Chapitre troisième
Bes princes de Szaszoûn (88) connus pins tard sons le nom
de princes de 'Hazzon on 'Hzon.
Les savants qui arborent le drapeau de l'érudition et déploient les enseignes de l'éloquence sauront que la généalogie
des princes de Szaszoûn remonte anx souverains de la dynastie des Khosroès. D'après une tradition authentique ^ts*^ ils sont
cousins des princes de Bidlîs, et ont eu pour auteurs deux frères nommés' lais-uddîn et Zio,-ùddin^ qui vinrent d'Akhlâth, capitale de TArménie, à Bidiis. Le château fort.de Szaszoûn ayant été enlevé à un personnage géorgien nommé Tavite (David) fut donné à 'Izz-uddin, comme nous l'exposerons d'une^ manière circonstanciée dans l'histoire des princes de Bidiis. La nation kourde donne à 'Izz-u ddîn le nom de 'Izùîn ^^jjc {A. Q'irzin ^jjê) (89) et les princes de ce lieu sont connus sous celui de ^ijjc'Izizâny {A, P, ffirzâny ^j'j^, peut-être ^\jj^' ArzU ràny pour Ardzrouny) (90): ils sont arrivés de la grande tribu Roujéguy dans cette contrée, à l'époque de la conquête du châ- . teau fort de Szaszoûn.
Les peuplades aborigènes de ce pays se réduisent à quatre tribus {qàbUeh) nommés: 1* Chiréwy (91); 2** Bàlxmcy; 3*" Sout çâny et 4"" Thamouqy ou Thumoûqy. Mais dans le temps où les princes susmentionnés incorporèrent le canton d!*Arzèn (92) ^à leurs domaines héréditaires, ils soumirent à leur domination une partie des peuplades de 'Haçane Ktlf iS^SL^ qui habitaient ce canton, telles que les grandes tribus nommées KMUdy^ Dîrmégary ^J-»^^> {9i),'Izîzûn (A. (j\ JjJc' AMzân] 0. R. o'-rf> O'irirân^ peut-être ùl/fj-^ 'Arzirân pour Ardzroûn) etc., qu'ils subordonnèrent à leurs peuplades (goûms). ^^•^ Les princes de Szaszoûn sont renommés parmi ceux du f. 192. Kourdistân pour leur munificence, leur bravoure, leur valeur et leur magnanimité: ils l'emportent sur leurs égaux et letirs pareils dans les combats et sur les champs de carnage, et ils ont toujours suivi la voie de la conciliation et d*une adroite politique à l'égard des princes et des souverains les plus illustres. Aux différentes époques, entre autres où les sulthans de la dynastie du Mouton Blanc et les monarques Q'izilbâches et Othomans se montrèrent hostiles au Kourdistân, les princes de Szaszoûn portèrent la main sur le cable inébranlable de la conciliation, et
parvinrent à préserver leur principauté de l'agression formidable de ces glorieux sulthans et de ces grands potentats (Khaqâns): ûs furent même comblés de toutes sortes d'égards et honorés de toute espèce de témoignages de leun bienveillante protection.
Le premier de ces princes dont le nom et la politique ont passé de bouche en bouche fut VÉmîr Ahou-bekr, qui eut deux fils doués d'un bon naturel nommés Khizr-big et 'Aly-big.
Khm-hig, fils de Mir Ahou-bekr, succéda à son père après le décès de ce dernier; mais il ne gouverna pas longtemps, et il ne tarda pas à tourner la bride du départ vers le monde de l'éternité. Comme il n'avait point d'enfants mâles, la principauté passa à son frère * Aly-big.
'Ali-hig,fils de Mir Aboubekr, monta, après le décès de
son frère , sur le trône de son auguste aïeul ji» (?) du commun accord des peuplades et tribus soumises à son autorité. Il passait ton temps, soir et matin et m'éme saiis discontinuer, à boire et à savourer le vin avec de jeunes commensaux au teint de roses: tous ses instants étaient sacrifiés au jeu, à la plaisanterie, aux plaisirs et à l'allégresse. Les sons harmonieux de la harpe (ou de la guitare stL^) et de ^la viole <^Li joints aux accents plaintifs de la flûte et au bruissement du kébâb (des brochettes) enlevaient (94) du coeur -des jeunes gens et des vieillards la rouille du chagrin et des soucis qui Iç ternissait. Lorsque les émirs et les princes dû Kourdistân s'empressèrent d'aller faire leur cour au Chah Isma'ïl le Szèfide (95), ce souverain fit prisonniers la plupart de ces émîrs et s'empara de leurs états. ?>*"
* * * persan;
'Aly-big, s'étant couvert, dans cette circonstance, du manteau ^- ^^*de l'adresse il^L et d'une politique conciliante, parvint, par ses bons procédés et-son habile conduite, à gagner l'esprit du chah, qui l'admit, nuit et jour, dans sa société particulière et ses cercles intimes. H passait tout son temps à boire du vin avec les lieutenants du chah, et témoigna à Chèref-big, prince de
Bîdlîs, tant d'attachement et de dévouement que celui-ci lui accorda sa fille en mariage. Il remplit, à son égard, tous les devoirs >de la piété filiale, et ils s'étaient voué l'un à l'autre l'amitié la plus parfaite et la plus sincère. 'Aly-big, ayant enfin atteint le terme de sa carrière, prit congé de ce monde périssable, et laissa trois fils: Mouhammed-big, Khizr-big et Châhwély-big.
Khlzr-bis, fils de Aly-big.
*Aly-big étant mort à Tèbriz, ot il était allé faire sa cour au Chah Isma'ïl, et son fils aîné Mouhammed-big l'y ayant accompagné (96), les grandes tribus et les peuplades (goums) conférèrent, d'un commun accord, entre elles, la principauté à Khizr-big, tandis que le Chah Ismaïl confia, de son côté, le titre d^émîr de Szaszoun à Mouhammed-big, au nom duquel fut expédié le diplôme d'investiture. Nous raconterons plus bas les événements ultérieurement arrivés à ces deux frères. Quant à Châh-v^ély-big, troisième fils de 'Aly-big, il mourut, du vivant de son père, à la fleur de l'âge et au printemps de sa vie. Son ûh IMdîne (97) existe encore de nos jours.
Hou'hamined-bi^, fils de 'Aly-big de Szaszonn (97%
Lorsque son frère Khizr-big devint prince de Szaszoun après la mort de son père, grâce au secours et à l'assistance des grandes et des petites tribus {qabUeh) de ces parages, Mou- 'hammed-big se vit forcé de se rendre, avec un petit nombre de ses adhérents, à la cour du Sulthan Sélîm-Khân. A l'époque du départ de ce monarque pour la conquête de l'Egypte (97*"), il accompagna, de concert avec le triomphe et la victoire, le glorieux étrier de sa Hautesse, et donna de nombreuses preuves de sa valeur dans la bataille qui fut livrée aux Tcherkès (Mamelouks circassiens) , si bien que l'on trouva, le jour même de la défaite de ces derniers, Mouhammed-big blessé au milieu des
tués où il était resté, pendant deux jonrs, évanoui, mort et inanimé. Les vézîi-s et les officiers généraux exposèrent le fait ^* au sulthan,'qtti chargea d'habiles chirurgiens de bander ses^'^^' plaies et de le panser, et qui donna en outre au trésor impérial Tordre de pourvoir à tous ses besoins. Les illustres vézirs, pleins d'attentions pour le blessé, s'informèrent de ses moindres désirs (98) afin de les réaliser. Il demanda l'Mlèt de Szaszoun, y compris le. canton d'Ârzèn, pour lequel il y avait des discussions et des différends entre lai et les princes de 'Haçane Kelf ('Hiszn-Keïf). Les vézîrs honorèrent ses réclamations d'un accueil favorable ; et il émana , dans ce sens , un firman de sa Hautesse. Khizr-big, ayant bénévolement résigné la principauté de Szaszoun, on lui assigna sur la province de 'Hazzou ('Hzou) une pension, dont il jouit fort longtemps.
Il laissa en mourant quatre fils nommés Soulthân Ma'hmoûd, A'hmed, la'qoûb et Mouhammed. Le premier passa dans la vie future, lorsqu'il eut atteint le terme fixé par la divine Providence; laq'oub-big fut tué en 992 (A. D. 1584^ dans la campagne de Géorgie, à son retour par le défilé de ThQumûnis (99), lorsque Mouhammed Pacha, Béglerbéguy d'Amid eut été battu à Kiliçal Moukhràn (l'église de Moukhràn) faisant partie de la juridiction de Tifiis, par les troupes combinées des Q'izilbâches et du prioce géorgien Sima oûn (Siméon) (100). Nous donnerons quelques détails sur A'hmed-big et Mouhammed-big dans le cours des événements ultérieurs. Pour en revenir à notre sujet, nous dirons ici que Mouhammed-big devint Wâly ^\j et prince J^L absolu de Szaszoun. Mais Mélik Khalîl, prince de Haçane
Keïf ('Hiszn-Keïf), hésita à lui remettre le canton d'Erzèn, dont il fit restaurer le château, où il mit une garnison composée de ses propres troupes; et il fit tous ses efforts pour le garder et , le défendre contre son compétiteur.
