le San^jaq de Saq'màn (Szag^mân) est encore soumis au pouvoir de EeIkhosrew-big, qui administre et gouverne ce pays sans obstacle et sans partage.

Quant au sort des autres fils (enfants) de Pir 'Houceln-big, il a été tel que nous aUons l'exposer à la suite de ce récit.

r. A l'époque du partage des états héréditaires de Plr'Houceln-big, son fils louçouf-big eut l'honneur d'obtenir un Z^àmH (bénéfice militaire) de 70,000 aspres (de revenu); et après ^% mort, ce fief fut transmis, à défaut d'enfants mâles, à Mouszthafa-big, à Dzoulfiq'âr-big et à Souhrâb, fils d'Elq'âsz, descendants (enfants) de Mouhammédy-big'.

2''. Mouhcine-big, fils de Pir 'Houceïn-big, obtint égale-

ment tin Zf àmèt de 70,000 aspres, qui faisait partie de sa principauté héréditaire ; et après son décès, ce grand fief fat réparti proportionnellement entre ses cinq fils Ibrahim, Djafar, Cheikh ^Haçane, Monràd-big et M>éh Soulthan (40).

3^ laqoûb-big, fils de Pîr 'Houceïn-big, reçut un ZTâmèf de 40,000 aspres, qui, après son décès, fut donné à ses fils Ferroukh, Doundàr et Bâbèr-big (41).

4^ Kel-q'obâd-big, fils.de Pir Houceln-big, reçut un grand fief de 50,000 aspres. Celui-ci, mû par la noblesse de son caractère et par la témérité qui lui était innée, refusa cette indemnité et prit congé de ses frères et de sa patrie pour se r»^ rendre dans l'Iémèn. Après y a?oir rendu des services signalés, ''• '^^il revint à Constantinople dans Tespoir de recouvrer sa principauté héréditaire; mais il y fut rappelé dans le sein de la miséricorde divine, et laissa quatre fils nommés 'Houceln-big, Mècf h, Z&hid et Islftm-big.

5*". Eel Kavous, fils de Ptr 'Houceln-big, n'obtînt, en compensation, qu'un modique Zi&mèt, qui fut accordé, après son décès à son fils Manszoûr-big.

6"". Perwîz-big, fils de Pir 'Houce!n-big, transmit, à sa mort, son Ztâmèt à son frère 'Haldèr-big.

7^ Babloûl-big, fils de Pîr 'Houceln-big, fut investi d'un bénéfice mihtaire de 40,000 aspres (42), qui, après son décès, fat partagé entre ses fils Elwènd, Oroudj (43) et A'hmed.

8"*. Kélâby-blg, fils de Pir 'Houcein-big, fut également indemnisé par un grand fief de 40,000 aspres. Il Ait tué, avec les Émirs et les notables (of&ders supérieurs) kourdes à la bataille de Tchildir livrée aux Q'izilb&ches, lorsque le serdàr Monszthafa- Pacha marcha sur le Chirwàn, et son Ziâmèt fut donné à son fils Mou hammed-big. A la i&ttrt de ce dernier, ce fief Ait transféré à son petit-fils ' Aly-Ehftn (44).

O"". lelm&n-big o^L^ fils ^^ Pîi* 'Houeeln-big, accepta un Ztâmet de 20,000 aspres. Le Très-Haut (qu'il soit loué et glorifié!) lui accorda une longue existence et, au moment où nous

écrivons cette histoire, c^est-à-dire en 1005 de l'hégire (= 1597 de J.-G.) il est encore en vie.

CHAFITBE J^n

subdivisé en trois paragraphes à^.

Des Princes Merdâcy (45).

La pelouse où sont étalées les traditions relatives aux princes

' renommés pour leur puissance, et la roseraie où brillent les

. hauts faits des Émirs les plus célèbres ont parfumé l'odorat de

l'&me de l'auteur de cet ouvrage plein d'imperfections j2jI , en

^ lui rappelant que la glorieuse généalogie des princes Merdâcy

p m. (Merdacides) remontait à'Abbâs, l'auguste oncle du Prince des

Justes (Mahomet). Le premier de ces princes fut PIr Manszoûr,

fils de Seïd 'Houcein, dit le Boiteux, C'était un homme austère,

pieux et dévot, dont l'esprit entendait quelquefois les mistérieux

accents des inspirations divines; et cette généalogie, comme le

prouve l'arbre généalogique qui se trouve entre les mains de ses

descendants, remonte, à la 17* génération, au Seld'Aly, fils de

'Abd-Allah, fils de 'Abbàs (que Dieu lui soit propice!).

Pir Manszoûr >habitait primitivement la principauté 'Hak* kâry, d'où il se rendit dans celle à'Aguil JS\ (46), où il se fixa dans le village de Ptrân, aux environs du château fort d'Aguil.

U y fit bâtir, à son propre usage, une maison d'adoration, où il se livra à la piété et à la dévotion , et s'adonna nuit et jour aux plus austères abstinences et aux macérations Olj^l^ (combats spirituels). Il prêcha si bien la piété et la dévotion aux habitants de ces parafes que le peupte*et les notables en conçurent de l'attachement et une profonde vénération pour sa personne, et devinrent, en grande partie, ses disciples et ses adeptes.

Lorsque Pir Manszoûr passa de ce séjour de vanité dans le palais de l'Allégresse, son fils Pîr Mouça prit la place de son

père sur le tapis de la prédication (Direction spirituelle) , et fit construire, dans ce village, un monastère, où il instruisit' les novices et faisait des efforts inouïs pour les affermir dans la foi, si bien qu^une nombreuse multitude appartenant aux peuplades et aux tribus J^Li^^LLc Merdâcy fut tellement séduite par ses beUes actions et ses bonnes manières, et se laissa tellement captiver par le charme de son élocution, que l'on accourut de toutes parts et de tous côtés pour venir lui présenter ses hommages. La réputation de sa piété et de sa dévotion, de ménfe que la renommée de sa vie austère et de sa haute vertu s'accrut de jour en jour. Il devint tellement célèbre que les grands de ce pays, de même que la plèbe, passèrent à leur oreille l'anneau du dévouement absolu, et jetèrent sur leur dos le tapis de la servitude.

Lorsque Plr Mouça passa dans la vie éternelle, son fils Plr Bedr occupa le trône de la prédication. Celui-ci, voyant que la rr«<« vénération et le dévouement de la grande tribu Merdâcy pour sa p- ^^•' famille étaient portés à leur comble et avaient atteint leur plus haute période, conçut le projet dç se révolter, et aspira à monter (encore davantage). H réunit, en conséquence, la souveraineté effective à l'empire moral qu'il exerçait sur les habitants, et soumit, de vive force, le château d^Aguil {Eguit) à sa domination. C'est une citadelle bâtie sur la cime d'un roc très élevé, qui est devenu tellement tortueux (inaccessible) , qu'à son aspect , la crainte et une terreur indéfinissables s'emparent de celui qui ose y jeter les yeux. Il circule dans toutes les bouches et sur toutes les langues une tradition généralement connue, suivant laquelle un Ami (Élu) de Dieu (un saint personnage) serait venu dans cette contrée et aurait indiqué cette roche ^ en lui donnant un nom turk (probablement ^^) ègry , en russe igpuez) ^\

1) En remplaçant la lettre pciaUde j (r) ^Egry par sa congénère J. (I), le mot tork éCjj\ ègry a été changé en ^Jfi ègîy d'où est yenn le nom âfi J/l ISguû.

de sorte qu'elle serait efifectivement devenae toute tortue par un effet de la toute-puissance du Créatur. Dieu sait tout.

Quant à la peuplade qui habite ce château fort et cette contrée, elle a reçu le titre (ou surnom) de Merdâcy (Merdâcide). Merdâs, fils d'Edrîs, fils de Naszr, fils de Djémîl J^(?) (47), était le chef des Kélabites ^J^yà^ qui,^ dans le principe, habitaient les environs de la ville de 'Haleb*). Cotte ville était, à cette époque, soumise^à la domination des sulthans Isma'iliens (Fâthimides) d'Egypte. Par suite de l'inimitié et de la rivalité qui éclatèrent entre les émtrs de cette contrée, les habitants de ce royaume se virent réduits à la situation la plus alarmante, et Szâli'h, fils de Merdâs, fils d'Idrîs, s'en étant aperçu (en ayant eu connaissance), assiégea la citadelle de cette ville (48) dans l'intention d'y régner. Il ne tarda pas à réduire les assiégés à la plus affreuse détresse, et ils livrèrent la place à Szâli'h. Aussitôt que cette nouvelle parvint en Egypte, aux oreilles de Dhâhir (Z'âhir), fils de 'Hakèra (49), l'Isma'ïlien, il envoya, pour se défaire de lui, des émissaires, qui, en 420 de l'hégîre (1029 de l'ère vulgaire), le tuèrent, lui et,son fils. Les grandes tribus qui lui étaient soumises prirent alors le parti d'émigrer, et se dirigèrent du côté d'Aguil (Eguil), où elles s'établirent à dater de cette époque.

Texu Bref, lorsque Ptr Bedr, assisté et secondé par la peuplade p,m, ^^ Merdâcy, eut soumis le pays d'Aguil à sa domination, il se voua, pendant quelque temps, au gouvernement et à l'administration de cette principauté, contrairement à ses pères et à ses aïeux; et il se vit forcé de prendre la fuite, parce que sa principauté devint l'objet de la convoitise d'un des sulthans Seldjouq'ides, comme nous le raconterons d'une manière circonstanciée dans le cours de cette histoire, avec le secours de Dieu, du Roi des rois, dont nous implorons l'assistance.

1) Sur la première dynastie Merdâcy^ qui régna à 'Haleb Toyes l'oayrage intitulé HiêUma Aferdasidarum ex Halebensibus Gemal - eddini annanbus excerpta, ab Johanne Josepho Mallcr, Bounae, 1829.

PARAGRAPIE «^ PRENIBX,

Des princes d'Epil (Apll) connus sous le titre de Bouldouq'ftny.