Mouhammed-big, secondé par le secours et l'assistance de tbxu
, persan,
Chèref-Ehftn, prince de Bidlîs, et de Chah Aly-big, Wâly de l&p'ia. prorince de Djézireh, mena enfin des troupes de ce côté-là, et
détruisit le château d'Ërzèn: il enleva ce canton aux officiers de Mélik Khalil, et en prit lui-même posse8sion.(101).
Lorsqu'il y eut gouverné pendant sept ans, il prit congé de ce monde éphémère pour passer dans la vie future, et laissa après lui six fils, savoir: Souleîmân-big, Bèha-uddîn-big, Szaroa Khân-big, Khân Boudâq', 'Houceïn-big et'Aly-big (102), dont trois régnèrent successivement, l'un après l'autre.
'Houceïn-big avait laissé, à son décès, un fils nommé 'Haçanebig. A l'époque où la principauté fut dévolue à Mou hammedbig, fils de Szarou-Khân-big, après que son père eut été tué, 'Haçane-big postula également le poste d'émir, et commença, en conséquence, à s'insurger contre Mou hammed-big.
Avec l'assistance et l'appui du général en chef Ferhâd Pacha (103), on parvint à s'emparer de la personne de 'Haçane-big, qui fut livré à Mou hammed-big, et mis à mort avec ses trois fils. Boudâq'-big avait laissé en mourant un fils nommé Mourad Khân, qui disparut dans la campagne de. Géorgie, et dont il resta deux fils appelés Béha-u ddin et Boudâq\ Son fils 'Aly-big décéda sans postérité du vivant même de son père.
Soulelmân-big, iils de Hou'hainmed-big, fils de 'Aly-big,
Après la mort de son père, la principauté de Szaszoun lui fut confiée dans le courant de l'année 937 (A. D. 1530), en vertu d'un: auguste diplôme du Sulthan Souleïmân Khân et le canton d'Erzèn fut accordé, à titre de ztâmètj à son frère Bèhau ddin -big. Souleïmân-big était un homme qui joignait les vues les pins nobles à la majesté des monarques et qui était à la fois doué d'un esprit élevé et d'une grande dignité. Il avait reçu en partage une extrême générosité et la plus brillante valeur.
''^'^ A l'époque oii le Sulthan Souleïmân Khân franchit le défilé
^•^^ (le pas) de Kifèndur (104) après la conquête de Bagdad et de
Bidlis, vint dresser 4lans la plaine (stèpe) d'Arzèn ses glorieux
pavillons et sa tente royale qui se perdait dans les nues, la
crainte qu'inspirait ce monarque fit trembler la terre et le monde entier; l'alarme et la consternation ébranlèrent à la fois les montagnes et la voûte céleste. Soulelmàn-big l'attendit de pied ferme, et resta inébranlable comme une montagne de fer à Szaszoun, d'où il envoya des provisions et des vivres à la cour du Sulthan Soùleïmân Khân , dont la gloire ne le cédait pas à celle d'Alexandre, et dont la dignité égalait celle tie Salomon; mais il ne brigua pas l'honneur de baiser le seuil de félicité, et empêcha même Chèms-uddîn-big de se rendre à Malathia. C'était un homme qui consacrait ses matinées et ses soirées, même tous les instants de la journée à savourer les doux fumets du vin et à boire à longs traits cette liqueur au teint vermeil, dans la société de jeunes mignons, dont la taille était svelte et élancée comme le cyprès, et de charmantes beautés dont la joue avait le- brillant éclat de la tulipe. Il ne cessa pas un seul moment de se livrer avec délice à la boisson et de prêter l'oreille aux accents mélodieux de la harpe (ou de la guitare «iLu) et de la viole. C'est ainsi qu'il passa, dans ce monde éphémère, sa ' vie tout entière au sein des plaisirs et de la volupté, jusqu'à ce qu'il succomba au mal vénérien, et prit congé de ce monde à deux faces pour passer dans la vie future (104').
(Vers.) Qu'est devenu hélas! Djèmchid et sa coupe (enchantée?^). Quelâ ont été son début et la fin? Nul n'a vécu jusqu'à la consommation des siècles , car l'éternité est le partage exclusif du maître du monde.
Ce prince n'eut point d'enfants mâles qui lui survécurent (105).
Bèka-n'ddtn-big, iils de Hou'hamined-bi?, Êls 'Aly-bis.
n s'assit sur le trêne de la principauté de Szaszoun à la place de son frère Souleïmân-big après son décès, en vertu d'un généreux diplôme et d'un firman du Sulthan Soulelmân Ehftn,
\) Voyez XRigiwrt de Perse de Sir John Malcolm, T. 1. p. 24, note 1.
auquel il était nécessaire d'obéir. Ce fut de son temps que Ton inséra dans les décrets et les firmans le nom de la principauté et les titres honorifiques du prince régnant: on les qualifia, en
conséquence , de prince de Hazzou (ou Hzou ^ j» J^)- Bèha-
uddin-big était un écervelé ^jI^aSI^^ ^/*, qui avait les manières des Abdâls (moines fanatiques et exaltés). II n'existait, de son temps , aucun prince du Kourdistân , dont la bravoure et la gér néroské fussent égales à la sienne. Il donna, à plusieurs reprises , les preuves les plus louables de son dévouement au ser- ^*'« vice du monarque. Son frère Soulelman-big ne lui ayant point ''• ^*^' permis , sous son. règne, de s'immiscer dans l'administration du grand fief militaire d'£rzèn, et lui ayant assigné, à titre de com-
pensation, une somme de 100,000 aspre otbomans à prélever sur les revenus des autres localités dépendantes de 'Hazzou ('Hzou), Bèha-uddîn-big renonça à ses amis et à sa patrie, et suivit, pendant quinze années consécutives, tantôt à pied, tantôt à cheval, l'étrier victorieux, du Sulthan Souleïmân dans ses parties de chasse, tant à Constantinople qu'à Andrinople. Le Sulthan Sou1eïmâ.n Khân l'ayant surnommé Dettu Bèha-uddin (le Fou), lui donna continuellement des marques du vif intérêt qu'il lui portait, en le comblant de ses augustes bienfaits. Il fut plusieurs fois Mir-i-livay et administra (en cette qualité) le Sandjaq' . de SiwéreT^ (106) etc. Mais sa libéralité passait tellement les bornes de la modération, que, si on lui offrait une fourmi, il donnait en échange un éléphant, et si on lui apportait un chat, ou recevait de lui un chameau. C'est pour cette raison que tous les mendiants du monde et les descendants d'Adam les plus cupides vinrent fondre sur lui et l'obséder à un tel point, que, malgré ses revenus qui se montaient au moins à 60 ou 70,000 ducats (Floury) provenant de la principauté cS^j de 'Hazzou (ou 'Hzou), il en empruntait encore vingt mille autres, qu'il distribuait aux pauvres et aux indigents; ce qui lui causait la plus vive satisfaction. U laissa, après sa mort, un passif insol-
vable de 30,000 dacats (107) sans s'inquiéter du précepte des
sages, qui ont dit: (108).
(Vers.) Imite le lion et le tigre vSLJL, nourris et couvre -toi de ce que tu pourras journellement te procurer.
Il avait cinq fils ; mais , comme ils étaient obérés et pauvres, et comme ils n'avaient point de capacité naturelle, la principauté ^ de 'Hazzou (ou 'Hzou) (109), qui, pendant quelques jours, avait été dévolue à son fils Souleïmân-big, passa à son frère Szarou- Khân. La durée de son règne fut de plus de trente ans ; ses fils ne laissèrent point d'enfants mâles.
Szarou-KhAQ-big, Ils de Mou'hammed-big.
n quitta le pays de 'Hazzou (*Hzou) sous le règne de Bèha-^^^ uddîn-big et vécut dans la pauvreté sur une terre étrangère. H '•'**• posséda, pendant quelque temps le Sandjâq* de Barkiry (110), de Chîréwy, de Kiçân, de Mouche et de Siwérek, qui lui fut conféré par le divan impérial, et passait tout son temps à se promener et à voyager (111): c'est ainsi que s'écoulèrent dixhuit années de sa vie. A la mort de Bèfia-u ddîn-big, il se rendit à la porte du Sulthan Sélhn-Khân II pour y postuler sa principauté avec la protection et l'appui du vézîr Mouhammed- Pacha, qui repose aujourd'hui à proximité du Roi des rois et qui (comme nous pouvons le dire sans être entaché d'exagération, ni taxé d'adulation) s'appliquait, de tout son pouvoir à mener à bonne fin les affaires des grands et du vulgaire à l'aide de son jugement droit et de ses profondes méditations , considérant sans cesse comme un devoir des plus sacrés pour son noble génie de protéger les anciennes familles et de choyer les hommes qui se distinguaient par la simplicité du coeur (112).
(Vers.) Mille actions de grâces soient rendues à un tel vézir, qui ne cherche qu'à se faire aimer itu lieu d'assouvir sa vengeance.