Le compilateur de ces feuillets a maintes fois entendu dire ^ à des hommes dignes de foi, que le nom de Bouldouqân vient de ce que Pîr Bedr , voulant échapper à la main usurpatrice des sulthans Seldjouq'ides , s'enfuit du côté de Méfâréq'in, et y demanda un asyle à TÉmîr 'Houçâm-uddîn, prince de cette contrée (50), oii il séjourna secrètement pendant quelque temps, jusqu'à ce que le sulthan Seldjouq^ide AIp-Arslân chargea TÊmir

Ortoq' de faire la conquête de la place de Méfâréq'în (51). Cet émtr gouvernait Màrdin et Amide au nom du monarque susmentionné , et ses descendants finirent par se rendre maitres de tout le pays qui s'étend jusqu'à 'Haleb et à Bag'dâd, de sorte que les historiens les considèrent comme une des branches de la dynastie des Seldjouq'ides. Sept d'entre eux parvinrent au rang de princes; et, au commencement du règne de 'Haçane-big le Balèndourien et (?) de la dynastie du Mouton Blanc (52) Mélik Nâszir uddîn, qui fut le dernier prince de cette race di^L, périt de la main de'Haçane-big, et avec lui s'éteignit la dynastie des Ortoq'ides. Mais revenons à notre sujet. L'Émir Ortoq', s'empressant d'exécuter l'ordre qu'il avait reçu, cerna le château de Méfarèq tn, dont il réduisit les habitants à la dernière extrémité. L'arrêt du ciel et la divine Providence voulurent qu'une flèche lancée par un des soldats de l'Émir Ortoq' blessât mortellement rÉmîr 'Houçâm uddln, gouverneur de ce château, et l'envoyât dans le monde de l'éternité. Ses subordonnés, se sentant hors d'état de résister à l'Émîr Ortoq', on vit paraître, de jour en jour, sur le front de leur destinée et sur la face de leurs espérances, les indices de la faiblesse, de l'impuissance et du découragement, jusqu'à ce qu'enfin cet émir s'empara de la place de vive force à la faveur des ténèbres, et en fit passer, sans pitié, ^^ tous les habitants au fil de l'épée , sans épargner un seul des ''' '^^' paisibles sujets et des guerriers du château et de ses environs.

Pir Bedr goûta également, dans cette lutte, le sorbet da martyre, et il ne resta plus un seul des princes d'Eguil (Aguil) au nombre des vivants, si ce n'est la femme de Ptr Bedr, qui était enceinte. La peuplade Merdàcy attendant nuit et jour le moment de la délivrance dans Pespoir que le Très -Haut leur enverrait enfin un bijou provenant du trésor du monde spirituel, un joyau de l'écrin de la grandeur et un astre du zodiaque de la gloire capable de faire revivre son antique dynastie. Chaque jour les notables et les affidés de cette illustre famille se présentaient à la porte de cette infortunée princesse, pour s'informer de rétat de sa santé, jusqu'à ce qu'elle parvint au terme de sa grossesse. Ce jour là, ils y vinrent également, et leurs voeux furent exaucés, car ils virent sortir une personne qui leur dit figurément en langue turke: «Rendons de nombreuses actions de grâces à Dieu, car nous ayons trouvé Qxmldouq) ce que nous désirions». C'est pour cette raison que cet enfant devint célèbre sous le nom d'Émîr Bouldouq , et que les princes d'Ëguil (Aguil) reçurent le titre ou surnom de Botddouqâny (53).

(Metznéwy.) Les sages de la Grèce nous ont appris qu'une femme pieuse de ces parages sentit un jour les douleurs de l'enfantement. Loin de son époux et de sa ville natale, elle déposa son fardeau dans une masure et expira. Elle rendit son dernier soupir en proie à la plus vive sollicitude pour son enfant, ignorant comment le Père nourricier des mortels le sustenterait au moment du besoin, et ne se doutant pas des trésors dont il le comblerait ni des jours de prospérité qu'il lui accorderait».

En un mot, la mère de l'Émir Bouldouq' mourut, dès qu'elle lui eut donné le jour, et les notables Merdàcy relevèrent comme j^^ une perle de grand prix dans le giron de leur âme. Lorsqu'il ^JTmÎ. eut atteint l'âge de puberté et du discernement, toutes les peuplades et les grandes tribus passèrent leur tète dans le licol de l'obéissance et suspendirent à leur oreille l'anneau de la soumission à ses volontés. L'Émir Bouldouq^ de son côté, prit la place de son père sur le trône de la principauté, et répandit sur

leurs tètes l'ombre salutaire de la justice et de la bienfaisance. - Il ferma aux mortels les portes de la tyrannie et de l'iniquité, et étendit son aile tutélaire sur la tète des musulmans. Après avoir ct)nsacré quelque temps au gouvernement de la principauté d'Eguil (Âguil) et au commandement de ses peuplades {ffoûms)^ il transféra le bagage de l'existence dans l'autre monde.

Son fils aîné, F Emir Ibrahim, succéda à son père en considération de sa capacité et de ses heureuses dispositions. Il n'administra pas longtemps cette principauté , car il ne tarda pas de répudier à jamais la fiancée de la royauté en attachant au coin de sou voile la cédule d'un triple divorce, préféra être simple majordome du palais de la vie future (54).

(Hémistiche) Il se fixa au sein du plaisir dans ce séjour d'allégresse et de félicité.

Après son décès , son fils F Émir Mouhammed le remplaça. Lorsqu'il eut régné quelque temps et fut parvenu au terme de sa carrière, il partit pour la vie future, laissant ici bas trois fils d'un égal mérite, dont le premier fut PÊmtr Iça, qui prit la place de son père après sa mort, et gouverna la principauté d'Eguil (Aguil). Le second fut Flhfnir Ttmomiâche, qui, du vivant -de son père, fut Wâly ^\j ou prince du château fort de Bûgîne et de sa banlieue. C'est de lui que descendent les princes de Pâlou (55), dont nous décrirons l'histoire circonstanciée dans le second paragraphe.

Le troisième fut VÉmlr ^Hmceln^ qui, du vivant de Mîr Mouhammed, fut Wàly ^\j ou prince du château fort de Berdindj ou Berdinidj (?) (56) et du canton du jDjermoukj dont les princes étaient ses descendants. Mîr 'Houcein n'était pas le fils, mais un des cousins de Mir Mouhammed, à qui celui-ci avait confié, de son vivant, le gouvernement du canton de Djermouk et du château fort de Berdindj (ou Berdinic^j). Quoi qu'il en soit, Texte l'histoire de l'Emir Houceln et de tous ses descendants (en- p- ^9^fiints) sera racontée dans le 3* paragraphe

l'émtr 'Iça (57), tls de l'Émir Mra'hamimd.

n devînt prince d*Eguil (Aguil) après la mort de son père, et se montra affectueux et conciliant envers ses frères et tous ses proches. Les Rata (sujets) et les troupes eurent également à se louer de sa justice et de sa bienfaisance. Au bout de quelque temps il répondit à l'appel du Dieu de vérité, et passa dans la vie future.

Dewièt-chfth-big, tis de rÉmîr'Iça.

' n devint prince d'Eguil (Aguil) conformément aux dernières volontés de son père, avec le secours et Tassistance de la grande tribu Merdâcy. Il mourut après avoir gouverné pendant quelque temps, et son fils, F Émir ' Iça, s'assit sur le trône de la principauté. Celui-ci s'appliqua, comme il le devait, à protéger ses sujets, et la principauté d'Eguil (Aguil) devint florissante et prospéra sous son règne. Il laissa, en mourant, deux fils nommés Isfèndiâr et Ghâh Mouhammed-hig , qui succéda à son père à cause de son mérite, et qui prit bientôt après congé de ce monde éphémère, laissant après lui ciuq fils nommés Q'àcime/Iça, Manszoûr, Iszphahân (?) et Émirân-big.

(fftcime, tls de Motf hammed-big.

Il se distingua d'entre ses contemporains par son mérite, son savoir, sa bravoure, ses généreuses qualités et ses belles manières. Il l'emporta en outre sur tous ses pareils et ses égaux, en fait de princes du Kourdistân, par son habile administration, sa politique et la protection qu'il accorda à ses sujets. Il jouit d'une haute estime et d'un grand crédit sous le règne des solthans de la dynastie du Mouton Blanc, dont l'un lui confia les fonctions de gouverneur ou mentor (Lala) d'un de ses fils; c'est pourquoi il est généralement connu et devenu célèbre sous le nom de Lala Q'âdme.

Il est notoire, qu'à l'époque oà le Chah Ismaïl 1*' le Szèfide (ou Szèfèvoy) s'empara du Diâr-békir en 913 de l'hégire (A. D.

1507) (58), Lala Q'âcime refusa de se soumettre, et s'opposa ouvertement au vainqueur; ce qui décida le Khân Mou bammed ^^^f* Onstàdjlou à marcher contre Eguil à la tête d'un corps d'armée ' ^^' et à soustraire cette principauté à sa domination. Elle fut alors donnée à un certain Manszoûr-big appartenant à l'une des peuplades Q'izilbàches, et Eguil resta, pendant sept ans (59), soumis à leur pouvoir usurpateur. Mais après la bataille de Tchaldirân (60) Lala Q'âcime parvint, grâce au secours du Sulthan Sélîm khâii, à arracher son domaine héréditaire des mains usurpatrices des Q^^izilbâcbes, et fat réintégré sur le trône de sa principauté. Une autre version rapporte qu'il eut recours à un stratagème pour enlever aux Q'izilbâches la ville d'Amide, à l'époque où elle était soumise à Q'ara-Khân (61), et il la remit à Mouhammed Pacha, Mîr-imirân (gouverneur-général) de cette province. Ce fut ainsi que son crédit s'accrut de jour en jour sous le sceptre othoman, jusqu'à ce qu'enfin il atteignit le terme de sa carrière, et passa dans la vie future. Gomme il n'avait point d'enfants mâles, il légua sa principauté à son neveu Mourâd-big.

La principauté d'Eguil lui fut confiée par le Divan du Sulthan Soulelman Khân conformément aux dernières volontés de son oncle. C'était un homme probe et religieux, un prince juste et débonnaire, qui suivait la voie de la conciliation et de la bienveillance à l'égard des grands et des petits, des étrangers et des personnes de sa connaissance. U fit bâtir un grand 'Imarèt (hospice pour les pauvres) sur la tombe de sou oncle Q'âcimc, et fonda, à côté de cet'Imârèt, un khân et une hôtellerie i>Lj (un couvent?), ou l'on distribuait chaque jour aux allants et venants le pain et la nourriture qui leur étaient assignés, de sorte que les passagers jouissent à jamais des avantages de cette fondation pieuse. Ces établissements situés à une station Jju de la ville. d'Amide sont devenus célèbres sous le nom de Khàn-i- CherbèthSn j^^ O^ (62)* ^^ ^^^ ^^ quelques années de

rè ne, il quitta cette hôtellerie éphémère pour gagner la demeure étemelle, et laissa en mourant deux fils nommés ^Aly- Khân et Q'àcime-big. Ces deux frères gouvernèrent l'un aprèsl'autre de château d'Eguil; mais leur existence fut d'aussi courte Têxtê durée que la saison de la rose et de la jacinthe. Us ne tardèrent p'j^' donc pas à quitter ce monde périssable, et Qàcime-big laissa en mourant deux fils nommés Dja'fer-big et Gr azanefèr-big.