Ce ministre avait appris par la voix publique que Bèhauddin avait coutume de dire de son vivant: «Mes fils ne sont
pas dignes de régner ni capables d^adnynistrer la principauté». Quoique ^Haçane Pacha, i'iUustre fils (113) de ce vézir défunt, qui était Beglerbéguy de Diàrbékir (114) eût demandé à son père la principauté de 'Hazzou ("Hzou) pour Soulelmàn-big, fils aîné de Bèha-uddin*big, ce sage ministre n'agréa point sa demande, et accorda cette principauté à Szarou-Khàn-big, qu'il distingua d'entre ses égaux, en le comblant de témoignages de faveur de la part du monarque, et l'envoya à 'Hazzou f Hzou). Celui-ci donna également aux notables et aux grands de ce pays des preuves de sa justice et de son équité. Après avoir gouverné sa principauté pendant cinq ans , il fut atteint de plusieurs maladies chroniques, qui se joignirent à son mal primitif causé par
^JIJ^ sa passion dominante pour l'opium auquel il avait habitué son
''• ^*** tempérament par suite d'un long usage.
L'armée victorieuse du sulthan (115), commandée par le Serdâr Mouszthafa Pacha, reçut, sur ces entrefaites, l'ordre de faire la conquête de la Géorgie et du Chirwân. Szarou-Kbânbig formait avec les troupes du Diàrbékir et du Kourdistàn l!avant garde (116) de l'armée musulmane à Tchildir^ une des agences fiscales jUc) de la Géorgie (117), lorsqu'un corps de troupes Qfizilbâches vint, au coucher du soleil, l'attaquer à l'improviste. L'astre qui éclairait la sphère de son existence parvint aussitôt de l'horizon du déclin au crépuscule du soir de son éclipse, et le sommeil de la mort s'étant emparé de lui, en s'élançant de l'embuscade du trépas, l'accabla de ses perfides étreintes. Son fils nommé Mou hammed-big, qui l'accompagnait à cette bataille, ne parvint qu'avec mille peines à tirer son âme de ce gouffre altéré de sang et de cette mer orageuse sur la rive du salut.
Après avoir rendu les derniers devoirs et payé le tribut de ses larmes à son malheureux père , il lui succéda. Quant à son autre fils 'Aly-big, il n'avait pas encore atteint l'âge de puberté, lorsqu'il passa dans la vie future.
Moo'hammed-bi?, Ils de Szaroa-Khân-big.
Après que son père eut été tué, il fut investi de la principauté, à rage de dix-huit ans, dans le courant de l'année 986 de rhégire (1578 de J.-C), grâce à la protection du Serdâr Mpuszthafa Pacha. La garde et la conservation de l'armée ainsi, que la discipline et le maintien des troupes (jy^ lui furent définitivement confiées (118). C'était effectivement un jeune homme doué des qualités les plus louables, d'un physique agréable, d'une conduite irréprochable et de moeurs pures. Il prit à tâche, contrairement à l'usage de ses pères et de
ses aïeux, d'imiter et d'aquérir les talents (v'^' o^ ^^ bon ton) qui distinguent les habitants du pays de Roûm (de l'Asie mineure): c'est vers ce but que furent dirigées tontes ses actions et sa conduite. Devenu grand, il prit du goût pour la lecture et l'écriture: bref, il parvint à combiner et à former avec l'encre ^i^ persane les caractères d'écriture nommés Chïkesïéh (brisés) (119). Il se plaisait parfois à imiter, avec des ciseaux, les fragments (modèles) d'écritures des grands maîtres, et les découpait avec la plus grande élégance (120). Ce fut celui de tons les arts dans lequel il s'exerça la plus; et quoiqu'il fût désireux d'acquérir tous les autres talents, il ne put y parvenir. A l'exemple des habitants du pays de Roûm (ou des Turks Othomans O^^j) îl ^^* leva à tous ses émules la palme de la supériorité en fait de goût pour les vêtements de diverses couleurs, de raffinement dans sa Texu
pertau,
nourriture et de passion pour les liqueurs. If entreprit en 1001 '•^^^• (A.D. 1 593), avec ferveur et componction, le voyage du 'Hedjâz, oii il se rendit dans l'intention de faire le tour de la maison sacrée et de visiter le tombeau du Prophète. Après avoir gravi les montagnes et après s'être enfoncé dans les sables (du désert) il parvint enfin au temple sacré de la Mekke et à la Kacibak vénérée, qui est le rendez -vous (lieu de. rassemblement) des pieux mortels, que le commerce et le négoce ne sauraient distraire du souveiûr de Dieu (121). Il y prit le froc du pèlerinage
pour se conformer au précepte: «Tourne ta face vers la mosquée sacrée (122); et il fut admis au rang de ceUx dont il est dit: «Quiconque y aura pénétré, sera en sûreté» (123). Après avoir joint. les prémisses conçues en ces termes (124): «Dieu impose aux hommes le pèlerinage à son temple, lorsque leurs moyens leur permettent de faire ce voyage», à la conclusion suivante: «Dès que vous aurez accompli vos rites sacrés, rendez-en grâces à Dieu» (125), il se plongea dans le vaste océan (126) désigné par ces paroles: «Us reviendront tous à nous, car c'est la grâce par excellence» (127). Mais il ne s'occupait guère des affaires de la principauté, de la police, du système de gouvernement ni de l'administration, car il avait abandonné aux mains habiles de Chèms-u ddin, fils de Féridoûn aga, le pouvoir de lier et de dénouer, de serrer et de relâcher pour toute la principauté de 'Hazzou ('Hzou). Celui-ci, par son énergie, avait même tellement concentré dans son vigoureux poignet toutes les affaires de cette principauté et la police, de l'état que le prince ne pouvait, sans son avis et son assentiment, disposer d'un seul dinar ni d'un seul menn (mina) (128); il n'osait même avoir de commerce avec qui que ce fût, tant qu'il n'avait pas obtenu l'approbation de son ministre. C'est pour cette raison qu'il avait banni de ses états les diverses peuplades et tribus, ainsi que ses cousins et ses affidés qui étaient en désaccord avec Chèms-u ddin et avaient (avait) même conçu le projet de l'assassiner (129).
Lorsqu'il (Mouhammed-big) fit mettre à mort son cousin
'Haçane Ehàn ainsi que Khân G^azân, fils de ce dernier, il donna
en mariage à Chèms-u ddîn la fille de 'Haçane Khân et sa soeur
qui était unie au Khân G'azân.
Teztê Le cerveau plein de vanité de ce ministre s'égara à un tel
persan^
p. 801. poin^ que l'ambition d'égaler les princes les plus illustres l'entraîna à marcher, à la tête de l'armée, contre Djézîreh pour déposséder Mir Chéref de sa principauté et le remplacer par son frère Mîr Mou hammed. D était continuellement en état d^hostilité et sur le pied de guerre avec les grandes tribus Roujéguy,
Zerraq'y et Sonleïmany, voisines de sa principauté. Il fut admis en 1004 de l'hégire (1595 de J. C.) dans le sein de la miséri- , corde divine et mourut sans enfants après un règne de dixhuit ans.
A'hmed-M?, flis de Khizr-bi?, et son frère Moo1iammed-big.
Lorsque Mou hammed big, fils de Szarou-khârf big, passa de ce séjour de vanité dans la demeure éternelle, Chèms-u ddln Ked- Khouda (le ministre de Tintérieur) , qui était la colonne inébranlable de cette maison princière et le pivot de l'administration de cette dynastie^ préposa A'hmed-big à la principauté de 'Hazzou ; et les diverses peuplades et tribus, s'étant soumises à lui de plein gré, approuvèrent et ratifièrent cette mesure. Ces événements furent rapportés, avec franchise et loyauté, au pied du trône, qui était l'asile du khalifat, par l'intermédiaire de Mourad Pascha Mîr-i-mirûn de Diârbékir. Mouhammed-big, fils de Khizr big, qui, depuis l'avènement de Mouhammed-big, fils de Szarou Khân, et à dater du jour où Chèms-u ddîn avait usurpé l'autorité et s'était emparé du pouvoir dans la principauté de 'Hazzou (Hzou), avait pris le parti de quitter ses foyers et de s'expatrier en se dirigeant vers le pays des Bokhty, où il était entré au service des émirs, et s'était définitivement fixé dans la q'aszaba (ou bourgade) de Setird (ou Stirt) (130), ayant appris le décès de Mou hammed big et l'avènement de son frère A'hmed big, retourna dans la principauté de 'Hazzou de concert avec Béhau ddîn-big, fils de Mourad Khân, qui, depuis deux ans, avait également quitté ce pays pour échapper à la tyrannie et à l'usurpation de Chèms-u ddin accompagné, dans son émigration par quelques ag'as de'Hazzou, entre autres par Chah Mourad, 'Houceïn ag'a le Souçâny (131) et Behràm ag'a, qui habitaient comme lui la ville de Bidlts et le territoire de Chiréwân. Ils se dirigèrent tous ^«<« ensemble vers *Hazzou, Chèms-ou'ddîn, se méfiant de leur bonne ''•*^** intelligence poussa A^bmed-big à conspirer contre la vie de son frère Mouhammed-big. Celui-ci ayant eu connaissance de l'as-
tuce et de la perfidie 4e Chèms-uddfn, prit pour règle de conduite la maxime: «La retraite est le parti le plus sage» et s'enfuit avec les ag'as Souçâny pour se diriger du côté du château de Szaszoun. Les notables de cette place poussés à bout par les méfaits et les mauvais propos de Chèms-u ddîn, se liguèrent contre lui et se coalisèrent avec Mou hammed big. Ils allèrent, en conséquence , au devant de ce prince , et l'introduisirent dans l'intérieur du château. Celui-ci est effectivement un manoir tellement élevé, que l'oiseau ne pourrait qu'avec difficulté planer sur la crête de la montagne où il est bâti , et le zépbir même serait hors d'état d'en arpenter les pitons (132).