DJafèr-big, tls de Qâcims-big.

II était encore en bas âge, lorsque la principauté d'Eguil lui fut confiée , après le décès de son père, en vertu d'un firman du Siilthan Sélîm-Khân. Aujourd'hui, que nous sommes en 1005 de l'hégire (1597 de J.-C), il y a déjà plus de vingt- cinq ans qu'il a été investi de cette principauté , qu'il possède encore comme auparavant.

PAiACKAPH A^ mm.

Des princes de Paloi (63).

Les princes de Palou descendaient, comme nous venons de le dire dans l'histoire de ceux d'Eguil, de l'Émir Timourtâche, fils de rÉmîr Mouhammed, fils d'Ibrahim, fils de l'Émir Boul* douq'. L'Émir Timourtâche était un prince distingué par sa munificence et son esprit , et renommé pour sa bravoure et sa valeur. On voyait dans toutes les contrées et les régions du monde des traces de sa libéralité et de son humanité, et les rayons de sa mansuétude et de sa bienfaisance brillaient parmi tous ses égaux. Il était en outre renommé dans le quart habitable du globe pour la rectitude de son esprit et la pénétration de son jugement. En un mot, depuis l'époque où son père remit aux mains de son pouvoir les rênes du gouvernement de Palou jusqu'au moment de sa mort, il traita avec la plus grande bonté les sujets, les vassaux et les habitants de cette contrée.

LorsqnMl monnit, il laissa un fils nommé ^Hamzah, qni snccéda à son père avec l'assentiment des diverses peuplades et tribus. Quand celui-ci prit également son essor vers les bosquets du paradis, il laissa quatre fils nommés: l^'Houceln; 2'' lagmoùr; S"* Aly; 4* Roustèm.

Honeeln-bl^, ÊIs de Htr 'Hamzah.

n prit les rênes du gouvernement à la place de son père, en qualité d'héritier et en vertu de ses droits. A cette époque, le désordre et Tanarchie régnaient dans le Diârbékir par suite des révolutions qu'y avait suscitées la dynastie du Mouton Blanc. 'Houceln-big marcha contre les Turkomans dans l'intention de conquérir le château i*Argny ^^jl (64), et il fut tué. Il n'avait pas encore savouré une seule gorgée de la coupe du pouvoir, ^«*^ qu'il se vit forcé d'avaler le calice de coloquinthe que lui pré- '•'^* senta l'échanson de la mort: c'est alors (seulement) que l'on songe qu'il faut se séparer de ce monde (65). Comme il n'avait poiat d'enfants m&les, l'autorité suprême passa à son neveu Djèmchid-big.

DJèmehîd-blg, Êls de Roostèm-bi^ (66).

On raconte que Djèmchtd-big était entré, dans le principe, du vivant de son père, au service de Khâled-big le Pazouky. Un jour qu'il était à la chasse, un des oiseaux (animaux jyU) de chasse de Ehàled-big s'étant mutiné, prit son essor et s'éleva au niveau de l'aigle céleste aXu ^li, de sorte que tous les spectateurs s'attendaient à ne jamais plus le voir revenir vers le centre de la terre. Pendant qu'on se livrait aux rêves les plus fantastiques, l'oiseau chasseur s'abattit du point le plus élevé de la sphère céleste vers les abîmes de la terre, et vint se poser sur la tête de Djèmchtd-big. Ehàled, et les seigneurs de sa cour considérèrent cet événement comme un pronostic des plus favorables pour lui, et se dirent: «Cet homme est destiné, dans peu

de temps, au plas grand des bonheurs (à la plus brillante fortune). Quelques jours après, l'événement vérifia la teneur du vers (67):

Tout pronostic qui semble avoir été un jeu du hasard s'est réalisé , lorsque Tastre (qui préside à nos destinées) passait (sur nos têtes)»;

car la principauté de Palou lui fut transmise par son oncle. C'était un homme qui avait vu le monde, acquis l'expérience des . affaires et senti le chaud et le froid. Il opérait des miracles semblables à celui de Moïse montrant à Pharaon sa main blanchie par la lèpre, lorsqu'il s'agissait de traiter les affaires, de mener les négociations à bonne fin et de résoudre le nœud des plus grandes difficultés. Quand les émirs et les princes du Eourdistân se soumirent à la Porte du Sulthan Sélim-Khân, Djèmchld-big passa, de même qu'eux, dans son oreille l'anneau de la soumission, et jeta sur son dos la housse de l'obéissance. Grâce à Tassistanc^e et à l'appui de ce monarque, il rentra en possession i»«'»«*. et se rendit maître, par la force de son bras et à la suite de fré-

quents et valeureux combats dignes de Roustèm, de ses états > héréditaires, qu'il arracha" des mains usurpatrices des Q'izilbâches, qui avaient confié au zèle du Turkoman 'Arab-châh-big la police, la conservation, la garde de la défense de la principauté de Palou (68). Nous ferons remarquer, comme un fait merveilleux, que Vesclave mamelouk (le serf) de Djèmchld-big reçut dans ces combats d'un des soldats turkomans un coup de cimeterre sur la tète, qui lui enleva la moitié du crâne et laissa le cerveau à découvert. Les chirurgiens découpèrent un morceau de citrouille séchée, qu'ils appliquèrent sur la partie enlevée du crâne et la chair ainsi que la peau le recouvrirent si bien que cet esclave vécut encore plusieurs années; on va même jusqu'à dire qu'il procréa encore plusieurs enfants. Nous avons cité ce fait, quoiqu'il ne se rattache pas à notre sujet et n'ait aucune liaison avec notre narration; mais les maîtres les plus habiles dans cet art bienfaisant et salutaire se font eux-mêmes un de^

voir de décrire avec leur plume qui retrace de vrais prodiges, tous les cas extraordinaires qui se présentent.

Bref, dès que Djèmcbîd eut ressaisi d'une main habile les rênes du gouvernement de Palou, il s'appliqua à se concilier, par sa bonne administration, l'esprit de Témir et du vézir de la dynastie Othomane, de sorte qu'il sut gagner à la fois les coeurs des grands dignitaires de l'empire et des principaux seigneurs de la cour. Les puissants monarques et les souverains pleins de justice de cette auguste maison lui témoignèrent, en conséquence, la plus entière confiance, un attachement et un dévouement absolus, ainsi qu'une ineffable assurance. Toutes les fois donc que le Sulthan Souleïmân Khân, ce valeureux champion de l'islamisme (^jli:), passa par le Eourdistân pour aller faire la conquête de l'iïân, et chercha dans cette province un émir et un prince qui fût digne d'être consulté et mandé à la cour du Sulthan, le sort de la capacité et du mérite tomba sur Djèmchid-big. (69).

(Vers.) Ce que tu as approuvé est opportun, car tu tiens lien de coeur à l'esprit et tu es l'oeil du jugement. Semblable à la coquille perlière , tu gardes le silence et ton génie est plein de subtilité. Tu n'es que test à l'extérieur, et ton intérieur regorge de perles.

D'est pourquoi il accompagna, à plusieurs reprises, le sul-p^rw», than dans ses campagnes dé Perse, de même que la victoire et'** le succès, et lui servit chaque fois de conseiller. La plupart des opinions qu'il émettait sur toutes sortes de matières et qui parvenaient aux oreilles du monarque, obtenaient l'approbation et l'agrément de sa Hautesse, qui ne repoussa jamais d'une main dédaigneuse ses suppliques ni ses requêtes. Il n'avait effectivement pas son second en fait d'oeuvres et de fondations pieuses, ou lorsqu'il s'agissait d'administration temporelle et* de protection à accorder à ses sujets, ni en fait de jugement, de sagacité, d'intelligence et de perspicacité.

On raconte, entre autres, qu'il envoyait, chaque année, vendre

Texte

à 'Haleb trois mille cabris de trois ans provenant de ses troupeaux et le même nombre ,;^^a;^I de trois mille (70) fers pour les chevaux et les mulets, qui équivalaient à -peu -près à quarante charges jl^^ de chameaux, il faisait attacher chaque fer(?) au cou d'un câbri et l'envoyait à 'Haleb pour le vendre. Il possédait environ dix mille moutons destinés à la reproduction (béliers) (71): on peut juger par là du nombre de ses boeufs de labour (72) et de ses autres bestiaux. Il n'y avait, à cette époque,

aucun prince du Kourdistan qui jouît de la même aisance Cas«» ni de la mémo fortune. II avait fait construire à Palou un château fort et un collège (mèdreceh), et il amena de très-loin l'eau d'une source jusqu'à proximité du château et de la bourgade. Il fit bâtir dans un lieu nommé Démoûr-qapou (Porte de fer) une hôtellerie publique ILj extrêmement vaste et spacieuse, où les allants et venants sont logés gratuitement en hiver et en été.

Son existence se «prolongea jusqu'au delà de cent ans , et atteignit l'extrême limite fixée par la nature. Il gouverna, pendant soixante ans , la principauté de Palou avec une autorité absolue et obtint du Sulthan Souleïmân Khân, le .valeureux champion de l'islamisme, un brevet (bérât 0[/j) impérial d'investi-

^ ture, à titre d'apanage héréditaire CSXJL jjb, tant pour lui que pour ses descendants, de siècle en siècle et d'une génération à l'autre, frappant d'anathème (quiconque les en déposséderait) (73). Il déclara, de son vivant, son fils 'Houceln-djanbig son héritier présomptif, et passa de ce palais qui nous sert d'hôtellerie et de ce séjour de peines et de tribulations dans la maison du repos et la demeure de la tranquillité étemelle.