(Vers.) La sentinelle qui se promène sur les créneaux de ce fort se jcourbe de peur d'être blessée par la sphère céleste qui en touche le sommet».
Ces événements ayant redoublé l'audace de ce malheureux, il osa dépouiller A' hmed-big du vêtement d'emprunt de l'autorité; et, après l'avoir fait charger des fers de la captivité, il la précipita au fond d'une basse-fosse, et investit Bèha-u ddîn de la principauté, à sa place. Il rassembla sous ses drapeaux un corps de troupes considérable composé de trois à quatre mille cavaliers et fantassins appartenant aux peuplades Bokhty, Chiréwy et Zerraq^y, et se hâta lui-même de poser le pied dans Tétrier de la diligence afin d'envahir le château de Szaszoûn et de s'emparer de la personne de Mou hammed -big et de ses partisans. Il se dirigea donc de ce côté, et vint camper à l'ouest de ce château avec l'intention de livrer bataille et d'en venir aux mains. Mou hammed-big et les habitants de Szaszoûn, au comble de la consternation, dépêchèrent, le mardi 14 du mois de Cha^abân de l'année 1004 (13 avril 1596), une estafette au prince de Bidlis pour lui demander des secours et implorer son assistance. Celui-ci envoya, de deux côtés difierents, à leur secours, un corps d'àpeu-près deux à trois mille fantassins et cavaliers de la grande ^^aM. tribu Roujéguy. A cette nouvelle, Chèms-u ddîn saisi d'une terreur panique, se hâta de jeter, au milieu de la nuit, le cri de
sauve qui peut y et s'en retourna dn côté de 'Hazzon. Moi/hammed-big le poursuivit de concert avec les ag^as Roujéguy, tels que *Ala-uddîn aga le Bilbâcy et Âlwènd-ag'a le Q'awalîcy ainsi que les grandes tribus Moudéguy et Zidâny. A Tarrivée de Cbèms-uddîn à*Hazzou, toutes les peuplades de cette principauté furent saisies de terreur, comme le veut la maxime suivante: «Le traître est toujours peureux»; elles emmenèrent leurs femmes et leurs enfants, et résolurent, de concert avec Mîr- Cbàb-Moubammed le Chiréwy, d'aller trouver Zeïhel-big le Chiréwy, dont il avait fait épouser la fille à son propre fils, et à qui il était uni par les liens de la 'parenté. Il envoya son fils ^Houceln ag'a dans l'intérieur du cbàteau de 'Hazzou avec l'ordre de tuer A'hmed-big dans sa pri^n et de le rejoindre ensuite avec Bèba-uddln, qu'il amènerait avec lui. Lorsque ^Houceïn Ag'a entra dans la' place et que la nouvelle de l'arrivée de Moubammed-big de Szaszoun à la tète des troupes Roujéguy s'y fut répandue en même temps que celle de lar fuite de Chèmsuddin du côté de Chiréwân, Bèha-uddîn-big délivra A'hmedbig de sa prison, et tous les deux ensemble s'emparèrent de la peri3onne de 'Houcein Ag'a, qu'ils jetèrent dans la même bassefosse où avait gémi A'hmed-big. En apprenant ces funestes événements, Chèms-uddîn tout éploré et le coeur consumé par la douleur, prit le chemin de la fuite. Quant à A'hmed-big et à Bèha-uddin, ils allèrent, avec soumission et obéissance au devant de 'Moubammed-big, à qui ils livrèrent la place et conférèrent la principauté de 'Hazzou avec l'assentiment des notables du pays. On lui assigna la même pension qui, depuis les temps les plus anciens, était allouée, dans cette Itûlèt^ aux fils des émîrs. Moubammed-big, d'accord avec les notables des diverses peuplades, les princes du Eourdistân et les illustres ^^ émîrs, fit valoir ses droits au pied du trône khalifal du sul-*"-^^than et du glorieux Khaq'ân Moubammed-Kbân. Grâce à la bienveillante médiation de son honorable ministre le grand vézir Ibrahim Pacha (133), l'IIàlèt de'Hazzou lui fut accordée,
en vertu d'un diplôme du sulthan, qui émana à cet égard. Les faveurs Impériales dont il fut comblé et le précieux cafetan, qui lui fut adressé par le monarque, en firent un objet d'envie pour ses égaux. Il ne s'était pas encore écoulé trois mois depuis le commencement de son règne, que déjà le perfide et intrigant Chèms-uddin, dévoré d'ambition, sentit le feu de la baiue et de la rancune s'allumer dans son sein et jeter ses flammes jusqu'aux nues. Il alla se réfugier à la cour de l'Émir Chèref, prince de Djézireh, et chercha à faire éclater la discorde entre les deux princes. Il pria d'abord l'Émîr Chèref d'envoyer quelqu'un à la cour de Mouhammed-big afin d'inviter celui-ci à remettre en liberté son fils 'Houceïn Aqa. Mais ce dernier fut mis à mort avant l'arrivée de l'envoyé de Mît Chèref, qui, par suite de cet événement, conçut de l'antipathie contre Mouhammed-big. Chèms-uddin lui exposa, en second lieu, que les peuplades et les grandes tribus dé 'Hazzou, mécontentes du gouvernement de Mou hammed-big, lui avaient adressé un émissaire ' chargé d'une dépêche ainsi conçue: «(Quelque soit celui des princes {Mîr-zâdéh) de'Hazzou que le Kèd-Khouda (ministre) Chèms-uddin choisira pour nous gouverner, nous nous soumettrons tous et obéirons à ses ordres». L'Émîr Chèref ayant l'esprit trop borné pour deviner sa ruse , sou astuce et sa fourberie, rassembla sous ses ordres près de cinq mille hommes appartenant aux tribus Bokhty, Chiréwy et Zerraq'y ainsi qu'à d'autres peuplades kourdeS) et invita les fils de l'émir (Mir-zûdeh) de 'Hazzou à lui donner une preuve de leur soumission en venant au devant de lui avec leurs tribus et peuplades avant son arrivée à I»ird, et à se conformer à son bon plaisir. La race
des 'Izizûn obj^ 4l-cl> (ou o'j-^ Gtirzûn^ peut-être (Jjj^^
'Arzérân) se montra ferme et inébranlable, et refusa de poser
le pied hors du sentier de la soumission, pour rester fidèle et
Teziê dévouée à Mouhammed-big: elle se prépara, en conséquence, à
p?^.' la guerre et se disposa à la lutte et aux combats. Plusieurs
émirs et princes, étant intervenus, empêchèrent rjÊmtr Cbèref de marcher sur 'Hazzou, de sorte qu'il tourna la bride du départ du côté de Bidlîs au lieu de se rendre à Is'ird. Son intention était d^euToyer Ghèms-u ddîn à 'Hazzou avec, quelques notables et de le nommer (premier) ministre de Mouhammed-big. Après avoir tenu conseil et délibéré à ce sujet, on fit escorter Chèmsuddin par Khàn Abdâl, frère de TÉmir Cbèref, avec Khalf-big, frère de Phumble auteur de ces lignes et divers notables des tribus Bokhty et Roujégny, et on les envoya à'Hazzou. Lorsque le Kètkhauda Chèms-u ddin arriva à 'Hazzou, et qu'il se fut écoulé quelques jours depuis le retour des tribus Bokhty, il voulut reprendre ses anciens errements et agir envers les no* tables de 'Hazzou, comme il Pavait fait précédemment; mais les infidèles et les musulmans de cette bourgade, ayant conspiré contre lui,' l'assaillirent dans l'intention de le mettre à mort. Ce fut avec mille peines et difficultés que Chèms-uddîn, grâce au secours et à l'assistance de Khalf-big et de plusieurs notables, se sauva de ce gouffre altéré de sang, et gagna la rive du salut. Cette nouvelle désespéra l'Émir Chèref, qui reprit le chemin dç Djézireh. A dater de ce jour , qui était le vingt du mois sacré de Dzy 1-q'a'deh de l'année 1004 (16 juillet 159&), la poussière de la guerre civile s'abattit, et les choses restèrent en suspens jusqu'au commencement du séjour que fit à la sublime Porte le Béglerbeguy de Maliszul, 'Aly Pacha, qui avait été précédemment attaché au service du grand vézir Ibrahim - pacha (134): les événements survenus à 'Hazzou et l'investiture de Mou hammed-big eurent alors l'honneur d'être exposés à ce vézir doué d'un jugement droit et d'un esprit éclairé.^ 'Aly Pacha, de son côté, appuya, autant qu'il fut en son pouvoir, (la requête du prince kourde): il comptait sur la reconnaissance de Mouhammed-big, et avait conçu les plus brillantes espérances (135). Son avidité irréfléchie se plaisait à coudre d'avance les sachets (destinés à ensaquer son or) et à amasser des bourses, dans ridée de lea remplir de pur argent: ce fut dans ces dispositions
iJÏ^. qu*il arriva de la sublime Porte à 'Hazzou. Quoique Mou hammed-big le comblât d'égards, ces politesses furent insuffisantes pour éteindre le feu de sa cupidité et l'incendie qu'avait allumé dans son sein la soif de l'or. Il aVait le coeur embrasé comme une mine de rubis, et l'âme enflammée comme le foyer d'Azir (rignicole)(136).