TBxtt (Vers.) (74). Au bout de quelques jours, ce monde sem- F. m. blable à un palais à deux portes, devient chaque foi^ la demeure d'un nouveau maître. Cet antique édifice n'est autre chose qu'une hôtellerie; l'homme sage n'attache jamais son coeur à un séjour passager. Ce monde inconstant et perfide a coutume de nous offrir d'abord le miel et plus tard le poison.

Ce prince laissa en mourant cinq fils nommés: 'Houceln-djânbig, *Haçane-big/Hamzah, Timoùr-tàche et Dcwlèt-chah. De ce ^ nombre, 'Houcelii-djân-big et 'Haçane-big eurent Thonnenr de régner, et nous raconterons plus loin les événements de leur règne. Quant à son 3* fils 'Hamzah-big, voici les détails qui nous sont parvenus sur son compte.

Le poste de moutéferriq ah ou fourrier du palais impérial (75) lui fut d'abord conféré avec un eîdmèt (bénéfice militaire) de quarante mille aspres; mais il fut plus tard congédié et privé de ses droits de naissance (76) par suite de quelques procédés inconvenants dont il s'était rendu coupable envers son père. Il avait laissé en mourant un fils nommé Roustèm-bîg, à qui le Serdàr Mouszthafa-Pacha conféra la principauté de Palou à condition qu'il accompagnerait le vézir 'Otzmân Pacba (77) chargé de la défense du Chirwân. Il fut tué à la bataille de Chamâkhy par le Qf izilbâche Aras-Khân. •

Son quatrième fils nommé Timoûr- tâche était, du vivant de son père, titulaire du Sandjâq' de Kherhourd (78), une des dépendances (Jl^f ou agences fiscales) du Diârbékir; mais il ne tarda pas de déployer l'étendard du gouvernement «I^^ pour se diriger vers l'autre monde, et battit le tambour du départ laissant ici bas deux fils nommés JUahWerdy {Dieu donné) et AsJsU.

Son cinquième fils appelé Dewlèt-Ch&h possédait, du vivant de son père, un grand fief militaire de quarante mille aspres en qualité de motdéferriq ah du sulthan; mais il mourut à la même époque, et laissa deux fils nommés louçouf et Â^hmed.

'Honeeln-iUân big, fils de DJèmchid-big.

Son père, comme il a été dit précédemment, avait résigné, ^^^^ de son vivant, sa principauté en sa faveur, et il obtint, à cet'*'^effet, un diplôme impérial d'investiture de la part du Sulthan Soulelm&n-Ehân. H devint dont prince absolu de Palou après

le décès de son père , et fit résonner aux oreilles des peuplades lointaines et des plus rapprochées ces paroles (sacrées): a Ce sera moi, et nul autre que moi» (79). H déploya le tapis de la justice et brilla par le zèle avec lequel il protégea ses sujets, de sorte qu'il se concilia également Taffection des grands et des petits de ce paj^s, et répandit au loin , comme à proximité la renommée de son amour pour les personnes de sa connaissance et pour les étrangers. Les accords mélodieux du psaltérion Oy^ de la justice et de Torgue (jy^J ^^ l'amitié qu'il sut toucher avec habileté portèrent au-delà de la sphère céleste l'écho harmonieux de sa bonne réputation. Il fut, de même- que son père, le coryphée des mortels les plus distingués par leur générosité et leur mérite, et devint, en conséquence, l'homme le plus influent (80) du Kourdistân et même de l'Iraq' et du 'Hédjàz: ses qualités louables le firent remarquer parmi ses égaux et ses pareil. Après s'être voué, pendant quelque temps, à des oeuvres de bienfaisance dans sa principauté, au sein du plaisir et de la tranquillité, il vit arriver le terme de sa carrière, et se dirigea vers les jardins du Paradis, laissant après lui un fils visionnaire ^) appelé Ma'hmoûd. Gomme celui-ci était inepte à régner et incapable de gouverner, la principauté fut dévolue à son frère *Haçane-big avec l'assentiment unanime de tous les chefs des diverses peuplades et tribus.

'Haçane-bi?. fils de DJèmchid-bi^.

n prit après le décès de son frère 'Houceïn-djân-big, les l-ênes du gouvernement de la principauté de Palou en vertu des firmans du Sulthan Mourad-Ehân et avec l'assentiment unanime des tribus et des notables de son pays. Lorsqu'il l'eut gouverné pendant trois ans à la commune satisfaction des habitants et de la population de cette contrée, il fut admis en 986 (A^D. 1378)

1) L'adjectif verbal arabe s^jj-^ (altéré) s'emploie dans le sens de mystique^

comme nous l'apprend M. le Bar. Silv. de Sacy dans son édition do Pènd-nâmeh p. 172.

dans le sein de la miséricorde divine à Tépoque du retour du Serdâr Q'ara Mouszthafa-pacha de son expédition dans le Chirw&n: il laissa après lui deux fils nommés Souleïmân-big et Mouzaflfer-big.

Sonlrïinân-bi?, flls de Haçane-bi?.

Le gouvernement de Vlîâlèt de Palou fut confié à Souleïmân- pîïïîi, big après la mort de son père 'Haçane-big de la part du Serdâr ''* ' Mouszthafa-pacha, mais il fut accordé, sous certaines conditions, par la porte de félicité du Sulthan Mourad Khân à louçouf-big, fils de Dewièt-chah-big, fils de Djèmchîd, grâce à la protection et à l'appui du grand vézîr Mouhammed Pacha (81).

Le feu de la discorde et les brandons de la guerre civile ne cessèrent d'être attisés, pendant plusieurs années consécutives par ces deux prétendants à la principauté de Palou. II périt de part et d'autre un grand nombre de victimes; mais les habitants de Palou embrassèrent, chaque fois, le parti de Soulelmân-big, et ils ne permirent jamais à louçouf-big de s'ingérer de la principauté, quoique ce fût un jeune prince orné du joyau de l'intelligence, de la sagacité et de la générosité et paré du manteau do jugement et de la perspicacité, auquel se joignait l'ornement de la capacité, de la modestie, du savoir, de la chasteté et de la libéralité. Ses valeureux exploits jouissaient dans le monde de la même célébrité que ceux de Roustèm; et les rayons de son habileté et de sa munificence brillaient aux yeux de tous comme ceUes de 'Hâtim-Thayï (82).

(Vers.) C'est à l'ignorance que l'aveugle fortune abandonne les rênes de ses désirs: tu es un homme de savoir et de mérite; ce tort te suffit à ses yeux.

A force de frapper à la porte d'une multitude d'hommes vils et sans honneur et de fréquenter la société d'une foule de la* dres dénués de générosité , dans l'espoir de récupérer sa principauté, son âme fut prête à s'échapper de ses lèvres, et il passa,

avec mille soucis et regrets, de ce monde inhumain dans. la démeure du repos (étemel).

Après lui, la principauté de Palou fut octroyée à son frère A'hmed-big, à qui l'on imposa quelques conditions. Il eut, à son tour, de longs débats et de fréquentes luttes à soutenir avec Soulelmàn-big, et il périt une grande partie des peuplades et des tribus de Palou par suite de Tamitié qu'elle avaient vouée à Tune ou à l'autre des deux parties; mais A'hmed-big se vit abandonné par la fortune et délaissé par le bonheur, qui ne secondèrent pas ses nombreux et louables efforts (83).

(Vers.) C'est à la fortune, et non à la prudence qui nous jMTtail, guide à décider à qui appartiendra, dans ce monde, le capital '* de la félicité. L'infortune terrasse l'homme dans la poussière: quelle crainte peuvent avoir ici bas les favoris de la fortune? L'empire secondé par le bonheur n'est pas une chose illusoire et chimérique: ce n'est pas pour se jouer de Thomme que la fortune lui sourit:

Voyant que la fortune le trahissait et que le bonheur l'abandonnait, il prit enfin le parti de se rendre à Gonstantinople en 1 00 1 (A. D. 1593) pour y implorer la bienveillance du monarque et la commisération du sulthan; mais il ne tarda pas d'y succomber à la peste au bout de quelques jours, et la principauté de Palou tomba, sans obstacle et sans opposition, entre les mains de Soulelmàn-big.

Tixiê

PARACUPIE <u»i TKIISitHE.

Des Émîrs de DJermook (81).

La plume de la narration a exposé plus haut que l'Ëmtr Mou hammed alloua le château fort de Bâgtne à son fils l'Êmtr Timourt&che, et celui de Berdindj (ou Berdinid^) à l'Émîr'Houceln, qui, suivant les uns, était un de ses cousins, et qui, d'après une autre version, était son fils.

Quoiqu'il en soit, lorsque Mîr 'Houcein eut consacré quelque temps à la garde et à la défense du château , il vint à mourir,

et son frère VÉmir Self-ouddin lui succéda. Quand il eut passé, à son tour dans le monde de Téternité, son successeur légitime Chah louçouf se voua aux affaires de la principauté ; et aussitôt qu'il eut plié le bagage de l'existence pour quitter ce monde semblable à une masure délabrée.

Son fils nommé Woulàt- i^j (?) btff occupa sa place sur le trône de la principauté. Après son décès Chah ^Aly-htg fut investi du commandement des diverses peuplades et tribus. Il parcourut également ce désert sans bornes; et Es/èndiâ/r-'hig se chargea après lui de ce poste important. Après sa mort les rênes du gouvernement passèrent entre les mains habiles de BaXèndou/r-hiff\ et lorsqu'il eut quitté ce séjour éphémère pour se rendre dans la demeure de l'éternité, ce fut Mouhammed^ hig qui fut chargé de mettre en ordre et de faire prospérer les affaires de la principauté. Il arracha des mains usurpatrices des Q'izilbâches le canton de Ljernumk dont ils avaient pris posses- têxh

persan,

sion; et il le posséda personnellement au même titre que sesp-^^'pères et ses aïeux. A l'époque de la conquête de Diârbekr (85), il obtint du Sulthan Sélîm T' un diplôme d'investiture ^bSj^^ qui fut confirmé par le Sùlthan Souleîman-Khân, zélé champion de l'islamisme (86); et depuis cette époque, Djermouk fut rangé au nombre des annexes de leur patrimoine jL^I héréditaire; mais la capitation (Kharâdjy des infidèles (87) de ces contrées dépend du divan du Diârbekr et elle est versée annuellement dans le trésor d'Amid. Le gouvernement et l'administration de la principauté de Djermouk sont encore, en ce moment, entre les mains de Mou hammed-big.

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