(Vers.) (137) L'or est un serpent ^jue nous portons dans notre sein, et la passion qu'il nous inspire est un fléau pour l'âme. Le rubis, qui à la couleur du feu est un bijou à notre main, mais un charbon ardent pour notre coeur. Aie la bourse vide, si tu veux figurer avec honneur au jour oii tu seras appelé à rendre les comptes (à la Divinité). Le zéro aura alors plus de valeur, lorsqu'il ne sera précédé d'aucun autre caractère numéral.
n partît donc, le coeur ulcéré, de 'Hazzou pour MaOszul. Au bout de six mois, 'Aly Pacha arriva destitué à Djézîreh: il mena chez lui Chèms-uddîn, avec qui il se concerta au sujet de 'Hazzou: ils décidèrent qu'ils rédigeraient un faux décret à l'adresse d'A'hmed-big, et qu'ils en enverraient une expédition & 'Hazzou , pour induire ce prince en erreur et l'attirer à Djézîreh. Cet homme au coeur simple s'étant laissé tromper par cette. copie de nulle valeur s'enfuit de 'Hazzou avec une faible escorte, et vint à Djézîreh. Chèms-uddîn èt^Aly Pacha vinrent à sa rencontre, et l'amenèrent de la manière la plus respectueuse et la plus révérencieuse à la cour de Chèiref-big. Ils exhibèrent ensuite un autre décret à l'adresse de 'Aly Pacha et de l'Émîr Chèref, à qui il enjoignait de seconder A'hmed-big et de l'installer dans la principauté de 'Hazzou. L'Émir Chèref, également trompé par- les faux décrets que leur avaient dictés la ruse et l'artifice , fit accompagner par une nombreuse escorte 'Aly Pacha, A'hmed-big, Chèms-u ddîn et son propre frère Chah 'Aly-big, qu'il envoya à'Hazzou dans les derniers jours du mois de Chaabân de l'année 1004. Lorsque ces nouvelles se furent répandues dans cette ville, quelques individus appartenant aux
peiq^ades Sonçâny (138) et Khàlédy pensèrent en enx-mémes: «Puis^fue Monhanmed-big est destitué de sa principauté, et qu'A'hiDed-big va être redevable à d'autres de l'honneur d'être notre prinee, pourquoi n'en installerions-nous pas, de notre chef, un autre d'entre nous? car C€ n'est que de vive force qu'un prince Bokhty exerce l'autorité souveraine à 'Hazzou. Il est^JSïiï^ possible qu'en apprenant cette nouvelle, A'bmed-bi^ et Ghèmsr '* ^^^' u'ddtn, désespérant d'y arriver, retournent sur leurs pas. Une troupe d'hommes dépourvus de jugement (1^9) proclamèrent^ en conséquence, entre eux, en qualité de prince, Bèha-uddinbig, fils de Mourad Khân, et résolurent de tuer Mouhainmed** big. Des gens de la basse classe et de la lie- du peuple, mùnià d'armes et d'ustensiles de guerre, allèrent trouver Mou hammedr big. Il se présenta bénévolement devant eux, se conformant au principe, qui, en cas de nécessité, autorise les actions illicites en elles-mêmes (140), et il leur dit: «Puisque les diverses peuplades et tribus ont été mécontentes de mes bons procédés, j'abdique la principauté de mon chef et de plein gré , et je reconnais pour mon prince Bèha-uddim». Il lui tendit, en conséquence, la main de l'inauguration, baisa les décrets et les firmans impériaux et les posa devant Bèha-uddin. En apprenant cette nouvelle, Chèms-ttddin adressa à ce dernier une lettre pleine de promesses j^jj ojcj conçue en ces termes: «Mouhammed-big est l'assassin de mon fils: si tu parviens parfois à te rendre maître de sa personne et à le garder jusqu'à mon arrivée, la princi^ pauté de 'Hazzou të sera dévolue». Mouhàmmed-big ayant eu connaissance de la teneur de la missive de Chèms-u ddin, adressa à Bèha-nddîn le message suivant: «Il ne convient pas à votre dignité «iJ^^ de me livrer ignominieusement . entre les mains de Chèms-uddîn comme prix du sang de son fils. Si je mérite la mort et l'humiliation Cjjbm^ infligez-la vous-même (141), car je sais votre cousin, et l'honneur de la principauté l'exige» (142). En un mot, il parvint, par toutes sortes de ruses et d'artifices, à se sauver des mains de cet ignorant qui n'en prévoyait pas les
TêzU ptrêa p. 208.
conséquences 9 et se réfugia au sein de la tribu EhAlédy, d'où il se dirigea vers le château de Szaszoûn, grâce an concours du Khâlédy Mouhammed Ag'a Abiky (143)^ et pénétra dans la place, d'accord avec ses habitants. Chèms-uddin, *Âly Pacha et ^ les notables Bokhty investirent A'hmed-big de. la principauté, et il se rendit, en grande pompe, à 'Hazzou.
Quant à Bèba-u ddin, il s'apprêta au combat dans les murs de cette ville avec ses partisans et ses affldés, dont le nombre se montait à -peu -près à un millier de ^cavaliers et de fantas* sins. Il envoya, en avant -garde (144), un corps de troupes Khâlédy sur les bords de la rivière de 'Hazzou, comptant sur le débordement de cette rivière, qui ne permettrait pas à la troupe Bokhty d'en effectuer le passage, et vint lui-même se poster à la tête du pont pour s'opposer à leur entrée. Au point du jour cette troupe s'élança dans la rivière, qu'elle fit passer à la nage à ses chevaux, et tua plusieurs hommes qui faisaient partie des avant-postes Khâlédy. Les autres éclaireurs, ayant annoncé cette nouvelle à Bèha-uddtn, il ne se sentit pas la force de résister ni de combattre, et se réfugia chez la tribu Souçâny, où il laissa sa femme et ses enfants. Il se dirigea ensuite vers le château de Szaszoun dans l'intention de s'y sauve):. A son arrivée dans le voisinage de cette place, il apprit que, deux jours auparavant, Mouhammed-big s'était ■ entendu et était tombé d'accord avec les habitants et les citoyens de cette ville, qui en avaient fermé les portes, et qu'ils parlaient tous de se soumettre et d'obéir aux ordres de ce prince.
Il se vit donc forcé de revenir à Bidlis le lundi vingt- cinq du mois béni de Ramazân de l'année susmentionnée, avec Mou-^ râd A'ga le Souçâny et une suite peu nombreuse. Après y avoir passé onze jours (145), il se remit en marche (146) le douzième, contre le gré de ses amis et de ses partisans, pensant mal à propos que les peuplades de 'Hazzou , secondées par Mou hammed^big le Zerraqy, expulseraient de 'Hazzou A'hmed-big ainsi que Ghèm&4i*ddîn, et qu'il serait lui-même proclamé leur prince.
Lorsqu'il eut parcouru le trajet du château de Bidlîs jusqu'à la tète du pont de la Khatoune (Dame), il vit arriver à la hâte un eoUrrier venant de Szaszoûn, qui lui annonça que, dans la nuit du vendredi six de cheval de Tannée susdite, Chèms-uddin avait été assassiné dans les murs du château par Mouhammed Aga Abiky, qu'A'hmed-big avait été dépouillé de sa princi- pîS^, pauté, que les diverses peuplades et tribus s'étaient rendues à Szaszoun pour y chercher Mouhammed -big, que les habitants de'Hazzou avaient pillé les gens de la suite de *Aly- Pacha, et qu'il s'était lui-même retranché dans les maisons de Chèmsnddîn, avec ses adhérents ruinés et dénués de tout. Mouhammed-big revint dans cette ville, où il monta sur le trône de la principauté, et Bèha-uddîn-big, réduit au comble du désespoir, passa plusieurs jours à Deraîny ^jj:> (147) avec Mouhammed-big le Zerraq'y, qui lui servit ensuite de guide, et le mena à Djézîreh, à la cour de TÉmîr Chèref. On lui assigna une peusion sur les revenus du Sandjâq d'Isird, qui avait été alloué à Mîr Mouhammed, fils de l'Émîr Chèref. A'hmed-big fut mis à mort à'Hazzou, et Mouharamed-big gouverne encore, en ce moment, cette principauté avec une autorité absolue.
CHAPITBE IV,
qui traite des princes de Khîzân (147*), et qui est divisé
en trois paragraphes.
L'auteur qui a orné la pelouse des bosquets de cette histoire et qui a donné de la fraîcheur à l'enceinte de cette roseraie, a tracé, à l'aide des gouttes de rosée tombées du nuage de son qatamCj les caractères dont se compose sa narration, en nous apprenant que les princes de Ehizân sont originaires du canton de BUidjân,^ une des dépendances de Khanos (Khnous).
Il est probable que, dans les premiers temps du séjour de leurs pères et de leurs aïeux à Bilidjân, il s'y trouvait des gens
o^tj^>/« anxqnels appartenait le châteaa fort de BiMdjftii. Après y avoir passé quelque temps, il provint enfin de lenr lignée trois frères pleins de droitnre jJ^j nommés DU, Bil et Bilidj, qui se dirigèrent du côté de Khizân, et soumirent ce pays de vive force. Ils se le partagèrent enduite et en formèrent trois lots, de sorte que Khizàn échut au frère aîné, le canton de Mékès au puiné et celui ^ÂSfpGberàe \f»\^ (Asbalerde d^L.)?) (148) à leur cadet. Ds se vouèrent tous les trois à l'administration et au gouvernement de ces parages.
Les événements arrivés aux descendants de ces trois frères, qui sont parvenus à la principauté dans ces contrées, événements qui nous ont été transmis par la voix publique, seront 3v«^ racontés avec ordre et méthode dans ies paragraphes T", V et p.uia, 3« ^Q ç^ chapitre, avec le secours de Dieu, du roi que nous adorons.
PAUttAPunniu.
Des princes de Khtzân, et do motif poar le^piel ils oat reçi
ce nom.
Une tradition généralement connue et qui circule dans toutes les bouches nous apprend que le nom de Khizàn était, dans le principe, Séhkr Khizàn ol>Âr*** (matineux), attendu que les habitants de ce lieu étaient renommés dans le Kourdistàn pour leurs pieuses veilles, leur dévotion, leur piété, leur foi et leur religion. Petits et grands ils sont tous également réputés pour leur exactitude à s'acquitter des prières de la nuit, de celles du matin et de midi (149). Par suite du fréquent usage qu'ils sont de ce mot, les Kourdes, qui ont coutume de contracter et de raccourcir d'une ou de plusieurs syllabes les termes qu'ils emploient, ont retranché, à la longue, le mot >s^ 9êhèr{mBtàa) et se sont bornés à dire Cj^J^ KMzân (qui se lèvent), de même qu'ils changent CSièms-uddin en Chèmou'Izz'Uddin en'Izzau (150), LjènuAid en Djèmou et Âbdâl en Abdou (151). Suivant
one autre tradition sar l'origine de ce nom , cette penplade s'appelait primitivement Sè^hèr-Khizân. Lorsque le fondateur de ce château alla yisiter la maison de Dieu et revint de son pèlerinage, la garnison lui en ferma la porte et lui en interdit Feutrée. Blessé au vif de ce refus, il doit les avoir apostrophés de répithète persane de KUsân-^i-^yy tti-bâr (méprisables Khizàn ou méprisable gueusaille) (152), et il se retira sans plus tarder. D est de fait que cette épithète s'applique à la plupart des princes de cette ville, qui ne jouissent pas de l'estime générale (?) (153). La ville de Khîeân est de fondation hioderne, car elle a été bâtie sous l'islamisme. Ses habitants prétendent généralement qu'elle eut pour fondateur le maître (c^U ou prince) de Mèrâg'a-lez-Tèbrîz. Malgré toutes les recherches auxquelles s'est livré l'auteur dé ces pages dans les ouvrages qui jouissent de la plus grande vogue, il n'y a trouvé aucun monarque qui soit considéré comme le fondateur de ce château: il serait donc à présumer qu'il doit son existence à quelque vézîr ou émîr. Il est possible que, sous le règne de Houlagou Khân, qui restaura la ville de Mérâg'a, et qui en fit la capitale de son empire, le célèbre Khaudja Nâszîr (154>, qui, à cette époque, était le pivot ^^^ de l'empire et qui était investi de la confiance du monarque dont '' ^^'" il était le conseiller, ait' fait bâtir la citadelle ainsi que la ville et qu'il Tait fait, à cette époque, de concert avec quelque grand personnage et vézîr musulman. La morsquée cathédrale qui s'y trouve a été construite à neuf par le fondateur du château. On y a érigé plusieurs piliers (colonnes) dont les habitants de cette contrée n'ont jamais pu spécifier le bois. Les uns prétendent que c'est celui de l'arbre que les Turks liommetit Ite^houruny (nez de chien) et les Kourdes, GhUàn (155) ou jujubier à fruits rouges. Les habitants de cette ville croient généralement, que, comme elle a été visitée par un grand nombre de mortels chéris de Dieu, c'est un lieu où les prières sont plus facilement exaucées. Vlmârêt^ qui se trouve dans l'intérieur dU château, est construit sur le plan d'un observatoire et bâti en briques et
Tixiê
en chaux :*il a de beaux jardins. On tron?e'|dan8 cette ville diverses espèces de fruits, de raisins et de corinthes (156), que produisent les environs de Tébrlz et d'autres villes de la I^erse. Si donc, pour les raisons que nous venons d'énumérer, on en attribue la fondation au Khaudja Nâszir-uddin Mouhammed Thoucy, cette opinion (conjecture) ne sera pas dénuée de vraisemblance. Au surplus, Dieu le sait le mieux.
Quant à l'eau et à l'air de ce pays, ils sont extrêmement insalubres, car la plupart des habitants y gagnent en automne, des fièvres intermittentes ou d'accès (157). Les fruitiers de cette contrée sont complantés d'aveliniers et d'autres espèces d'arbres fruitiers. On attribue l'insalubrité de l'air de cette ville au grand nombre de noisetiers qui s'y trouvent. La peuplade qui habite ce pays est surnommée Némirân (Immortels). Le motif pour lequel on lui a donn^ le nom de Némiry consiste en ce qu'à chaque décès de l'un ou de l'autre des individus dont se composaient ses grandes et ses petites tribus, les princes de cette contrée avaient coutume de continuer immu(Mement aux enfants du défunt, petits ou grands, le traitement et la pension dont il jouissait de son vivant sans en rien retrancher et sans aucune augmentation: telle est la raison pour laquelle ils furent qualifiés du titre de Némiry (Immortels).
Leurs princes ont toujours pris à tâche de se concilier et de ménager les glorieux sulthans et les illustres potentats {Khaqans) turks, dont le courroux serait aussi redoutable pour eux que celui de Behrâm (Mars), de manière à s'attirer leur protection. Toutes les fois que les monarques {Padichàhs) persans ont envahi le Eourdistân et l'ont enlevé aux princes de ceUe nation, le territoire de ceux de Khîzân a toujours été préservé des hostilités et du courroux de ces souverains.
Le Maulla 'Ahd-ùr BeBzûq Samarqandy (158), auteur de l'histoire intitulée Mathld-ussddéin (Orient des deux astres propices), rapporte entre autres, qu'à l'époque où Mirza-Chahrokh, fils de l'Émîr Timoûr le Gourékàn, arriva en 824 (A. D,
1421) sar les frontières de l' Aâzèrbaldjân , pour repousser les enfants (descendants) de Q'ara louçoaf le Turkoman, le fils de rÉmîr Soulelmân de Khizân vint, à la suite de TÉmir Cbèmsuddin de Bidlîs au devant du cortège de Chahrokh, qui l'honora de ses faveurs impériales et de ses augustes caresses. Le prince qui est le plus généralement cité après TÉmir Souleïmân, est rÉmîr Mélik^ qui gouverna ce pays pendant quelque temps et partit enfin pour la vie future au terme fixé (par la divine Providence).
émir Davood, fils de l'Enitr Mélik.
n gouverna, pendant trente- neuf ans, la principauté de Khi* zân en souverain absolu, sans partager Tàutorité avec aucun compétiteur.
Il se plaisait à savourer le vin et à passer tout son temps dans la société de jeunes mignons, dont la taille était aussi svelte que celle du cyprès, et dont le corps avait la fraîcheur de la rose.
n fonda et acheva à Khizân une Médréceh (collège) connue sous le nom de Davoudyiéh^ où les ^Ouléma (savants) et les hommes de génie se vouent à l'enseignement public et à Pétude. B avait trois fils appelés Sgulthàii A'hmed, Mir Soulelmàn-big et 'Haçane^big.
SonUbân A'bmed, lils de Mîr Davond.
Il devint, après le décès de son père, prince du pays de Khizân, et s'appliqua, avec le plus grand zèle à le gouverner et à l'administrer dignement, de sorte que toute la peuplade Némlry, ainsi que les rd%a et les habitants de ce pays en furent généralement contents et satisfaits. Il accompagna les émirs et ^ les princes du Kourdistàn lors de la campagne de Bag'dâd, ville du salut (159), où il eut le bonheur de rendre des services sig- t^zu nalés à Souleïmân Khàn (Soliman le Grand). Il reçut, en ré- f*^'«* compense, un diplôme impérial d'investiture, qui lui conférait
Vltâlèt de Ehizân, et qui se composait de plusieurs articles (^^) cimentés par une menace d'anathème (160).
 dater de ce jour, on donna à ces émirs dans les décrets et les ârmans, le titre de Ljénâb v^U* (Excellence on' Altesse) j et on les qualifia de ù^^ ' Hâldmân ('Hâkimes, ou princes régnants), de sorte qu'ils devinrent célèbres sous le nom de pnnces de Khizân. Malgré Tamitié et l'attachement qui unissaient leur famille avec celle de Chèref-Khân (de Bidlîs), cette amitié se changea en inimitié, et Taffection dégénéra en animadversion pour différents motifs qui seront exposés plus loin dans la biographie de Chèref-Khân. A l'époque ot Oulamah se rendit dans le pays de Roûm (en Remanie), Soulth&n Â'hmed-big se coalisa avec lui (160*) pour exterminer et extirper la race de Chèref-Khân. Celui-ci se mit, de son côté, en marche à la tète de ses troupes, pour faire la conquête de Khizân et se rendre maître de la personne de Soulthân Â'hmed-big. Il périt beaucoup de monde dans cette circonstance: il intervint enfin ûeA pacificateurs entre les parties belligérantes, et Chèref-Khân, se retira* Soulthân Â'hmed envoya alors dans le Diârbékir un émissaire chargé d'instiguer et d'engager Oulamah à faire la guerre à Chèref-Khân. Il se mit effectivement en marche vers Khizân, à la tète des troupes du Diârbékir; et guidé par Soulthân A'hmed, il arriva de Khizân dans le canton de Tâtlg, d'oti il marcha contre la principauté de Bidlîs. ^Chèref-Khân succomba dans ce combat (161), et peu de temps après sa mort, Soulthân A*hmed-biè prit également congé de ce monde éphémère (162), 'et le quitta (à jamais).
(Vers.) Observe un instant, avec les yeux du coeur, ces bons vivants condamnés à un silence (étemel), pour voir dans quel état seront, dans la bière (163), ces rubis (lèvres) doués de la parole. Tu y trouveras la chevelure bouclée des jeunes fiancées semblable à un rameau d'églantier, et la joue rosée des monarques, jaune comme le safran. A quoi bon se vaîiter (se
targuer) de sa prospérité et gémir du revers qui nous frappe? Tu ne verras plus, en un clin d'oeil, ni Tune ni Tautre.
U laissa, en mourant cinq fils, savoir V Mîr Mouhammed, 2"" louçouf-big, 3' Mélik Khalil, 4' Mélik-Khân et 5' Khân- Mahmoùd.
Nir-Noa'bamined, flls de Sonlthân A'hmed.
Après le décès de Soulthàn Â'hmed, la principauté de KM* zân fut divisée en deux parts conformément à un firman du Sulthan Souleîmân Khân aussi prompt à s'exécuter que les arrêts du destin: l'une fut conférée à Mîr-Mouhammed, et l'autre, ft son frère Mélik Khalîl. Au bout d'une année de règne le premier quitta ce monde par suite d'une mort subite, et y laissa trois fils nommée Sonlthân Mouszthafa, Davoud-big et Zelnelbig. Quant à Mélik Ehalil, il réunit de nouveau, après la mort de son frère, la principauté de Khîzân à la sienne, comme elle Pavait été précédemment, et il obtînt, à côt effet, un brevet d'investiture du divan du Sulthan Souleîmân -Khân. Mais Sonlthân Mouszthafa se rendit à la Porte de félicité et obtint la part de son père grâce à la protection et à l'appui de son oncle maternel Bèha-uddin, prince de'Hazzou (163*).
Lorsqu'il l'eut gouvernée pendant six ans, il fut un jour trouvé à la chasse, mort et privé de vie, au milieu d'un fourré jH» et d'un bois. Toutes les recherches que l'on fit pour découvrir la cause de sa mort et son assassin restèrent infructueuses. Après son décès la principauté fiit transmise à son frère Davoud-big, qui, au bout d'une année de règne, passa également dans le monde de l'Éternité. Après la mort de Davoud-big, son frère Zélnel-big, s'étant rendu à la Porte de félicité du Sultiian Séiîm n (164), réunit de rechef sous son autorité, les deux parties de la principauté de Khizân , comme elles l'avaient été antérieurement. Il n'avait pas encore dégusté la coupe de la principauté lorsqu'il se vit inopinément forcé de vider le calice empoi-
fhxU persan, p. M 24.
8onné que lui présaitait la main de l'échansôii de la mort, et il remit, en revenant de Constantinople, son âme an créateur de Tunivers.
Mélik KhalU, ils de Sealthân Abined.
Nous avons vu dans le petit nombre d'événements relatifs au règne de ce prince qui ont été précédemment racontés, que Mélik Khalil posséda, du vivant de son frère et de ses neveux, la principauté de Khizân , tantôt par moitié , et tantôt intégrale- Tkxu ment. Après la mort de ces neveux, il se fit allouer les deux p. m! moitiés de cette même principauté sous le règne du Sulthân Sélim-Ehân, grâce à la protection et à Tappui du grand véztr Mouhammed Pacha (165), le glorieux conseiller de ce monarque. Il l'administra et la gouverna, pendant à peu-près vingtdeux ans, sans rival et sans compétiteur; mais il ne donna pas beaucoup de soins aux affaires publiques, car il avait abandonné les rênes de l'administration de ce pays aux mains puissantes d'un individu nommé Abdâl aga de la grande tribu Belilân, se contentant, en fait de principauté, d'un vain titre et d'un pain (166). Grâce à la bonté divine, il vit la plupart de ses affaires favorisées et secondées par la Providence. Il succomba en 991 (A. D. 1583) (167) à une attaque d'épilepsie, maladie dont il était affligé depuis longtemps, et il passa de ce monde dans celui de l'éternité, laissant, après lui, un fils en bas âge (168) nommé 'Haçane-big.
Hîr Ha hmoûd, flls de Soultbân A'hmetl.
Après le décès de son frère Mélik Khalil ,11 fut investi de la principauté de Kbîzân du commun accord des grandes et des petites tribus Némiry, conformément à un auguste firman du Sulthân Mourâd Khân (169). Il eut effectivement le bras long, lorsqu'il fut question de veiller à la garde et à la défense de son pays, de maintenir le bon ordre dans sa peuplade et de la préserver de toute atteinte ; et il s'appliqua avec tant de sollicitude
à gouverner cette contrée , qu'il est impossible de s'en faire une pins haute idée.
Il reçut en 992 (A. D. 1584) (170) l'ordre d'accompagner le véztr 'Otzmân- pacha et les troupes victorieuses chargés par le sulthàn de faire la conquête de Tèbriz. Le jour où le vézir Sinàn- Pacha livra bataille à Sad-abâd-lez-Tèbrtz, à quelques émtrs (généraux) Q'izilbâches (171), et oii ses compagnons prirent la fuite, Mir Ma hmoùd et les notables du Khizftn, obtinrent dans le même combat la pahne du martyre. Il laissa, en mourant, deux fils nommés Soulthàn A'hmed et Mir Ma hmoùd, dont le dernier partit, en bas âge, pour la demeure éternelle.
Emir Haçane, fils de Mélik RbaltL
Lorsque son oncle Mir Ma'hmoùd eut été tué , ce prince fut unanimement acclamé, comme émtr, par toutes les tribus et peuplades, quoiqu'il fi&t encore en bas âge, en vertu d'un bre- ^exù vet (Bérât) du Sulthân Mourad-Khân. Son oncle louçouf-big, iils '• *'*• de Soulthàn A'hmed, se rendit, sur ces entrefaites à la Porte de félicité du Sulthan Mourad-Khân, avec l'intention d'y postuler la principauté de Ehizân , qui lui fut confiée par les bontés in*" finies de sa Hautesse. Lorsqu'il arriva à Khizân de retour de la capitale, les grandes et les petites tribus Némiry lui montrèrent tant d'indifférence qu'il en fut outré au point d'entrer au service du vézir Dja fer* Pacha à Tèbriz dont il réclama la protec^, tien et l'appui. Djâ'fèr-Pacha, de son côté, l'encouragea et le fit accompagner par une personne de sa suite pour prendre posr session de Khizân. Les habitants de la principauté refusèrent alors de nouveau de se soumettre à lui et de lui obéir. Cette circonstance s'étant reproduite à plusieurs reprises, des conci* liateUrs (négociateurs) s'interposèrent entre les deux princes, et le canton de Némirân fut dévolu il titre de Sandjaq', à louçouf* big, sous la condition expresse que Khizto et toutes ses dépendances resteraient au pouvoir de Mir 'Haçane. louçouf-big, cédant, peu de temps après, aux perfides incitations de quelques
TêxU pêTÊan, p. 217.
boate-feux et entratDé peut-être par une noble aiDbitioii(?)(172), ne se contenta pins dn canton de Némirân, et demanda de re* chef la principauté de Khizân.
Mîr 'Haçane rassembla, de son côté, tons ses partisans; et secondé par quelques amis, auxquels se joignit la peiiplade Ghiréwyj il se mit en marche contre louçouf-big. Celui-ci se retrancha dans le village d'Àze dépendant des Némtràii, et s'y disposa à la lutte et au combat. Après en être venus aux mains, ses compagnons se débandèrent, et louçouf-big se cacha dans une fosse d'aisance, où il fut tué de la manière la plus ignominieuse au milieu des immondices, sans qu'on pût connattre don assassin. Mîr 'Haçane, sur qui pesa l'horrible soupçon d'avoir commis ce crime révoltant, fut soumis à de nombreuses tortun^ et condamné à des frais tellement énormes qu'il se vit contraint de vendre plusieurs riants villages des sa principauté de Ehizàn avec la plupart de ses terres et de ses domaines héréditaires, dont il sacrifia le prix aux notables ef aux grands dignitaires de l'empire othoman. Quoiqu'il se fût plongé dans une mer de dettes, il ne parvint jamais à se laver entièrement de cette aflfreuse accusation. Son cousin 'Hàdj}'-big, fils.de Davoud-big (173), qui doit le jour à la fille de 'Haçane-big le Ma'bmoûdy, se voyant soutenu par cette peuplade, eut, pendant quelques jours, des différends et des discussions avec l'Émir 'Haçane, afin qu'il lui abandonnât (cédât) le canton de Némirân à titre de
Sandjâq'. U fut enfin convenu que le canton de Mèmkkiân Cj^xj^ lui serait assigné à titre de pension destinée à subvenir à ses dépenses alimentaires, et qu'il resterait attaché à la cour de Mir 'Haçane pour administrer, de société avec lui, les affidres temporelles de cette princij>auté, et y donner tous ses 8oins« Us. vivent effectivement aujourd'hui dans la plus parfaite union, et les afiaires de la principauté de Khizân se trouvent dans la situation la plus florissante et la plus prospère.
PiSAfilAPn SKOiB.
Des Éaitrs de Mèkès.
Grâce aux douces ondées que répand le Qalame semblable à une nuée (printanière) et aux beaux caractères ^tracés par les doigts des écrivains, il a été démontré que les princes de Ehîzân (174), de Mèkès (175) et d'Aspaberde ou Aspaburde (Isbaïerde?) (176) étaient frères, et qu'ils quittèrent le canton dé Bilidjân (177) pour venir dans ce pays qu'ils partagèrent entre eux. Suivant d^autres auteurs, ils étaient cousins et possédèrent conjointement cette contrée après l'avoir enlevée aux sulthans Seldjouq ides. Quoiqu'il en soit, le premier de ces émîrs dé Mèkès dont le nom devenu célèbre passa de bouche en bouche fut
rtimîr Abdâl.
n eut deux fils nommés A'hmed-big et 'Haçane-big. Le pr^ mier fut investi de l'émirat après la mort de son père, et donna tous ses soins à l'administration et à la conservation de ce pays. J^m».
Son frère 'Haçane-big fut enlevé par le prince 'Hakkâry Zelnef-big (178) qdi avait conçu de la ranéone contre lui, et fut emmené à ia cour du Sulthan Soulelmân Gfâzy (le zélé champion de la foi). Le canton et le château de Gargar (179) furent dé-: tachés de ITiâlèt de Mîr A'hmed et assignés à 'Haçane-big à titre de Sandjaq'. Cette concession ayant été ratifiée par les décrets du sulthan, il consacra, de concert avec ses ir ères, s^ vie entière au gouvernement de cette contrée. Lorsqu'ils l'eurent adnmiistrée pendant trente ans A'hmed-big mourut et laissa d'eux fils nommés Abdâl-big et Mîr 'Émâd-u ddîn.
Abdâl-big, fils de l'Éintr A bmed.
Ai»*ès le décès de son^ère, la principauté de M%kès kiifàt eon^ée en conformité d'un firman du Sulthan Soulelm&n Ebâa aussi irrévocable que les décrets de la Providence. Sur ces entre*
faîtes, son oncle ^Haçane-big fut admis dans le sein de la miséricorde divine, et Abdâl-big, s'étant uni par les liens du mariage à la fille du prince 'Hakkarj Zelnel-big, réunit, grâce à sa protection et à son appui , le canton de Gargàr au Sandjaq de Mèkès, comme il Tavait été sous le sceptre de ses pères denses aïeux. U obtint, à cet égard, un généreux diplôme dMnvestîture du. Sulthan Sélim-Khân (180). Enfin Roustêm*big, fils de Mîr 'Haçane, secondé par la peuplade Ma'hmoûdy, détacha derechef le canton de Gargàr qu41 s'appropria (181); ce qui donna lien à de grandes discussions et à de longs différends entre les cousins. Au commencement de Tannée 1005 (1597 de J. G.) Abd&lbig alla une nuit, entre le coucher du soleil et la première veille nocturne (182), renouveler ses ablutions au bord des créneaux de la citadelle : le pied lui glissa par suite de Tivresse où il était plongé; il tomba du haut des remparts, et rendit son âme au créateur du monde. U laissa en mourant deux fils nommés Mir A'hmed et Mouhammed, dont le premier prit la place de soii père, en vertu de ses droits, avec l'assentiment des diverses tribus et peuplades.
Roustèm-big, flls de 'Haçane-big.
n demanda en mariage, comme nous l'avons dit plus haut, la fille de 'Haçane-big le Mahmoûdy, contre le gré de ses cou- . sins. Grâce aux secours de la grande tribu Ma'hmoûdy et à la ''*^** bienveillance du Serdâr Mouszthafa Pacha (183), il se fit accorder le canton de Gargàr, et il mourut après avoir gouverné ce pays pendant quelques années: son fils 'Haçane- big lui succéda. A l'époque où périt Abdâl-bîg, 'Haçanerbig conçut le désir d'occuper Mèkès, et Sinân-Pacha', gouverneur général {Miri-mirân) de Vân, seconda son projet en plaçant sous ses ordres près de trois cents cavaliers et fantassins, à la tète desquels il marcha sur Mèkès. Mir A'hmed sortit de la place, de concert avec les diverses peuplades et tribus de cette contrée, pour repousser'Haçane- big i et se disposa à lui livrer bataille. Ils en
TêxU ^rwan
vinrent aux mains et engagèrent un combat dans lequel 'Haçanebig fut tué. Mîr A'hmed devint alors prince absolu de Mèkès, qu'il gouverne encore aujourd'hui sans obstacle et sans aucun compétiteur.
PARAGRAPHE TROISltHE.
Des princes (Émirs) d'Aspaberde on Aspabnrde <lspaîerde?>.
Les princes de cette dynastie étaient des cousins de ceux de Khizân, comme nous l'avons exposé plus haut. A l'époque 'OÙ les princes du Kourdistân firent leur soumission à la Porte othomane, Mou hammed-big était w6ly (prince' souverain, d'Aspaberde ou Aspaburde (Ispaïerde ?) : il laissa en mourant deux fils nommés Soulthân Ibrahim et Mîr Chèref.
Sonlthln Ibrahîm, lils de Motfbammed-big.
n s'assit, après le décès de son père, sur le trône de la principauté (y émir ai) d*Aspaberde on Aspaburde (Ispaïerde?), qui lui fut dévolue par un décret du Sulthân Souleïmân Khan ffâzy^ et consacra quelque temps au gouvernement de ce pays. Il eut deux fils, savoir: Mou hammed-big et Haçane-big. Lorsque les Q'izilbâches vinrent attaquer la citadelle de Vân, 'Haçane-big se voua à la défense de cette place sous les ordres du gouverneur général Ferhâd-Pacha, et fut tué par les Q'izilbâches (184). Son fils Mou hammed-big lui succéda.
IHon'hammed-big, fils de Sonlthân Ibrabîm.
Il devint prince d'Aspaberde ou Aspaburde (Ispaïerde?) à la mort de son père, en vertu d'un diplôme du sulthân. Il eut quatre fils, savoir: Aïoub-big, Khâled-big, Oweïs-big et Soûl- '^^ thân Ibrahim. Le premier fut investi de la principauté de cette '•*^^' contrée après la mort de son père , conformément aux dernières volontés de ce dernier et en vertu de ses droits légitimes. Il y
a aujourd'hui (1005 de l'hégire ou 1597 de J. C.)près de vingt ans que cette principauté lui est soumise et qu'il est devenu l'objet de la jalousie de ^es contemporains par son intelligence en fait d'économie et ses vastes connaissances politiques (185).
Ntr Chèref, fils de Hou hammed-big.
Lorsque son frère Soulthân Ibrahim eut pris la place de son père, il se rendit, de son côté, à la cour du Sulthân Souleïmân, et le canton d^Agakîs (186) détaché du territoire de son frère lui fut accordé, à titre de Sandjâq' par un auguste diplôme de ce monarque. Après avoir possédé et administré le susdit canton pendant quelque temps, .il passa de ce monde éphémère dans celui de l'éternité, et laissa, en mourant, deux fils nommés 6èha-uddîn-big et Oerkméz-big. Comme ils étaient l'un et l'autre en bas âge et incapables de gouverner, la principauté Ag'akis fut confié par le divan de Yân à des émirs (généraux) othomans^ et Oerkmèz-big, lorsqu'il eiïl atteint l'âge de puberté et de discernement, devint épileptique et insensé. Bèha-u ddin s'expatria et se réfugia en Arabie, où il fut admis à Baszrah (Bassora) et à L'ohsa au nombre des pages (ù^*^ serviteurs) du souverain.